Zachary Richard
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Zachary Richard Monthly Report Header

mis à jour le 4 décembre, 2002

Le Congrès mondial acadien de 1994 a été très important pour le mouvement francophone en Louisiane. C’est la source d’où est coulé beaucoup de belles choses. D’assister à cet événement a été une inspiration pour moi et l’on peut dire, sans exagération, que ma nouvelle carrière de la langue française en est le résultat. Le congrès mondial de 1994 a eu une influence profonde sur ceux et celles qui travaillent pour la sauvegarde de la langue française chez nous. La plupart de gens qui ont participé à la fondation d’Action Cadienne ont assisté au Congrès mondial de 1994. Nous sommes revenus de l’Acadie avec un engagement renforcé grâce à ce que nous avions connu au Nouveau-Brunswick.

Action Cadienne fut fondée en avril de 1996, dans l’espoir de maintenir et de promouvoir la langue française en Louisiane. En même temps les programmes d’immersion français, ont commencé à se répondre. Ces programmes sont le meilleur outil que nous possédons dans la lutte pour sauvegarder notre langue. Mais la situation de ces programmes a été (et reste toujours) très fragile. Face à l’indifférence de plusieurs et même l’hostilité de certains, les programmes d’immersion souffrent d’une ignorance générale à la fois de leur nature autant que de leurs bienfaits. L’immersion nous donne la possibilité non simplement d’imaginer un avenir pour la langue française en Louisiane, mais aussi d’éduquer nos jeunes étudiants d’une façon très efficace : les scores des examens standard anglophones des enfants en programmes d’immersion sont bien au-dessus de la moyenne. La timidité des conseils scolaires, conservateurs et en manque d’imagination, ainsi qu’un défaut d’information dans la population générale freine le mouvement. Action Cadienne s’est donné le défi de sensibiliser les Cadiens aux bienfaits des programmes d’immersion dans l’espoir de donner à tout enfant habitant le sud de la Louisiane la possibilité de se faire éduquer en français.

En 1997, nous avons commencé un programme de « réunions de village ». Dans un premier temps, nous essayons de trouver des parents de jeunes enfants qui étaient sensibles à l’immersion. Avec leur aide, nous organisons une soirée d’information pendant laquelle nous expliquons l’immersion et ses bienfaits. Dans certain cas, ç’a porté fruit, dans d’autres cas, nos semences ont tombé sur une terre moins fertile. Nous nous sommes rendu compte que parmi la communauté cadienne, il existait un manque très grand de connaissance de notre histoire. Aucun manuel scolaire en Louisiane parle de la déportation des Acadiens ni de l’histoire de la communauté cadienne depuis son arrivée. En réalisant que nous n’allons pas pouvoir avancer notre cause sans un engagement plus sérieux de la part des parents de jeunes étudiants, nous étions confronté au problème de créer un engagement dans une population souvent indifférente. Cette indifférence est due, d’après moi, à la méconnaissance de notre histoire. Comment inspirer des gens de s’engager dans une lutte culturelle et politique sans qu’ils sentent une appartenance identitaire à la culture en question? Pour se donner de la peine dans la lutte pour la sauvegarde de la langue française en Louisiane, il faut d’abord s’identifier à la culture et définir cette culture par sa langue. Une tache difficile en Louisiane surtout à cause de cette lacune de connaissance historique. Nous avons conçu notre défi comme étant de donner à nos compatriotes le même frisson que nous avons connu en Acadie en 1994, de donner aux Cadiens une expérience profonde de leur passé et de l’histoire de leurs ancêtres. À partir de ce moment en 1997, nous avons décidé que le meilleur moyen de provoquer cette prise de conscience que nous estimons essentielle à notre réussite, était un documentaire télévisé. Du coup, avec plus de chance que de bon sens, j’ai débuté ma carrière de producteur, apprenant en cour de route une multitude de choses dont certains que j’aurais préféré à ne pas avoir à apprendre.

Notre premier soutien est venu des Lions Clubs de France. Jean-François Nys, membre influent des Lions de France, est un francophone passionné. Cette passion a fini par l’emmener en Louisiane. Avec une générosité étonnante, les Lions de France ont lancé notre bateau. ¨Un comité de direction a été formé incluant les historiens Barry Ancelet, Carl Brasseaux et moi-même. Notre vaisseau était encore sans gouvernaille. En fait, nous avions aucune idée comment produire un documentaire télévisé. Mais avec une foi aveugle nous avons avancé. René Léger et Liane Roy de la Société Nationale des Acadiens étaient en visite en Louisiane, et ils nous ont informé qu’il existait un stock de film très important qui a été utilisé pour « Acadie Liberté », un court-métrage traitant de la déportation produit par le U.S. National Parc Service. Après une recherche qui ressemblait à la quête de la Sainte Graal, nous avons fini par trouver ce film stock dans un hangar à Harper’s Ferry, Virginia. Il nous est arrivé plein de choses inattendues de ce genre, ce qui a fini par me convaincre qu’il avait des esprits bienveillants qui s’intéressaient à notre projet. J’ai fini par attribuer cette bienveillance mystérieuse à l’esprit de mes ancêtres déportés. Cependant, après une année de sollicitation de financement, malgré la contribution des Lions, nous étions encore loin de pouvoir commencer un tournage. Au début de 1998, les ancêtres sont intervenus encore dans la personne de Kathleen Babineaux Blanco, descendante d’Acadien déporté et Lieutenant-gouverneur de la Louisiane. La contribution du Département de Tourisme nous a permis finalement de passer au tournage pendant l’été de 1998. Avec une entente de co-production avec Louisiana Public Broadcasting, qui assurait la post-production, nous avons pu commencer.

Dès le début, notre intention était de faire deux versions, dans les deux langues. Tous nos spécialistes étaient bilingues. Tous les gens que nous espérons interviewer étaient bilingues. En plus tous mes collaborateurs étaient bilingues. Je n’avais pas un critère de « pureté ethnique », mais il s’est trouvé qu’ils étaient tous Cadien. Commençant par les historiens Carl Brasseaux, et Barry Ancelet, mes collaborateurs les plus proches depuis le début, en passant par le scénariste Charles Richard et le réalisateur Par Mire, pour en finir avec toute l’équipe qui étaient d’héritage Cadien pour la plupart. Je suis fier de cet aspect du projet. Sans le vouloir absolument, le documentaire est vraiment un regard sur l’histoire de la communauté cadienne vu par l’intérieur.

Bien que j’aie été absolument déterminé à faire les deux versions, c’est-à-dire de tourner en anglais est en français, à la veille du tournage en août 1998, je me suis rendu compte que c’était une folie de tenter un tournage dans deux langue simultanément. Il aurait été difficile voir impossible de continuellement changer de langue, et de changer de bobine (nous tournons et 16mm). C’aurait donné un film complètement disjoncté en plus d’un cauchemar (ou même plusieurs) pour le débutant producteur que j’aie été. Avec beaucoup de réticence, je me suis rendu à l’évidence que pour arriver à notre premier objectif, celui de raconter l’histoire des Cadiens aux Cadiens eux-même, il fallait assurer la production de langue anglaise d’abord.

Nous avons bien réussi. Against the Tide a été diffusé en 2000 sur les ondes de la Louisiana Public Broadcasting et ensuite à travers les Etats-Unis. Il a été décerné meilleur documentaire historique de l’an 2000 par le National Educational Television Authority. L’impact dans la communauté a été très positif. Je ne dirais pas que ça changer la mentalité des Cadiens vis-à-vis leur langue et leur culture d’une façon éblouissante, mais dans le domaine de la culture, les vrais changements prennent du temps. Sinon il s’agit de la mode. L’impact du documentaire sera mieux connu à la longue, mais je suis convaincu qu’il sera très positif pour la langue française et la fierté cadienne. Malgré la reconnaissance obtenue, et le succès du documentaire aux Etats-Unis, je restais frustré de ne pas avoir réalisé une version française. Là encore, les esprits bienveillants sont intervenus.

Depuis le tout départ de ce projet, il y avait des Canadiens francophones qui nous sont venus en aide. D’abord René Léger et Liane Roy de la SNA. André Gladu, cinéaste québécois et ami de longue date est descendu en Louisiane pour nous donner, très généreusement, les bénéfices de son expertise. Au début il y a eu question de collaboration avec des producteurs canadiens, mais le labyrinthe d’une production inter-frontière était trop compliqué pour que je puisse trouver des solutions à tous les problèmes posés par une telle collaboration. Dès le début du projet, Pierre Touchette, de Amérimage-Spectra était impliqué. Quoique nous n’eussions pas résolu les problèmes d’une collaboration Canado-américaine, Pierre a continué à travailler dans le but de réaliser une version française. Grâce a sa ténacité, en août 2001, nous avons pu commencer le tournage de Contre vents, contre marées.

Pour la version française, dû aux exigences d’une production canadienne, nous étions obligé de former une équipe canadienne. Mais l’effet de cette contrainte a été très positif. Cette exigence a donné à ce deuxième tournage un nouveau point de vue. Pour moi, le fait d’être obligé de réévaluer notre projet et de solliciter une autre vision, était extrêmement positif. Ça nous a obligé de revisiter tous les détails de notre production ce qui a donné non simplement une adaptation de la version anglaise, mais une toute nouvelle version, avec un point de vue entièrement francophone. Il y a des différences très évidentes entre les deux versions. Against the Tide est plus didactique. Il est certainement plus chronologique. Il y a un narrateur classique dans le sens que le narrateur parle directement à la caméra. Contre vents, contre marées, par contre, n’a pas de narrateur, mais se déroule à l’intérieur d’une réflexion identitaire, ce qui est beaucoup plus touchant pour un public francophone quand il s’agit de la question de survie communautaire. Les deux versions sont très fortes, chacun pour des raisons assez différentes, mais tous les deux raconte l’histoire des Cadiens d’une façon inspirante.

La réalisation de Contre vents, contre marées a exigé la formation d’une nouvelle équipe. Nous avons confié la réalisation à Jean Bourbonnais. En plus d’être un réalisateur d’expérience et de talent, Jean venait de tourner un autre film en Louisiane (Vent libre sur la radio). Sa connaissance de la culture cadienne lui a permis d’aller encore plus loin dans sa recherche pour ce projet. Le scénario a été écrit par Erik Charpentier. Originaire de Québec, Erik vis en Louisiane depuis huit ans. Son point de vue de francophone est unique et ça lui a permis de plonger dans les profondeurs de la culture louisianaise. Nos deux « vedettes » étaient Barry Ancelet et Antonine Maillet, tous les deux ayant participé au tournage de Against the Tide. Encore une fois, ce projet a permis à ces deux spécialistes d’approfondir leur questionnement sur leur propre culture, et de revisiter les principaux thèmes de l’histoire cadienne non simplement comme connaisseurs, mais aussi comme participants.

Le 15 août, 2001, Jean Bourbonnais est venu me rejoindre à Caraquet, Nouveau-Brunswick. Je venais de jouer la Fête des Acadiens. Tout de suite après le spectacle, nous avons mangé un repas hâtif dans un restaurant chinois, et nous sommes partis vers le Sud, coupant à travers le cœur du Nouveau-Brunswick comme un couteau. Nous étions sur une mission. Le lendemain nous avons rejoint l’équipe de tournage venue de Montréal et nous avons commencé à filmer à Bouctouche chez Antonine Maillet. Trois jours plus tard, nous sommes partis pour Montréal, la valise remplie de bande cinéma. Normalement nous devons tourner en Louisiane lors du Festival Acadien qui a lieu à la fin septembre. Le tournage était dû de commencer le 14. Les événements du 11 septembre nous ont obligé de changer nos plans.

Ça me paraissait très difficile de remplacer le tournage du Festival étant donné que c’est le plus grand rassemblement de musiciens jouant dans la tradition française de la Louisiane. En plus c’est un événement hors pair dans le calendrier très chargé de festivals louisianais. J’ai longtemps miséré pour trouver quelque chose qui allait pouvoir remplacer ce festival. En plus de regrouper la plupart des musiciens cadiens, ce festival démontre bien la joie de vivre qui est typique de mon pays, manifestée, comme elle est souvent, à travers la fête publique. Finalement, nous avons décidé de filmer un événement qui est en quelque sorte l’image miroir du festival. Tous les ans en fin janvier, Barry Ancelet, organisateur du Festival Acadien et proche voisin, invite ses amis à un cochon de lait. C’est une façon pour lui de remercier les gens et surtout les musiciens qui participent au Festival. C’est une espèce de mini-festival chez lui avec une foule plus modérée, quelques centaines d’invitées parmi lesquelles se trouve la plupart des Cadiens militants.

Nous étions bénis par le temps. Le mois de janvier est souvent très maussade en Louisiane. Mais parfois il est magnifique. Cette fois ci, il était magnifique. Nous avons eu une semaine de très beau temps, encore une preuve, si j’en avais encore besoin, que ce projet profitait d’une bienveillance spirituelle provenant des ancêtres. Ça paraît ultra romantique, mais il y avait un si bel esprit dans ce projet que je ne peux pas m’empêcher de penser que nos ancêtres déportés nous envoyaient du bon gris-gris. Pour la première fois, on racontait leur histoire et rendait hommage à leur détermination. Les épreuves que j’ai connues en travaillant ce documentaire n’étaient rien comparées aux souffrances que nos ancêtres ont non simplement connues, mais sont arrivées à dépasser. Je suis convaincu qu’ils nous envoyaient de l’énergie positive. Dès que je rencontrais des problèmes lors de la production, je pensais aux hommes, femmes et enfants, entassés dans les cales de bateaux, partis en exil, arrachés brutalement de leur Acadie pour toujours.

Pendant le tournage de Against the Tide en Nouvelle-Ecosse, nous avons passé une journée au Grand Pré, site de la plus grande déportation (il y avait plusieurs site d’imbarquement). Je suis arrivé à ce lieu avec beaucoup de trépidation, l’ayant visité une fois auparavant, en 1975. Suite à cette première visite, j’avais quitté en faisant serment de ne jamais y retourner, la peine étant trop grande. Mais une visite au Grand Pré était incontournable, alors je me suis résigné à confronter ces émotions de nouveau. Je suis arrivé avec une paix intérieure et même je dirais avec le pardon dans mon cœur. Le tournage ce jour-là a été sans faille, d’une efficacité étonnante. Tout se passait bien. Le ciel était d’un bleu éclatant sans la moindre trace de nuage. En plus, pendant toute la journée deux pygargues, aigles à tête blanche, survolait le tournage. Ils nous ont jamais quitté. Je crois que c’était un signe. Je ne suis pas superstitieux plus que ça, mais je me disais que c’était l’esprit de nos ancêtres qui veillait sur nous. Deux aigles dans le fond du ciel, volant en liberté. Ça me faisait chaud au cœur. Comme ce documentaire qui raconte, enfin, l’histoire de mon peuple.


mis à jour le 6 novembre, 2002

Kyudo, La voie de l’arc.

Je pratique de la méditation de tendance Zen depuis trente ans. En 1968, j’ai découvert tous les arts qui allaient influencer ma vie. D’abord la musique. À la fin des années soixante, la culture musicale dans laquelle je nageais était d’une richesse extraordinaire. En plus des auteurs-compositeurs, tel que Bob Dylan et Paul Simon,, il y avait une pléthore de groupes qui faisaient, chacun de sa façon, de nouvelles expériences. Parmi les plus influents sur mon propre écriture étaient les Byrds, Jefferson Airplane, It’s a Beautiful Day, Quicksilver Messenger Sevice, et The Doors, sans oublier la tendance-blues de Elvin Bishop, Paul Butterfield et Johnny Winter. Directement lié à toute cette effervescence était un phénomène parallèle qui la nourrissait : la poésie des « Beats ».

La musique de cette époque était certainement la plus osée que j’ai connue et je suis persuadé que l’esprit de création de la fin des années soixante n’as pas été reproduit depuis. Dans ce tourbillon expérimental, la poésie venait souvent rejoindre la musique. Je pense aux enregistrements des Doors et de Tim Buckley ainsi que la collaboration entre les chanteurs « folk » et les poètes Beats.

J’ai rencontré Allen Ginsberg une seule fois et cela en 1969. Il est venu à l’université où je passais mon temps à faire mes propres expériences contre-culturelles et d’écrire mes premières chansons. Il est venu présenter sa poésie dans un petit théâtre. Assis sur quelques coussins par terre à l’Hindou, il déclamait en s’accompagnant à l’harmonium. L’après-midi de sa prestation, je l’avais aperçu sur le gazon jouant son instrument. Il était seul et je me suis assis à côté de lui sans invitation. On a passé l’après-midi ensemble sans interruption. Il me parlait de la méditation et d’autres choses, me donnant mon premier mantra bouddhiste. Je ne sais pas si je m’étais branché sur la question auparavant, mais à partir de ce moment, au printemps de 1969, j’ai commencé à pratiquer de la méditation.

Je n’ai jamais cherché un maître. Mon expérience avec la religion catholique m’a détourné de la soumission spirituelle. En plus, un des préceptes le plus cher de la contre-culture des années soixante était la résistance à toute autorité, autant parentale et politique que spirituelle. Dans la philosophie bouddhiste, on est encouragé de chercher sa propre voie. On nous dit même que la vérité absolue n’existe pas et même si elle exisait, il sera impossible de la reconnaître. En plus je trouve l’intégration du physique et du spirituel tel que pratiquait par le zazen (l’étude de l’esprit par l’observation de son corps, et surtout de la respiration) est très séduisant,. Dans la tradition religieuse judéo-chrétienne, on nous apprend que le corps est une bête sauvage qu’il faut apprivoiser. La culpabilité attachée à la sexualité était la raison principale que j’ai délaissé les préceptes de l’église catholique qui avaient encadré mon enfance. Avec le Bouddhisme, j’ai découvert une façon d’exprimer une spiritualité qui n’était pas basée sur la culpabilité et la répression. Ce que le Bouddhisme m’encourage à faire est de pratiquer la recherche de soi à travers la méditation assise, le zazen.

C’est très normale qu’un poète était la plus grande influence sur ma recherche spirituelle. Gary Snyder reste encore la plus grande influence sur ma poésie, mais à l’origine, ses poèmes avaient une importance pour moi qui dépassait le simple style littéraire. Il parlait des choses ordinaires, des crottes de chevreuils sur un sentier dans le bois, des lichens au bord d’un ruisseau. Cette approche est essentiellement orientale, essentiellement Zen. Grâce à Snyder j’ai découvert la poésie qui réside dans les choses les plus communes. J’ai aussi découvert les magnifiques traductions du chinois et du japonais de Kenneth Rexroth (One hundred poems from the Chinese, One hundred poems from the Japanese, New Directions éditeur) et la magnifique poésie de Tu Fu (Dynastie T’ang 713-770A.D.) qui est pour moi le plus grand poète de tous les temps. Cette façon d’exprimer l’inexprimable en décrivant les choses les plus simples de la façon la plus directe est la quintessence de l’haiku, et le cœur de la philosophie Zen.

Toujours sans maître (je suis ce qu’on appelle Pratyeka, un qui cherche sans maître), j’ai suivi ma voie passant à travers des périodes de pratique et de négligence de pratique. Autodidacte en Zen, je lisais les livres que je trouvais sur mon chemin : Teisen Deshimaru, Dainin Katagiri (Returning to Silence), Shunryu Suzuki (Zen Mind, Beginner’s Mind) et le magnifique « Zen Training » par Katsuki Sekida. Beaucoup de livres qui traite du Zen parlent de sa philosophie, chose qui est assez abstraite et parfois même incompréhensible. Voici enfin un livre qui parle de ce qu’il faut faire pour pratiquer la méditation, sa technique, comment s’asseoir, comment respirer, et que faire.

Pendant ce fameux printemps de 1969, j’avais lu « Zen et l’art chevaleresque du tir à l’arc » par Eugen Herrigel, un philosophe occidental ayant vécu au Japon qui s’est mis au Kyudo pour s’approcher du Zen. Ce livre faisait partie de ma bibliothèque, rangé avec plusieurs tomes dont j’avais oublié la plupart. Je me souvenais par contre, que le tir à l’arc est utilisé par certains moines Zen comme une pratique de méditation. Alors, un jour en sortant d’un restaurant végétarien de la rue St. Denis à Montréal, j’ai ramassé un petit dépliant. Sur la page de couverture, on voyait le dessein d’un archer japonais, et l’inscription : Kyudo, la voie de l’arc. J’ai été suffisamment intrigué pour assister à une soirée d’exposition quelques semaines plus tard, et suffisamment séduit par cette soirée pour passer à l’initiation.

Il y a tout dans le Kyudo pour me séduire. D’abord le style. Le tir est pratiqué avec un arc asymétrique, un Yumi, fabriqué de bambou et de bois dur laminé. Tous les objets, le gant (Gake) l’uniforme (hakama, obi et doji), le cible (makewara), les flèches (ya) sont d’une élégance simple, caractéristique de l’art japonais. Mais encore plus séduisant est la philosophie. On nous dit que le maître n’est autre que le Yumi, l’arc même, et donc l’arc nous apprend la voie. Le but n’est pas de frapper le « bull’s eye », mais de « polir son esprit ». Il n’y a même pas de cercle marqué sur le makewara. Le travail s’agit non pas d’améliorer ses talents d’archer, mais d’approfondir sa discipline intérieure, d’aller plus loin sur la voie.

Au XVIe siècle, l’arme à feu est arrivé au Japon avec les portugais. Du coup, les archers se trouvaient au chômage. Les moines Zen ont repris cette arme pour en utiliser dans une pratique de méditation. L’école que je fréquente est associée au maître Onyumishi Kanjuro Shibata, qui est le vingtième de son lignage. Il est le premier à emmener le Kyudo aux Etats-Unis, une espèce de Bodhidarma des temps moderne, l’arc en bambou à la main. En 1980 à l’invitation du vénérable Chogyam Trungpa Rinpoche, maître dans la tradition bouddhiste tibétaine, Kanjuro Shibata est venu en Amérique du Nord du Japon pour enseigner le Kyudo. Il a fondé le Ryuko Kyudojo (Dojo du Dragon-Tigre) à Boulder en Colorado. Le dojo est associé au Naropa Institute, école fondé par Rinpoche qui, lui, est venu aux Etats-Unis à l’invitation d’Allen Ginsberg. Comme le monde est petit.

Cet été j’ai rencontré le Sensei (maître) lors d’un stage qu’il a donné à Montréal. Il passe une grande partie de l’année en voyage en Amérique du Nord ainsi qu’en Europe, visitant plusieurs des dojos qu’il a fondés. Il est âgé de quatre-vingts ans, et ne tire plus, mais continue à voyager pour enseigner. Il est assisté depuis plusieurs années par Sam West, un occidental qui a consacré sa vie au Kyudo et au maître. Sam sert de traducteur et instructeur. Pendant le stage, le Sensei restait le plus longtemps assis, observant, faisant des remarques de temps à autre. Il parlait une espèce de pidgin anglais-japonais. Les peu de choses qui a dit étaient simples et efficaces comme le trajet d’une flèche bien tirée.

La première chose que le Sensei soulignait est l’importance du « cœur ». Il nous encourageait de tirer, d’agir, et de vivre avec « cœur ». Il pointait souvent vers sa poitrine en disant « Number one, heart . Numéro un, cœur ». Autre chose qui m’a frappé était les trois préceptes du samurai : shi, jin et yu. Shi signifie écouter les autres sans vouloir imposer sa volonté, mais d’écouter avec toute son attention, son cœur ouvert. Jin signifie faire pour les autres sans idée de récompense. Yu signifie détermination, chose que le Sensei illustrait en se grinçant les dents, la mâchoire serrée. Il attache beaucoup d’importance à la détermination, à ne jamais abandonner, à continuer en face de toutes les difficultés. Le Kyudo est pratiquement impossible. C’est la recherche de l’éveille à travers une suite de mouvements inhabituels et exigeants où l’on tente l’intégration de tout son être dans le présent. Ce n’est autre que la méditation avec une arme à la main. La détermination est fondamentale si l’on espère progresser. On dit qu’il faut dix ans avant de savoir comment bien tenir le Yumi. Pendant les séances de questionnement, en guise de réponse aux diverses questions qu’on lui a posées, le Sensei souvent demandait une question à son tour : depuis combien de temps pratiquez vous ? La réponse provoquait un soupir comme pour dire « ah, bon ». Ce qui voulait dire que la réponse à la question du kyudoka (apprenti) allait se révéler elle-même avec le temps. Si on pratique, bien entendu, avec Yu, avec détermination.

Après un an de pratique, je peux dire que j’ai fait beaucoup de progrès. Et je peux dire aussi qu’il me reste beaucoup de progrès à faire avant de trouver l’éveille. J’arrive à manipuler mon Yumi suffisamment bien pour faire partir le Ya, et j’arrive à faire les coordinations sans me perdre de trop. Mais d’arriver à tirer d’une façon concentrée, de pouvoir observer le monde à l’intérieure autant qu’à l’extérieure sans préjugé et sans réaction, d’atteindre l’éveille, prendra un peu plus de pratique. L’idée me fait rire. J’espère tout simplement de continuer ma pratique avec élégance et détermination et de faire de mieux en mieux. Comme disent les maîtres : l’éveille est nul autre que la pratique, mais si l’on cherche l’éveille on perds son temps. Comme on dit dans le Kyudo, « Une flèche, une vie. » Ou bien, « Pousse la pierre dans le sens qu’elle veut aller ». Ou bien, « Pour apprécier le sommet, il faut escalader la montagne. »


mis à jour le 2 octobre, 2002

J’ai une relation parfois difficile avec la tradition musicale de mon pays. Difficile dans la mesure que cette relation n’est pas nette. Elle est compliquée parce que paradoxale. Je suis un auteur-compositeur associé par mon engagement et mon style à une culture musicale qui est à la fois riche et limitée. Si tout cela paraît complexe, j’avoue que ce n’est pas très claire. Dans ce monde de marketing où l’on a besoin d’étiqueter toute chose pour pouvoir mieux cibler une tranche démographique et donc pourvoir mieux vendre, j’ai toujours étais et je persiste à être incatégorisable. Je suis auteur compositeur bilingue, de culture cadienne-américaine, de tendance « roots ». La dernière fois que j’ai vérifiée dans un magasin de disques, il n’y avait pas de telle section encore. Ma relation avec la tradition musicale elle-même n’est pas très claire non plus. J’ai été inspiré par la musique française de la Louisiane, surtout des années 30, 40 et 50, mais je ne me considère pas un musicien traditionnel selon sa définition la plus stricte. Je joue l’accordéon et j’ai passé une grande partie de ma vie à jouer les bals en Louisiane, mais mon répertoire est de ma propre composition et dans un style qui est de plus en plus éloigné de ce qu’on considère comme étant la musique traditionnelle cadienne. Comme dit les chinois—nager contre courant fait sourire les alligators.

La musique qui a influencé ma jeunesse est la musique américaine des années 60. Rolling Stones, Bob Dylan, The Byrds, Simon and Garfunkle. Je n’ai pas commencé à m’intéresser à la tradition musicale de mon pays avant que j’eusse trouvé un contrat de disque à New York pour un album qui (High Time) était majoritairement de langue anglaise et de style américain. Grâce à ce contrat, je me suis acheté un accordéon diatonique, dit. »Cajun ». L‘acquisition de cet instrument m’a traîné dans l’univers de ce qu’on appelait la « musique française », ce qu’on appelle aujourd’hui la « Cajun music ». J’ai découvert cette tradition non pas grâce à ma famille ou de mon entourage, mais grâce aux disques. En 1972, j’ai passé six mois à apprendre à jouer cet instrument étrange. J’avais la passion du nouveau converti et je me suis lancé dans l’étude de cette musique avec un dévouement nourri par la force de mon propre héritage. La musique cadienne était pour moi non simplement un style de musique entraînant, mais aussi, et surtout, la manifestation de mon identité francophone. De jouer la musique en français en Louisiane était une revendication identitaire voire politique. La musique n’était pas détachée de mon engagement envers la culture cadienne et la langue française. Je ne percevais pas la musique comme une fin en soi, mais comme un outil culturel. Bien sûr j’ai été séduit par les enregistrements de Aldus Roger, Ambrose Thibodeaux, et surtout de Ira Lejeune, mais je ne souhaitais pas seulement interpréter leurs chansons. Je souhaitais utiliser la tradition musicale comme un tremplin pour m’exprimer en français. Dans ce sens, la tradition musicale cadienne a été pour moi, une inspiration autant littéraire que musicale,

Dès le début, j’ai été critiqué par les puristes. On m’as raconté la réaction d’un de mes confrères lors de son écoute de mon premier album de langue française, Bayou des Mystères. Il disait en lançant l’album à travers la pièce, --Ce n’est pas cadien, ce n’est pas country, ce n’est pas rock and roll, c’est de la merde. Ce pouvoir d’agacer les puristes a toujours été pour moi une grande satisfaction. Les puristes sont trop fermés d’esprit pour apprécier quoi que ce soit qui ne correspond pas à leurs critères sectaires. Et tant mieux si je les excitais. Ce que j’essayais de faire en emmenant l’accordéon et le violon dans un contexte plutôt « rock » était de fabriquer un métissage, de créer une nouvelle musique qui serait la fusion de la tradition française de mon pays avec la musique contemporaine. Je ne prétends pas avoir réussi cette tentative, mais au moins j’ai essayé.

Quand j’ai acheté ce premier accordéon de Marc Savoy, fait en bois de rose et orné d’ivoire et d’argent, je ne connaissais personne dans mon entourage immédiat qui pouvait m’apprendre à le jouer. Il avait dans mon village un monsieur Félix Richard que l’on disait avait joué dans le temps. Comme beaucoup de musiciens locaux, il avait abandonné la musique pour élever une famille, faisant sa vie comme charpentier. Ces dix enfants lui demandaient beaucoup d’attention et la musique a été confinée a un recoin de son passé et couvert de la poussière de la moitié de sa vie. Mais la flamme brûlait encore dans son cœur. Quand je suis allé le voir, ça faisait plus de trente ans qu’il n’avait pas tenu un accordéon entre ses mains. On se connaissait, mais de loin. Sa famille et la mienne, malgré le nom qu’on partage, ne sont pas proche parent, et donc, on se voyait à l’église ou chez le barbier, puis c’est tout. Il était d’accord pour m’apprendre. Mais pour cela, il fallait qu’il réapprenne lui-même. Il a pris mon accordéon cette première fois avec une certaine réticence, comme si on lui posait un bijou précieux dans les mains. Il a commencé à tirer dessus, d’une façon très hésitante d’abord, mais fûr et à mesure que l’après-midi s’écoulait, il se trouvait de plus en plus à l’aise et les chansons sortaient de sa mémoire les unes après les autres comme si le barrage qui les avait retenus pendant ces trois décennies s’est soudainement effondré.

J’ai commencé à visiter Monsieur Félix tous les dimanches après-midi. C’est devenu notre petite tradition à nous. Il jouait mon accordéon et je le regardais faire, essayant de mémoriser les mouvements de ses doigts. Chose impossible. Malgré les années d’abandon, la musique sortait de son cœur comme l’eau d’un geyser. Après avoir fini une chanson, il riait un coup et poussait un petit soupire de plaisir comme pour dire, --Ca c’est une bonne.

Le père de Monsieur Félix, Kaliste Richard, était un musicien reconnu dans le pays. La plupart du répertoire de Monsieur Félix était héritée de son père. Mais il a emmené sa touche personnelle. Félix Richard était un grand homme, de taille comme d’esprit. Il avait le front dégagé et le nez romain. Il tenait cela du côté des Allendez, du côté de ces ancêtres espagnols. Quand il jouait, il avait le regard d’un oiseau de proie. Mais il avait le cœur d’un agneau. Il nous donnait des leçons toutes les fins de semaine, sans demander quoi que ce soit en retour. Il était fier de l’attention qu’on lui portait.

Dans peu de temps, Monsieur Félix s’est acheté son propre accordéon. C’était un « Petit noir » un de ces accordéons d’avant-guerre si apprécié dans le pays, qu’il avait trouvé, je ne sais où. Avec son accordéon et entouré de ses fils, Kenneth et Sterling, à l’âge de la retraite, il a commencé une nouvelle carrière, ou plutôt, il a repris sa carrière de musicien délaissé trente années auparavant. Il a commencé à jouer dans les salles de danse du sud de la Louisiane, et de faire des voyages à travers le pays. Il n’a jamais enregistré, méfiant du commerce de la musique, et tenant ce vieux principe qui veut qu’on emmène tout ce qu’on a créé avec nous quand on part au paradis. Il est mort en 1993.

Quatre ans après que j’ai visité Monsieur Félix pour la première fois, Horace Trahan est né dans le village de Vatican, quelques kilomètres au Sud de chez Félix Richard. À l’âge de seize ans, Horace s’est intéressé à la musique cadiene et à l’accordéon, chose assez curieuse pour la génération de la musique heavy métal. Comme d’autres l’ont fait avant lui, il est allé chez Monsieur Félix lui demandait conseille. Mourant du cancer, dans la souffrance continuelle, Félix Richard avait encore du temps pour montrer à un nouveau jeune comment tenir « la barloque » et comment la haler.

Quand mon voisin et cher ami Barry Ancelet m’a demandé de jouer cette année en hommage à Félix Richard, je n’ai pas hésité une seconde. Question de repayer une partie de ma dette. On a répété deux fois, Michael Doucet, Kenneth Richard, Horace Trahan, et moi, faisons le répertoire standard de Félix, Horace me racontait comment les puristes sont en train de lui cracher dessus parce qu’il a osé dépasser les frontières établies explorant un territoire nouveau entre la musique Cadienne et le Zydeco. La tradition continue. Je suis assez fier qu’il ait maintenant une nouvelle génération pour faire chier les folk-nazis. Pour ce spectacle, néanmoins, Horace jouait dans un style hérité directement de Monsieur Félix. En fait, de tous les joueurs d’accordéon en Louisiane, Horace Trahan est celui qui joue le plus dans le style de Félix. Sur scène on était rejoint par Tammy à Félix Richard, et par le petit-fils à Monsieur Félix qui jouait le petit fer, le triangle. L’émotion était très forte pour nous tous cette journée trop chaude de fin d’été. Pendant qu’on jouait, au creux de ce dimanche après-midi humide et calme, le ciel s’est couvert brièvement, une rafale de vent du Nord souslevant la poussière. Pendant quelques minutes, l’orage menaçait. Mais le temps s’est calmé aussi tôt et tout est devenu aussi tranquille qu’auparavant. C’était Monsieur Félix qui passait. Il nous disait qu’il était fier de nous.


mis à jour le 3 septembre, 2002

2e partie. La différence (d’un point de vue autant social qu’historique) entre un Québécois et un Acadien est que le Québécois fait partie d’un peuple conquis, tandis que l’Acadien fait partie d’un peuple déporté. C’est important de se souvenir que le traité de Paris, qui a effectivement banni la France d’Amérique, garantissait l’habitation du territoire québécois par les gens qui y habitaient déjà. Par contre les Acadiens n’avaient aucun droit d’occupation pour la simple raison que les terres qui leur appartenaient avant la déportation étaient occupées par des Anglais, en grande partie des gens de la Nouvelle-Angleterre qui ont reçu les terres des Acadiens (et parfois même leurs maisons) en guise de compensation pour avoir participé à la guerre. Il n’y avait pas de question que les Acadiens déportés allaient réintégrer leurs terres. Cette différence de situation explique beaucoup la différence d’attitude entre les Québécois et les Acadiens de nos jours.

Pour les Québécois conquis, la confirmation de leurs droits de propriété (ainsi que les lois y gouvernant), de leur langue, et de leur religion faisait partie de la constitution imposée au Canada par l’Angleterre. Suite à la paix, les quelques 1500 Acadiens qui se trouvaient encore dans les provinces maritimes avaient le droit d’y habiter, mais non pas sur leurs anciennes terres. Cette précarité de situation a enlevé à la communauté acadienne la sécurité qui existait au Québec. Les Québécois savaient qu’ils allaient rester chez eux. Les Acadiens qui se sont trouvé au Nouveau-Brunswick et à la Nouvelle-Écosse suite à la Guerre de Sept Ans, par contre, ont pris longtemps avant de se sentir chez eux. Le spectre de la déportation planait au-dessus de la communauté comme un nuage de feu de maison. Le traumatisme de la déportation est un aspect profond du caractère acadien même de nos jours. Cela va loin pour expliquer le bon-ententisme acadien qui est si choquant et, d’après moi, si mal compris des Québécois.

Le taux d’assimilation au Nouveau-Brunswick n’est que de 30%, le plus petit pourcentage d’assimilation de toutes les communautés francophones hors Québec. Je dis « n’est que » avec de l’ironie évidente. Cette assimilation est assez catastrophique. Mais les taux sont bien plus élevés ailleurs. 100% en Louisiane et en Terre-Neuve, 70% dans l’ouest canadien. À la Nouvelle-Écosse, on critique les parents acadiens qui préfèrent l’éducation anglophone pour leurs enfants. Mais, avant de les condamner, il faut se mettre à la place de ces parents. Ce qu’ils font, comme tous les parents du monde, c’est d’essayer de donner la meilleure éducation possible et donc le meilleur avenir possible à leurs enfants dans le contexte de leur société actuelle. Chose que les Québécois ont du mal à concevoir. D’un point de vue francophone, c’est attristant, mais la situation n’est pas peinte en noir et blanc.

La proposition de jouer la Fête du Canada me mettait devant un dilemme sachant les sentiments forts que cette fête provoque ainsi que tout le symbolisme qui y est attaché. Avant d’accepter, j’ai consulté mon entourage. Il faut bien dire que j’ai été réticent (voir le rapport d’août). Mon équipe, qui est entièrement québécoise et certainement souverainiste de cœur, n’a exprimé aucun gêne. En fait ils étaient contents de travailler. Même chose pour mon agent qui est québécois et souverainiste confirmé. Une occasion de prendre l’argent du Canada, il disait. Tant qu’à mes amis acadiens, ils ont été plutôt surpris que j’hésite. Finalement j’ai consulté mon père, qui est Américain, comme moi, et francophone militant, comme moi. Il disait que je devrais me sentir fier d’être le premier non-Canadien à jouer pour la Fête du Canada. Surtout depuis que le Canada a prêté la main aux USA pendant le 11 septembre. Effectivement je suis le premier citoyen américain qui joue pour la Fête du Canada. Je crois que ça vaut la peine de signaler que j’ai chanté en français et que je me suis adressé à la foule en français, et que je suis autant militant francophone que je l’étais avant la Fête du Canada.

Je dois signaler aussi que depuis mon retour au Québec voilà cinq ans, je n’ai jamais été invité à jouer pour la Fête de la Saint Jean, ni à Québec, ni à Montréal. Je n’ai pas accepté de jouer à la Fête du Canada pour régler mes comptes avec la Société Saint Jean-Baptiste, mais je dois avouer une certaine frustration à ne jamais recevoir l’invitation à célébrer la Fête Nationale avec les Québécois. Je ne peux pas non plus m’empêcher de penser qu’une des raisons sinon la raison principale de ce fait est tout simplement que je ne suis pas « pure laine », c’est-à-dire pas Québécois ou suffisamment Québécois. Malheureusement il existe un esprit de fermeture, dans une partie du mouvement nationaliste et cela m’attriste car il érige une barrière insurmontable entre le Québec et les autres communautés francophones.

Je ne pense pas que le Québec prenne le bon chemin en fermant sa porte au monde. Cela dit, la relation entre le Québec et les minorités francophones hors Québec est difficile. Le Québec est confronté avec un dilemme : comment soutenir la francophonie nord-américaine et en même temps maintenir l ‘intégrité de sa culture à l’intérieur de ses frontières. Il me semble que le Québec depuis très longtemps a abandonné toute idée de soutenir la francophonie hors ses frontières. Moi-même je suis venu au Québec pour la première fois en 1974 grâce à la délégation du Québec à Lafayette, bureau qui a fermé ses portes à mon grand chagrin, il y a vingt ans. Dans la mesure où le Québec ne se considère plus attaché à la francophonie continentale, il est contradictoire, voire hypocrite, de critiquer les francophones hors Québec quand ils ne soutiennent pas le projet d’indépendance. C’est très attristant pour moi de constater que les Québécois et les francophones hors Québec se trouvent en opposition. Diviser pour conquérir. Durham doit rire dans sa tombe. À l’intérieur de la confédération canadienne, les espoirs des minorités francophones sont irréconciliables avec l’espoir d’un Québec souverain. Dans cette situation, les descendants des conquis comme les descendants des déportés sont mis à l’épreuve.

Un Québec souverain sera, selon la plupart des francophones hors Québec, dans l’impossibilité de leur venir en aide. Les Acadiens, qui sont probablement les plus grands bénéficiaires de la politique bilingue fédérale, sont terrifiés par l’idée d’un Québec indépendant. Sans le Québec à l’intérieur d’une confédération canadienne, les Acadiens, comme tous les francophones hors Québec, seront à la merci de la majorité anglophone et donc dans une situation beaucoup plus fragile que la situation dans laquelle ils se trouvent actuellement. Les Québécois ont beau les assurer du contraire, on ne peut pas convaincre les francophones hors Québec que la souveraineté du Québec ne sera pas le son de glas de leurs communautés. Et voilà pourquoi de si vive confrontations. J’ai le souvenir d’une conversation brutale entre Gaston Miron et Antonine Maillet à ce sujet. Des gens de grand talent, des auteurs francophones nord-américains au sommet de leur métier commun, se déchirant au sujet du Canada.

La différence entre Québécois et Acadien est confirmé par leur passé politique respective. Pendant les années 70, il y avait un parti politique nationaliste en Acadie. Mais le Parti Acadien n’a jamais réussi à élire un seul député. Peuple déporté en situation minoritaire. Comparé au progrès du Parti Québécois durant la même période, la fosse entre Acadien et Québécois paraît d’autant plus grande.

Finalement j’ai décidé de chanter sous la feuille d’érable au nom de tous les francophones du Canada. J’ai été très conscient du symbolisme de mon geste et du fait que je me mettais en avale d’une critique sévère. Mais je me suis dit que les Québécois devaient admettre ma situation, et s’ils n’acceptaient pas mon point de vue, tant pis pour eux. Il y a plusieurs interprétations de cette soirée, dépendant de son orientation politique: « Francophone militant citoyen américain chante la fête de la soumission de la race française au Canada pour honorer les francophones hors Québec et ceux du Québec y compris ceux qui vont le dénoncer pour assister à la célébration de cette confédération dominée par les descendants de leurs conquérants. (Compliqué n’est-ce pas) Ou bien,’ chanteur américain chante la fête de l’allié la plus proche (dans tous les sens) de son pays natal ». Ou bien, « chanteur francophone chante la fête de ce magnifique pays qui est le Canada et qui fait une place pour la race française sur le continent nord-américain ». Ou bien plus terre-à-terre, « salopard chante pour l’argent ». Il faut bien dire que le festival le plus payant au Canada est la fête du Canada. L’argent du gouvernement. Et donc, en partie, l’argent des Québécois. Je n’ai pas honte de le dire. Je suis américain, après tous, neveu de mon Oncle Sam.

Dans cette soirée chargée de symbolisme, dont les répercussions font toujours ricochet dans mon cœur et le feront encore longtemps, il me reste une image très forte. La scène sur laquelle on jouait se trouvait au pied d’une douce colline. Les spectateurs étaient rangés sur la côte qui servait d’amphithéâtre naturel. Derrière moi, au fond de la scène, était un insigne qui proclamait la Fête du Canada avec une petite feuille d’érable, une espèce de drapeau canadien déguisé et très discret. Sur le haut de la colline en face de moi, dominant le tout, et en pleine vue pendant toute la soirée, bien éclairé depuis le musée sur lequel il flottait, je voyais les fleurs de lys et le champ bleu du drapeau du Québec. Pendant que je chantais, je l’avais toujours dans l’œil.


mis à jour le 31 juillet, 2002

Ô Canada. Dans le Journal de Québec le lendemain de mon spectacle lors de la Fête du Canada, Pierre Falardeau, le cinéaste québécois, a été cité. Il disait que les artistes qui jouent la Fête du Canada sont des « salopards ». Bien que je trouve qu’il est allé fort, (Falardeau est connu pour la virilité de ses opinions surtout en ce qui concerne l’indépendance du Québec), je dois dire que je suis d’accord avec le fond de sa critique. La confédération canadienne a été conçue pour mettre les francophones en position minoritaire et donc d’assurer la suprématie des anglophones, un processus qui a commencé avec la conquête de 1759, et qui est allé d’étape en étape jusqu’à Lac Meech. Pour certains, de célébrer la confédération canadienne est de célébrer la mise en minorité des francophones dans leur propre pays. La question est donc pourquoi, francophone militant que je suis, j’ai accepté de le faire. Dans ce rapportage à plusieurs volets, je vais essayer d’éclaircir ma pensée vis-à-vis la souveraineté du Québec et la situation des minorités francophones en Amérique du Nord.

Dans un premier temps, je dois dire que je suis très sensible aux sentiments des séparatistes. Si j’étais québécois, je serais séparatiste, et probablement parmi les plus intraitables. Mais je ne suis pas québécois, et mon identité francophone est ancrée dans une réalité qui est fondamentalement différente que celle du Québec.
Mais d’un point de vue québécois, il est évident que la confédération canadienne a créé une entité politique dans laquelle les francophones ont eu (et continuent à avoir) de moins en moins de pouvoir. Déjà l’Acte d’Union avait mis les francophones dans une situation politique désavantageuse. Je crois que c’est important, surtout dans la situation actuelle du Québec, de s’en souvenir que le conflit était surtout un conflit d’argent.

Avec la victoire surprenante de l’ADQ (Action Démocratique du Québec) dans les élections récentes, on dit que les électeurs québécois sont fatigués de la sempiternelle question de souveraineté et du sillon constitutionnel dans lequel les deux parties traditionnelles (Libérale et Parti Québécois) ont tombé. Il semble que les électeurs sont en train de dire qu’ils souhaitent que l’on s’adresse à l’économie, à l’éducation et à la santé publique avant tout. On peut dire que les questions d’argent dominent le débat public aujourd’hui, mais on peut en dire autant depuis le début de la colonie. La qualité de vie, jugée en termes matériels, paraît primordiale pour les citoyens. Que ça soit dans la période des troubles de 1837 où le gouverneur anglais se battait pour le contrôle des finances contre une Assemblée dominée par les francophones, ou bien dans la période actuelle où la Province de Québec se bat contre gouvernement du Canada pour le contrôle de ses finances, la question d’argent a toujours été au cœur du conflit. Le rêve d’un pays indépendant de langue et de culture françaises en Amérique du Nord est très inspirant, mais une motivation bien plus motivante est le rêve de faire de l’argent et de le contrôler. Selon mes amis fédéralistes (j’en ai quelques-uns) les défaites des referendums sont dues au fait que le Parti Québécois n’a jamais pu prouver qu’un Québec souverain ne serait pas dans la merde économiquement. L’incertitude économique est certainement un frein sur l’enthousiasme souverainiste pour beaucoup de Québécois. Les Fédéralistes de nos jours prétendent qu’on peut maintenir la culture et la langue française sans compromettre la sécurité économique. Évidemment les souverainistes ne sont pas d’accord. Ils déclarent que le peuple français du Québec ne sera jamais maître chez lui tant qu’il n’aura pas son propre pays. Examinons le record historique.

À la conquête de 1759, une population française de plus de 85.000 personnes se trouvait à être gouverné par quelques centaines de militaires anglais. Sur les talons de l’armée arrivent les marchands. Cette nouvelle classe marchande était anglaise d’héritage et fondamentalement opposé à la culture française. Suite à la conquête, les deux communautés se trouvèrent dans un conflit qui s’est prolongé jusqu’à nos jours. On peut dire que ce conflit est à la base même de la nation dite canadienne (les conquérants ont adopté le nom du pays des conquis avec le résultat que le peuple colonisateur a perdu une partie de son identité). Les Anglais, grâce à leur conquête militaire souhaitaient imposer leur culture légale, culturelle, linguistique et même religieuse sur une population installée sur le territoire depuis plus de 150 ans.

Mais la réalité démographique assurait la survie de la race française. La constitution de 1791, érigé en Angleterre, assurait que le Bas Canada allait maintenir son caractère français. Le grand nombre de francophones face à une minuscule population anglophone en obligeait. Les lois de propriété ainsi que la religion Catholique allaient rester intouchables. Le Haut Canada, par contre, était une province fondamentalement anglaise dans tous les sens. Pour contrer l’influence française du Bas Canada, on a misé sur l’immigration. Depuis la conquête, l’espoir des anglais-anglophones a été de soumettre les francophones aux lois, à la culture et à la langue de l’Angleterre et le moyen d’y arriver était de noyer les Français dans une mer d’Anglais.

La période qui a précédé la rébellion de 1837 etait caractérisée par un conflit constant entre le gouverneur anglais et l’Assemblée majoritairement francophone. Le tiraillement a duré des années. Pendant ces années, le gouverneur, frustré par le refus des députés de lui donner carte blanche des dépenses destinées à l’entretien de son gouvernement, dissout l’Assemblé. Ce qui exigeait de nouvelles élections. La plus souvent, les mêmes représentants furent reélus et sont retournés à l’Assemblée encore plus déterminés qu’avant de résister ce qu’il considéraient comme une atteinte à leurs droits constitutionnels. Ce cercle vicieux se termine par une rébellion armée, la Guerre des Patriotes, qui a duré peu de temps et qui a été écrasée assez facilement, mais qui a laissé une rancune dans la communauté francophone qui persiste à nos jours.

L’histoire des Patriotes est assez malheureuse. Les gens qui se sont battus à Saint Denis, Saint Charles et a Saint Eustache, malgré leur courage, étaient mal organisés. Je ne peux pas éviter de comparer cette rébellion à celle des Etats-Unis. Les Patriotes, pour toute leur ardeur, ne possédaient pas une organisation suffisante à soutenir une rébellion à long terme. Au contraire des Américains, ils ne possédaient pas les moyens militaires nécessaires. En plus leur chef, Louis Joseph Papineau manquait de courage physique. Dans l’Assemblée, il avivait les passions avec une éloquence hors pair, mais sur le champ, une fois la bataille commencée, il est parti en cachette. Même en exil aux Etats-Unis, il évitait les assemblées publiques et vivait sous un nom d’emprunt. On peut se demander si l’histoire de cette rébellion c’aurait déroulé autrement si le chef du parti français avait eu le courage physique de ces propos incendiaires.

Aujourd’hui il y a une maison des Patriotes genre musée. Plusieurs filmes ont été fait à leur honneur (notamment celui réalisé par Pierre Falardeau) . On peut aller à Saint Eustache et voire les trous dans les murs de l’église faits par les bals des fusils anglais. Il y a même une bière dédiée à leur mémoire. Sur l’étiquette de la bouteille de « 1837 », on liste plusieurs Patriotes morts sur le champ de bataille ou bien pendus par la suite. Je me demande ce que les Patriotes penseraient de cela.

En plus de ces vestiges de la rébellion, il reste dans une partie de la communauté québécoise un sentiment d’oppression. Je dis bien une partie de la société car le Québec est loin de trouver l’unanimité sur la question, ce qui donne deux attitudes diametricalement opposées. D’après moi, la société québécoise est divisée en trois. Il y a un tiers de la population qui est séparatiste pur et dur, un autre tiers de fédéralistes inconditionnels, et un tiers de population qui flotte entre les deux. Le résultat des deux référendums sur la question de souveraineté indique l’ampleur de la division. On n’aurait pas pu avoir un résultat plus proche qu’en 1995. Cette division est de longue date, et selon moi fait partie du caractère du Québec. Les Français vivant au Canada à l’époque de la conquête avait une attitude très ambiguë vis-à-vis le conquérant. Étant donné que les Anglais leur ont laissé leur langue et leur religion ainsi que les lois propriétaires déjà en place, il y a eu beaucoup de Français canadien de l’époque que se sont demandé si le changement de roi allait changer grande chose. Il faut bien dire que le roi de France ne s’est jamais occupé particulièrement bien de ses colonies en Amérique, mais ça c’est toute une autre histoire.

Même pendant la rébellion de 1837, la société québécoise etait loin d’être uni. Le clergé, malgré certaines exceptions, était rangé officiellement du côté du pouvoir. Cette division à l’intérieur de la communauté francophone a toujours existé. Concernant la question de la Confédération, Jean-Paul Bernard analyse ainsi le vote exprimé par les députés du Bas Canada : parmi les 49 représentants des comptés francophones, 25 dirent oui et 24 dirent non au projet de la Confédération. Pas mal égale. On trouve à toutes les époques depuis la conquête, une division dans la population québécoise entre ceux et celles qui restent inconditionnellement opposés à la domination anglaise, et ceux et celles qui s’arrangent avec. Pour ceux qui sont opposés, la Fête de la Confédération est évidemment un événement agaçant.

Suite aux troubles de 1837, le gouvernement anglais envoie Lord Durham pour faire l’état des choses. Il a fait preuve d’une grande sensibilité envers les francophones, mais son rapport est accablant pour la population française du Canada et exprime l’arrogance de l’Anglais à l’époque de l’empire. Son point de vue, essentiellement que la solution du problème du Canada est l’assimilation des francophones ou au moins leur mise en minorité, est devenu le principe de base de l’état canadien actuel. Le résultat de sa politique fut l’Acte d’Union, mise en vigueur le 10 février, 1841. On a fusionné les revenus et les dettes des deux colonies. Cette mesure était défavorable aux francophones du Bas-Canada vu que la dette du Haut Canada était bien plus importante. Dans l’Union, le Haut et le Bas-Canada ont droit au même nombre de représentants quoique la population du Bas-Canada est bien plus importante. La politique d’assimilation et d’anglicisation prônée par Lord Durham trouve son aboutissement dans l’acte concernant la langue officielle. Toute publication de la législature du nouvel état doit être en anglais seulement. La traduction de tout « official business » peut se faire en français, mais « aucune telle copie ne sera gardée parmi les records du Conseil législatif ou de l’Assemblée législative, ne sera censée avoir en aucun cas l’authenticité d’un record original. »

Je termine ce rapport avec une citation du rapport de Lord Durham. Je pense que ça parle pour soi même. En le lisant, vous allez peut-être comprendre pourquoi la question constitutionnelle provoque une si vive polémique.

« Si le gouvernement britannique entend maintenir son autorité sur les Canadas, il doit se reposer sur la population anglaise. Les Canadiens français ne sont que le résidu d’une colonisation ancienne. Ils sont destinés à rester toujours isolés au milieu d’un monde anglo-saxon….Et cette nationalité canadienne-française, devrions-nous la perpétuer pour le seul avantage de ce peuple, même si nous le pouvions ? Je ne connais pas de distinctions nationales qui marquent et continuent une infériorité plus irrémédiable. La langue, les lois et le caractère du continent nord-américain sont anglais. Toute autre race que la race anglaise y apparaît dans un état d’infériorité. C’est pour les tirer de cette infériorité que je veux donner aux Canadiens notre caractère anglais.»


mis à jour le 3 juillet, 2002

Aldo Pedron. La première fois que j’ai rencontré Aldo Pedron, c’était pendant le Festival de Nyon, en Suisse, en 1978. Nous avons abouti dans ce festival archi-folk comme des Hottentots sur le 5e ave. à New York, c’est-à-dire, sans savoir ce qui nous attendait ni comment se comporter. Pour la première fois en tournée je me suis payé le plaisir d’un big band. Nous étions sept sur scène, deux guitares, section de cuivres, basse, batterie et moi-même. Le plaisir que j’éprouvais de jouer avec une section de cuivres n’était pas partagé par les amateurs du folk à Nyon.

A cette époque, le style de musique avait une importance sociale que l’on imagine mal aujourd’hui. Sa préférence de genre musicale était une marque d’identité et cette tendance était développée surtout dans le domaine du folk. Les amateurs de folk en Europe cherchaient un retour aux sources, une simplicité de style de vie caractérisé par une tendance anti-moderne. Ils critiquaient non simplement les autres genres musicales tel le rock et le jazz, mais aussi le nucléaire, la politique traditionnelle, et même l’électricité.

La réception qui nous était réservée lors de notre prestation sera pour moi inoubliable genre traumatisme. Dès la première note de musique, le public a commencé à siffler. Chose qui indique un très grand mépris en Europe. Je le savais, mais les musiciens, tous louisianais pour qui ce voyage était le premier en Europe n’ont pas compris que le public exprimait leur mécontentement. Les musiciens pensaient le contraire. Comme le sifflement est un signe de grande approbation aux USA, ils ont cru que les gens nous adoraient. En fait, la réalité était tout autre. J’avais compris que nous étions en difficulté dès le début de spectacle, mais les musiciens étaient au septième ciel, se disant que le public Européen était génial. Néanmoins, comme les sifflements n’arrêtaient ni pendant ni entre les chansons, les musiciens ont commencé à se douter qu’il y avait quelque chose de bizarre qui se passait. Une fois que le public a commencé à lancer des choses sur la scène, on avait tous compris qu’il y avait un problème.

Il a commencé à pleuvoir des pièces de monnaie et des bouchons de liège. Heureusement qu’il n’avait pas de fruits dans la salle, car on les aurait reçus sur la tête. La quatrième chanson de la soirée était une version reggae de « Allons danser Colinda ». Comme le tempo etait plutôt lent, avec un rythme insouciant, ça donnait plein de chance au public de nous montrer leur désapprobation. Sous une tempête de sifflements, on est sorti de scène humilié.

À ce moment-là, Claude, ma compagne et gérante est arrivée pour me dire de retourner sur scène et de jouer notre sélection la plus énergique. On a pris notre courage entre deux mains, et l’on a sauté sur scène pour faire la version de « Johnny B. Goode » la plus méchante que je n’ai jamais fait. La moitié de la salle est partie face à l’ampleur de notre détermination. L’autre moitié fut complètement séduite.

C’était une soirée incroyable. Après avoir passé à travers l’épreuve d’un public extrêmement agressive et ensuite de les convertir, nous avons joué avec une inspiration déchaînée. Le public, ce qui restait, était transporté par la rencontre et ils ont fini par nous couvrir d’applaudissements. Ils criaient de joie. C’était le dernier spectacle de la tournée. Nous avons parcouru l’Europe laissant derrière nous les traces de notre ardeur en forme de chambre d’hôtel saccagée et beaucoup de bouteilles de bière vides. Après ce spectacle, nous sommes partis sur Paris, conduisant toute la nuit. Nous sommes allé directement à l’aéroport pour un départ sur Montréal. Une fois arrivé au Québec, nous avons conduit une autre huit heures pour jouer à Notre Dame du Nord, où l’échafaudage d’éclairage a tombé sur le band pendant le show. C’étaient les trois jours les plus difficiles de ma carrière. Ma aussi parmi les plus mémorables.

En sortant de la scène à Nyon, j’ai rencontré un garçon timide. Il avait l’air d’un chien errant, avec la mine en détresse. Il me semblait qu’il ne savait pas s’il devrait m’approcher ou bien partir en courrant.
« Hello, my name is Aldo », il disait avec un grand accent italien. Il avait conduit de son village en Toscane pour venir voir notre spectacle. Je ne sais pas comment il m’avait connu. A cette époque, je n’avais enregistré qu’un seul album et de langue française. Bien que ce fut assez étonnant, il m’avait découvert dans son Italie profonde, et il est devenu un de mes plus grands fans.
À travers les années, j’ai fini par mieux le connaître, A chaque fois que je tourne en Italie, j’ai le plaisir de le revoir. Aldo Pedron est un passionné de musique, et pas de n’importe quelle musique. Il a trois idoles : Van Morrisson, les Beach Boys, et moi-même. Avec un dévouement très étonnant, il est devenu un très grand connaisseur de Zachary Richard. Il possède une discographie de mes enregistrements bien plus complète que la mienne. Quand j’ai besoin d’information concernant une séance d’enregistrement ou bien la formation du groupe lors d’une tournée particulière, c’est à Aldo que je demande.

Et voilà, mon ami italien vient de publier un livre qui traite de la musique louisianaise. C’est un livre que je recommande à tous ceux et celles qui s’intéressent à la musique de mon pays. Certainement Aldo connaît bien plus que la plupart des louisianais la musique de mon coin du monde. Et probablement plus que la plupart des spécialistes. Alors si vous êtes intéressés par la musique de la Louisiane, je vous le suggère fortement. Néanmoins, pour bien pouvoir l’apprécier, c’est bien de pouvoir lire l’Italien. Sinon, vous pouvez faire ce que je fais quand j’ai une question musicale : j’appelle Aldo.

Guide Rock, New Orleans e Louisiana
Carmelo Genovese & Aldo Pedron
Editori Riuniti


|mis à jour le 29 mai, 2002

La miroise. J’ai commencé à m’intéresser sérieusement à l’observation des oiseaux il y a environ huit ans. Une journée d’automne, de ma galerie, j’ai vu un oiseau de proie, couleur gris bateau de guerre, qui survolait la prairie à deux mètres du sol. Fasciné par ce spectacle, et voulant absolument savoir quel était cet oiseau magnifique, je me suis précipité à la librairie pour me procurer un guide ornithologique. Ce livre était le fameux guide Peterson. L’oiseau que j’avais vu était un Busard St. Martin, mâle. Le livre expliquait que ces oiseaux ont l’habitude de chasser très près de la terre. En plus d’expliquer les vociférations, ainsi que le territoire occupé, le guide Peterson donne des détails de comportement et de plumage pour pouvoir identifier les espèces sur le champ. Dans ce cas précis, en plus de la façon de chasser, on peut distinguer les Busards St. Martin par une grande tâche blanche sur le croupion. J’ai été fasciné par le livre et je suis devenu du coup un accroché de l’observation d’oiseau, ce qu’on appelle au Québec un miroiseur (combinaison de mir, comme mirer, ou viser, et oise comme oiseau).

L’amour de la nature et des oiseaux a fini par me faire des amis un peu partout. L’été passé lors d’un spectacle à Hull, je me promenais dans un joli bois qui se trouvait tout près de l’hôtel. Comme est devenu mon habitude, j’avais avec moi une paire de jumelles dans l’éventualité de découvrir quelques oiseaux. Lors de cette promenade, j’ai pu identifier pour la première fois, une Paruline jaune ainsi qu’un Tyran tri-tri. Depuis un certain temps, j’associe les endroits aux oiseaux que j’ai pu y observer, Pendant ma promenade, un monsieur est arrivé pour me demander si je souhaitais voir un nid d’épervier brun. Les miroiseurs se reconnaissent tout de suite grâce à un comportement particulier : regardant dans l’air les jumelles autour du cou. Le lendemain j’ai rencontré le monsieur en question et il m’a emmené dans le bois où j’ai pu voir deux poussins d’épervier, taille de grande poule. Le jeune mâle se tenait en dehors du nid sur une branche pendant que sa sœur occupait le nid même. Ils attendaient que leurs parents reviennent avec de la nourriture. Mon nouvel ami m’expliquer que le parc dans lequel on se baladait était menacé de déstrucion par un projet de terrain de golf et qu’il faisait partie d’une coalition de citoyens qui faisaient de la résistance à cette catastrophe potentielle. Le parc dont je parle est le parc du Lac Leamy et le miroiseur s’appelait Marc Téllier. Ce jour fut le début de mon amitié avec Marc et de mon engagement dans la coalition pour la sauvegarde du parc du Lac Leamy.

Il m’est arrivé une expérience semblable il y a deux ans en Acadie. Encore une fois je suis allé pour donner un spectacle. C’était la Fête des Acadiens et nous étions logé dans le Collège Lefebvre à Memramcook. Dans le collège, un jeune homme donnait des cours d’ornithologie et l’on a pu y assisté par hasard. Mais le hasard fait bien des choses, comme on dit. Le jeune homme était Alain Clavette, et il est devenu, lui aussi, un bon ami. Alain nous a invité d’aller voir les bécasseaux dans l’estuaire de la rivière Petit Codiac. Pendant leur migration annuelle vers les tropiques, beaucoup d’oiseaux de rivage arrêtent dans la Baie de Fundy pour se nourrir avant d’entreprendre leur grand envol. On peut voir des volées comptant des milliers d’oiseaux. Le lendemain on est allé pour en voir, mais on est arrivé à marée basse, et à cause de cela, l’attroupement qu’on souhaitait voir ne s’est pas produit. Cette journée fut cependant le début de notre amitié avec Alain Clavette.

Grâce à Alain, j’ai passé plusieurs jours au mois de mai passé sur la Pointe Pélée, endroit qui se trouve à être le point de terre le plus australe du Canada. Elle plonge dans le lac Erié comme une épée. Grâce à sa situation géographique et son état sauvage, le parc de la Pointe Pélée est une « trappe migrateur », un endroit qui attire les oiseux en migration, leur fournissant repos et nourriture après un grand voyage outre-mer, ou dans ce cas, outre-grand-lac. Le 15 mai, j’ai rencontré Alain, est un autre « birder » d’Acadie, Roger Leblanc. Un troisième ami, Bill Fontenot, est arrivé de la Louisiane. J’ai fait la connaissance de Bill récemment quoique je le connusse depuis longtemps grâce à son travail d’ornithologue. Il est certainement le plus connu des miroiseurs de mon pays.

Nous nous sommes rejoints dans le village de Leamington, Ontario qui allait servir de base d’opération. J’ai trouvé Bill dans le restaurant de l’hôtel en train de manger une assiette de fruits de mers. Je lui ai demandé si c’était bon. –Ce n’est pas de la bouffe cadienne, il m’a répondu. Mais nous n’étions pas venu pour faire des expériences gastronomiques, on avait autre chose en tête. Alain et Roger sont arrivé peu de temps après et nous nous sommes partis tout de suite sur le champ, les jumelles autour du cou. Le lendemain, je me suis levé à 5h du matin ! Pour voir les oiseaux, il faut se lever avec les oiseaux, comme m’a dit mon père. Malgré un temps maussade qui a persisté pendant tout le séjour, les oiseaux étaient bien présents. Il avait plusieurs espèces que je voulais absolument voir, et que j’ai pu observer facilement, ainsi que plusieurs douzaines d’espèces que je ne pensais pas découvrir. Il m’était incroyablement utile d’avoir à mes côtés trois miroiseurs de grande expérience. Grâce à leur connaissance, j’ai pu identifier quelques moucherolles, chose possible uniquement par le chant, et j’ai pu connaître tout un tas d’oiseaux qui m’aurait certainement passé sous le nez sans le savoir, si ce n’était pas pour les connaissances de mes camarades. Voici la liste des oiseaux observer du 15 au 17 mai. Bien que ma liste soit assez impressionnante (93 espèces) je dois avouer que mes collègues en ont compté plus de 150.


Grèbe à bec bigarré/Pied-billed Grebe
Cormorant aux aigrettes/Double-crested Cormorant
Héron vert / Green Heron
Outarde/Canada goose
Canard tête verte/Mallard
Uberlu à tête rouge/Turekey vulture
Pygargue à tête blanche/ Bald Eagle
Épervier de Cooper/Cooper’s Hawk
Crécerelle d’Amérique/American Kestrel
Gallinule poule-d'eau/Common Moorhen
Foulque d’AmériqueAmerican Coot
Pluvier argenté/Black Bellied Plover
Pluvier kildeer/Kildeer
Tournepierre/Ruddy Turnstone
Bécasseau variable/Dunlin
Goéland à bec cerclé/ Ring-billed Gull
Goéland argenté / Herring Gull
Tourterelle triste/Mourning Dove
Pic à tête rouge/Red-headed Woodpecker
Pic mineur/Downy Woodpecker
Guifette noire / Black Tern
Martinet ramoneur/Chimney Swift
Colibri à gorge rubis /Ruby-throated Hummingbird
Moucherolle à côtés olive/Olive-sided Flycatcher
Pioui de l'Est/ Eastern Wood-Pewee
Moucherolle des Saules/Willow Flycatcher
Moucherolle tchébec/Least Flycatcher
Tyran tri-tri/Eastern Kingbird
Tyran huppé /Great Crested Flycatcher
Viréo à tête bleue / Blue-headed Vireo
Viréo mélodieux / Warbling Vireo
Viréo aux yeux rouges /Red-eyed Vireo
Geai bleu / Blue Jay
Corneille/American Crow
Hirondelle noire /Purple Martin
Hirondelle bicolore / Tree Swallow
Hirondelle à ailes hérissées/Northern Rough-winged Swallow
Hirondelle rustique / Barn Swallow
Sittelle à poitrine rousse/Red-breasted Nuthatch
Troglodyte familier/ House Wren
Troglodyte de Caroline/Carolina Wren
Roitelet à couronne rubis/ Ruby-crowned Kinglet
Gobemoucheron gris-bleu /Blue-gray Gnatcatcher
Grive familié/Veery
Grive à dos olive/Swainson’s Thrush
Merle d'Amérique /American Robin
Moquer chat/Gray Catbird
Etourneau/European Starling
Jaseur d'Amérique/ Cedar Waxwing
Paruline à ailes bleues/Blue-winged Warbler
Paruline à colier / Northern Parula
Paruline jaune / Yellow Warbler
Paruline à flancs marron / Chesnut-sided Warbler
Paruline à tête cendrée/Magnolia Warbler
Paruline tigrée/Cape May Warbler
Paruline bleue /Black-throated Blue Warbler
Paruline à croupion jaune/Yellow-rumped Warbler
Paruline à gorge noire/Black-throated Green Warbler
Paruline à gorge orangée /Blackburnian Warbler
Paruline des prés/ Prairie Warbler
Paruline à couronne rousse / Palm Warbler
Paruline à poitrine baie/ Bay-breasted Warbler
Paruline rayée/Blackpool Warbler
Paruline noir et blanc /Black and white Warbler
Paruline flamboyante /American Redstart
Paruline orangée / Prothonotary Warbler
Paruline couronnée/Ovenbird
Paruline des ruisseaux /Northern Waterthrush
Paruline masquée/ Common Yellowthroat
Paruline à calotte noire/ Wilson’s Warbler
Paruline du Canada/ Canada Warbler
Tangara écarlate/ Scarlet Tanager
Cardinal/Northern Cardinal
Cardinal à poitrine rose/ Rose-breasted Cardinal
Passerin indigo / Indigo Bunting
Tohi à flancs roux /Eastern Towhee
Bruant familier /Chipping Sparrow
Bruant des champs/ Field Sparrow
Bruant chanteur / Song Sparrow
Bruant de Lincoln/Lincoln’s Sparrow
Bruant des marais / Swamp Sparrow
Bruant à gorge blanche/ White-throated Sparrow
Bruant à couronne blanche / White-crowned Sparrow
Goglu des prés/ Bobolink
Carouge/Red-winged Blackbird
Carouge à tête jaune/Yellow-headed Blackbird
Quiscale bronzé/Common Grackle
Vacher à tête brune/ Brown-headline Cowbird
Oriole de Baltimore/Baltimore Oriole
Oriole des vergers / Orchard Oriole
Roselin familier / House Finch
Chardonneret/American Goldfinch
Moineau/House sparrow