Zachary Richard Blogue 2015


Zach chillin' - thinking about his monthly reports

October 29, 2015

Conte Cajun est une fable dans le style de Lafontaine.  C’est une histoire d’amitié, persistance, tolérance et amour.  Les deux personnages principaux, une tortue aveugle et une écrevisse à une pince, se rencontre en plein milieu d’un ouragan.   Conte Cajun raconte leurs aventures pendant qu’ils partent à la recherche d’une nouvelle pince pour la petite écrevisse.  Ils rencontrent nombreuses créatures incroyables et ils font face à des défis considérables.

J’ai écris cette histoire pour ma fille Sarah quand elle avait 8 ans.  C’était pendant la construction de notre maison en Louisiane.  On vivait sous la tente sur le chantier et tous les soirs, pour la divertir, je lui racontais une bribe d’histoire inspirée par les évènements de la journée.  Le conte a resté dans un tiroir pendant 20 ans jusqu’à ce que Sarah la redécouvre et se met à faire les dessins sans nous prévenir.  La beauté de ses dessins nous a décidé de publier le conte, et la voici.  Nous sommes très heureux de partager cette histoire d’amitié et d’amour avec le monde et j’espère que les parents et les grands-parents vont la partager avec leurs enfants comme nous l’avons fait.  

Disponible dans Zack's Boutique avec dédicace. 




October 1, 2015

Je ne me souviens pas le moment précis où j’ai commencé à me considérer « Acadien ».  Bien que je ne puisse pas me souvenir de la date, je peux, cependant reconnaître l’événement qui a provoqué mon épiphanie.  C’était le moment où j’ai compris les faits de la Déportation de 1755.  Pendant ma jeunesse et mon adolescence, je ne me considérais pas comme étant membre d’une communauté particulière.  Je savais que nous étions Cadiens (prononcé “cadjin”) ou « Cajuns » comme l’écrivent les Américains.  Mais les Américains, j’en faisais partie.  La vie était l’école, mes amis, ma famille.  Je ne me posais pas de question.  Personne ne se posait de question.  C’est quand j’ai compris ce qui s’est passé lors de la Déportation et l’influence que ce « Grand Dérangement » a eu sur ma famille, que j’ai commencé à me considérer autre chose qu’Américain, bien en l’étant aussi.  Vers le début des années 70, lors de l’achat de mon premier accordéon, dit « Cadien », j’ai été plongé dans l’univers de la musique francophone de mon pays.  J’ai suivi ce chemin sans réfléchir, motivé tout simplement par une curiosité très peu définie.   Je suivais le courant de l’époque, à la recherche d’un style de vie moins compliqué, voir campagnard et une musique qui y correspondait. La découverte de ce riche patrimoine, les poèmes chantés d’Ira Lejeune, les sonorités douces et chaudes d’Ambrose Thibodeaux, et les acrobaties vivaces à l’accordéon d’Aldus Roger m’a poussé vers une découverte supplémentaire : que je fasse partie d’une communauté qui existe à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la société dans laquelle elle se trouve.  Il y avait également la réalisation que l’identité de cette communauté dont je fais partie est définie par le souvenir d’une tragédie humaine.  Mais cette deuxième réalisation a pris un peu plus de temps.

Entre Donald Doiron.   Acadien du Nouveau-Brunswick, il était descendu en Louisiane sur le pouce dans l’espoir de trouver un travail d’enseignant de français.  Seuls dieu et Donald savent ce qui lui à donné cette idée.  Comment savait-il que le Conseil pour le Développement du Français en Louisiane cherchait justement des enseignants en français pour combler la déficience locale ?  On était loin des événements du bicentenaire de 1955 où l’élite acadienne avait envoyé une délégation aux provinces maritimes du Canada.  Les souvenirs de ces célébrations n’existaient même pas pour moi ni pour Donald, n’ayant, tous les deux, que cinq ans à l’époque.  Non, ce qui poussait Donald était ce qui a poussé les premiers Acadiens qui ont quitté Halifax en 1764 en direction de la Louisiane, un espoir mal défini, un peu comme une voix que l’on entend chuchoter auprès de son oreille lors d’une promenade dans le bois.  Et la confiance de pouvoir arriver à bon port, une certitude viscérale que quelque part au bout de son voyage, il trouvera de la famille.  Et alors, Donald part avec ce qu’il porte sur le dos et arrive en Louisiane et finit par enseigner le français et par bousculer mon univers.  Il était le premier Acadien, c’est-à-dire Acadien du nord, que je n’avais jamais rencontré.  Son existence, et l’existence de sa communauté isolée dans le bois du Nouveau-Brunswick ont éclaté dans mon cœur comme un gros pétard.

Le troisième membre de ma Sainte trinité de la Révélation Acadienne était l’histoire, c’est-à-dire l’histoire écrite, et plus précisément L’histoire des Acadiens par Bona Arsenault, et The Acadian Miracle par Dudley LeBlanc.  Entre ces deux livres, l’histoire assez romantique de ce politicien et homme d’affaire de la paroisse Vermillon, qu’on surnommait « Cousin Dud », et l’histoire dite « sérieuse » de Bona Arsenault, j’avais toutes les munitions qu’il me fallait pour démarrer ma croisade.   Tout ça m’a frappé comme un éclair, entre l’œil et la corne, comme on dit.  La musique dite « traditionnelle » de la Louisiane était pour moi l’étincelle qui a mis le feu dans la paille de mon imagination et qui m’a traîné par mes grands cheveux à la révolte.  Et la rencontre avec Donald Doiron était la preuve vivante que non simplement la Déportation a eu lieu, mais que nous, les enfants des exilés, existons encore.  Finalement de lire les faits de cette histoire et de comprendre l’ampleur de la tragédie qui a été affligée sur nos ancêtres dans des vrais livres publiés par des vrais éditeurs a nourri la flamme à un tel point qu’elle brûle encore au fond de mon cœur.

Voilà pour les débuts de mon identité d’Acadien.  Très tôt dans l’histoire, j’ai compris que le trait identitaire le plus important pour nous est la langue française.  Cette révélation supplémentaire était le début de ma carrière de militant francophone, qui a été modelée à l’image du Québec de René Lévesque.  Je ne pense pas que les Cadiens de la Louisiane assimilés à l’anglophonie sentent la même chose.  Je ne pense pas que l’on puisse avoir la même expérience acadienne dans la langue du conquérant.  Mais cela est une autre affaire.  Ce que j’essaie de comprendre ici c’est cette chose que l’on doit sentir pour se sentir Acadien, cette chose que partage un pêcheur de homard de Caraquet et un pêcheur de barbue de la paroisse Evangeline. L’Acadie est un pays virtuel qui n’existe que dans les cœurs et les esprits des gens qui se considèrent Acadiens.  Et donc la meilleure définition d’un Acadien est tout simplement quelqu’un qui se considère comme étant acadien.  Les critères qu’on se donne pour assumer cette identité sont tous sauf uniformes.  Mais c’est obligé que nous, tous ceux et celles qui se considèrent Acadien, partageons quelque chose qui dépasse un penchant pour la musique et l’amour de la fête.

Je suis au milieu d’un projet qui m’emmène dans la plupart les communautés qui affichent encore une appartenance à l’Acadie.  Au Nouveau-Brunswick, bien évidemment, mais aussi sur la Côte Nord du Saint Laurent et aux Îles de la Madeleine (qui sont actuellement au Québec), en Terre-Neuve, à l’Ïle de Prince-Édouard (ancienne Île Saint Jean), en Nouvelle-Écosse (le territoire historique de l’Acadie, mais qui a une population acadienne relativement faible et qui n’habite pas sur les lieux des anciens villages acadiens) et la Louisiane (où les descendants des exilés sont devenus les célèbres « Cajuns » après avoir assimilé beaucoup d’autres groupes ethniques : Français, Français créole, Espagnol, Allemand, Irlandais et même Anglais).

Il faut chercher loin pour trouver le lien entre toutes ces communautés éparpillées à travers l’Amérique du Nord.  (On essaie même de se rendre en France où les vestiges du passage des Acadiens déportés sont encore en évidence, en Poitou, à Nantes et à Belle Ile en Bretagne).  Entre un pêcheur de crabe de Natashquan et un pêcheur de crevettes du Bayou Lafourche, il y a tout un monde.  Les diverses communautés acadiennes sont divisées par des barrières de géographie, climat, histoire, politique et même de culture.  Les Cayens de la Côte Nord sont parmi les plus souverainistes des Québécois.  Par contre, pour les Acadiens du Nouveau-Brunswick, les séparatistes du Québec représentent le diable lui-même.  Tandis que pour un Cadien (Cajun) de la Louisiane, toutes ces questions sont inconnues.  Alors qu’elle est la chose, si chose existe qui réunit toutes ces communautés?  La chose qui dépasse la nostalgie et le folklore.  Je pense que la réponse commence avec la Déportation.

Avant d’avoir trouvé les livres de Dudley LeBlanc et Bona Arsenault, j’ignorais l’histoire des Acadiens.  On dit que pendant des années, voir une génération après leur arrivée, les Acadiens de la Louisiane racontaient souvent l’histoire de la Déportation.  Lors des mariages, ou d’autres célébrations familiales, on retraçait l’histoire.  Mais cette tradition s’est perdue avec le temps, et rendu à moi, elle était complètement oubliée.  Il me semble que j’avais entendu parler du Grand Dérangement quand j’étais jeune, mais dans quel contexte et de quelle façon, je ne sais pas.  Peut-être que ce n’est qu’une invention de ma part, une façon de modifier mon expérience pour la rendre plus romantique.  Chose certaine, si on en parlait, c’était de la façon la plus sporadique.  Mais entre la musique dite Cajun, Donald Doiron et ma lecture, une image très acadienne a réussi à ravir mon âme.  Lors du premier voyage en Acadie, j’allais être bouleversé tellement, que je ne m’en suis jamais remis.

La première chose que frappe les Acadiens quand ils visitent une communauté acadienne loin de leur coin de pays ce sont les noms de famille.  Ils sont tous les mêmes.  Alors il y a un certain étonnement de retrouver les Arceneaux (Arsenault, Arsenau, Snaults, etc), et les Cormiers, et les Comeaux, et les Boudreaux (Boudreau, Boudrots, Boudreaults, etc.).  Ensuite, il y a les ressemblances physiques.  Si l’on prend un Acadien de n’importe où pour le propulser au milieu de n’importe quelle autre communauté acadienne, du point de vue de physionomie, personne ne rien remarquera.  Mais il me semble que d’avoir les mêmes noms de famille et de se ressembler ne sont pas des raisons suffisamment intéressantes pour créer des liens qui valent la peine d’être soutenu.

Je ne vais jamais oublier ma première visite en Acadie lors du Frolic de 1975.  Sur la Butte à Napoléon à Cap Pelé, après ma prestation, j’ai rencontré une veille dame acadienne, une Mme. LeBlanc.  Je trouvais ça incroyable qu’elle ressemblât à ma propre grande-mère (il y a plein de LeBlancs dans mon arbre généalogique), mais ce que je trouvais d’autant plus incroyable c’est qu’elle parlait comme ma grande-mère.  Bien sûr il y avait une différence d’accent bien que le « parlure » du Nouveau-Brunswick est l’accent francophone qui ressemble le plus l’accent de la Louisiane, mais c’est ce qu’elle disait qui me touchait.  Elle avait entendu dire qu’il avait des Acadiens en Louisiane et elle voulait savoir d’abord si c’était vrai.  Ensuite elle m’a sorti une liste de questions très terre-à-terre, le genre de questions que ma grande-mère aurait demandé, genre, comment sont les saisons et de quelle récolte vivent les gens.  Cette rencontre m’a touché jusqu’au fond de mon cœur, et je ne peux pas y penser presque 30 ans plus tard sans avoir un pincement au cœur. 

C’est ce pincement qui est la source de la solidarité acadienne, ou plutôt c’est ce pincement qui est l’effet direct de cette chose qui est la cause de la solidarité acadienne.

Dans notre histoire, il y a une chose inexprimée et inexprimable.  C’est une émotion forte et je dirais même sauvage.  C’est cette émotion qui m’a envahi en voiture un jour en 1973 et qui m’a obligé à m’arrêter au bord de la route en sanglots pour écrire Réveille.  C’est cette émotion que j’ai trouvée lors de cette rencontre avec Mme. LeBlanc à Cap Pelé.  Et l’expérience de cette émotion est universelle chez les Acadiens.  Et elle est surtout attachée au souvenir de la Déportation.  Je ne pense pas que les Québécois soient touchés par une émotion semblable quand ils pensent à la conquête, ou que les Américains sentent une émotion semblable quand ils pensent à leur révolution.  On peut être attaché à son pays, mais ce n, est pas la même chose.  Nous, c’est-à-dire les Acadiens, n’avons pas de pays.  Par contre, il n’y a aucun Acadien qui n’est pas bouleversé aux larmes quand il pense à la Déportation.  Dans l’ensemble des choses, la Déportation n’est pas aussi horrible que l’holocauste des juifs ou les génocides de Rwanda et la Bosnie. Mais comment relativiser la souffrance humaine ?  Pour se considérer Acadien, je pense qu’une notion,  voir une expérience personnelle par rapport à la Déportation est fondamentale. 

L’autre élément d’identité acadienne est la langue française.  Il existe, cependant une zone grise de culture.  Il s’agit des Acadiens, et surtout les Cadiens, qui sont assimilés anglophones.  J’ai souvent posé la question à des Cadiens, « Est-ce qu’il faut parler français pour être Cadien ? »  La réponse est toujours « Oui ».  Et quand je demande aux mêmes Cadiens, « Et vos enfants qui ne parlent pas français, alors ? »  Il y a toujours un moment de confusion, mais ils finissent par exclamer, « Mais ils sont Cadiens aussi, ».  On vit bien avec cette contradiction, apparemment, mais il est certain que la profondeur de l’identité acadienne ou cadienne est tributaire de la langue française.  Il y a bien sur un esprit cadien qui résiste à la perte de la langue, mais quelque chose d’essentiel est perdu en route.  Si on peut être touché par l’histoire de la Déportation en n’étant pas francophone, je suis convaincu que l’ampleur de l’émotion ne peut pas être aussi important.  Pour un anglophone, même s’il se considère « Cajun » ou bien « Acadian », l’identité est diluée par un attachement à la culture anglophone, soit américaine soit canadienne. 

Il y a aussi une question de territoire qui rentre en ligne de compte.  Il y a des familles dans la péninsule acadienne (Nouveau-Brunswick) qui s’appellent Ferguson, ou McDonald ou même LeBouthillier, qui ne sont pas de la souche acadienne antérieure à la Déportation, mais qui se considèrent et sont considérées comme étant acadiennes.  De même en Louisiane avec des familles d’origine espagnole, allemande, irlandaise ou même anglaise.  L’assimilation a marché dans le sens acadien en Louisiane jusqu’au milieu de 20e siècle et dans les provinces maritimes canadiennes pendant une longue période.  Je ne revendique aucune notion de « pureté ethnique », au contraire.  Ce qui m’intéresse c’est de savoir pourquoi quelqu’un se considère acadien.  Bien que les éléments qui composent cette identité soient assez complexes et comprennent une variété de critères, il me semble que ces deux notions : la langue française, et une expérience émotionnelle provoquée par l’histoire de la Déportation, sont primordiales.

 

 

 

 




August 17, 2015

            J’ai été incrédule et ensuite très bouleversé d’appendre la nouvelle de la tuerie du 23 juillet dans un théâtre de ma ville natale.  Un misogyne plein de haine, un homme troublé, a ouvert le feu au début de « Trainwreck », filme de la comique Amy Schumer, connue pour son point de vue mordant et très ouvertement sexuel.  Le choix du filme n’était pas simple coïncidence.   Ce qui me dérange surtout est que cet homme, très évidemment dérangé, a pu obtenir et d’une façon complètement légale, l’arme à feu qu’il a utilisé pour tuer deux jeunes femmes et blesser neuf autres personnes.

            La culture des États-Unis est imprégnée par la violence et les armes à feu.  Les causes de cet amour de la violence sont profondes et dépassent la notion de protection personnel ou du droit aux armes assuré par le 2e amendement de la Constitution américaine.  Ceci n’est pas une question de résistance à la tyrannie.  Ceci n’est pas une question de démocratie.  C’est une question d’amour de la violence.

            D ‘abord quelques statistiques : En commençant par le nombre d’armes à feu que nous possédons.  Chiffre per capita de 100 personnes :

Japon .6 (point 6)

Grande Bretagne. 6.2

Australie 15

Allemagne 30.3

Suisse 45.7

U.S.A. 88.9

Les États-Unis contient 5% de la population mondiale, mais possède 35% des armes à feu.

Depuis 1997, des tueries de masse (plus de 4 personnes tuées) :

Japon 0

Australie 0

Grande Bretagne 1

Allemagne 3

Suisse 3

U.S. 51 évènements

Depuis 1997, il y a eu plus de 540,000 morts par armes à feu aux USA, plus de morts américains que pendant les deux grandes guerres réunies.

Quelle est la raison pour laquelle nous somme tellement attirés par les armes à feu et par la violence?  Est-ce parce qu’on est un peuple de la frontière, un peuple d’un nouveau pays qu'on a arraché de la forêt sauvage et où la survie dépendait sur les armes?  L’Australie est un pays nouveau, le Canada aussi, mais ni l’un ni l’autre souffre de ces taux de meurtre phénoménaux. Une chose certaine, la très puissante industrie des armes et leurs alliés politiques en sont pour beaucoup.  Il est plus facile d’obtenir une arme aux USA que n’importe où au monde.  Non simplement des armes de chasse ou des pistolets, mais des fusils d’assaut dont la seule utilité est de tuer beaucoup de gens à la fois. 

Je passe beaucoup de temps au Canada, qui semble être un pays bien plus civilisé que les USA.  Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas des actes de violence terribles au Canada, voire l’attaque cette année sur la colline du parlement et l’assassinat des agents de la GRC à Moncton par une jeune homme troublé en juin, 2014.  Mais Il est beaucoup plus difficile d’obtenir une arme à feu au Canada qu’aux États-Unis. On n'est pas à l’abri d’un acte de violence nulle part au monde, d’un acte commis par des gens dérangés ou des terroristes convaincus.  Mais d’avoir un accès aussi facile aux armes est certainement une des raisons principales qui explique le taux de meurtre aux USA.  Le mantra du lobby des armes à feu est : « Ce n’est pas les armes qui tuent, mais les personnes ».  J’amenderais pour dire «  Ce sont des personnes AVEC des armes qui tuent ».  On peut tuer avec un couteau, une paire de ciseaux ou même avec ses mains, mais les armes à feu rend l’éventualité de violence meurtrière d’autant plus possible.

            Mon pays et même le reste du monde sont envahis d’images de violence.  Au cinéma et dans les jeux vidéos, on est constamment bombardé d’images de violence.  Cette banalisation de la violence a un effet très néfaste sur les jeunes consommateurs de ces images.  Mais la télévision et les jeux vidéos ne peuvent pas expliquer seuls l’épidémie de violence aux USA.   Le meurtre est avec nous depuis Abel et Cain.  Il est difficile d’imaginer un monde où l’envie, la haine, l’avarice et le meurtre n’existeront plus.  Il n’est pas possible de transformer la nature humaine. Mais il est certainement possible de réduire les conséquences de nos tendances les plus noires en réduisant l’accès aux armes.  Deux très belles jeunes femmes ont perdu leurs vies et leurs familles et toute une communauté sont plongées dans un deuil aussi dure qu’incompréhensible.  Malheureusement ça va arriver encore quelque part, mais si on limite l’accès aux armes et qu’on défi les fabricants d’armes et leurs alliés politiques, ça risque d’arriver bien moins souvent.  Dans ce cas, les morts de Jillian Johnson et de Mayci Breaux auront servi à quelque chose. 

 

Post scriptum :  Pendant la même semaine de la tuerie au théâtre de Lafayette, deux jeunes noirs ont été tués, victimes d’homicide par arme à feu.  




July 1, 2015

J’ai été bouleversé de voir que la statue de Pierre Gustave Toutant Beauregard située à la Nouvelle-Orléans fut vandalisée.  Bouleversé non pas parce qu’il s’agit d’un monument public, non pas parce que ce monument est dédié à un de nos personnages les plus notables de l’histoire, mais bouleversé parce que ce monument, que j’ai vu des centaines de fois sans faire attention, est devenu maintenant un symbole de la confrontation raciale qui étouffe les États-Unis.   Je ne nie pas et je suis sensible au fait que les symboles des Confédérés (Sudistes) sont une provocation pour beaucoup de noirs.  En aval de la tuerie horrifique de Charleston, je crois que c’est tout à fait justifié d’évaluer l’iconographie institutionnelle aux États-Unis et je crois aussi que c’est parfaitement légitime d’enlever tout symbole qui est offensif et qui promeut une philosophie raciste.  Dans notre effort de redéfinir notre image publique, j’espère, néanmoins que nous allons procéder avec ouverture et respect.

D’une façon, c’est une bonne chose que quelqu’un s’en soit pris à la statue de Beauregard avec une bombe de peinture noire.  Nous ne pouvons pas  prétendre qu’il n’y a pas un problème persistant de racisme aux USA et cet évènement nous offre la possibilité de mieux comprendre le point de vue d’autrui et peut-être de commencer à construire un pont pour traverser ce fossé qui nous sépare. 

Ce qui m’amène au cœur du sujet.  Dans ma ville natale de Lafayette, en plein centre ville il y a une statue de Jean-Jacques Alfred Mouton.  Mouton est un héros de la Guerre de Sécession, tué sur le champ de bataille de Mansfield le 8 avril, 1864.  Frappé par un franc tireur fédéral lorsqu’il se promenait à cheval devant son régiment, sa mort a provoqué une attaque furieuse de la part du 18e de Louisiane (le régiment acadien) causant la perte de plus d’un tiers de la troupe.  Alfred était le fils d’Alexandre Mouton dont le père, Jean, est arrivé en Louisiane enfant, victime de la Déportation de 1755.  Alexandre devient le 9e gouverneur de Louisiane et préside la Convention de Sécession qui vote 113 à 17 à rompre les liens avec les États-Unis et qui a plongé le pays dans une guerre sanglante dont les effets sont encore sentis.  Alexandre Mouton était propriétaire de 120 esclaves.  Bien que la plupart des Acadiens de Louisiane sont petits habitants, il y avait une minorité qui ont été propriétaires de plantations de coton et canne à sucre et esclavagistes. 

Un de ces Acadiens était mon arrière arrière arrière grand-père.  Olivier Abram Boudreaux (né 1788 Cabanocé, mort 1885 Lafayette) est propriétaire de 36 esclaves selon le recensement U.S. de 1860.  Son fils Aurélien est capitaine d’une compagnie de « home guards » de l’Armée Sudiste.  Aurélien est aussi secrétaire du Comité de Vigilance des Attakapas et donc un intime d’Alexandre Mouton qui en était le président.  Après la guerre, Aurélien est secrétaire du White League, organisme raciste.  Il n’y a rien que je peux faire par rapport à l’histoire de mes ancêtres à part d’essayer de comprendre. 

La légende familiale prétend qu’après la guerre, Aurélien aurait donné à ses anciens esclaves des pièces en or en leur souhaitant bonne chance et que beaucoup sont revenus en lui redonnant l’argent ne sachant pas quoi faire ni où aller.   Une légende un peu « rose » peut-être.  Mais qui sait?  C’est impossible pour moi d’imaginer les rapports qu’un maitre pouvait avoir avec son esclave. Ils étaient tous deux des êtres humains.  Il y avait certainement des maîtres gentils comme des maîtres méchants.  On prétend que mes ancêtres faisaient partis des gentils.  Qui sait?  Chose incontestable, Olivier Abram Boudreaux possédait des humains au même titre que ses mulets.

La ferme d’Olivier Abram Boudreaux était plantée surtout en patates douces et ses esclaves étaient surtout des femmes et des enfants.  Sur les 36 personnes qu’il possédait en 1860, seulement trois sont des hommes en âge adulte.  Le recensement est bouleversant en un détail : il n’y a aucun nom d’aucun esclave, seulement leur âge et leur sexe. 

Alors qu’est-ce qu’on doit faire avec la statue d’Alfred Mouton?  Est-ce qu’on doit l’enlever?  Les héritiers d’Alexandre Mouton sont une des plus grandes familles de la région et bien connu pour leurs contributions à la société du sud de la Louisiane.  Est-ce que les fils et les filles doivent être tenus responsables pour les péchés de leurs pères?  Les présidents américains Thomas Jefferson et George Washington ont été esclavagistes.  Est-ce qu’on doit enlever leurs monuments aussi?

Je ne peux qu’espérer que les relations entre les races seront améliorées dans mon pays au point qu’on ne parlera plus de « race » du tout !  Mais est-ce qu’on va pouvoir dépasser la tumulte de Charleston, South Carolina et Ferguson, Missouri et guérir cette plaie de haine qui nous afflige depuis toujours? Ça fait 150 ans depuis qu'Abraham Lincoln a libéré les esclaves, mais cet héritage lourd nous accable encore. 

Je n’ai pas d’influence sur le discours national, mais je peux éventuellement faire quelque chose pour ma propre communauté.  Je lance un appel au conseil paroissial (Parish council) non pas de démonter la statue d’Alfred Mouton mais d'en ériger une pour célébrer la contribution à notre culture de la part des gens d’héritage africain.

Je propose qu’on érige une statue de Clifton Chenier, un homme noir, et qu’elle soit exposée au centre ville sur un site prééminent pour célébrer sa contribution à notre culture.  Personne n’a eu d’impact plus important pour faire connaitre le Sud de la Louisiane sur la plan international que lui.  Personne ne mérite cette reconnaissance plus que lui. 

Notre culture francophone est unique aux États-Unis et j’en suis très fier.  Francophone n’est pas simplement la capacité de parler français, mais c’est aussi, et surtout pour moi, une façon de voir le monde, une vision basée sur l’inclusion et sur la tolérance.  Les enseignants en français, qui sont les soldats dans la bataille pour sauvegarder notre héritage linguistique, nous arrivent de partout : du Québec, de l’Acadie, de la France, de la Belgique mais aussi d’Haïti et de l’Afrique.  Le fondateur de la Francophonie moderne est Léopold Sédar Senghor, poète et le premier président du Sénégal.  Il parlait de la Francophonie comme étant « cet humanisme qui se tisse autour de la terre. »

Une statue dédiée à la mémoire de Clifton Chenier va honorer la contribution considérable à notre société de la part des gens d’héritage africain et exprimera les  valeurs d’inclusion et de tolérance qui anime la francophonie.  Donnons un exemple au pays et au monde d’humanisme et de respect.  




June 11, 2015

Mardi 9 Juin.

Ce matin vers 11h, en faisant un tour de vélo, j’ai été surpris par une présence policière considérable.  Devant l’Université et partout dans le haut Outremont, une quantité considérable d’agents y compris les plus sérieux dans leurs habits noirs, se tenant en groupe serré dans une petite rue à côté. Ça m’a pris quelques moments pour comprendre qu’il s’agissait du cordon sécuritaire mis en place pour les obsèques de Jacques Parizeau.

À 14h dans l’église de Saint Germain d’Outremont a eu lieu les funérailles de l’ancien premier ministre du Québec, connu surtout pour la défaite du référendum de 1995. C’est dommage de réduire l’influence de ce monsieur à cinq minutes, mais Jacques Parizeau restera toujours marqué par sa harangue coléreuse du 30 octobre1995.  Un Parizeau décontenancé et frustré s’est laissé aller contre « l’argent et le vote ethnique ».  Il avait raison en quelque sorte, mais ce geste fut non simplement un suicide politique mais aussi le son de glas du mouvement souverainiste.   Ayant passé si proche (à moins d’un pour cent du vote) le mouvement de souveraineté ne s’en est jamais remis. 

Depuis Parizeau, le Parti Québécois semble être de plus en plus à la dérive.  Lucien Bouchard et Bernard Landy ont pu tenir le cap, mais depuis ces dix dernières années avec André Boisclair et Pauline Marois, le Parti Québécois cherche son identité.  Un parti politique voué à la séparation du Québec du Canada, il n’ose même plus en parler.  Il est devenu un parti centre-gauche, mais avec un « twist », le « twist » étant son mandat de souveraineté.  Mais comme la séparation est une question plutôt moribonde sinon complètement morte, on peut se demander de quoi il s’agit vraiment.  Le nouveau chef, Pierre Karl Péladeau, homme d’affaires, n’est pas au bout de ses peines.  Capitaine d’industrie et businessman redoutable, l’arrivée de Péladeau pose autant de questions que donne de réponses.  L’idée, apparemment, c’est comme PKP est « successful » il va pouvoir faire du P.Q. un succès.  Il ne parle pas, lui non plus, de souveraineté.  Chose pas très surprenante dans le Québec de nos jours. 

Depuis la quarantaine d’années que je traine ma brouette au Québec, je n’ai jamais vu la question séparatiste provoquer si peu d’intérêt.  Une nouvelle génération de Québécois n’a apparemment  rien à cirer.  La question politique qui résonne le plus est tout simplement économique, ou à la limite sociale. La question de la séparation du Québec du Canada est tombée du radar.  On est loin du sentiment nationaliste des années 1970 est encore plus loin de cette fébrilité qu’on sentait partout au Québec quand le P.Q. est passé au pouvoir le 15 novembre1976. 

J’ai l’impression que le rêve d’un Québec indépendant sera enterré avec Parizeau.  Il y a, comme dit mon amie Antonine Maillet, toujours la possibilité de surprise.  Mais dans le Québec d’aujourd’hui, où ça se passe plutôt bien comparativement parlant, malgré le déclin des régions et l’anglicisation de Montréal, l’identité québécoise n’est pas soudée à la question souverainiste.

Sur la colline du parlement à Québec, on trouve une statue de René Lévesque.  Elle est sur le côté des Laurentides, face au nord.  De l’autre côté, face aux plaines se trouve une statue de Maurice Duplessis.  Les carrières et les idéologies de ces deux messieurs ne pouvant pas être plus à l’opposé, et ça ne m’étonne pas qu’on a mis les statues aussi loin l’une de l’autre pour empêcher, sûrement, qu’elles se rentre dedans.  L’un (Duplessis) fut l’archi-conservateur dont sa période au pouvoir est connue comme « la grande noirceur » et l’autre (Lévesque) est certainement le politicien québécois le plus charismatique de l’ère moderne et le champion de l’indépendance du Québec.

Il y a aussi une statue de Robert Bourassa, à la carrière plus complexe.  Bourassa est premier ministre pendant la crise d’Octobre et demande à Pierre Trudeau, Premier ministre du Canada, d’invoquer la loi sur les mesures de guerre et d’envoyer les militaires dans les rues de Montréal.  Mais c’est aussi Bourassa qui déplore la défaite des Accords du Lac Meech et déclare : « Le Canada anglais doit comprendre de façon très claire que, quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, le Québec est, aujourd'hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d'assumer son destin et son développement. »

Je ne sais pas si le Canada anglais a compris ce que disait Bourassa, mais il semble qu’il est incontestable que le Québec est capable d’assumer son destin et son développement.   Tant qu’à Parizeau,  un jour peut être il y aura une statue de lui devant le parlement à Québec avec l’inscription : celui qui a failli réaliser le rêve.   

Parizeau était un homme complexe et brillant.  On va toujours lui reprocher ces cinq minutes de colère la nuit du 30 octobre 1995, mais on ne pourra jamais lui reprocher de ne pas avoir oser, de ne pas avoir tenter de réaliser le rêve d’un état de langue et de culture française en Amérique du Nord.  Et pour cela je lui rendrai toujours hommage. 




April 28, 2015

Chers amis,  je suis très heureux de vous annoncer le lancement de mon quatrième recueil de poésie Outre le Mont. Vous pouvez écouté des extraits, des poèmes que je présente accompagnés de musique en cliquant ici.  Pour obtenir une copie dédicacée, visitez ma boutique.   Voici un extrait:

 

De l’autre côté 

"Je m'endormis au bruit des vœux de la famille hospitalière, aux chants des pasteurs, et aux rayons du soleil couchant, qui, passant horizontalement sous la tente, fermèrent avec leurs baguettes d'or mes paupières apésanties."  Chateaubriand

 

Perçant nuages

au seuil de l'horizon

orange et rose doré

reflétés sur les feuilles

luisantes des camélias

et sur les troncs dénudés

des planes, frênes et pacaniers.

comme le cri étouffé

d'un condamné glissant

dans le sable mouvant,

rose orange glissant vers

rose gris, bleu d'acier

vers bleu de fer

les vallées des nuages

surmontées par leurs montagnes douces.

 

Ciel couleur de feu

sauf au nord où le blanc

s'enlise dans le bleu gris. et

à l'est des arbres, d’où

la nuit guette comme un

voleur prêt à sauter.

 

Dans la fissure entre noir et gris

les cris des jaies et des moqueurs

traînés à l'autre côté du monde.




March 1, 2015

À l'honneur de la journée de la Francophononie, le 20 mars.  

Les plus belles choses arrivent souvent par surprise.  L’album de chansons co-écrites et interprétées par les étudiants en immersion française (J’ai une chanson dans mon coeur) est une de ces choses dont je me réjouis surtout parce que l’expérience est arrivé à l’improviste. Tout a commencé avec le Centre de la Francophonie des Amériques, organisme avec lequel je collabore depuis sa fondation pour faire fleurir la langue française en Amérique.

Le Centre avait un projet d’écriture de chansons où on envoyait Bertrand Gosselin (le Bertrand de Jim et Bertrand) dans les écoles de l’ouest canadien pour composer des chansons avec les étudiants.  Me disant que c’était une superbe idée, j’ai tenté l’expérience moi-même dans une école de Lafayette, Myrtle Place.  La première expérience a été suffisamment satisfaisante pour que je continue avec l’école de Cécilia où j’ai composé Vive les Vacances avec les enfants.   Très enthousiaste du projet naissant, j’ai été cependant bousculé dans ma vie d’errance et j’ai cherché un partenaire auquel je pouvais passer le flambeau.  Une amie songwriter francophone est venu à mon secours, et c’est elle, Anna Laura Edmiston, qui a composée la plupart des chansons, ce qui a pris plusieurs années.  Finalement, avec une dizaine de chansons dans le sac, on s’est dit qu’on avait suffisamment de matière pour faire un album.

Alors a commencé le travail de production.  Aidé par la crème de la communauté musicale louisianaise,  j’ai commencé un travail aussi amusant qu’inspirant.  Steve Riley, Roddie Romero, Graham Robinson, David Egan, Kevin Wimmer, Mike Napolitano, Aaron Thomas, David Rachou ont tous apporté leur talent et leurs cœurs à ce projet qui a été, pour nous tous, une question d’amour.  Avec à la tête, le réalisateur C.C. Adcock, nous avons réussi à faire, avec peu de moyens, un travail aussi exceptionnel que touchant. 

Ensuite les enfants sont venus chanter.  Rappelons que ce sont des jeunes de 10 à 12 ans, sans aucune expérience professionnelle.  Vous pouvez constater le résultat pour vous même, et imaginer l’enthousiasme que ces enfants ont apporté au projet.  De voir l’étincelle dans leurs yeux à chaque fois qu’ils rentraient en studio était pour moi le meilleure des récompenses imaginables.

Cet album est la preuve de la vitalité de la communauté francophone de Louisiane, mais aussi un témoignage éloquent de l’importance de la musique pour notre petit îlot francophone.  La musique a été et reste pour nous la gloire de notre culture.  Les jeunes francophones de chez nous passe souvent par la musique avant d’arriver à la langue, ce qui était l’expérience, cher lecteur, de l’auteur de ce papier.  La journée de la francophonie en Louisiane est d’abord une célébration de notre culture musicale.  La musique est le pavillon qui flotte au dessus de notre bastion.  Elle est la plus efficace des outils dans notre boite.  Chez nous on défend et promotionne le français à coup de chanson. 

Et maintenant un petit aperçu de notre communauté :

La communauté francophone en Louisiane a de multiples visages.  Il y a d’abord ceux et celles dont le français est leur langue maternelle.  Ce sont des gens assez âgés, et leur nombre continue à décroitre de façon fulgurante. Mes grands parents ont été de la dernière génération monolingue francophone.  Bien que la langue maternelle de mes parents est le français, ils parlent l’anglais couramment.  Leur relation avec la langue française est complexe et elle est façonnée par une expérience d’assimilation difficile. 

Après la génération dont le français est la langue maternelle, il y a une deuxième génération de francophones qui est la mienne.  Nous, les francophones de Louisiane « post modernes », avons tous une relation professionnelle avec la francophonie soit dans le domaine d’éducation, soit le domaine culturel comme moi.  Depuis 1968, une communauté importante de francophones de partout, du Québec, de l’Acadie, de la France, de la Belgique, de l’Afrique et d’ailleurs s’est installée en Louisiane grâce aux programmes du Codofil (Conseil pour le développement du français en Louisiane).  Ce sont principalement des enseignants.  Leur relation avec la communauté francophone native est très proche et leur effet sur l’évolution du français en Louisiane est déterminant.  Ce sont les enseignants internationaux qui ont le plus d’influence sur le dernier élément de notre communauté francophone : les étudiants en immersion. 

Aujourd’hui il a environ 4500 élèves dans les programmes d’immersion francaise qui sont établis dans plusieurs écoles publiques surtout dans le sud de l’état.  Ces élèves représentent l’élément le plus important de la francophonie louisianaise, car ils symbolisent l’avenir de la langue.  Leur français est « internationalisé » par la force des choses.  On peut se lamenter du fait que leur parler a perdu quelques éléments du parler natif (accent, style de syntaxe et vocabulaire), mais je crois que ce point de vue est fondamentalement rétrograde.  Le français en Louisiane doit évoluer s’il veut continuer d’exister, et le français que parlent les élèves en immersion est inévitablement influencé par la nature internationale de l’enseignement.  Ce n’est pas pour moi une question de bonne ou de mauvaise chose, mais tout simplement l’évolution du français en Louisiane.  La communauté francophone en Louisiane est riche et complexe avec de divers éléments qui comprennent des francophones natives, des francophones d’ailleurs, et des jeunes francophones, élèves en immersion, qui sont en train de remodeler le français louisianais selon leur expérience. 

À partir de 1916, le français cadien a subi une assimilation sévère, mais les jours où on était humilié pour parler le français à l’école sont terminés depuis longtemps.  C’était l’expérience de la génération de mes parents.  La loi de 1916 a obligé tous les parents en Louisiane d’envoyer leurs enfants à l’école en créant un système d’éducation publique.  Les écoles ont été des institutions anglophones et une force d’assimilation considérable.  Bien que la génération de mes parents ait subi une assimilation assez brutale aux mains des enseignants de l’époque (pour la plupart des Cadiens ide familles francophones mais qui avaient eu accès à l’éducation, c’est à dire l’éducation en langue anglaise), ils ont gardé le français comme langue de choix entre eux.  La société cadienne du 20e siècle était caractérisée par plusieurs zones où le choix de la langue parlée était déterminé par un consensus naturel.  Par exemple dans ma famille, le français était la langue parlée quand un vieux était présent, c’est à dire un parent ou grand parent monolingue francophone.  Dans certaines autres situations, et surtout devant les institutions politiques, à l’école, à la banque ou dans les entreprises, l’anglais était et reste la langue dominante.

Partout en Louisiane, l’hégémonie de la langue anglaise est chose accompli et accepté.  Le nombre de francophones de ma génération représente une infime minorité.  Par contre, il n’y a plus la notion d’infériorité qui caractérisait la communauté francophone de la génération de mes parents.  Bien que le français n’est parlé que par un petit nombre de gens, il est considéré comme un atout prestigieux.  Très souvent j’entends des gens se lamenter du fait que leurs parents ne leur parlaient pas en français et donc qu’ils ne l’ont jamais appris.  La situation n’est pas sans une certaine ironie. La deuxième guerre mondiale a été l’événement marquant.  L’armée américaine était une force irrésistible d’assimilation.  La majorité de la population louisianaise mâle âgée de 18 et 35 ans s’est enrôlée.  Beaucoup de jeunes soldats cadiens ont appris l’anglais à l’armée.  À leur retour, influencés par cette expérience et face à la dévalorisation générale du français, ils ont élevé leurs enfants en anglais. 

Aujourd’hui le fait francophone est valorisé en Louisiane comme moteur économique.  Ceci est associé principalement au tourisme, mais  il y a une appréciation de la valeur du français qui dépasse maintenant le tourisme culturel.  Je suis très d’accord avec Madame la Secrétaire Générale de la Francophonie, Michaëlle Jean, quand elle dit qu’on doit doter la francophonie d’outils économiques pour qu’elle s’épanouisse.  Pour que la francophonie puisse se maintenir en Louisiane, il faut qu’il soit aperçu d’une façon positive dans le sens économique.  Le français ne doit plus être confiné au ghetto des vestiges culturels, mais doit faire partie de la vie actuelle de la communauté à part entière. 

Il ne faut pas concevoir le français seulement comme une ressource touristique, mais comme un avantage économique dans tous les sens, non pas comme une question culturelle, mais comme une question politique.  Il y a une nouvelle génération de jeunes francophones, comme les députés Stephen Ortego, Jack Montoucet et le sénateur Eric Lafleur, qui comprennent bien le problème et qui luttent pour trouver de véritables solutions.  Comme disait Mme. Jean par rapport à la grande francophonie, il faut donner la francophonie louisianaise le moyen d’assurer son avenir économique. 

À sa création en 1968, le Codofil disposait un budget d’un million de dollars.  On a vu ce budget diminuait jusqu’à  $150,000 en 2010 donc à 85% de moins qu’à sa création. Dans les dernières années,  il y a eu un renversement de situation.  Le budget du Codofil était de 500 mille dollars en 2014 et sera augmenté à 600 mille en 2015.  Ce qui indique un changement important de la perception du français en Louisiane et de sa valeur.  Je crois que nous avons touché le creux de la vague et qu’on est sur la montée.  Il existe une confluence d’éléments sociaux et politiques qui est très prometteuse. 

Un aspect important voire primordiale de la réussite du français en Louisiane est le rapport que nous avons avec la communauté francophone internationale.  Tous les militants de ma génération ont eu une relation très signifiant avec le Québec.  Je n’exagère pas quand je dis que sans le Québec et son exemple, il n’aurait pas eu la renaissance française qu’on connaît actuellement en Louisiane.  Non simplement le Québec nous a inspiré avec la notion d’une nation francophone en Amérique du Nord, mais le Québec a soutenu beaucoup d’artistes et créateurs louisianais dont je suis peut-être le plus connu, mais loin d’être le seul.  En nous donnant un forum dans lequel nous avons pu exprimer notre réalité francophone, le Québec a servi de tremplin, je dirais de parrain, pour la francophonie louisianaise. 

Il n’est pas nécessaire de souligner l’importance de notre relation avec l’Acadie, mais il faut comprendre que c’est un phénomène récent.  Mes grands-parents savaient qu’on était des descendants d’exilés acadiens, mais aucun d’entre eux n’auraient pu trouver l’Acadie sur une carte.  À partir de 1955 avec le bicentenaire de la Déportation et surtout depuis 1994 et le premier Congrès Mondial Acadien, les liens entre l’Acadie du nord et l’Acadie tropicale se sont renforcés.

La France a été et reste le plus grand soutien de la francophonie en Louisiane en terme d’investissement.  Depuis 1968, la France a contribué des sommes considérables à l’enseignement du français en Louisiane.  Son rôle est peut-être moins visible à cause de nos relations étroites avec les communautés francophones d’Amérique, mais il est tout aussi important si on considère le nombre de Français qui enseigne en Louisiane et les moyens que la France consacre à nous.  Je serais négligent si je ne tirais pas une révérence également vers la Belgique qui a été un partenaire important. 

Nos enseignants nous arrivent de partout à travers la Francophonie, de l’Afrique, de l’Haïti, de la Martinique aussi bien que la France et le Québec.  Ce qui donne un visage très multicolore à notre francophonie.  Et ce qui fait de la Louisiane un projet dans laquelle la francophonie entière participe.  Pour que le français perdure et se propage en Louisiane, il faut que deux conditions soient réunies : Que les Louisianais soient conscients qu’ils appartiennent à une communauté internationale unie par la langue française, et que la Francophonie n’oublie pas la Louisiane.  Je n’ai jamais eu, depuis les 40 ans que je travaille dans le vignoble, autant d’espoir que ces deux conditions seront réalisées et que la Louisiane fera toujours partie de ce que Léopold Senghor appelait « cet humanisme qui se tisse autour de la terre. »




February 5, 2015

À partir de 2008, grâce à une subvention du Centre de la Francophonie des Amériques, Anna Laura Edmiston et moi avons visité plusieurs programmes d’immersion français à travers la Louisiane dans l’espoir de composer des chansons avec les élèves.  J'ai une chanson dans mon couer est le résultat. 

C’est un projet riche et varié tout comme l’expérience de l’immersion français elle-même.  Les chansons parlent d’identité et de la vie vue par les jeunes.  Ces chansons sont la preuve de la vitalité de la langue française en Louisiane et de la promesse qu’elle nous offre pour l’avenir.  C’était pour moi un grand plaisir de collaborer avec ses jeunes étudiants et de voir leur passion pour la langue française, de voir l’étincelle dans leurs yeux et d’entendre les chansons dans leurs cœurs.  

Les profits de la vente du CD sont consacrés aux programmes d'Immersion Française en Louisiane

Site officiel

iTunes




January 8, 2015

Est-ce qu’il s’agit vraiment d’une bataille entre le bien et le mal?  Et si oui, qui peut prétendre déterminer ce qui est mal et ce qui est bien?  Ce matin à Paris, trois barbares sont entrés dans les bureaux de l’hebdomadaire Charlie Hebdo et ils ont assassiné douze personnes: l’éditeur, Stéphane Charbonnier ainsi que les caricaturistes Jean Cabut, Georges Wolinski et Bernard Verlhac.  Aujourd’hui la lumière de la démocratie a été ternie.  Aujourd’hui j’ai perdu quelques illusions et je suis atteint dans mon profond intérieur.

Je ne suis pas un lecteur de Charlie Hebdo.  Cependant, depuis mon premier séjour en France au milieu des années 1970, je suis au courant de son existence et du rôle acerbe, mordant et sarcastique que ce journal joue au cœur de la culture française.  Dans cette société où le verbe et la parole occupent une place de premier ordre, ce journal tient une place unique.  Comme un crieur public du moyen âge se promenant en se moquant des hypocrites, des menteurs et des adultères, ce journal n’épargne rien ni personne.  À l’intérieur de la culture française moqueuse et arrogante, Charlie Hebdo est la grande voix de l’insolence et de la dérision, un gigantesque bras d’honneur à l’ordre social.  Charlie Hebdo se moque de tout et du reste.  Rien n’est hors de la mire de sa plume caustique y compris les jihadistes et leur Allah tout puissant.  Par conséquent, trois jeunes tueurs fanatiques ont planifié et ont  commis un acte de barbarie inspiré par une vision haineuse et une intolérance brutale qui est même à l’opposé de la liberté d’expression que Charlie Hebdo symbolise.  Ils ont atteint non simplement des journalistes, mais aussi une notion de la démocratie. Ce n’est pas une attaque contre quelques personnes, mais une attaque sur l’idéologie sur laquelle mon idée de la société se construit. 

Les tueurs seront attrapés et rendus à la justice et que leur dieu ait merci sur leurs sales âmes.  Mais le désarroi que je ressens est provoqué par une incompréhension de cet acte qui tourne mon concept de société sur sa tête.  Comment peut-on concevoir une attaque contre les journalistes? Cet acte est la preuve de la puissance de la parole et de la pensée.  Les assassins n’auraient jamais commis un crime aussi hideux sans se sentir atteints par les idées et les paroles de Charlie Hebdo. 

Je me demande jusqu’où monte le fil.  Les jeunes tueurs ont trouvé leurs armes par quel intermédiaire?  En France, il est très difficile d’obtenir le type d’armes d'armes utilisées sinon par le réseau du crime organisé.  Mais ces tueurs ne sont pas des bandits mais des fanatiques, alors par quel moyen ont-ils obtenu leurs armes?  Fournies par qui?   On finira par trouver le réseau, mais au bout du fil n’est pas une secte, ni une personne, mais une idée, et cette idée est à l’encontre de la société démocratique.  Est-ce qu’on est rendu au point de s’entretuer à cause de sa religion?  A cause de ses croyances?  À cause de la couleur de sa peau, pourquoi pas?  Il m’a toujours semblé qu’il y a des gens bien et des malfaiteurs.  Les criminels sont des gens qui ne respectent rien ni personne et qui sont prêts à n’importe quoi.  Où bien ils sont des malades mentales dont le comportement révèle un fond de déséquilibre.  Mais je n’arrive pas à comprendre cet attentat.  Ces tueurs ne sont pas des criminels mais des fanatiques et leur motivation me laisse viscéralement confus.  Est-ce qu’on est de retour au Moyen-Âge?  Est-ce qu’on se lance dans une guerre sainte.  Je suis Bouddhiste, anciennement Chrétien, tendance Agnostique et rien dans ma pensée éthique ne me prépare à confronter un geste aussi barbare. 

Le 11 septembre 2001 restera gravé dans mon souvenir, mais j’arrive à me l’expliquer.  Osama bin Laden, fanatique religieux et homme puissant s’en est pris à la culture occidentale et a conçu et mis en œuvre une attaque contre l’ennemi de son fanatisme,  les États-Unis.  Dans un complot raffiné et fort de symbolisme, Al Qaeda a attaqué le World Trade Center, l’épicentre du monde capitaliste.  On descend les deux immeubles les plus grands dans le quartier du cœur du capitalisme.  Mais l’attaque à Paris ce matin n’a pas visé des immeubles, mais un journal, et cette notion me laisse perplexe et profondément attristé.  Est-ce que nous sommes parvenus à la guerre sainte?  Ce jihad, je ne le comprends pas.  Comment peut-on utilisé la religion pour mettre en branle une idéologie aussi haineuse?  Comment peut-on tuer au nom de Dieu?

Ce jour restera gravé dans ma mémoire et comme le 11 septembre 2011, et il marquera un tournant dans l’histoire humaine sur cette terre.  Ils disent qu’on peut tueur des hommes mais non pas des idées.  J’aimerais que ça soit vrai, mais uniquement s’il s’agit d’idées de tolérance et d’ouverture.  Autrement je ne comprend rien.

PS:  Le peuple français, atteint dans son coeur, défie les forces du noir et proclame son attachement à la lumière.  Inspiré par ceci, nous n'avons pas de choix, mais devons lutter avec toutes nos forces pour une société ouverte et par ceci honnorer la mémoire de Stéphane Charbonnier, ses collégues et les idéaux qu'ils symbolisaient.