Zachary Richard Blogue 2013


Zach chillin' - thinking about his monthly reports

October 31, 2013

Chanson par chanson:

J’aime la vie :  Tout a commencé lorsque Émile et moi nous promenons le long de la grève à Cap Chat, Gaspésie.  Soudainement Émile m’annonce qu’il veut faire un album.  Je n’étais pas étonné.  Cette demande me semblait parfaitement normale venant de lui, un enfant de dix ans.  Alors je l’ai pris au sérieux et je lui ai répondu que pour faire un album, il faudra faire des chansons et que je pouvais lui aider.  C’était une belle journée d’été et on a continué notre promenade.

Réfléchissant comment on pourra commencer une chanson, il me semblait qu’Emile aurait plus de facilité si la chanson avait pour thème quelque chose qui pourrait l’inspirer.

-Quel est le thème que tu voudrais donner à ton album ? je lui demande.

-La nature, il me répond, j’aime la nature.

-C’est très bien, mais qu’est-ce que tu aimes encore ?

            -J’aime la vie, il me répond, et scrutant l’’horizon il ajoute, et toutes les créatures.   Il pause,  - il y a des fois que je suis ému en pensant à la vie.

            Alors ça me semblait un bon départ, et je l’ai poussé en ce sens.

            -Qu’est ce que tu aimes en plus ?

Du coup, Émile commence à citer une liste de choses qu’il aime dont certain se trouvait devant nous : des cailloux, des arbres, des fleurs. 

            On a continué notre promenade sous le soleil doux du mois de juillet, tous deux perdus dans nos pensées.

            -J’aime mon école, il dit soudainement, et tous mes amis.  Ils sont handicapés, mais on peut les aimer quand même.

            J’ai été bouleversé par ses propos.  À cette époque Émile fréquentait une école pour handicapé neuro-moteur.  De la centaine d’élèves, la plupart étaient confinés à des chaises roulantes ou même à des civières.  Émile faisait partie des rares qui marchaient. 

Quand Émile était très jeune, les médecins nous ont dit qu’il n’allait pas marcher.  Non simplement Émile marche, mais il court, et il fait du vélo.   Je me rappelle aussi une anecdote que raconte sa mère, Sarah.  Marchant sur l’Avenue du Général Le Clerc, Émile et sa mère rencontrent un ami.  Émile est dans sa poussette, il n’a que deux ans. 

Avec une insensibilité déchirante l’ami en question dit à Sarah que c’est dommage qu’Émile ne marchera jamais.  Entendant ceci, le petit s’effondre en larmes.   L’handicap d’Émile n’a aucunement touché son intelligence.  Il est vif, curieux, et doté d’un sens d’humour canaille.  Il me semble que son défi lui a poussé à trouver des ressources inattendues.  Il est courageux, patient et persévérant, qualités frappantes chez un enfant de dix ans dit handicapé.

Lors de notre promenade, pendant qu’Émile réfléchissait tout haut, je prenait note.  Rendu au chalet, j’ai pris ma guitare et j’ai commencé à gratter quelques accords.  « J’aime la vie, et toutes les créatures » tournait dans ma tête.  Avant la fin de la soirée, on avait fini la chanson.  Ce fut un départ très prometteur. 

La mer :  Encouragé par le fait d’avoir pu écrire une chanson pendant de notre première séance, on a poursuit avec enthousiasme.  Le lendemain, Émile et moi sommes aller nous promener sur la grève de nouveau.

            -J’aimerais faire une chanson sur la mer, me dit Émile.

            Avec une méthode qu’on allait répéter maintes fois, une fois qu’Émile avait trouvé le thème d’une chanson, commençait un interrogatoire.

            Le plus souvent, Émile me répondait avec un catalogue.  Dans ce cas il s’agissait de :  poissons, baleines, pingouins, crabes, crustacées, algues, et tout ça.   Il finissait souvent ses listes avec sa phrase passe partout : Et tout ça. 

            Les chansons n’auraient été que des simples inventaires si ce n’était pas pour une perle que trouvait Émile dans ce tas de choses.   Dans ce cas si, c’était le plastique.

            -Il y a aussi du plastique dans la mer,  il me dit.  Il faudra nettoyer ça. 

Hou Da Da :  Cette chanson est de ma plume uniquement bien que je dois une dette de reconnaissance à Émile.  Quand il était bien plus jeune on s’amusait à jouer au cheval.  Je me mettais à quatre pattes, et il se mettait sur mon dos.

            « U Da Da, il criait pour me faire avancer, utilisant la phrase utilisée en France pour faire avancer le cheval.  « U Da Da » dans mon oreille de Cajun est devenu « Hou Da Da » et voilà l’origine de la chanson.

Tigre en ville :  Cette chanson a été composée avec Shane Thériot à la Nouvelle-Orléans à partir d’un riff de guitare.  Peut-être parce qu’on se trouvait dans la rue Constance pas loin du Audubon’s Zoo, la chanson traite d’un tigre qui réussit à s’évader du zoo pour découvrir que la liberté n’est pas ce qu’il pensait.  Il n’y a que deux chansons sur l’album qui n’ont pas été conçu par Émile et composée  avec lui et celle-ci en est une.    Je pense, cependant qu’elle cadre bien et je pense qu’elle a bien trouvé sa place.

Mon cheval Napoléon :  Ce projet a débuté en juillet 2010 avec l’écriture des premières chansons.  Émile était avec nous en tournée.  En août il est rentré chez lui à Paris et nous, Claude et moi, avons pris la route pour la Louisiane.  En octobre j’ai eu un accident de santé, un AVC dit « spontané ».  J’étais pourtant en très bonne forme  physiquement, et je venais de passer mon bilan de santé annuel avec les félicitations de mon médecin.  Un caillou s’est formé dans ma carotide droite.  D’un coup, lors d’une belle soirée d’automne, je me suis trouvé à l’hôpital.  C’était bizarre car cet après-midi, un dimanche, on avait Skypé avec Émile.  Il m’avait annoncé un nouveau thème pour une chanson : l’hôpital. 

            -Qu’est ce que ça veut dire ? je lui ai demandé.

            -Des ambulances, des gyrophares, des médecins, des infirmières, et tout ça, il m’a répondu.

            -Je ne suis pas très inspiré par ton idée, je lui ai répondu, mais je vais voir ce que je peux faire.

            Le soir je me suis trouvé à l’hôpital.  Je plaisantais avec les infirmières en disant que j’ai eu un AVC pour faire de la recherche pour une chanson.  J’ai fini la chanson  pendant mon séjour à l’hôpital, mais je ne la chante plus, et je ne la chanterais pas.  En fait je l’ai oublié.  Elle est rayée de ma mémoire, car elle provoquait des souvenirs trop pénibles. 

            Émile est venu me rejoindre pendant ma thérapie.  On faisait nos exercices ensemble.  Avec mes propres problèmes neuro-moteurs, maintenant j’apprécie davantage le combat d’Émile.  Pendant ma convalescence, il a été mon inspiration.  De m’entrainer avec lui suite à mon accident a été une des plus belles expériences de ma vie.

            Pendant son séjour en Louisiane, de temps en temps, Émile et moi  traversons le champs pour rendre visite au cheval de mon cousin qui habite juste à côté. 

            À force de le visiter, il était inévitable qu’un jour Émile m’annonce : Je veux faire une chanson sur Napoléon. 

L’avion :  Depuis qu’il a huit ans, Émile prend l’avion seul, traversant l’Atlantique pour nous visiter, retournant tout seul pour retrouver ses parents et son école.  À chaque départ et à chaque arrivée, c’est toujours le même sourire éclatant qui fend son visage d’oreille en oreille.  J’ai été contre le fait qu’il voyage seul au départ pensant que ça serait trop risqué d’envoyer un enfant handicapé avec des problèmes d’élocution.   Je craignais que dans le cas d’un accident, Émile soit démuni et abandonné.  Je dois admettre que j’avais tort.  De retrouver son autonomie lui donne confiance.  Récemment Émile a pris son premier voyage non-accompagné.  Auparavant, il voyageait en « UM » c’est à dire Unaccompanied Minor.  Les hôtesses de l’air s’occupaient de lui et il était obligé de garder une petite pochette autour du coup contenant passeport et carte d’embarquement.  Maintenant il voyage seul.  Il se présente à la porte, il monte et une fois rendu à destination, il descend seul et attend ses bagages.  Il avait horreur d’attendre à descendre en dernier.  Les « UM » débarquent uniquement une fois que tous les passagers sont descendus. 

La première fois qu’il a voyagé seul, il y avait un agent qui l’attendait à l’arrivée avec une chaise roulante.

            -Avez-vous besoin d’aide, on a demandé à Émile.

            -Non merci, il a répondu avant de prendre son chemin tout seul. 

L’univers :  Cette chanson est ma favorite de l’album.  La mélodie est magnifique et le propos est très touchant.  Un jour Émile arrive dans le petit studio que je garde à l’étage en dessous notre appartement à Montréal.

            -Je veux faire une chanson sur l’univers, il m’annonce.

            Alors j’ai commencé l’interrogatoire habituel.

            -C’est quoi l’univers pour toi ?

            -Les planètes, les étoiles, la terre….. et tout ça.

            On était couché par terre sur le tapis et notre réflexion était de l’ordre philosophique.

            À un moment donné, on est tombé en silence.  Regardant par la grande fenêtre qui donne sur la plaine laurentienne et les montagnes collées sur l’horizon, Émile brise le silence.

            -Et l’amour, il dit.  L’amour fait partie de l’univers.  Il faut remplir l’univers avec l’amour. 

Dans mon jardin :  Un jour Émile me téléphone de Paris. 

            -J’ai une idée pour une chanson, il me dit

            -Ce n’est pas l’hôpital ?

            -Non, c’est mon jardin.

            À côté de son appartement, rue Sarrette, il y a un jardin dans une cour intérieure. 

            Dans le petit jardin est un très grand figuier, peut-être centenaire.

            -Je vais voir si les figues sone mûres….. et tout ça.

            Et il me chante une petite mélodie qui devient la mélodie de la chanson. 

Je voudrais me promener :  C’est la dernière chanson que nous avons composée.  On était en vacances chez des amis en Floride.  Un soir après souper nos hôtes nous demandent de faire un petit concert, ce que nous faisons avec plaisir.  Une fois fini,  Émile me dit qu’il voudrait se promener. 

            -Mais seul avec toi, il ajoute.

            On est parti faire un tour, marchant sur la plage, les vagues du Golf du Mexique nous chuchotant une mélodie.  Une fois la promenade terminée, nous sommes rentrés pour écrire la chanson. 

 





September 2, 2013

NOUVEL ALBUM :J’AIME LA VIE

En juillet, 2010, lorsqu’il avait 10 ans, mon petit-fils Émile m’a annoncé qu’il voulait faire un album.  Je lui ai expliqué que pour faire un album, il faudra faire des chansons.    Pour entrer en matière j’ai commencé par lui demander qu’est-ce qu’il aimait. 

-J’aime la vie il répond. 

On était à Cap Chat en Gaspésie et c’est comme ça que cette aventure a commencé. La première chanson, comme toutes les autres ou presque, est sortie de son cœur en passant par sa tête.  Je lui ai assisté dans le processus, poussant, fouillant, cherchant le bon mot.  Ce qu’on a fait ressemble à ce que je fais avec tous mes collaborateurs, c’est à dire collaborer. 

Dans la co-composition, il y a qu’une règle : la chanson n’est pas terminée tant que tous ne soient pas satisfaits.  Nous avons respecté cette règle parfaitement.  Comme est l’habitude, certaines chansons ont été facile, d’autre plus difficile à terminer.  Mais j’ai été continuellement bouleversé par la justesse de la vision d’Émile, par sa poésie et par la pureté de son expression.

Émile est handicapé neuro-moteur, comme il le dit lui-même : un peu mais pas beaucoup.  Cette attitude, pleine de lumière et d’espoir est son cadeau au monde et un trésor pour moi.  Il reste que la vie lui a donné un défi considérable.  Je suis constamment frappé par sa façon de voir les choses : avec simplicité et témérité.  Ce sont les qualités qu’on retrouve dans son écriture et donc dans ces chansons. 

On pourrait penser qu’Émile n’est qu’un accessoire à la création de cet album, qu’une annexe à ma composition.  La vérité est que ces chansons n’auraient jamais existées sans lui.  Il a été au cœur de tout ce répertoire et l’étincelle qui a constamment mis le feu.  Comme la fois qu’il m’a téléphoné de Paris pour me dire qu’il a une nouvelle idée pour une chanson : mon jardin, il me dit, je vais voir mon figuier, j’y vais à tous les jours, voir si les fruits sont murs.

Ce projet a commencé de la façon la plus simple.  La curiosité d’un enfant et sa volonté de créer quelque chose pour embellir le monde.  Tout est parti d’un sentiment positif, qui se reflète toujours dans ses yeux.  -J’aime la vie, il dit, et toutes les créatures. 

 

DISPONIBLE 15 OCTOBRE




July 31, 2013

Pour télécharger la chason : La cloche de Batoche.  Du 1 au 15 août, 2013

La première fois que j'ai entendu parler de Louis Riel c’est grâce à une chanson d’un groupe du Nouveau-Brunswick, Zéro Celcius.  J'ai fini par l’enregistrer moi-même: Petit Codiac. La chanson est inhabituelle.  Les couplets sont des noms de lieux, tandis que le refrain est une liste de personnages historiques connus pour leur résistance: Crazy Horse, le chef Sioux Lakota qui, avec Sitting Bull a mené la lutte contre l'invasion de l'armée américaine, Beausoleil,  chef de la résistance armée contre les Britanniques lors de la Déportation des Acadiens, et Jackie Vautour, chef de la résistance à l'expropriation forcée de 2500 Acadiens en 1968 pour la création du parc canadien Kouchibouguac.

Toutes ces figures héroïques m’étaient connues, à l'exception de Louis Riel.  En fait, j'ai même mal prononcé son nom sur l'enregistrement, l’appelant « Louis Réal».  Ce fut ma première rencontre avec cette figure célèbre et tragique. Le nom de Louis Riel est reconnu par la plupart des Québécois et par de nombreux Anglo-Canadiens aussi, mais ce n'est que dans les Plaines de l'Ouest, au Manitoba et en Saskatchewan que son histoire est bien comprise et sa mémoire célébrée.

Louis Riel est reconnu soit comme étant un «fondateur du Manitoba» soit comme le leader de la «rébellion» de la Rivière Rouge de 1869 et de la rébellion du Nord-Ouest de 1885.  Dépendant d’où l’on se place, Riel est vu comme un héros ou comme un traître. Né dans la colonie de la Rivière Rouge en 1844, Louis Riel est le fils d'un père métis Franco-Ojibwa.  Sa mère, Julie Lagimodière, est la fille d'une des premières familles canadiennes-françaises installées à la Rivière Rouge.  Éduqué au Québec au Collège de Montréal, Riel est capricieux et d’humeur changeante.  Après qu’une aventure romantique ait mal tourné, il quitte le Québec, travaillant à Chicago aux côtés du poète Louis-Honoré Fréchette et à Saint Paul, Minnesota comme administrateur, avant de retourner à la Rivière Rouge en 1868.

Quand il revient à Saint-Boniface, la région est dans la tourmente. La Compagnie de la Baie d'Hudson venait de renoncer à son monopole commercial  sur l’ensemble de la Terre de Rupert (région centrale et nordique du Canada).  Incapable de maintenir son exclusivité et voyant ses profits s'éroder, la Compagnie de la Baie d'Hudson renonce finalement à sa concession en faveur de la Couronne britannique, qui , elle cède rapidement le territoire au gouvernement du Canada. Le père de Louis Riel avait été l'un des chefs dans la lutte contre le monopole de la Compagnie de la Baie d'Hudson; il avait donc élevé son jeune fils dans une culture d'autosuffisance et de  lutte politique.

En 1868,  il n’y avait aucun contrôle politique dans la colonie de la Rivière Rouge.  Dans ce vide, surgit alors Louis Riel.  La communauté métisse est alarmée par l'arrivée des arpenteurs-géomètres envoyés par le gouvernement du Canada.  Les Métis n'ont jamais eu des titres clairement établis sur leurs terres et se sont installés d’après le système français de «rangs» avec chaque propriété bénéficiant d'un accès au bord du fleuve. Cela a été opposé au système anglais des lots carrés. Les Métis ont peur d’être dépossédés.  Il y a beaucoup d’angoisse dans la communauté.

À la fin août, Riel dénonce l’arpentage.   Le 11 octobre 1869, les travaux sont perturbés par un groupe de Métis avec Riel à leur tête.  Ce groupe s’organise en «Comité national des Métis» le 16 Octobre, Riel est nommé secrétaire. Sommé par le Conseil de la Hudson Bay Company d'Assiniboia pour expliquer ses actions, Riel déclare que toute tentative par le Canada d’assumer le pouvoir à la Rivière Rouge sera contestée sans une entente préalable avec les Métis.  William McDougall est nommé lieutenant-gouverneur de la Terre de Rupert et envoyé à la rivière Rouge.  Il est refoulé à la frontière américaine par des Métis armés, et le même jour, un groupe de Métis dirigé par Riel s'empare de Fort Garry.

Face à cette agitation, Ottawa envoie des émissaires à la Rivière Rouge. Alors qu'ils étaient en route, le Comité national des Métis déclare la mise en place d’un gouvernement provisoire le 8 décembre. Riel est élu président le 27 Décembre.  Les rencontres entre Riel et la délégation d’Ottawa ont lieu les 5 et 6 janvier 1870, mais se révèlent infructueuses.

Pendant qu’il dirige la colonie, Louis Riel fait une erreur tragique.  Un malfaiteur anglophone, Thomas Scott, est condamné et exécuté.   Cela aura des conséquences tragiques pour Riel et son gouvernement.  Le Manitoba est officiellement admis à la Confédération canadienne le 12 mai 1870.  Une tentative d'obtenir une amnistie pour Riel échoue et une expédition militaire est montée.  Son arrivée à la Rivière Rouge, en août,  marque la fin du gouvernement, et Riel  fuit la colonie.

Après la Rébellion de la Rivière Rouge, les Métis se déplacent vers l'ouest et s’installent dans la vallée de la Saskatchewan. Il est rapidement évident que la migration vers l'ouest n’est pas une solution pour les problèmes des Métis et des Indiens des Plaines. L'effondrement des troupeaux de bisons provoque de la famine parmi les Cris des Plaines et des Pieds-Noirs.  Cette situation est aggravée par une réduction de l'aide au gouvernement en 1883, et par le refus d'Ottawa de respecter ses engagements envers les Métis et les Premières Nations.

Les Métis sont obligés d'abandonner la chasse et de se mettre à agriculture, mais cette transition est accompagnée par des problèmes complexes similaires à ceux qui avaient surgi au Manitoba. Des colons de la Saskatchewan venus d'Europe et des provinces de l'Est ont également des plaintes relatives à l'administration des territoires. Tous, Métis et Blancs,  ont des griefs, et dès 1884, les colons anglais, anglo-Métis et les communautés franco-Métis envoient des pétitions  au gouvernement.  Ces demandes restent sans réponse. Une réunion des Métis de South Branch a lieu dans le village de Batoche le 24 mars.  Les trente représentants décident d’envoyer des émissaires pour demander à Louis Riel de revenir et de représenter leur cause.

Une délégation dirigée par Gabriel Dumont est envoyée chez Riel dans son exil dans le Montana et le 5 Juillet 1884, il arrive à Batoche. Riel commence  immédiatement à organiser les Métis et à former une alliance avec les Cris.  Le 18 mars, on apprend que la garnison de la Gendarmerie du Nord-Ouest à Battleford a été renforcée. Une rumeur commence à circuler que 500 soldats lourdement armés avance sur le territoire.  Les Métis sont à bout.  Les partisans de Riel saisissent des armes, prennent des otages et coupent les lignes télégraphiques entre Batoche et Battleford.  Le gouvernement provisoire de la Saskatchewan est déclaré le 19 mars, avec Riel comme chef.  Il forme un conseil et envoie des représentants aux chefs Cris Poundmaker et Big Bear. Le 21 mars, les émissaires de Riel exigent la reddition du fort Carlton, mais cela est refusé.  Près de Duck Lake, le 26 mars, une force métisse dirigée par Gabriel Dumont surprend des troupes de Fort Carlton.  Dans la bataille de Duck Lake qui suit, la police est mise en déroute.  Cela encourage les Cris à se révolter aussi.  Le La Rébellion du Nord-Ouest venait de commencer.

Des unités militaires canadiennes, sous le commandement du major-général Middleton, arrivent à Duck Lake moins de deux semaines après que Riel ait fait ses demandes. L'issue de la bataille de Batoche (9 au 12 mai) n'est jamais mise en doute. C'est la première fois que la Gatling Machine Gun, une mitrailleuse, est utilisée au Canada.  Les Métis sont défaites et le 15 mai, Louis Riel se rend.   Les forces de Big Bear réussissent à tenir jusqu'à la bataille de Loon Lake le 3 Juin, mais la rébellion est un échec lamentable pour les Métis et les Amérindiens.  Ceux qui ne sont pas capturés s’en fuient.

Louis Riel est  accusé et condamné pour haute trahison par un jury composé de Blancs anglophones. Le jury rend son verdict le 1 août, 1885.  Il est pendu le 16 novembre  à Regina.

Pendant la bataille de Batoche, les soldats canadiens enlèvent la cloche de l'église et l'emporte en Ontario comme trophée de guerre. La cloche est accrochée dans une caserne de pompiers à Millbrook, de nombreux pompiers ayant servi à l'expédition militaire.

Les Métis de la Saskatchewan tentent à plusieurs reprises de récupérer la cloche désormais logé dans une salle de la Légion canadienne. En 1990, ils envoient une autre demande pour son retour.

Un reportage de la CBC portant sur la réaction des membres de la Légion Canadienne de Millbrook cite un membre: «Vous avez essayé de détruire le pays et nous vous avons arrêté ... Maintenant, nous avons la cloche. C'est la nôtre."

En Octobre 1991, Yvon Dumont, président de la Fédération des Métis du Manitoba, visite la salle de la Légion accompagné par plusieurs autres Métis du Manitoba pour voir la cloche.

Une semaine plus tard, elle est volée dans la nuit.

Le sort de la cloche reste inconnu pendant plus de 10 ans.  Yvon Dumont nie connaître l'identité des cambrioleurs, mais il déclare: "si c'est un Métis, je considère cette personne comme un héros, non pas un criminel."

Le 20 Juin 2013, on annonce que la cloche sera donnée à l'évêque du diocèse de Prince Albert, en Saskatchewan.  Un mois plus tard, le 20 Juillet 2013, la cloche est exposée à Batoche, retournée dans sa communauté après 128 ans.

Billyjo Delaronde, un des cambrioleurs de 1991, est présent à la cérémonie.

La cloche est maintenant la propriété de l'Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba. Elle sera éventuellement raccrochée au clocher de l'église de Batoche, mais sera exposée au Musée de Saint-Boniface pendant un  temps.  On l’appelle Marie-Antoinette. 

Il y a des fois que ça prend du temps, mais il semble que parfois la justice finit pas s’imposer.  




July 2, 2013

L’opposition à l’exploitation de gaz de schiste dans le monde est considérable et plus particulièrement en Europe.  La France et la Bulgarie, les pays avec les plus grandes réserves de gaz de schiste, ont interdit le « fracking ».  En Pologne et en Angleterre des militants bloquent des sites d’exploration.  Mais en Amérique du Nord, malgré une opposition très vocale et des expériences extrêmement négatives, le forage de gaz naturel à l’aide de la fracturation (« fracking ») progresse d’une façon alarmante. 

En plus des effets néfastes sur l’environnement naturel et l’augmentation des gaz à effet de serre, l’exploitation de gaz de schiste a coupé l’herbe sous le pied du mouvement d’énergie alternative.   Avant l’arrivée des gaz de schiste, le prix du pétrole grimpait d’une façon régulière.  Avec de moins en moins de réserves dans le monde, on prévoyait le jour où le prix du pétrole atteindrait le même niveau que celui de l’énergie solaire, rendant cette dernière très attractive.  On pouvait imaginer que les règles du marché allaient éventuellement favoriser les sources d’énergie alternative.  Le gaz de schiste a renversé ce scénario.  En rendant le coût de la production du gaz naturel relativement bas, le « fracking » a donné un coup de massue aux énergies vertes.

 Que-est ce que le gaz de schiste? 

Les couches de grès en dessous de la surface de la terre contiennent souvent du gaz naturel, formé par la décomposition d’organismes emprisonnés dans les schistes, des roches ayant acquis une structure feuilletée sous l’influence de pression tectonique.   Le gaz est libéré par le forage.  Pour augmenter l’écoulement du gaz, on fracture (fracking) les pierres. 

Depuis les années 1940, les compagnies pétrolières pratique la fracturation de la pierre par l’injection d’eau pressurisée.  Depuis ce temps, plus d’un million de puits de forage aux États-Unis ont été « fracturés ».   À partir de 1990, les compagnies pétrolières ont commencé à récupérer le gaz en forant sur des axes horizontaux à partir des puits verticaux.   Ce forage horizontal a permit l’injection de millions de litres d’eau directement dans les schistes.  Des produits chimiques sont injectés dans l’eau pour dissoudre les minéraux et tuer les bactéries qui peuvent boucher les puits.  Ce cocktail contient de l’acide, des détergents et plusieurs sortes de poisons qui échappent aux règlements gouvernementaux et qui peuvent rejoindre la nappe phréatique et les couches d’eau dorénavant potable. 

En plus de ce qui est injecté dans les puits, le forage de gaz de schiste libère quantité de méthane dans l’atmosphère créant ainsi la possibilité d’explosions.  L’eau qui remonte à la surface contient (comme dans tous les puits de forage) d’éléments radioactifs et d’énormes concentrations de sel.   Pour se débarrasser de ses eaux usées, elles sont injectées dans des puits profonds, ce qui est parfois responsable de tremblements de terre.    Mais la conséquence la plus grave de l’exploitation de gaz de schiste est que cette nouvelle technologie accentue des changements climatologiques par la libération de méthane pendant le forage et cela à des niveaux bien au dessus des puits de gaz naturels conventionnels.   En plus, l’augmentation des gaz à effet de serre est amplifiée quand le dioxyde de carbone est libéré par les moteurs à combustion (voitures et autres).

L’exploration de gaz de schiste a donné un coup de fouet à l’industrie pétrolière.  Avec l’arrivée sur le marché de gaz naturel à prix réduit, la rentabilité des énergies alternatives est compromise d’une façon importante.  En plus de causer des problèmes environnementaux graves avec des conséquences encore mal comprises, le gaz de schiste repousse davantage la recherche de l’énergie solaire et d’autres sources d’énergie verte.  Tant qu’il y aura des profits à faire, les compagnies pétrolières continueront à exploiter les ressources naturelles en dépit des répercussions néfastes.  Le seul espoir reste la volonté politique.  Tant que nous resterons accrochés au pétrole, le développement de l’énergie verte restera, hélas, une chimère. 

Je souhaite à tous mes confrères consoeurs américains  une joyeuse fête nationale, dans l’espoir que nous allons pouvoir trouver des solutions durables pour protéger l’extraordinaire héritage naturel que nous possédons,  et que nous allons pouvoir le léguer à nos enfants.

 

 




April 2, 2013

Au milieu du 19e siècle, les prairies du sud-ouest de la Louisiane sont le théâtre de violentes déprédations.  Plusieurs historiens nous disent que la région aurait été déchirée par une guerre de classe sans l’intervention de la Guerre de Sécession. 

Cette région a toujours été hors du contrôle des autorités.  Pendant la période coloniale, la prairie des Attakapas tombe entre les zones d’influence des Espagnols et les Français, créant ainsi une espèce de no-mans-land, refuge pour ceux et celles qui fuyaient les contraintes de la société.  Pendant la Guerre de Sécession, la zone devient le centre des opérations des Jayhawkers, des groupes paramilitaires, ni alliés ni aux nordistes, ni aux sudistes, qui vivent de pillage.

À la veille de la Guerre de Sécession, le sud-ouest de la Louisiane connait une période d’instabilité civile.  Des « comités de vigilance » sont formés par les grands propriétaires terrestre dans l’intention de contrôler ce qu’il considèrent des éléments criminels.  Ils estiment que les forces de l’ordre officielles ne suffisent pas pour maitriser le brigandage.  Les victimes des comités de vigilance, pour la plupart des hommes de situation modeste, s’organisent pour se protéger et pour contrer les vigilants.  Les deux groupes se confrontent à l’automne de 1859 sur les rives du bayou Queue de Tortue.

Le phénomène des comités de vigilance, des groupes organisés pour appliquer la  « justice » en dehors du système officiel,  débutent à San Francisco se poursuit vers l’est, trouvant une terre fertile dans la Louisiane de l’époque.  Plusieurs membres des comités en Louisiane sont des éleveurs.  Ils perdent une partie importante de leur cheptel au vol et ils cherchent à protéger leurs intérêts par leurs propres moyens.  D’autres sont des planteurs, esclavagistes, choqués par ce qu’ils estiment est une incapacité des autorités de vaincre les malfaiteurs.  

Sur les grands étendus de la prairie, il est très difficile de protéger les troupeaux de bêtes à cornes et les voleurs ne sont rarement attrapés.  Les comités de vigilance se donnent le défi de dompter les coupables.  Le problème est qu’il existe peu de preuves, alors les comités agissent par soupçons, s’attaquant aux marginaux, vivant dans les marécages et au fond des grands étendus de la prairie.  Les individus sont ciblés sans preuves, mais uniquement par rumeur.  Ils sont ciblés surtout parce qu’ils représentent une menace à l’ordre établi.  Vivant en marge de la société ces hommes et ces femmes sont attaqués autant pour ce qu’ils évoquent chez les planteurs que pour ce qu’ils ont fait.

Une fois qu’un homme est soupçonné par un comité, il reçoit une visite nocturne.  Il lui est ordonner de quitter le pays.  Après quelques jours, les vigilants reviennent.  Si l’homme est encore là, il sera fouetté.   Quelques jours encore et les vigilants sont de retour.  Si l’homme ignore les avertissements, il sera pendu.  Le résultat de ces opérations est la création d’un groupe de sans abri, vivant au large sur la prairie.  Ils vont s’organiser autour d’un chef, Émilien Lagrange.  Sa maison sur les rives du bayou Queue de Tortue dans la Paroisse d’Acadie actuelle, sera le quartier général des anti-vigilants.

En réponse aux activités des comités de vigilance, le 28 mai 1859, le gouverneur de la Louisiane, R.C. Wickliffe, émet une proclamation ordonnant la cessation des comités de vigilance.  Çela n’a aucun effet.  En même temps, les anti-vigilants s’organisent.  Encouragé par la proclamation du gouverneur, Jean-Baptiste Chiasson, dit John Jones, un voisin d’Émilien Lagrange, se procure des munitions, du plomb, et de la poudre qu’il entasse chez Lagrange.  Un contingent d’environ 200 hommes vit sur place. 

Avant la levée du jour le 3 septembre 1859, le chef du comité de vigilance de la Côte Gelée (actuellement Broussard), Aurélien Saint-Julien traverse le bayou Vermillion et rencontre les vigilants de Vermillionville (actuellement Lafayette) avec l’ex gouverneur, Alexandre Mouton à leur tête.  Le fils de Mouton, Alfred, diplômé du collège militaire américain West Point, va diriger les opérations.  Ces hommes sont rejoints par les comités de vigilance de Saint Martinville, Pont Breaux et Anse-à-la-Butte.  Plus tard dans la ville de Crowley, ils rencontrent des vigilants de Calcasieu et Saint Landry.  Ils transportent depuis Vermillionville un canon, un avantage militaire considérable.  En arrivant chez Lagrange, ils sont rejoints par d’autres vigilants, ceux de Fakataique (Eunice) et Praire Robert.  La troupe des comités atteindra plus de 600 hommes bien armés. 

En arrivant devant la maison fortifiée de Lagrange, dont le dos donne sur le bayou, les vigilants entourent les lieux pour empêcher les fuyards.  Le canon est préparé et pointé vers la maison.  En voyant le canon, plusieurs des hommes à l’intérieur de l’enclos s’enfuient.Ils se jettent dans le bayou poursuivis par les vigilants.  De l’autre côté du cours d’eau on entend des coups de feu.

Sous un drapeau blanc, Alexandre Mouton, voyageant en buggy, approche la maison.  Il est accompagné par Saint-Julien et Valmont Richard du comité de Saint-Martinville.  John Jones leur parle depuis la porte, leur demandant qu’est ce qu’ils veulent.

« On vient pour voir ce qui se passe ici, » répond Mouton.

« Cette une réunion politique, » dit Jones.

« Mais il n’y a pas d’élection et vous avez des armes et même des canons, » dit Mouton.

« Nous n’avons pas les moyens de se payer un canon, » dit Jones sarcastiquement.  « Nous avons le droit de se rassembler.  Nous sommes blancs et libres. »

« Vous avez parmi vous Onézime Guidry, dit Nain Canada, et ses fils Ernest et Généus. »  Ces hommes ont été bannis par les vigilants qui cherchent à les attraper pour les punir. 

« Je ne connais pas ces hommes, » répond Jones.

Se tournant vers Mouton, Saint-Julien lui dit « Nous sommes venus pour échanger des coups et non pas des mots. »

Observant la maitresse de Lagrange, une fille de seize ans avec un bébé dans ses bras, Mouton propose qu’on escorte les femmes et les enfants hors danger.

« On n’est pas venu pour faire la guerre aux femmes et aux enfants, » il dit.

Voyant le peu d’espoir que sa situation lui permettait, Jones rentre dans la maison et sort avec plusieurs carabines qu’il pose sur la barrière.  Mouton insiste qu’il doit y en avoir plus.  À ce moment les vigilants entrent par force dans la maison, confisquant les armes, tirant les hommes dehors.  On en trouve sept cachés sous un lit.

Un jury est formé de deux représentants de chaque comité, 14 hommes en tout, chargé de juger les captives.  Selon Alexandre Bardé, membre du comité de Vermillionville qui a écrit un compte rendu de l’évènement, les hommes de Lagrange avaient conçu un complot dans lequel ils allaient envahir Vermillionville pour hisser leur drapeau sur l’église.  Ce qui donnera le signal à tous les esclaves de se révolter et bruler les plantations.   Les plantations d’Alexandre et Émile Mouton, V.A. Martin, Gerassin Bernard, Camille Doucet et François d’Aigle sont particulièrement prisées.

Sur les 200 hommes capturés, 120 sont libérés avec l’ordre de quitter la Louisiane.  John Jones, Émilien Lagrange, Dédé Istre, qu’on appelle le Goliath de la prairie et un Américain nommé Jenkins reçoivent cent coups de fouet.  Les autres en recevront soit quarante soit vingt.

Les châtiments terminés, les vigilants remontent leurs chevaux et repartent.  Il n’y a qu’un seul mort.  Généus Guidry, dit Canada se suicide.  Selon le Planter’s Banner de Franklin, Guidry est exécuté.  On ne saura jamais.

Mon arrière-arrière grand père, Drozin Aurélien Boudreaux est le secrétaire du comité de Vermillionville.  Il est esclavagiste, petit planteur.  Ces 36 esclaves représentent peu comparer aux 150 d’Alexandre Mouton.  Sa plantation se trouve dans le village actuel de Scott et s’étire vers Lafayette.  Il y avait un grand chênier qui est devenu victime du progrès, ces majestueux arbres cédant la place à un parking.  Il n’y a aucune preuve, mais la légende locale laisse croire qu’une partie des captives du 3 septembre sont emmenés de force chez Boudreux et pendus dans les chênes.  On ne saura jamais.

Ma chanson, Bonsoir, Bonsoir est interprétée du point de vue d’un renégat, victime des vigilants, obligé de fuir son pays laissant derrière lui sa femme et sa famille.  Parmi les hommes ciblés par les comités de vigilance, il y avait des brigands et des voleurs, mais il y avait aussi des innocents, victimes de racisme et des préjugés de l’époque dont le seul crime est la pauvreté.  La région est sauvée des tourments d’une guerre de classe par le début d’une autre : La Guerre de Sécession.

 

Bonsoir, Bonsoir Paroles et Musique : Zachary Richard Les Éditions du Marais Bouleur

Embrasse-moi, ma chère Dominique,

Le voyage est fini, on arrive à Sabine.

Retiens tes larmes, ça me casserait le cœur.

Te quitter comme ça, c’est déjà si dur.

 

Je n’ai rien fait pour mériter ça,

C’est parce que je suis pauvre et pas comme eux-autres.

Si je reste à Pointe Bleue, ils viendront me voir.

Cette fois ils ont promis de faire pire que l’autre fois.

 

Bonsoir, ma chère, bonsoir.

Avant que la nuit tombe sur nous encore,

Embrasse-moi et souhaite-moi bonsoir.

 

Travers la rivière c’est ma liberté.

Dans le Texas, ils vont jamais me trouver.

Soigne les enfants et prie donc pour moi.

Perd pas l’espoir de se retrouver un beau jour.

 

Bonsoir, ma chère, bonsoir.

Avant que la nuit tombe sur nous encore,

Embrasse-moi et souhaite-moi bonsoir. 

Proclamation de R.C. Wickliffe, gouverneur de la Louisiane

 Considérant l’information officielle fournie par l’ Avocat du 14e District de l’État de la Louisiane, certaines personnes des paroisses Saint Martin et Vermillion, organisés sous le nom de Comités de Vigilance, ont, en violation de la loi, commis des outrages sur les personnes et des déprédations sur la propriété de certains citoyens desdites paroisses, et en résistant les officiers de la loi qui ont tenté d’arrêter les actes illégaux desdits organismes; et en considérant qu’il semble que les officiers de la court ont échoué à poursuivre ces individus en justice avec les moyens ordinaires permis par la loi.

En conséquence, j’ordonne que lesdits Comités de Vigilance soit dissouts et je supplie les citoyens de l’État de la Louisiane d’accorder leur aide pour arrêter et transférer en Cour de justice les violateurs de la loi.

Sous ma signature et le tampon de l’État de la Louisiane à Bâton Rouge, le 28 mai, 1859, la quatre-vingt troisième année de l’Indépendance des États Unis d’Amérique. 

Par R.C. Wickliffe, gouverneur.

 

 

 




March 8, 2013

Je n’y ai jamais porté attention, mais il semble que dans chacun de mes albums, il y a toujours un mot qui revient plus souvent que d’autres.  Ce mot dans Le Fou est : printemps.  Il arrive dans Sweet Sweet. C’est si bon et Les ailes des hirondelles.

Dans chaque chanson, le contexte est différent.  Dans Sweet Sweet, c’est une référence à la saison, « Au début du printemps quand la sève commence à couler ».  Dans C’est si bon, c’est coquin : « O aie, c’est si bon, doux comme le miel au printemps ».   Dans Les ailes des hirondelles, la référence est plus sérieuse, sinon ouvertement philosophique : « La vie est éphémère, comme les fleurs du printemps, faut mieux en profiter, le temps qu’on est permis. »

C’est bientôt le printemps en Louisiane, les journées tristes de l’hiver se retirent.  La température a été particulièrement douce cette année.  Habituellement, l’hiver en Louisiane est pluvieux, maussade, pris dans un no-man’s-land entre le froid du nord et l’humidité des tropiques.  Cette année, par contre, nous avons eu un surplus de belles journées.  L’hiver n’est pas fini pour autant.  Tant que les pacaniers n’ont pas bourgeonné, la menace du givre n’est pas effacée.  Donc, le gèle est encore possible.   Les gèles de février sont imprévisibles et vont souvent endommager les néfliers et les magnolias japonais.  Ces deux espèces ne sont pas natives, ayant été importées de l’orient il y a plus d’un siècle, mais elles n’ont jamais réussi à remettre leurs pendules à l’heure.  Les deux bourgeonnent tôt et ne sont pas à l’abri de se faire brûler par un gèle tardif.

Dans l’année louisianaise, les premières plantes à fleurir sont les camélias.  Leurs fleurs rouges, violettes, ou blanches, donnent de la couleur au paysage gris.  Elles peuvent fleurir à Noël, mais la fleuraison se fait habituellement en janvier-février.  Les néfliers et les magnolias japonais vont les suivre de près, et par ce fait se font souvent attraper, leurs fleurs et leurs nouvelles feuilles brunies par le froid.  Mais ça n’a pas été le cas cette année.

Les premiers arbres à bourgeonner sont les planes, ou érables des marais (acer rubrum drummondii).  Normalement ils fleurissent vers le Mardi Gras, mais comme le carnaval est très tôt cette année, les planes ont jeté leur fée en carême.  Tout va suivre les planes.  Les nouvelles feuilles des chênes verts vont pousser les anciennes feuilles des bouts des branches.  Les veilles feuilles ont gardé leur belle couleur pendant l’hiver, mais à la montée de la sève, elles tombent à terre, bercée par le vent, chacune suivant son trajet elliptique.   Une fois que tout danger de gèle est passé, les pacaniers vont bourgeonner, annonçant, sans contradiction, l’arrivée du printemps.  Et l’été va suivre de près.

Le printemps est le symbole de la renaissance, la  méthode qu’utilise le monde pour se donner une nouvelle chance.  Les oiseaux bâtissent leurs nids et chantent leurs chansons.  Les cardinaux et les moqueurs ont déjà commencé.  Les merles bleus aussi, les males explorant les boites que j’ai installées un peu partout sur le terrain.   Ils entrent et sortent sans cesse, attendant l’arrivée d’une partenaire, ayant hâte qu’elle arrive.  Les oiseaux migrateurs du nord sont encore là, les parulines qui se déplacent en bande à travers les arbres matin et soir,  le phoebe en solitaire, hochant sa queue avec énergie, et les carouges qui dorment dans les bambous par centaines.  Un jour ils seront partis.  Les moqueurs roux ne sont pas arrivés encore.  Ni les merles rouge-gorge.  C’est peut être  à cause du réchauffement de la planète.  Dans tous les cas c’est inhabituel.

C’est encore trop tôt pour la migration trans-Golfe.  Il faudra attendre la mi-avril.  Je n’ai vu aucune hirondelle noire .  Elles sont peut-être arrivées et se cachent dans le bois? Ou elles ne reviendront plus, victimes de perte d’habitat? 

Dans chaque branche de chaque arbre, la vie éclate.  Les insectes, les plantes et les oiseaux, tous avec la sève qui coule dans les veines.  L’hiver fatigué lâche prise sur le monde, et c’est le temps pour que le poète ouvre son cœur comme les pétales d’une fleur.

 

 

Les bouts des planes                                                          The maple branch

            Flambant rouge,                                                      Flaming red,

                  Sur  fond de gris.                                                    Against the grey.

 

Seul le chant des oiseaux                           Only birdsong

        Pour briser la fissure de silence.                           To break the silent chink

                       Et au loin                                                                 And just once

Un cri d’outarde.                                                     A wild goose call. 




February 4, 2013

Je ne me souviens pas de la première fois que j’ai entendu la Chanson des Mardi Gras.  Probablement sur l’album Folk Songs of the Louisiana Acadians sur disques Arhoolie.   Par contre je me souviens du frisson que ça m’a donné.  Dans le répertoire traditionnelle de Louisiane,  cette chanson se distingue car elle est une des rares qui se joue en mode mineur.  La mélodie est classique et nous arrive depuis la nuit des temps.  Comme la tradition du Courir du Mardi Gras.  

Le  Courir se distingue du carnaval style Nouvelle-Orléans,  car dans le sud ouest de la Louisiane, il n’y a pas de chars allégoriques, mais plutôt une anarchie ambulante qui se déplace sur la prairie tout au long de la journée à cheval. 

Il y a plusieurs années, nous avons organisé un Courir dans mon village.  À cette époque, je joué la veille, donc le Lundi Gras,  jusqu’aux petites heures du matin au Grant Street Dance Hall à Lafayette.  En suite, je partais rejoindre mes camarades pour glacer la bière et seller mon cheval car on devait partir à l’aube. 

Je n’avais pas de cheval, alors j’empruntais un cheval de mon cousin qui se faisait un plaisir malice de me donner le plus grand et le plus difficile.  Il s’appelait Red.  Red ne pouvait pas supporter qu’un autre cheval lui devance, alors j’ai passé la journée à tirer sur la bride dans un effort futile de le contrôler.   Ça durait plusieurs années. 

La dernière fois que j’ai couru de Mardi Gras, j’ai abandonné à mi-chemin. On s’arrêtait toujours à midi pour manger chez Wébé Lormand.  Épuisé de ma nuit blanche et  de mon cheval têtu, j’ai donné la bride à mon cousin et j’ai marché les quelques miles jusqu’à chez moi.  Depuis je ne cours plus, mais je reçois les coureurs à la place.  Comme je n’ai pas de poulailler, ils vont en emmener. 

Le Mardi Gras marque le début du carême.  Cette tradition populaire a ses racines dans les rites européens du printemps.  Le carnaval des Cadiens est dérivé de la « fête de la quémande », qui était célébré depuis le Moyen Âge par des fêtards qui rodaient à travers le pays offrant une performance en échange de cadeaux.  Dans le « Courir du Mardi Gras » des Cadiens, des chevaliers masqués visitent les fermes de la communauté.  Arrivant dans une ferme, ils chantent et dansent pour le fermier et sa famille dans l’espoir de recevoir une contribution pour le gombo commun qui sera servi le soir.

Les costumes du Mardi Gras sont inspiré par les habits du Moyen Âge et sont conçues pour se moquer de l’élite.  Les chapeaux en pointe ressemblent les chapeaux des dames, et les chapeaux en mortier s’inspirent de ceux des professeurs.  Le Courir est une forme d’anarchie organisée dans laquelle les chevaliers sont permis de se laisser aller, chacun à sa façon, mais dans un contexte bien défini.  Le Capitaine n’est pas masqué et il exerce un contrôle absolu sur les « coureurs ».  Aucun coureur ne peut entrer dans une ferme sans la permission du Capitaine.  Aucun coureur ne peut être armé.  Seulement l’alcool distribué par le Capitaine est permit.  Aucun coureur ne peut devancé le Capitaine dans le cortège.

Arrivant devant une ferme, le Capitaine agite un drapeau blanc.  Il demande la permission d’entrer avec les coureurs et se porte personnellement responsable de leur conduite.  Une fois qu’il donne le signale, les coureurs arrivent à grand galop.  Ils vont chanter et  danser dans l’espoir de recevoir une contribution.  Ceci peut être de la farine, du riz, des ognons ou même de l’argent.  Le cadeau préféré est une poule vivante qui sera lancée dans l’air et ensuite poursuivie par les coureurs.  Cette scène sera répétée durant la journée jusqu’à ce que la procession arrive au village.  Un bal masqué continuera tard dans la nuit, mais au coup de minuit, la fête s’arrête brusquement pour annoncer le début du carême.