Zachary Richard Blogue 2011


Zach chillin' - thinking about his monthly reports

November 3, 2011

Sur la route.  Voici le compte rendu de la récente tournée en Acadie. 

21 Octobre.  Dartmouth, Nouvelle-Écosse.  Sous un ciel gris, on arrive à Halifax.  Location de véhicule et départ sur Dartmouth.  L’équipe est en forme : moi, Nicolas Fiszman qui m’accompagne à la guitare, Paul Lepage au son, Mathieu Pontbriand backline et Claude Thomas.  La convention de la Fédération Acadienne de la Nouvelle-Écosse se tient au même moment et la salle est comble grâce en partie aux délégués qui arrivent de partout.  Souper dans la loge de baked chicken (la malbouffe est un des plus grands inconvénients de la tournée, pius le voyage incessant).  Comme d’habitude, je me promène dans la nature tant que possible.  Je trouve une piste derrière le terrain de football qui se trouve derrière la salle   Public très enthousiaste. 

22 Octobre.  Magnifique journée.  Sur le lac en face de l’hôtel des canards en route pour le sud.  Et nous vers l’ouest.  Traversant la Nouvelle-Écosse, les couleurs d’automne sont magnifiques.  On arrête au Nova Scotia visitor’s center.  Ça me fait toujours bizarre de passer par ici.  Derrière le bureau de tourise est un monument, une pierre sur laquelle est inscrit les noms des derniers habitants de Beaubassin.  La pierre accompagnée de drapeau acadien.  On explique qu’en 1750, Abbé le Loutre et ses alliés Mi’qmac ont brûlé le village pour obliger les Acadiens de s’installer à l’ouest en territoire français.  Peut-être l’histoire le plus étrange de la Déportation, ce missionnaire et chef de guerre, a mis le feu à l’église de Beaubassin, église pour laquelle il avait recueilli des fonds pendant des années et pour la construction de laquelle il avait travaillé incessamment.  Voyant que la guerre s’approchait, Le Loutre décide de provoquer les choses et obliger les Acadiens de s’engager du côté des Français.  Depuis le traité d’Utrecht de 1713, les Acadiens avaient cru à leur indépendance et à la possibilité de négocier avec les Britanniques.  Ils se trompaient et allaient payer un prix très cher pour cette erreur : la Déportation forcée.  Le Loutre était l’ennemi implacable des Britanniques et bien que très proche des Acadiens, il n’hésite pas de prendre des moyens très durs dans la défense de la cause française.  Mes ancêtres Richard habitaient Beaubassin à l’époque.  Assis au visitor center avec la vu sur l’emplacement du fort Beauséjour d’un côté et la voix ferrée qui coupe à travers le coeur de Beaubassin de l’autre, je suis envahi par un sentiment étrange comme à chaque fois que je passe par ici.  Ça fait plus de 250 ans, mais je suis toujours choqué par ce qui s’est passé.  Oh Canada.

On passe par Sackville, MemRamCook et arrive à Monkeytown (Moncton) pour manger une chaudrée de fruits de mer à l’hôtel Beauséjour.  Il y a quelques années, on a tout refait le restaurant de l’hôtel.  Dans un style neo-post-modernoide on a installé une ambiance froide de bain douche où avant on avait une ambiance anodine, mais confortable comme une veille paire de pantouffles.

Ce n’est pas que l’ambiance qui a souffert.  L’hôtel Beauséjour servait la meilleure chaudrée de palourdes aux Maritimes.  Quand on a changé le décor, on a aussi changé la recette de la chaudrée.  Aujourd’hui elle est bonne, mais sans plus.  Une autre mauvaise surprise m’attendait.  Un des grands atouts de l’hôtel était sa piscine.  Grande et belle, elle offrait détente et plaisir aux nageurs.

Imaginez ma déception quand je découvre que la piscine est diminuée par sa moitié pour faire de la place à un ........water slide (glissade d’eau).  J’ai découvert ensuite plusieurs publicités se vantant de la « plus grande glissade de la région ».  Ceci est une attaque à visage découvert à l’hôtel  Crystal Palace qui est un endroit horrible, les chambres construites autour un parc d’attractions rempli de faux bateaux pirates et îlots tropicales, etc.  Et maintenant le Beauséjour le rivalise.  Du « progrès ».  C’est toujours le meilleur hôtel à Monkeytown avec des chambres spacieuses et des couettes douces. 

Le spectacle est dans le Centre Wesleyan, une mega-église dans le style néo-Américain.  De l’étage au dessus du bain tourbillon qui sert de baptistère, je regarde avec plaisir Danny Boudreau faire la premier partie. 

23 Octobre.  La Grande Route vers Saint Quentin.  Il y a deux façons d’aller, soit par les terres ou par la côte.  On choisi la côte, mais on ne voit la mer que pour quelques kilomètres.  On est apaisé, cependant, par les magnifiques couleurs d’automne.  On arrête à Bathurst dans un petit parc pour déjeuner.  Mon cher ami Denis Landry, propriétaire de l’Auberge Gabrielle à Shédiac et maintenant le Catch 22 à Moncton, nous avait préparé un bon petit lunch le quédilles d’homard (lobster roll) qu’on consomme en plein air.  Arrivant finalement à Saint Quentin, on s’installe à l’hôtel Evasion de Rêve.  L’équipe n’arrête pas de se moquer en chuchotant « Evasion de Rêve » d’une voix faut sexy.  Notre chambre est décorée avec un thème golfe, ce qui n’est pas étonnant vu que l’hôtel se trouve à côté d,,,,,,,,un terrain de golfe.  Claude et moi prenons une marche dans le bois.  Il fait frais mais agréable.  En face de l’hôtel est un grand champ très rempli de grands rouleaux de foin, chose qui émerveille Nicolas. 

Le spectacle est à Kedgwick dans un petit théâtre extrêmement bien équipé pour cet endroit au bout du monde.  Tous les soirs c’est un plaisir délicieux d’entendre Nicolas jouer. 

24 Octobre.  La Route pour Tracadie.  Avec Mathieu « Road Warrior » au volant, le voyage à Tracadie se fait facilement.  On se dirige sur le Café Tazza, le spot santé de la ville.  J’ai le grand plaisir de retrouver mon ami Oneal Comeaux.  C’est Oneal qui a produit mon premier spectacle à Tracadie en 1975!  C’est un plongeur professionnel qui se dédie maintenant à la protection du littoral.  Menacé par l’érosion causée par l’augmentation du niveau de la mer (réchauffement de la planète), les plages de la Baie de Tracadie s’érodent à vu d’oeil.

 Arrivé à l’Auberge des Deux Rivières pour se reposer.  L’équipe technique se loge dans un des chalets, pendant que les musiciens (moi et Nicolas) logent dans ce qu’on appelle « l’hôtel ».  On nous offre la grande suite avec magnifique vu sur la Baie de Tracadie et le vieux couvent de l’autre côté.  La suite est assez grande pour contenir l’équipe entière, notre véhicule et la moitié de la population de Tracadie.  Les gens de l’auberge sont très accueillants, et Daniel Chiasson, un ami de longue date, arrive avec bourriche d’huîtres Beausoleil (mes préférées) et une bouteille de champagne. 

Le spectacle a lieu dans le studio de Ciné-Atlantique.  J’ai déjà travaillé sur une émission de télévision dans ce même studio converti ce soir en salle de spectacle.  Marie-Philippe Bergeron fait la première partie.  Je la découvre, un jeune talent avec toute sa carrière devant elle.  Je suis très très heureux de retrouver de mes chers amis : Raynald Basque, Anna et Normand Thériault et la très jolie Isabelle Thériault. 

25 Octobre.  Journée libre.  On la passe à l’Auberge se promenant sur la grève.  Je profite du spa pour m’offrir un massage.  Du temps bien passé.  Sur la pelouse, une volée de pluviers argentés en plumage d’hiver.  Le soir c’est un souper avec l’équipe dans le chalet de Paul et Matieu :  Haddock au four et grande salade verte.  Pour une fois on mange bien.  Et les huîtres.  Nous allons en manger pour plusieurs jours encore. 

26 Octobre.  La moitié de la tournée maintenant derrière nous, on se dirige vers Petit Rocher.  On est logé au B&B Toutes Saisons, accueilli avec sympathie par Phil et Barb Thibodeau.  Originaire de la région, Phil a passé sa vie professionnelle en Ontario d’où vient sa femme. Il y a quelques années, ils se sont installés ici sur la Baie des Chaleurs.  Le soleil est lumineux et on voit bien la Gaspésie au large. 

On va manger au restaurant La Fine Grobe.  Georges Frachon nous accueille avec sa sympathie habituelle.  Je prend le flétan aux morilles.  Délicieux. 

Le spectacle a lieu dans la salle de la Légion Canadienne.  J’anticipe le pire du point de vue technique, mais Paul Lepage est un maître et il nous assure un son soyeux.   Marie-Philippe Bergeron fait de nouveau la première partie.  Petit Rocher est son village natal.  La salle est très très pleine et il y fait très très chaud.  Bon moment.

27 Octobre.  Barb Thibodeau me parle d’un miroiseur local très chevronné.  Avec beaucoup de plaisir je pars avec Roger Guitare à la recherche des grèbes esclavons.  On suit la côte, passant à côté de l’usine de Belle Dune, espèce de cauchemar industriel planté au milieu de cette côte autrement tranquille, pour arriver à Benjamin River.  Au large, on trouve les grèbes dans leur plumage hivernal.  Il y a aussi harèlde hakawi et huard plongeon, tous en plumage d’hiver, des petites taches blanches et noires au large, que je vois grâce à l’expertise de Roger et à son télescope.

Départ de nouveau sur la Fine Grobe où Georges nous attend avec une bouillabaisse style marseillais.  La pense bien remplie, on prend la route pour Miramichi, arrivant au milieu de l’après-midi au Robbs Inn.  Une baignade dans la piscine pour me dégourdir de la route. 

On joue au Centre Beausoleil.  La population acadienne francophone est très minoritaire dans la Miramichi, mais elle se manifeste avec de plus en plus de confiance.  Le Centre Beausoleil est l’endroit où ça se passe.  Mon cher ami, Donald Doiron, le premier Acadien du nord ,que j’ai jamais rencontré (1973) est originaire de Miramichi.  Donald m’explique que pendant sa jeunesse, les Acadiens ont subi une assimilation assez difficile.  Le travail se passait en Anglais et on était assez réticent de manifester son identité acadienne.  Ce qui est très ironique car pendant la Déportation, le Camp de l’Espérence se trouve dans la Miramichi.  Plusieurs milliers d’Acadiens y sont réfugiés pendant l’hiver 1755-1756.  Abbé le Guerne a bien décri la pénurie des Acadiens, réduit à manger leurs chaussures ou bien l’écorce des arbres. On estime qu’environ 600 sont morts ce premier hiver et autant l’hiver suivant.

Donald me parlait de Wilson’s Point, un parc provincial, où il allait se baigner et où l’on trouve. « L’ enclosure ».  Dans cet enclos renfermé, il y a des ossements qu’on trouve grâce à l’érosion.  Il n’y a jamais eu de fouille archéologique, mais il est très possible voir probable que « L’enclosure » est un charnier acadien de l’époque de la Déportation.  C’est histoire, comme celle du Camp de l’Espérence a été effacée.  Comme celle de l’île de Boishébert.  Charles Dechamps de Boishébert est le commandant français  qui dirige les opérations militaires à l’époque de la Déportation.  Aujourd’hui on appelle son île « Beaubear Island », sans savoir d’où vient le nom.  Son origine, comme la présence acadienne de la région effacée par le temps et une population indifférente ou même hostile à cette partie de l’histoire. 

Le public est encore très enthousiaste, leur enthousiasme attisé par le fait qu’on ne voit pas très souvent artistes francophones passer par ici.   

28 Octobre.  Le voyage de Miramichi à Memramcook se fait sous un beau ciel.  Il fait un peu frais, mais autrement une journée splendide.  On s’installe à l’Institut Lefebvre, berceau de l’Acadie.  C’est ici en 1881 se tient le premier Congrès Acadien.  Pour la première fois, depuis la Déportation les Acadiens se rassemblement ouvertement pour revendiquer leur identité.  On dessine le drapeau (drapeau français avec étoile or sur le champ bleu) et on déclare le 15 août comme Fête Nationale de l’Acadie.  Aujourd’hui le village est plutôt bucolique, rien pour rappeler son histoire mouvementée.  L’auditorium est un bijou.  Construit en 1897, l’édifice en grès est typique de l’architecture victorienne.  Le théâtre contient 360 places.  Tout en bois, il a une acoustique particulièrement bien adaptée à un spectacle à deux guitares. 

On a profité de l’invitation de Denis Landry et nous avons descendu à Monkeytown pour manger au Catch 22.  Homard et homard et homard.  Je n’était pas très sociable, étant un peu fatigué, réservant mon énergie pour le spectacle, mais ça n’a pas dérangé personne, ou bien me semblait.

C’est toujours très inspirant de jouer dans ce petit théâtre vu son histoire et son acoustique.  Mon plaisir a été augmenté par les retrouvailles.  Hermance et Ralph LeBlanc accompagné de leur très charmante fille, Denise, et mon cher ami et oiseau-guru Alain Clavette m’ont tous donné de l’énergie.  Une belle soirée.  Paul Hébert assure la première partie.  Je suis son plus grand fan et c’est toujours un vrai plaisir de l’entendre chanter. 

29 Octobre.  J’ai été assez réticent de jouer à Saint Jean (Saint John).  Cette ville est en territoire anglo et je suis toujours proie de ma paranoïa Frenchie.  On est arrivé est installé à l’Hilton dans la suite dite royale avec magnifique vue sur le port.  Petite promenade dans la veille ville, apprenant sur l’histoire du feu de 1877 qui a détruit les 3/4 de la ville.  Il fait froid.  Retour à l’hôtel pour une baignade dans la piscine.  Souper dans le restaurant.  Filet de sole trop salé.

J’anticipe le pire, mais comme c’est souvent le cas, la soirée est enchantée.  Salle comble et un public très enthousiaste, peut-être encore dû au fait que les chanteurs de langue française sont assez rares dans cette ville.  En plus Paul Hébert fait de nouveau la première partie.  Je vais le rejoindre pour une version de « La Tourterelle ».  Il me repaie le compliment en venant chanter sur « Au bord du Lac Bijou ».

30 Octobre.  De retour à Montréal.  À Saint Jean, il neige, la vue de l’hôtel est magnifique de grisaille.  La rivière est gris foncé, le ciel gris claire, les flocons de neige frappent la fenêtre et fendent. 




October 5, 2011

De retour

Arriver au studio tôt dans l’après midi, Nick et Francis avec les fers à souder entre les mains en train de réparer des connections.  Ma connexion enfin bien rétablie avec cette partie de moi-même perdu de vue depuis bien tôt un an.  L’enregistrement est une épreuve et aussi un délire de plaisir.  Ça commence avec l’insécurité, la recherche, le doute.  Est-ce que les chansons sont bonnes?  Est-ce que les arrangements sont bons?  Est-ce que je vais pouvoir livrer la marchandise? 

Nous avons commencé dimanche, 2 octobre.  l’installation est toujours un long procès, trouver l’emplacement, chercher le bon endroit.  Comment se placer, Comment se tenir.  Nous avons joué la veille, revenu dans la nuit.  Fatigué par la route, le dimanche a été un peu hasardeux.  La fatigue est d’autant plus sentie quand on a très envie que ça se passe.

La journée a été longue.  Rendu le soir, on était tous contents d’arrêter pour s’assoire à table.  Livraison d’un restaurant indien.  Papadum et cari., et convivialité.  La soirée a été également longue.  Les choses ne se plaçaient pas trop.  On était frustré. mais il n’avait rien de surprenant.  On ne peut pas forcer les choses.  On a rester bien après minuit, essayant d’arranger des choses qui allaient imposer leur propre échéance.

Le lendemain matin. je me suis réveillé avec la doute.  Avon nous pris les bonnes décisions?  Est-ce que les tempos sont bons?  Est-ce que les tonalités sont bonnes?  Est-ce je sais ce que je fais?  Etc. Etc.

Arrivé au studio, c’est le temps de la discussion.  Tous sont à vif, concernés, un peu frustré.  Mais l’incertitude se dissipe au fur et à mesure que le travail avance, et à moment donné, comme les nuages qui se dissipent, cédant le ciel au soleil, les sourires commencent à sortir et on se rappellent pour quoi on aime ce métier tant.

L’après midi de la deuxième journée se distingue par le bonne humeur et le plaisir.  C’est avant tout un très grand plaisir de faire la musique, de pouvoir s’exprimer à travers cet art noble. 

La musique prend une place de choix dans ma vie.  Elle m’apporte la joie et me soulage dans les périodes difficiles.  De chanter à coeur joie, de célébrer la vie en compagnie d’amis musiciens est pour moi un grand privilège.  Je suis très chanceux d’avoir autour de moi des amis talentueux et généreux.  Hier au soir j’ai tourné le cap dans une convalescence longue. 

J’ai hâte de recommencer, de continuer cette exploration.  Je vais au studio comme un enfant au cour de jeux.  Je vais travailler, certes, mais c’est un travail qui est aussi un plaisir.  Je ne sais pas s’il y a meilleur dans la vie : de faire quelque chose qu’on aime et qui nous donne autant de plaisir.  Oui, il y a mieux : d’aimer et de se sentir aimé.  Quand on connaît les deux, on peut se dire que la vie est bonne.




September 7, 2011

La première fois que je suis allé en France en tournée c’est en 1973.  Grâce à mon ami, le luthier James Trussart, j’ai participé à deux festivals, Vierzon dans le Berri et Kertalg en Bretagne.  J’ai un très beau souvenir du festival de Vierzon.  J’ai découvert le folk français et j’ai rencontré Gabriel Yacoub et son groupe Malicorne.  Mais c’est à Kertalg que j’ai été vraiment secoué. 

C’est à Kertalg que j’ai découvert la musique bretonne.  Ces mélodies et cette sonorité  m’ont tout de suite séduit.  Alan Stivell était dans sa période de gloire.  Il m’a profondément touché.   Son influence est évidente dans la mélodie de « Réveille », chanson de revendication acadienne que j’ai composée à mon retour aux USA, et qui allait m’indiquer la trace à suivre que je suis encore.  Cette chanson est devenue, à ma surprise, l’hymne de l’identité moderne acadienne.  Elle a été enregsitrée par plusieurs, mais plus récemment par le groupe anglo nouvelle-écossais, Fused for Tonight.  Peut-il y avoir un hommage plus éloquent de la réconciliation Anglo-acadienne?

J’ignorais à l’époque que la musique bretonne était au début de sa renaissance, ou plutôt la deuxième phase de sa renaissance. C’est à partir de la fin de la deuxième guerre (1945) que commence cette renaissance, mais elle a connu un nouvel essor au début des années 1970 avec l’arrivée d’une nouvelle génération de musiciens. 

Àpres la guerre, le bagad devient le véhicule de la culture musicale bretonne.  Un bagad est une formation musicale  inspirée du pipe-band écossais. Le bagad comprend cornemuses et percussions mais en plus un pupitre de bombardes, un instrument de la famille des hautbois.  La musique des pipe-bands est structurée d'une façon assez formelle.  Les bagadou, par contre, profitent d’une structure plus libre et cela donne une diversité plus importante à la fois dans les airs interprétés et dans les styles de jeu. La présence des bombardes contribue également à cette diversité.  Ayant une tessiture plus étendue que celle des cornemuses, la présence des bombardes ouvre plus largement les voies de la polyphonie.

À partir de 1965, se développe une scène musicale ouvertement bretonne et souvent militante. Alan Stivell d'abord, puis au début des années 70, Tri Yann, Gilles Servat et bien d'autres  actualisent des thèmes anciens par des sonorités contemporaines (guitare électrique, basse, batterie).  Ces artistes combinent différentes musiques ("cross-over") et n'hésitent pas à créer de nouvelles compositions (la Symphonie Celtique d'Alan Stivell, par exemple).  Cette modernisation permet la diffusion d’une musique bretonne élargie et diversifiée. Ce mouvement musical est soutenu et relayé localement par une multitude de petits groupes qui jouent dans les festoù-noz.

C’est cette musique que je rencontre à Kertalg en 1973.  Il y avait une effervescence et une volonté d’expérimentation très caractéristique de la musique dite « rock » de l’époque.  Ce jumelage de la musique traditionnelle et le rock a commencé en Angleterre avec des  groupes comme Fairport Convention, mais n’a pas tardé à traverser la Manche.   Néanmoins, le caractère fondamental mélodique ainsi que rythmique de la musique de la relève en Bretagne, reste profondément breton.  C’est le modèle que j’ai utilisé pour le travail que je commençais avec la musique traditionnelle cadienne, c’est-à-dire de greffer une branche contemporaine issue du « rock » sur une racine traditionnelle.

Ma relation avec la musique dite cadienne a toujours été et reste encore aujourd’hui tributaire de ce que j’ai appris en Bretagne à l’époque.  Toujours en gardant un grand respect pour la tradition, j’ai tenté de la moderniser, en utilisant des sonorités contemporaines, guitares électriques par exemple, et des rythmes d’ailleurs, reggae ou « New Orleans second-line ».  Il me semblait et me semble encore que la musique traditionnelle doit toujours évoluer et que l’intérêt de cette musique est augmenté par le métissage.  J’ai été souvent critiqué pour avoir « trahi » la tradition, ou du moins de l’avoir corrompue.  Je ne pense pas toujours avoir réussit mes tentatives de métissage, mais je crois que l’expérience valait la peine.   S’il y a un défaut de la « Cajun music » de nos jours, c’est qu’elle est souvent monotone. L’expérimentation a cédé sa place à la conformité, ce qui rend le tout assez semblable. 

Par contre, il est très intéressant de voir que le Festival Interceltique de Lorient donne une place à la musique acadienne du Canada ainsi qu’à la musique cadienne de Louisiane.   La 41e édition du festival en 2011 a vu sur scène Danny Boudreau, le songwriter acadien et Hadley Castille de Louisiane.   Ils ne sont que deux artistes parmi des centaines, mais leur présence indique que, au moins du point de vue des organisateurs du festival,  la musique acadienne et la musique cadienne font partie de la tradition celtique bretonne.  Je ne pourrais pas être plus d’accord. 




July 6, 2011

        Aux dernières élections fédérales au Canada, à la surprise générale le Bloc Québécois a pris une grosse claque. Même son chef, Gilles Duceppe n’a pas réussi à garder son siège. Dans plusieurs circonscriptions au Québec, c’est le NDP, parti centre gauche qui a marqué des gains.
Dans les dernières semaines, le Parti Québécois est secoué par le scandale. Un après l’autre, plusieurs de ses piliers, Louise Beaudoin et Pierre Curzi entre autres, ont donné leurs démissions. Le chef du parti, Pauline Marois est attaquée à tout bord.

        Le mouvement souverainiste n’a pas connu d’un tel désarroi depuis son élan des années 1970. On se souvient des référendums de 1981 et 1995. On se souvient d’un René Lévesque en 1981 très ému disant « Si je vous ai bien compris, vous dites à la prochaine fois. » On se souvient d’un Jacques Parizeau en 1995, un peu ivre et coléreux en plus accusant le « vote ethnique » d’avoir saboter les chances pour un Québec indépendant.

        Il semble que l’idée d’un Québec souverain est dépassée. On est très loin des années 1970. Il y a 35 ans, l’atmosphère politique était électrique.

        J’ai mis les pieds au Québec pour la première fois en 1974 et j’ai été propulsé dans le courant du mouvement séparatiste aussi tôt. J’ai dansé avec tout le monde dans la rue Prince Arthur la nuit du 15 novembre, 1976 quand le Parti Québécois a passé au pouvoir. On ne croyait à peine que ce petit souri d’homme qui s’appelait René Lévesque, ancien journaliste originaire de la Gaspésie, est devenu le premier ministre du Québec. Son programme était clair : la souveraineté du Québec.

        La fin des années 70 est un moment incroyable au Québec. Il y avait une vraie confiance parmi les souverainistes, et l’idée d’un Québec libre, selon le terme de Charles de Gaulle, était tellement plausible que nombreux sont les anglophones qui vendent leurs biens et déménagent ailleurs. Cette inquiétude n’est pas diminuée par le référendum de 1981. Bien qu’une victoire pour le « non », la justesse de la victoire (.5%) n’était pas pour calmer les esprits. Le dollar canadien a chuté face à la possibilité que le Québec se sépare du reste du Canada.

        Les années n’ont pas été trop douces avec le mouvement séparatiste. Il y aura toujours une partie de la population qui va soutenir la séparation, mais en 2011, il semble que personne n’y croit vraiment. Avec les taux de naissance des Québécois de souche en baisse, la province doit attirer les immigrants pour maintenir sa démographie, et les communautés immigrantes n’ont aucune sensibilité envers la question séparatiste.

        J’arrive d’un petit tour NDG, Notre Dame de Grâce, un quartier dans l’ouest de l’île. Malgré son nom, c’est un quartier multiethnique. Dans la rue, on est sujet d’entendre parler le hindi autant que le français. Au fur et à mesure que Montréal devient de plus en plus un « melting-pot », l’importance de la population québécois française ainsi que la langue française diminue.

        Cette vague d’immigration crée un mélange intéressant de culture bien qu’il n’y ait pas trop de métissage. Elle penche la balançoire sociale définitivement sur le bord des Anglos. La confrontation anglo-franco traditionnelle est forcément modifiée par l’infusion d’une multitude de gens de pays divers, les fameux allophones qui ne souhaite pas apprendre le français. Malgré les lois sur la protection de la langue française, l’anglais est de plus ne plus dominant. Il faut tout simplement aller à l’aéroport pour comprendre l’ampleur du phénomène.

        Est-ce que le mouvement séparatiste connaitra un résurgence? Il me semble peu probable. Ce qui a donné beaucoup de résonnance au mouvement était le statu de deuxième zone dans laquelle le français et les Canadiens français furent relégués. De ne pas trouver du français affiché dans le centre ville de Montréal dans les années 1960 renforçait la notion que les Anglophones dominaient la vie sociale, politique et économique de la province, et que par conséquent, les Québécois de souche française se sentaient opprimés.
        Aujourd’hui ça va plutôt bien pour la Québec. Avec le succès de Céline, du Cirque du Soleil et de Bombardier, les Québécois n’ont rien à envier à personne sur le plan international. La qualité de vie au Québec se compare favorablement aux pays du monde développé. Sa culture est enrichie par une sensibilité particulièrement français qui se manifeste par une vision assez ouverte sur le monde, et une cuisine raffinée.

        Est-ce que le Parti Québécois retrouvera le soutien populaire qu’il a connu dans les années 1970 ou bien est-ce que son influence va continuer à s’éroder jusqu’à devenir insignifiant? L’héritage du Parti Québécois semble être une égalité linguistique n’empêche officiel, plutôt que l’indépendance politique.
J’ai un très grand souvenir de la nuit du 15 novembre, 1976 quand, à la surprise générale, René Lévesque et son Parti Québécois sont passé au pouvoir. On dansait dans la rue Prince Arthur comme partout dans la province. Pour une décennie, il semblait que la souveraineté du Québec était possible. Aujourd’hui il semble peu probable.

        Nous vivons une drôle de période. Le monde arabe vit une période bouleversante aux mains de mouvements démocratiques tandis qu’au Québec, les Québécois semblent contents avec le statu quo. Ce n’est pas la peine de secouer les affaires, après tout, Céline joue à Vegas.




May 4, 2011

Cinco de mayo

Premières lucioles de la saison,
           leurs étincelles décorent
                       le velour de la nuit

Laissant des traces de lumière

           virevoltant autour.

 

aux Chênes du Marais

L’été arrive au grand galop sur les sabots d’une cavalerie de vapeur.  Escadron de nuages venus du Mexique emmenant l’humidité et la paresse.   Les mouches ont envahi les cyprès.  Mon père dans son armure apocalyptique arrose les arbres de poison pour les empêcher de chiquer toutes les nouvelles feuille.  Les bessons noircissent les murs de l’habitation, et bouchent mes narines.  “Besson” en parler Cadien veut dire jumeau, et c’est le nom qu’on donne à ses insectes qui sortent deux fois par an.  Ils sont petits, noirs, et passent leur courte vie attachés les uns aux autres par le cul.  Le pair consiste d’une femelle et d’un mâle.  Les femelles sont plus grandes et tirent les mâles, qui passent leur vie à se faire traîner par l’arrière.




March 2, 2011

Depuis deux ans, le Mississippi River Gulf Outlet (Mr. Go) est fermé, mais les améliorations promises ne sont toujours pas mis en place.  Ce canal fut construit dans les années soixante pour permettre accès au golfe du Mexique par les grands navires de la marine marchande, sans avoir à passer par le fleuve.  Pour cela ça marche magnifiquement bien.  Mais on ne pouvait pas mieux faire pour assurer l’inondation de la ville en cas d’un raz-de-marée traversant le Lac Borgne, ce qui était le cas pendant Katrina en 2005.  Le MRGO a servi d’entonnoir, emmenant un mur d’eau directement au centre de la ville de Nouvelle-Orléans avec les conséquences qu’on connaît.  La délégation louisianaise au Congrès américain a soutenu la construction de ce canal industriel contre les plaidoyers des dirigeants de la Paroisse Saint Bernard (qui englobe les villes de Chalmette, Arabi, Mereaux, et Violette, toutes catastrophées par l’ouragan), et le Lake Ponchartrain Basin Foundation, ainsi que la communauté scientifique. Le canal est responsable de la perte par érosion de 20,000 acres de la Paroisse St. Bernard.  Il continue à étrangler l’écosystème du Lac Ponchartrain et est directement responsable de l’inondation de la ville de Nouvelle-Orléans.

Depuis sa fermeture en janvier 2009, le Corps de Génie (U.S. Corps of Engineers) est chargé d’améliorer les environs du canal avec comme but la restauration des milliers d’acres détruit par l’intrusion d’eau saline.  Le plan actuel devrait créer une protection supplémentaire contre l’inondation de la ville de Nouvelle-Orléans via le raz-de-marée sur Lac Borgne, qui était le cas pendant Katrina.  Pour cela, le fleuve doit être rattaché aux marécages, permettant l’eau douce à pénétrer dans les «marshes » ce qui apportera les alluvions qui contreront l’érosion côtière. Et 55,000 acres d’habitat naturel doivent être restauré.  Le plan est un pas dans la bonne direction, mais devrait être renforcé par plusieurs éléments additionnels :

  1. Utiliser des bancs d’huîtres à la place de pierres pour la restauration.  Les huîtres pourront améliorer la qualité de l’eau et contribuer à la création d’habitat pour plusieurs espèces.
  2. Restaurer les rives du canal.  En renforçant et diminuant les rives à l’étroit, on pourra ralentir la force des raz-de-marée éventuels.  La balance naturelle d’eau douce et d’eau salée bénéficiera également.
  3. Utiliser très soigneusement le sédiment.  Le système naturel des alluvions a été rendu hors service par les projets de génie.   Donc ajoutant du sédiment est un élément crucial à restaurer les marécages, mais le dragage doit être fait avec un souci fondamental des impactes sur toutes les espèces de faune.  On devrait utiliser le sédiment qui est déjà dragué du fleuve plutôt que de draguer dans les marécages.
  4. Veiller sur le système.  La seule façon d’assurer que les modifications apportent les effets souhaités est de surveiller continuellement le système.

Le MR. GO est le symbole de tout ce qui peut aller à la dérive dans les basses terres de la Louisiane.  Depuis les années 1930, les projets de génie civil ainsi que l’exploration pétrolière ont occasionné des modifications au paysage qui sont responsables d’une érosion côtière d’une dimension difficile à concevoir.  Plus de 80 kilomètres carrés du littoral disparaissent à chaque année causé par l’intrusion d’eau salée et l’absence des alluvions dorénavant apportés par les inondations printanières.  Un des grands joueurs de cette catastrophe environnementale est le Corps de Génie.  Pendant toute son histoire, le U.S. Corps of Engineer a agi d’une façon traditionnelle, c’est à dire en construisant toujours plus haut, plus fort et plus loin.  La défaillance de ce mode de pensée est prouvée par la catastrophe du MR. GO et par l’érosion côtière.  La question qu’on se pose est si cette institution traditionnelle et hautement politisée (rapports août, septembre, octobre 2006), est en mesure, enfin, de pouvoir servir les intérêts long terme de la communauté louisianaise et d’appliquer des projets qui vont résoudre plutôt que de créer des problèmes.  Autre question à se poser : est-ce qu’il y a des gens qui sont concernés.  Comme l’a prouvé la catastrophe du Deepwater Horizon, hormis qu’on est directement touché par une catastrophe écologique, on a souvent rien à foutre. 

Signer la pétition
MR. GO

US Corps of Engineers




January 2, 2011

Chers amis, je voudrais vous souhaiter à tous et à toutes une nouvelle année remplie d'amour et de bonheur.   Il y a des fois que la vie nous rappelle à l'ordre en nous posant des grands défis. Comme dit le I Ching (3e hexagram):  pour ceux qui grimpe du bas fond de l'adversité, la détermination de suivre le juste chemin promet grand succès. J'ai  la grande chance dans cette nouvelle année de pouvoir m'adresser aux questions les plus essentielles.  Je vais rester engagé et travailler fort pour répandre le plus de beauté dans ce monde  Comme le dit mon petit fils, Émile, il y a des fois que je suis ému en pensant à la vie.  N'arrêtons pas d'avancer.