Zachary Richard Blogue 2009


Zach chillin' - thinking about his monthly reports

December 1, 2009

Le poste de Natchitoches est fondée en 1714, quatre ans avant la fondation de la Nouvelle-Orléans, le premier établissement européen dans la vallée du Mississippi.  Son fondateur est Louis Juchereau de St. Denis.  Il a une vie assez mouvementée.  Capturé par les Espagnols, il est emmené à la ville de Mexico où il séduit la fille du gouverneur.  Ils sont mariés et retournent en triomphe en territoire français.

Les Natchitoches est très cosmopolite malgré son isolement.  En plus des Français, des Canadiens et des Indiens qui donne leur nom au village, il y a des Espagnols qui sont installés un peu plus à l’ouest.  Mais il y a une autre ethnie qui a une influence importante sur la société de ce petit monde : les Africains.  Plusieurs esclaves font partie de la communauté, mais celle qui est la plus connue est certainement Marie-Thérèse Coincoin. 

Griffon, elle est née dans la colonie de parents Africains.  Dans le code noir, les gens de couleur sont divisés en plusieurs castes selon l’héritage africain de l’individu.  Chaque caste a ses propres privilèges ou plutôt ses propres carences de privilèges.  Les Sacariffes sont nés en Afrique, les Griffons au Nouveau Monde de parents africains.  Les Mulattes sont métissés d’un parent africain (quasiment toujours la mère) et un parent européen (le père, le maître).  Les Quadrons ont un grand parent africain (une grande-mère) et les Octorons ont un arrière-grand-parent africain.  Dans cette société où la valeur et les droits d’un individu sont déterminés par son héritage sanguin, les Européens se trouvent au sommet et les esclaves africains au fin fond.

Les castes moyennes, Mulatte, Quadron et Octoron, sont composées des enfants des maîtres nés de mère esclave.  Cette situation est assez difficile à comprendre, mais les maîtres d’esclaves en Louisiane sont propriétaires de leurs propres enfants.  Beaucoup d’entre eux ont une affection parentale plutôt naturelle et finissent par libérer leurs enfants, créant ainsi une nouvelle catégorie de gens : les HLC, ou hommes libres de couleur.  Un HLC, homme ou femme, avaient quasiment les mêmes droits que les blancs, bien que relégué à une situation d’infériorité.  Ces fils et ces filles métissés des maîtres deviennent les artisans de la Louisiane : charpentiers, maçons, forgerons, etc.  Ils créent une société parallèle.  Souvent bien éduqués et sophistiqués, ils restent dans une position d’infériorité par rapports aux blancs.  Ce qui n’empêche pas certains de devenir maîtres d’esclaves eux-mêmes. 

Un des premiers Français à s’installer aux Natchitoches est Claude Thomas Metoyer.  Il arrive dans la colonie avec des moyens assez modestes, ce qui l’oblige à emprunter une esclave à sa voisine, histoire de faire le ménage.  Cette esclave ménagère est une Congolaise nommée Marie-Thérèse Coincoin.  Elle devient rapidement sa concubine et la mère de plusieurs de ses enfants.  Mais elle ne lui appartient pas, et ses enfants non plus.  Nés d’une mère esclave, les enfants de Marie-Thérèse n’appartiennent pas à leur père, mais à la maîtresse de leur mère, la voisine de M. Metoyer. 

 

Cette situation domestique dérange le curé de la poste.  Il finit par convaincre M. Metoyer de se séparer de sa concubine pour marier une jeune fille de famille française qui s’appelle, elle aussi, Marie-Thérèse.  En guise de remerciement pour des années de services loyaux, M. Metoyer achète la liberté de Marie-Thérèse Coincoin.  Mais il n’achète pas la liberté de ses enfants.  Sa générosité ou bien sa bourse a des limites.

Marie-Thérèse Coincoin est une grande travailleuse.  Centime par centime, elle économise suffisamment pour acheter la liberté de tous ses enfants, un à la fois. Une fois qu’elle a fini d’acheter la liberté de ses enfants, Marie-Thérèse, toujours aussi travailleuse, commence à acheter des esclaves. Son fils aîné, Nicolas Augustin Metoyer achète une terre à l’Île Brevel, fondant ainsi une communauté de HLC.  Cette famille devient une des plus prospères de la région.  Ce qui dit prospère à l’époque veut dire esclavagiste. Les descendants de Marie-Thérèse Coincoin sont parmi les esclavagistes les plus importants de la Rivère Rouge à la veille de la Guerre de Sécession!

Comme l’explique Gary Mills dans son excellent livre « The Forgotten People : Cane River’s Creoles of Color » (Les gens oubliés : les Créoles de couleur de la rivière des Canes), la guerre de Sécession est la fin de cette société.  Avec la libération des esclaves est venue la ruine des esclavagistes y compris ceux de couleur.  La perte est double pour les Créoles noirs car ils perdent non simplement leur propriété (esclaves, plantations), mais aussi leur statut.  Du coup ils se retrouvent dans la même caste que leurs anciens esclaves.  Dorénavant ces gens éduqués et raffinés sont considérés tout simplement comme des noirs au même niveau que leurs anciens esclaves illettrés.  Encore aujourd’hui une partie de la communauté afro-louisianaise revendique une identité créole.  Mais, un peu comme les franco-métis de l’ouest canadien, cette identité est énigmatique.

Créole est un mot qui a beaucoup d’interprétations.  Venant de l’Espagnol criollo,  à l’origine ça voulait tout simplement dire «  du Nouveau Monde ».  La société coloniale louisianaise est composée de métropolitains, venu de France ou d’Espagne et de gens d’héritage européen ou africain, nés dans la colonie : les Créoles.  La société créole dont parlait George Cable dans ses romans du milieu du 19e siècle est la communauté des franco-louisianais.  Par la force des choses, les HLC faisaient aussi partie de la société créole. 

Aujourd’hui, en Louisiane, le mot créole est attaché aux noirs francophones.  La langue qu’ils parlent est appelait également le créole, un dialecte qui ressemble au créole haïtien avec une syntaxe africanisée et une vocabulaire française.   Mais on parlent le créole de moins en moins.  Au contraire des Cadiens qui font un effort pour préserver la langue française, les Créoles noirs semblent indifférents à la question linguistique.  Ils s’identifient à la communauté afro-américaine, et leur revendication sociale se concentre sur le racisme.  Leur identité, comme celle des Cadiens, s’exprime surtout à travers la musique (Zydeco), et un style de vie typique de la région.  On est Créole comme on est Cadien : parce qu’on pense qu’on est. 

Tout ceci parait assez compliqué.  Effectivement, la culture créole de Louisiane est pleine de surprises.  Elle est riche et complexe......et fascinante, telle l’histoire de Marie-Thérèse Coincoin.




November 4, 2009

On découvre que l’arbre généalogique de la première dame du pays, Michelle Obama, contient un homme blanc et qu’elle est donc métissée.  Well hello. 
http://www.nytimes.com/interactive/2009/10/08/us/politics/20091008-obama-family-tree.html?hp

Il me semble qu’il y a deux Amériques, ou peut-être tout simplement deux mondes :  un qui se penche vers le soleil et l’ouverture, et l’autre qui se penche vers la peur et les ténèbres.  Il y en a parmi nous qui tente de réaliser la promesse qui est au coeur de la création des États-Unis, et d’autres qui voudraient nous ramener vers le racisme et la peur.

Le principe de ce pays est la nouveauté.  On est au Nouveau Monde.  On a  fondé une nouvelle démocratie basée sur le principe que tout homme (et femme) est égal.  La route vers la liberté a pourtant été et reste difficile, et nous sommes encore très loin de la réalisation de la vision des pères fondateurs :  que chaque homme et chaque femme aura accès aux mêmes possibilités.  Mais l’histoire des USA est remplie d’ironie.  Commençons avec les « pères fondateurs ».  On peut parler de deux camps :  les planteurs esclavagistes dont faisait partie George Washington, Thomas Jefferson, James Madison, et James Monroe (4 des premiers 5 présidents)  Et les marchands Bostonais :  John Adams, et son fils John Quincy Adams (# 2 et 6).  Les premiers présidents américains, bien que fils du siècle des lumières et solidaires des droits de l’homme, étaient, néanmoins, propriétaire d’esclaves.  Le cas de Thomas Jefferson est particulièrement intéressant parce qu’il était pas simplement un maître d’esclaves, mais aussi le père d’un progéniture métissée par son esclave Sally Hemmings.  Cette ironie voire hypocrisie reste au coeur de la relation entre noir et blanc comme une épine dans notre pied collectif.  

Que la première dame des USA est une métisse nous a été présenté comme une découverte extraordinaire.  Au grand chagrin des racistes, notre pays a toujours été, est reste encore, un pays de sangs-mélés.  Pourtant on a beaucoup de difficulté à l’accepter, et cela autant du côté des noirs que celui des blancs. 

Dans son livre, le Métis Canadien,  John Ralston Saul (Mon pays métis, éditions Boréale, 2008) fait savoir que le défi du Canada est de pouvoir accepter son héritage de race mixte.  Entre blancs et indiens (indiennes) il y a toute une histoire.  Pour nous aux USA, la question reste profondément la même :  allons-nous accepter le fait que nous faisons partie d’une nouvelle « race » et pouvons-nous accepter qu’effectivement notre pays est fondé sur le principe que tout homme (et toute femme) est égal?

Je retourne à l’insulte donnée par Joe Wilson au président Obama lors de son discours récent au Congrès (rapport du mois précédent).  Je suis convaincu qu’il y a là-dedans un fond profondément raciste.  M. l’Honorable représentant de la Caroline du Sud n’aurait jamais osé insulter le président des USA si le président était un homme blanc.  Honte.

Nous sommes tous victimes de nos préjugés malgré la vision du monde impliquée dans la Constitution du pays.  La question est comment agir face aux tendances haineuses.  Chez nous, dans le Sud profond, ces préjugés sont bien connus et bien dénoncés.  Je pense, très franchement, que nous sommes à l’avant-garde de la question, parce que, bien plus qu’ailleurs aux USA, nous sommes obligés de les reconnaître.  Nous composons avec une histoire (la notre) qui nous met face à nos préjugés à tous les jours. Nos rencontres avec les gens d’une « autre race » sont tellement fréquentes à paraître anodines. Et j’ose dire qu’on fait du progrès.  Malgré les cordes de pendu qui flottait à Jena, Louisiana il n’y a pas si longtemps, on arrive à soulever le poids de notre héritage social, au moins un peu.  

Quand j’ai été enfant, les noirs ne pouvaient pas boire à la même fontaine que les blancs.  Hier j’ai mangé dans un restaurant à côté d’une famille de noirs,  chose impensable il y a quelques décennies.  Mais hier personne ne l’a remarqué  Je ne prétends pas que le racisme n’existe pas.  Au contraire, j’insiste sur le fait qu’il existe et que la meilleure façon de le contrer est de réaliser que nous sommes tous, en quelque sorte, métisse, sinon du point de vue généalogique, au moins du point de vue culturel.

C’est Franklin D. Roosevelt, un homme très blanc, qui disait que nous n’avons rien à craindre à part la crainte elle-même.  Effectivement.  Cependant, je crains ceux qui veulent nous tirer vers les ténèbres.   Les parents des Michelle Obama ont été métissés.  Big deal.  Nous sommes tous des métisses quelque part.  Des métisses Afro-Irlando-Franco-Anglo-Russo-Italo-Hispano-Indiano-Germano-Esquimo-Cristano-Innu-Senegalo-Congo-Cubano-Brazilo-Chino-Nippo-Acadiano-Who Kno. 

Célébrons la diversité et l’ouverture.  Tant que nous n’allons pas pouvoir nous voir  comme  autant de créoles, nous n’allons pas pouvoir accepter l’autrui, et de pouvoir célébrer la vraie richesse de notre culture qui est née de la rencontre de toutes ces traditions apportées par toutes ces ethnies.  C’est en se définissant comme faisant partie d’une nouvelle race américaine nourrie d’ethnies diverses aux traditions multiples que nous allons enfin pouvoir se débarrasser de l’héritage affligeant du racisme.

Le mois prochain : l’histoire fascinante de Marie-Thérèse Coin Coin et les Créoles de la Rivière des Cannes.   Esclave libérée par son maître elle a travaillé pour acheter ses propres enfants les uns après les autres.  Son clan est devenu une des familles la plus prospère ET esclavagiste de la période avant la Guerre de Sécession.




October 1, 2009

Lors du discours récent du Président Obama devant le Congrès américain, le représentant Joe Wilson a hurlé « You Lie » (Tu mens).  Contraint à offrir ses excuses, M. Wilson a déclaré qu’il était emporté par l’émotion.    Ce triste épisode est rempli d’ironie.

Premièrement, Joe Wilson est du South Carolina, d’où venait Preston Brooks.  En mai 1856,  Charles Sumner, un militant anti-esclavagiste a livré dans le Sénat américain un discours qu’a duré deux jours dans lequel il a pesté contre l’esclavagisme.  Dans son discours, il a attaqué Preston Brooks de South Carolina, le décrivant comme une ignoble bête qui « couche avec une pute appelée Esclavagisme ». 

Trois jours plus tard, Andrew Butler, le cousin de Brooks, entre dans le Sénat et commence à marteler Sumner avec sa canne.  Il ne s’est pas arrêté jusqu’à ce qu’il l’a cassé sur la tête de sa victime.  Sumner ne s’est jamais remis de cette attaque féroce.  Butler, par contre, est devenu un héro en South Carolina, recevant quantité de cannes comme cadeau.

L’attaque vicieuse de Butler n’était qu’un autre évènement malheureux dans le prélude de la Guerre de Sécession.   Cette guerre qui allait durer 4 ans et ruiné le Sud fut déclanchée par le général louisianais Pierre Gustave Toutaint Beauregard en attaquant la forteresse Sumter dans la baie de Charleston.    Cette guerre fut entreprise pour libérer les esclaves.  153 ans plus tard, le premier noir a se faire élire président des États Unis est attaqué dans le Congrès par le représentant de South Carolina.  Il semble que Joe Wilson reçoit non pas des cannes, mais des contributions financières. 

Abraham Lincoln est un des plus grand sinon le plus grand des présidents américains.  Il était du parti Républicain.  Mais les choses ont beaucoup changé depuis que « Uncle Abe » a libéré les esclaves.  Le parti Républicain de Lincoln n’est pas celui de Joe Wilson.   Il est devenu le parti de la peur et de la haine, sans idées positives, dévoué uniquement à contrer tout ce que Obama et les Démocrates proposent, et surtout sur la question d’assurance santé.

J’ai voté pour Obama et je suis ravi qu’il est élu.  L’alternatif aurait été franchement effrayant.  Cela dit, j’ai toujours compris que les problèmes dont fait face le président américain sont d’une dimension tellement énorme qu’il sera étonnant qu’Obama puisse en solutionner même quelques uns.  Ce dont nous n’avons surtout pas besoin est le genre de rhétorique inflammatoire qui est devenu la spécialité des Républicains.  Les paroles de Margaret Chase Smith, elle-même Républicaine, prononcée en 1950 sont très à point aujourd’hui.  Il ne faut pas, elle disait, atteindre la victoire sur les dos des « quatre chevaux de la calomnie : La Peur, l’ignorance, l’intolérance et le mensonge (Fear, Ignorance, Bigotry and Smear).

Vous pouvez consulter mon rapport de mars 2003, écrit lors de l’invasion de l’Iraq.  (Imaginez ce qui aurait passé si quelqu’un aurait traité George Bush de menteur en public bien qu’il le méritait ayant menti au Congrès et au peuple américain à plusieurs reprises :  Armes de destruction massive).  Dans ce rapport de 2003, vous allez trouver l’histoire d’un de mes amis, propriétaire d’un magasin de musique.  Il a un sérieux problème de santé, mais pas d’assurance.  Encore et encore il est obligé de se présenter aux urgences au seul hôpital qui accepte de le soigner, attendant des heures à chaque fois avant qu’on l’examine.

Je ne comprends pas les détails des plusieurs propositions de loi qui touche la santé publique.  Je pense qu’Obama s’est lancé dans cette lutte sans avoir suffisamment préparé les citoyens.  Je n’ai pas d’opinion avertie sur la question.  Par contre, je suis convaincu qu’il faut faire quelque chose tandis que les Républicains semblent vouloir défendre le statu quo. 

Il est absolument inacceptable que plus de 47 millions d’Américains n’ont pas d’assurance santé.  Comme le dit Obama, c’est une question d’ordre morale.  Il est aussi inacceptable pour moi que ma famille doit payer une somme gigantesque pour pouvoir s’assurer.  Et qu’une aspirine coûte $10 à l’hôpital – je le sais parce j’ai regardé les factures lors des traitements de mes parents. 

Récemment, les Républicains ont fait beaucoup de brouhaha en comparant le système de santé américain avec celui du Canada d’où je vous écris.   Selon eux, un système socialiste, qu’il soit au Canada ou en Corée du Nord est fondamentalement inefficace voire dangereux.  Comparons quelques statistiques :

  1. Durée de la vie (la statistique la plus révélatrice en ce qui est de la santé)
    Canada : 80.4 ans / USA : 77.8 ans.
  2. Mortalité infantile :
    Canada : 5.4 morts par 1000 naissances /  USA 6.7 morts par 1000
  3. Coûts des soins de santé en pourcentage du PIB :
    Canada :  10%  /  USA :  16%
  4. Nombre de gens sans assurance :
    Canada : 0  /  USA : 40,000,000 +

Les Canadiens vivent plus longtemps, ont moins de mortalité infantile à un coût moindre.  Eh bien.

Au retour du Festival Western de St. Tite, roulant sur la 40, les musiciens et moi ont tombé dans une discussion sur la question d’assurance santé.  Ils (tous Canadiens) étaient incrédules, ne pensant pas qu’un pays aussi riche que le mien pouvait avoir un nombre si important de gens sans assurance.  Le bassiste, Fred Boudreault, avait une perception intéressante.  Selon Fred, la pensée de droite est distinguée par l’importance accordée à l’individu sur la collectivité.  Il ne s’agit pas de Nazis, mais de gens dites ordinaires qui placent leurs propres intérêts au-dessus de ceux de la société. 

Cette perception des choses est en conflit avec une des suppositions fondamentales de la société américaine : que rien doit nuire à sa recherche de bonheur (life, liberty and the pursuit of happiness).  Les Américains ont suivi cette logique dans un cul-de-sac absurde.  Aux USA on peut facilement obtenir une arme automatique qui n’a aucune fonction à part de tuer des humains, mais 47 millions de personnes n’ont pas d’assurance maladie.

Je ne suis pas convaincu que nous allons pouvoir comprendre collectivement que c’est dans notre intérêt de nourrir, éduquer et prendre soin de tous les membres de notre société.  Au bout du compte, nous allons payer le prix d’une façon ou d’une autre. 




September 2, 2009

Voici le huitième d’une série d’articles qui traitent des OGMs (organismes génétiquement modifiés).  Les informations ci-incluses sont tirées essentiellement de « Le monde selon Monsanto par Marie-Monique Robin, Stanké, 2006).  Ce rapport explore les moyens que Monsanto est prêt à utiliser pour intimider les scientifiques que font des recherches qui vont à l’encontre des prétentions de la compagnie multinationale.  Selon moi, le cas le plus spectaculaire d’intimidation est celui d’Arpad Pusztai. 

Fils d’un résistant hongrois sous l’occupation nazie, Arpad Pusztai est né à Budapest en 1930.  En 1956, alors que les chars soviétiques marchent sur la capitale hongroise, il s’enfuit en Autriche où on lui accorde le statut de réfugié politique.  Diplômé en chimie, il obtient une bourse de la Fondation Ford qui lui propose d’étudier dans le pays de son choix.  Il choisit la Grande-Bretagne, qui représente pour lui le « pays de la liberté et de la tolérance ».  Il obtient un doctorat de biochimie à l’université de Londres, et il est recruté par le prestigieux Institut Rowett, considéré comme un des meilleurs laboratoires européens.  Le Dr. Pusztai  devient spécialiste des lectines, ces protéines présentes dans certaines plantes qui fonction comme un insecticide naturel. 

L’expertise du biochimiste est  tellement réputée qu’en 1995, l’Institut Rowett propose de lui prolonger son contrat alors qu’il est à l’âge de la retraite.  On lui propose de prendre la tête d’un programme de recherche financé par le ministère écossais de l’Agriculture, l’Environnement et la Pêche.  Doté de 1,6 millions de livres, ce contrat substantiel mobilise plus de 30 chercheurs dans le but d’évaluer l’impacte des OGMs sur la santé humaine. 

« Nous étions tous très enthousiastes » explique le Dr. Putszai, « car à l’époque, alors que la première culture de soja transgénique venait d’être semé aux USA, aucune étude scientifique n’avait été publiée sur le sujet.  Le ministère pensait que notre recherche constituerait un soutien en faveur des OGM.  Personne n’imaginait – moi le premier qui étais un ardent supporter de la biotechnologie – que nous allions trouver des problèmes. »  Cependant ils en ont trouvé  et des graves.  Le Dr. Putszai continue :  « Je me disais que si nous pouvions montrer, avec une étude scientifique digne de ce nom, que les OGMs étaient réellement inoffensifs, alors nous serions des héros. »  Il allait très vite se déchanter. 

En  accord avec le ministère, l’Institut Rowett décide de travailler sur des pommes de terre transgéniques que ses chercheurs ont déjà développé avec succès en leur insérant le gène qui fabrique la lectine du perce-neige, une protéine qui repousse les insectes, mais qui ne pose aucun danger à l’homme.

« Ma première surprise, se souvient le Dr. Putszai, fut quand nous avons analysé la composition chimique des pommes de terre transgéniques.  D’abord, la composition n’était pas équivalant aux pommes de terres conventionnelles.  Et puis, elles n’étaient pas équivalentes entre elles, la quantité de lectine pouvait varier de 20%. »  Ce qui étonnait le chercheur est que la technique d’insertion génétique est tellement imprécise qu’elle n’engendre pas le même effet à chaque fois.   Cette imprécision est due à la nature du canon à gènes.  Il est impossible de savoir où le gène bombardé va atterrir dans la cellule ciblée.   La localisation aléatoire du gène explique la variabilité dans l’expression de la protéine. 

À son étonnement, le Dr. Putszai observe des anomalies dans les rats des groupes expérimentaux.  Ils présentent des cerveaux, des testicules et des foies moins développés que ceux du groupe de contrôle.  On remarque également des tissus atrophiés, notamment dans le pancréas et l’intestin.  Par ailleurs,on constate  une prolifération des cellules de l’estomac.  Cela est très inquiétant, parce que cela peut faciliter de tumeurs.  Le système immunitaire de l’estomac était en surchauffe, ce qui indique que les organismes des rats traitaient les pommes de terre transgéniques comme des corps étrangers. 

 Le Dr. Putszai est convaincu que c’est le processus de manipulation génétique lui-même qui est à l’origine des dysfonctionnements et non pas le gène de la lectine dont il avait testé l’innocuité à l’état naturel.   Cette découverte est stupéfiante.  Contrairement à ce qu’affirme la Food and Drug Administration, la technique d’insertion de gène N’EST PAS une technologie neutre.  La manipulation génétique se révèle dangereuse en elle-même, ce qui va à l’encontre de la politique américaine des OGMs. 

Profondément troublé, Arpad Putszi fait part de ses inquiétudes au directeur de l’Institut Rowett.  C’est le début de son calvaire.   Il est autorisé de passer dans une émission de la BBC consacrée à la biotechnologie en juin 1998.   C’est à cette occasion, le 9 août 1998,  qu’il prononce la phrase qui passera en boucle dans la presse britannique :  « Il n’est pas juste de prendre les citoyens britanniques pour des cobayes ».

Le 12 août, alors qu’une horde de journalistes fait le planton devant sa maison, le Dr. Putszai est convoqué à une réunion où Phillip James, le directeur de l’Institut Rowett, assisté d’un avocat.  On lui annonce que son contrat est suspendu jusqu’à sa mise à la retraite.  L’équipe de recherche est dissoute.  Les ordinateurs et documents liés à l’étude sont confisqués et les lignes de téléphone sont coupées.  Le Dr. Putszai est interdit de communiquer avec la presse sous peine de poursuites. 

Commence alors une lamentable opération de désinformation qui vise à salir sa réputation.  Dans plusieurs interviews, Philipp James affirme que le Dr. Putszai s’est trompé est que le chercheur avait confondu la lectine du perce-neige avec un lectine appelé « Concanavaline A » issue d’un haricot sud-américain connu pour sa toxicité.  Selon la ligne officielle de l’Institut Rowlett, les effets observés sur les rats lors des expériences ne sont pas dus à la manipulation génétique mais à la lectine « Con A » qui est un poison naturel, et que le Dr. Putszai et son équipe ont utilisé par erreur.   Selon le Monde, « cette information est d’autant plus étrange qu’elle concerne le meilleur spécialiste du monde des lectines ».  Le Dr. Putszai n’avait pas le droit de se défendre. 

Mais d’où est venu ce changement de cap brutal?  Chose qui a conduit à la destruction de la carrière d’un des plus imminents scientifiques de l’Institut Rowlett.  Simple :  Monsanto était à la veille de commercialiser ses semences OGM en Europe.  L’enjeu était de l’ordre crucial pour la compagnie multinationale, la compagnie qui a présenté au monde les PCBs, Agent Orange et l’hormone de croissance bovine rGBH.  (voir les rapports précédants).   Pour protéger sa mise en marché des OGMs en Europe, et considérant que la recherche d’Arpad Putszai représentait une menace véritable, Monsanto a contacté le président américain Bill Clinton qui a contacté à son tour Tony  Blair qui a contacté Phillip James. Ce dernier a fait le nécessaire pour assurer que la commercialisation des semences OGM de Monsanto ne sera pas compromise par la recherche scientifique.

C’est impossible de dire avec certitude, mais il n’existe probablement plus de maïs non génétiquement modifié en Amérique du Nord.  À cause de la pollinisation naturelle, le maïs génétiquement modifié a pollué toutes les variétés naturelles.  Même dans les régions isolées du Mexique, le berceau du maïs, les variétés natives sont corrompues.   Les fermiers sont avisés d’examiner leurs champs pour observer des anomalies, des épis multiples ou des graines grotesquement malformées.  Malgré les efforts du gouvernement mexicain, les variétés génétiquement modifiées se sont inséré partout à cause des oiseaux et le vent. 

Le maïs est très répandu dans les produits alimentaires aux USA.  Un nombre gigantesque contient également le soja.  In n’y a probablement pas de soja non génétiquement modifié en Amérique non plus.  Du canola peut-être et une variété de blé dite rouge au Canada, protégé par le gouvernement dans une serre à ciel fermé. 

Maintenant que le génie biotech est sorti de sa bouteille, que pouvons nous faire pour le rentrer.  Pas grand chose, hélas.  Au moins les consommateurs ont la possibilité de choisir des produits non génétiquement modifiés, sous condition de pouvoir les trouver.  You are what you eat.




August 5, 2009

Voici le septième rapport traitant des OGMs (organismes génétiquement modifiés).  Les informations sont tirées essentiellement du livre de Marie Monique Robin, Le monde selon Monsanto (Stanke, 2006).  La chose la plus alarmante dans cette histoire est le manque complet de recherche sur les effets des OGMs sur la santé humaine.  Par une ruse technique les compagnies multinationales avec à leur tête Monsanto ont réussi à lancer sur le marché des produits contenant des OGMs sans expériences scientifiques.  Largement aidé par le gouvernement américain par le biais du FDA (Food and Drug Administration) les compagnies ont réussi à faire imposer une politique « d’équivalence en substance », ce qui évite, en effet, que les OGMs soient véritablement testés.

Vers la fin de l’année 1986, quatre dirigeants de Monsanto rend visite au vice-président George Bush.  Ils plaidaient la cause de l’industrie biotechnique et leurs demandes ont été bien reçues.   L’administration du gouvernement américain de l’époque était homnimbulé par le « dérèglement ».  Pour permettre l’industrie américaine de croître, il fallait enlever les règlements qui ne faisaient que freinait le développement.   La Maison-Blanche avait déjà émis une directive le 26 juin, 1986 intitulée « Cadre coordonné pour la réglementation de la biotechnologie », visant en premier lieu à éviter que le Congrès se mêle de la question. 

Adressé aux trois agences réglementaires du pays (FDA, EPA ET USDA) la directive stipule en effet que les produits issus de la biotechnologie seront réglementés dans le cadre des lois déjà existantes, dans la mesure que les techniques de la biotechnologie ne représente qu’une « extension des manipulations traditionnelles des plantes et des animaux. »  En d’autres termes : les OGMs  ne justifient pas d’un traitement particulier et seront soumis au même régime d’approbation que les produits non transgéniques.   Pour le gouvernement américain il n’y avaitaucune différence entre l’insertion d’une molécule d’une plante dans la chaîne ADN d’une autre grâce à un canon à gènes et l’hybridation de plantes par le pollen naturel. 

Le 26 mai 1992, George H.W. Bush, devenu président des États-Unis annonce la politique américaine en matières des OGMs.  Il disait entre autre « en 1991, la biotechnologie a rapporté 4 milliards de dollars.  Nous tablons sur 50 milliards en l’an 2000, à condition de ne pas s’encombrer d’une réglementation inutile. »  Trois jours plus tard, la FDA publie sa politique concernant les aliments dérivés des nouvelles variétés de plantes :  « Les aliments dérivés de variétés végétales développées par les nouvelles méthodes de modification génétique sont réglementés dans le même cadre et selon la même approche que ceux issues du croisement traditionnel des plantes......Dans la plupart des cas, les composants des aliments provenant d’une plante génétiquement modifiée seront les mêmes que ou similaires en substance (will be the same as or substantially similar to) ceux que l’on trouve communément des les aliments.» 

Ces quelques lignes signent un concept qui a été repris partout dans le monde comme la base théorique de la réglementation des OGMs : le principe d’équivalence en substance.  En d’autres termes : les OGMs sont grosso modo identiques à leurs homologues naturels.  Nous voici arrivés au coeur du débat qui oppose partisans et adversaires des OGMs.  En effet, alors qu’aucune étude scientifique n’avait alors été menée pour le vérifier, la FDA a décidé à priori que les transgènes n’entraient pas dans la catégorie des additifs alimentaires et que les OGMs pouvaient donc être commercialisés sans évaluation toxicologique préalable.

Selon Michael Hanson, l’expert de l’Union des consommateurs, le principe d’équivalence en substance et un alibi qui ne repose sur aucun fondement scientifique et qui a été créé ex nihilo pour éviter que les OGMs soient considérés au moins comme des additifs alimentaires, ce qui permet aux entreprises biotechnologiques d’échapper aux tests toxicologiques prévus par le Food Drug and Cosmetic Act.  Cette loi de 1958 vise à réglementer les additifs alimentaires comme les colorants et les conservateurs, ou « toute substance dont l’utilisation intentionnelle induit..., directement ou indirectement, qu’elle constitue un composant affectant les caractéristiques de n’importe quel aliment ».  Sont exclues de la catégorie des additifs alimentaires et donc non soumises aux tests toxicologiques les substances « Generally recognized as safe »  (reconnu généralement comme étant sauf).   Selon la politique américaine cette exception s’applique aux OGMs. 

La politique de la FDA fait bondir Michael Hansen.  « Actuellement, quand on veut ajouter dans un aliment une goutte d’un conservateur ou d’un produit chimique, c’est considéré comme un additif et donc on doit faire toutes sortes de tests pour prouver que le produit ne soit pas nuisible.  En revanche, lorsqu’on manipule génétiquement une plante, ce qui peut engendrer d’innombrables différences dans l’aliment, on ne demande rien.  La FDA a toujours refusé d’évaluer la technique de la manipulation génétique et pas seulement le produit final;  elle est partie du principe que la biotechnologie est intrinsèquement neutre.  Alors qu’elle devait être beaucoup plus prudente ».

Joseph Mendelson, le directeur juridique du Centre pour la sécurité alimentaire explique : « La santé des Américains est soumise à la bonne volonté des entreprises biotech qui sont habilitées à décider, en dehors de tout contrôle gouvernemental si leurs produits OGMs sont sûrs.  La directive de la FDA a été rédigée pour que l’industrie de la biotechnologie puisse entretenir le mythe selon lequel les OGMs sont réglementés, et c’est complètement faux.  Le pays se transforme en un immense laboratoire où des produits potentiellement dangereux sont libérés depuis dix ans sans que le consommateur ait la possibilité de choisir, parce qu’au nom du principe d’équivalence en substance l’étiquetage des OGM est interdit, et sans qu’aucun suivi ne soit réalisé ».  Les compagnies biotech ne veulent pas que les consommateurs soient avisés des risques des OGMs, et elles sont à l’aise avec un marché que met en vente des produits contenant des OGMs sans que le consommateur soit avisé.  Avec la complicité du gouvernement,  les multinationales biotechs ont réussi à cacher l’information.  En plus les multinationales ne sont pas prêts à permettre aucun avis critique.  Gare à ceux qui se manifeste contre la commercialisation des OGMs, comme le prouve l’histoire du scientifique britannique Arpad Pusztai. 

Dans le livre de M.  Robin, elle raconte plusieurs cas de scientifiques soumis à une pression répressive lorsqu’ils ont osé contester l’utilisation des OGMs, mais le cas le plus frappant est celui d’Arpad Pusztai.  Je vous présenterai son histoire prochainement.




July 1, 2009

Voici le sixième d’une série d’articles qui traitent de la question des OGM (Organismes génétiquement modifiés).   L’information contenue dans ces articles est en grande partie tirée du livre de Marie Monique Robin, Le monde selon Monsanto (Editions Stanké, 2006).  Son filme du même nom a fait fureur dans le monde francophone, mais n’est pas arrivé sur les écrans aux USA (pas de surprise).  Heureusement un film américain, Food Inc., traite de plusieurs des mêmes sujets.  Selon moi, il n’est pas surprenant que nous souffrions dans les pays les plus industrialisés, d’une épidémie d’obésité, de diabètes et d’allergie surtout parmi les enfants.  Il me semble tragique que la société moderne ne semble pas être capable de se nourrir correctement.  La nourriture saine est devenu un luxe.  Nous sommes accrochés à un régime de nourriture pré-préparée (processed food), contenant souvent des produits de culture OGM dont les conséquences à long terme sur la santé humaine n’ont jamais été réellement évaluées, et que les fabricants veulent nous cacher l’existence. 

Selon Pete Hardin, journaliste, cité dans Le monde selon Monsanto de Marie-Monique Robin, le développement de la biothechnologie représentait un enjeu si important pour le gouvernement fédéral américain qu’il a préféré ignorer les questions de santé des consommateurs et des animaux pour autoriser l’utilisation de l’hormone de croissance bovine (rGBG ou BST) malgré les dangers. 

Dans la création des OGM, les questions de santé publique ont passé en seconde.  Ce qui comptait était le développement économique. 

L’histoire commence en 1953, lorsque James Watson et Francis Crick décryptent la structure en double hélice de l’ADN.   Cette molécule niche dans les cellules de chaque être vivant, dont elle signe le code génétique.  Cette découverte vaudra aux deux biochimistes le Prix Nobel de médecine en 1962 et scellera la naissance d’une nouvelle discipline : la biologie moléculaire. 

Cette découverte est accompagnée d’un « credo » selon lequel l’organisme est une machine entièrement tributaire des seuls et uniques gènes.  En d’autres termes, chaque réaction biologique qui caractérise le fonctionnement d’une organisme vivant est commandée par UN gène qui exprime une fonction en déclenchant la production d’un protéine spécifique.   Cette conception exclusive est à l’origine de l’une des plus grands malentendus qui sous-tend le développement de la biotechnologie.  En réalité, souligne Arnaud Apotheker, docteur en biologie et responsable du dossier OGM à Greenpeace France, les phénomènes se révèlent plus complexes.  

Aujourd’hui on sait que certains gènes agissent en interaction avec d’autres et qu’il ne suffit pas de les extraire d’un organisme et de les transférer dans un autre pour qu’ils expriment la protéine et donc la fonction sélectionnée.  En insérant  une molécule ainsi, il risque de provoquer des réactions biologiques inattendues.  Excités par cette découverte et par les possibilités qu’ils y voyaient, les biologistes moléculaires dans les années 1960 s’attellent à mettre au point des techniques permettant la manipulation de matériel génétique pour fabriquer des organismes que la nature n’aurait jamais pu produire seule.  Ce bricolage génétique est justifié par une vision généreuse et humanitaire. 

En 1962, Caroll Hochwait, vice-président de la recherche chez Monsanto exclame : « Il est tout à fait concevable que par la manipulation de l’information génétique, une plante comme le riz puisse être « instruite » à fabriquer un taux élevé de protéines, ce qui entraînerait un miracle pour alléger la faim et la malnutrition. »  Bien beau.  Le problème est que la technologie des OGMs n’a pas servi à bannir la faim.  En fait, elle a contribué à la répondre.  Pour bien comprendre les OGMs, il faut bien comprendre que cette technologie sert surtout à enrichir les sociétés multinationales qui la contrôlent.

Le 25 février, 1975 à Asilomar, Calfornie, a lieu le premier congrès international sur la recombinaison des molécules ADN.  En huit clos, les biologistes tentent de restreindre au minimum l’implication du public et du gouvernement.  Après Asilomar, les expériences génétiques prolifèrent aux USA.  L’institut national de santé en recense plus de 300 dès 1977.   Cette véritable course aux gènes provoque un rapprochement inédit entre la science et l’industrie qui bouleversera les pratiques de la recherche.  Explique la sociologue Susan Wright : «  Quand le génie génétique a été perçu comme une opportunité d’investissement, il s’est produit une adaptation des normes scientifiques au standard des entreprises.  L’éveil du génie génétique coïncide avec l’émergence d’une nouvelle éthique, définie par le commerce ».

Dans cette course capitaliste d’exploitation de génie génétique, une société s’est distinguée par sa vision rusée : Monsanto.  Comme le disait son PDG, Richard Mahoney en 1984 :  « Notre business ce n’est pas de développer le savoir, mais des produits ».  Des lors, toute la recherche de la compagnie est consacrée à un seul but : trouver le gène qui immunisera les cellules végétales contre l’herbicide phare de Monsanto, le Roundup.

Dès sa mise sur le marché en 1974, le Roundup connaît un succès spectaculaire.  Ventant les mérites de l’herbicide qui se veut « respectueux de l’environnement » et « 100% biodégradable », Monsanto fait de Roundup l’herbicide le plus utilisé sur la planète.  À partir de 1985, toute la recherche de la compagnie est concentrée sur la production de plantes résistantes au Roundup.   L’enjeu n’est pas seulement scientifique mais surtout économique :  on imagine déjà les brevets qu’on pourra déposer sur les grandes cultures vivrières du monde.  Monsanto commence avec le soja, plante qui domine l’agriculture américaine et qui rapporte à l’époque 15 milliards de dollars par an.  Le défi est de créer une plante de soja résistante au Roundup.

Le travail de recherche s’avère long et coûteux.  700 000 heures et 80 millions de dollars pour trouver le gène d’intérêt CP4 EPSPS, le fameux promoteur « 35S ».  Et la compagnie n’est pas au bout de ses investissements.  Il faut maintenant introduire le gène dans l’ADN de la plante.  Les méthodes existantes ne fonctionnent pas et l’équipe de chercheurs est obligé de sortir l’artillerie lourde : le canon à gènes. 

Aujourd’hui le canon à gènes est l’outil d’insertion le plus utilisé dans le domaine du génie génétique.  On fixe des constructions génétiques sur des boulets microscopiques en or ou en tungstène puis on les bombarde dans une culture de cellules embryonnaires.   Mais le travail est imprécis.  L’ADN est inséré au hasard.  Il fallait tirer des dizaines de milliers de fois avant d’obtenir quelques plantes qui avaient l’air prometteuses. 

Selon Arnaud Apoteheker : « Dans sa volonté de soumettre la nature, l’homme utilise des technologies guerrières pour forcer les cellules à accepter des gènes d’autres espèces.  Pour certaines plantes, il utilise l’arme chimique, ou bactériologique, pour infecter les cellules avec des bactéries ou des virus.  Pour les autres, il se contente des armes classiques, avec l’utilisation du canon à gènes.  Dans les deux cas, les pertes sont considérables, puisque en moyenne une cellule sur mille intègre le transgène, survit et peut générer une plante transgénique. »

Dans le prochain rapport, je vais examiner le rapport intime entre les multinationales biochimiques et le gouvernement américain qui  a permis la mise en marché de produits de culture OGM, sans évaluation sérieuse.  Grâce à la théorie « d’équivalence substantielle », la FDA (Food and Drug Administration) a autorisé la commercialisation de nourriture dérivée de culture génétiquement modifiée.  À la base, cette théorie prétend que si un gène de carotte n’est pas nocif, en l’insérant dans une aubergine, la plante qui en résulte n’est pas nocive non plus.  Au contraire, comme l’a prouvé l’imminent  scientifique Britannique, Arpad Pasztai, les OGM peuvent avoir des effets très dangereux.  Cette découverte a fini par lui coûter son poste et en grande mesure sa réputation.  Les sociétés multinationales biochimiques ont prouvé tout au long de leur histoire, qu’elles sont prêtes à n’importe quoi pour protéger le marché de leurs produits et les milliards de dollars qu’ils génèrent. 

Pour plus sur Monsanto, prière de consulter les rapports de juillet, août. septembre et octobre, 2008 & janvier 2009.  Plus sur les OGM prochainement.




June 3, 2009

Ceux et celles qui ont l’habitude de ces rapports ne seront pas surpris par le sujet de cet article : la perte du littoral louisianais.  Ce qui est nouveau ici est que ce texte fut préparé suite à une visite personnelle dans la zone.  Le dimanche 31 mai, j’ai joué pour une levée de fonds commanditée par America’s Wetlands.  Appelé Storm Warning (Avertissement de Tempête) l’évènement devait créer de l’intérêt autour de la question : la perte dramatique de marécage sur la côte. 

Le spectacle a attiré une belle foule.  C’était difficile, pourtant, d’évaluer l’impacte du message sur le public.  À première vue, l’évènement ressemblait à n’importe quel festival louisianais : des gens écrasés dans leurs chaises portables, buvant de la bière sous un soleil de plomb.   Les politiciens locaux ont fait une apparition en force pour se faire photographier avec le sénateur Mary Landrieu. 

Le spectacle était organisé par America’s Wetlands, organisme voué à la protection du littoral.  Bien que son nom plutôt écolo, l’organisme est controversé.  Son soutien principal vient de Shell Oil Company, société que plusieurs accusent d’avoir créé le problème de la dégradation de l’environnement.  Bienvenue en Louisiane.

Comme l’a dit si bien Oliver Hauk dans son papier d’octobre 2005 (publié par l’Université Tulane et cité dans mes rapports de 2006), dans les salons de pouvoir de la politique louisianaise, il y a un éléphant, et cet éléphant s’appelle « Compagnie de Pétrole ».  Depuis que Huey Long (gouverneur de la Louisiane assassiné le 8 septembre, 1935) a fondé le « Win or Lose Oil Company » avec son ami James Noe, sénateur louisianais et propriétaire de compagnie de pétrole, le gouvernement de Louisiane et les compagnies de pétrole font bon compagnie.  La Win or Lose Oil Company obtenait des licences d’exploitation sur des terres appartenant à l’État pour que les actionnaires puissent, à leur tour, vendre des licences aux compagnies de pétrole.  Les activités de cette société ont été conduites dans le secret absolu et les noms des actionnaires n’ont jamais été publiés.  L’argent que recevait Huey Long fut utilisé pour ses campagnes politiques.  Bienvenue en Louisiane.

Est-ce que America’s Wetlands est tout simplement un stratège de Shell Oil Company pour blanchir son image, ou est-ce que c’est un effort sincère pour sauver l’environnement naturel de la Louisiane et la culture qui y est attachée?  La réponse me semble aussi obscur que le fond du bayou. 

Après le spectacle, moi et ma chère petite femme, Claude, ont descendu jusqu’au bout du Bayou Terrebonne à Cocodrie.  Tout au long du trajet, j’ai été bouleversé par ce que je voyais.  Ça faisait des années depuis que j’avais pris ce chemin qui s'arrête sur les rives du Golfe du Mexique.  Les changements que je voyais sont incroyables.   Dans l’espace de quelques années, le marécage a quasiment disparu, cédant sa place à l’eau saline du Golfe.  Tout le long du Hiway 57, à Boudreaux et Dulac les troncs des arbres se tiennent comme les sentinelles d’une armée de mort.  Avec l’intrusion d’eau saline, les racines ont suffoqué.  Bien qu’il est vrai qu’il n’y avait pas d’arbres avant la construction du chemin, il est aussi vrai que leur mort est mauvais augure. 

Une fois arrivé à Cocodrie, j’ai été stupéfié par le changement.  En dépit de la perte de marécage, la région est en plein boom de construction.  Les nouveaux chalets sont partout, comme autant de champignons ayant poussé dans la nuit.  Il y en a des gigantesques, à plusieurs étages.  Malgré le danger imminent posé par les tempêtes tropicales, il y a, de toute évidence, beaucoup de gens qui sont prêts à défier Mère Nature.  Fou.  Mais il faut dire que je ne suis pas pêcheur.

Nous avons retracé chemin jusqu’à Houma, traversant par le 24 jusqu’au Hiway 1, pour descendre ensuite le Bayou Lafourche.  Ce cours d’eau a beaucoup de signifiance pour moi.  Il était le refuge de beaucoup d’Acadiens exilés.  La communauté qui est installée sur ses rives à Larose et à Cutoff, à Galliano et à Golden Meadow est l’autre face de la culture cadienne.   Mon pays est la prairie du Sud-ouest.  C’est là qu’on trouve les éleveurs et les fermiers cadiens.  Ici, sur le Bayou Lafourche, ont trouve les pêcheurs et le trappeurs.  Cette région a son parler et son accent et elle contient une communauté distincte. 

Tout au long du bayou, j’ai trouvé les crevettiers, ces bateaux avec leurs filets déployés comme des ailes à chaque bord de la coque resemmblant une aigrette prête pour l'envol.   À l’ouest du chemin, côté terre, les petites maisons en bois sont enchaînées comme les perles d’un chapelet.  De l’autre côte se trouvent les quais et les hangars.  Les villages ont peu changés depuis l’époque où j’ai joué de la musique au Glow Room.  Une fois quitté Golden Meadow, par contre, je découvrais un monde nouveau.  J'ai été étonné par l'intrusion d'eau saline.  Ici aussi, le Golfe empiète sur la terre et le large est rendu tout près.   Une fois rendu à Port Fourchon, j’ai eu une autre surprise.

Selon l’énorme pancarte bleue planté au bord du chemin, le gouvernement de la Louisiane investit $131.000.000 (cent trente et un million de dollars) et le gouvernement américain $60.000.000 pour la construction d’un nouveau chemin sur pilotis.  Deux cents millions de dollars pour bâtir une route que va survoler le marécage.  Et pour quoi?  Pour évacuer le personnel et l’ÉQUIPEMENT de Port Fourchon en cas d’ouragan.  C'est un des projets de génie civil le plus coûteux de l’histoire et son unique utilisage sera l’évacuation d’un port pétrolier en cas d'ouragan.  Bienvenue en Louisiane. 

Sur la Grande Isle, j’ai été encore plus dérangé.  La dernière fois que je l’ai visité fut avant Katrina.  Je ne sais pas si c'est l'ouragan Katrina ou Ike ou Gustav qui a frappé le parc si durement.  Le Parc de Grande Isle était un petit bijou.  La tour d’observation et le quai ont été des endroits uniques.  Entourés d’un petit chênier, c’était un endroit magique pour l’observation d’oiseau.  Aujourd’hui, le parc est en ruine.  La fille qui travaille au guichet paraissait surprise de nous voir arriver.  J’ai compris pour quoi une fois qu’on est arrivé sur la plage.  Les deux bâtiments principaux sont dans un état pitoyable et le quai de plus de deux cents mètres n’est plus qu’un tas de bois.  Il y avait des touristes dans quelques roulottes stationnées dans le parking, mais ils ne pouvaient pas marcher vers l’Est, empêchés par une énorme affiche rouge qui disait :  Beach closed (plage fermée). 

Le plus étonnant est la construction.  À l’entrée du parc, lors de ma dernière visite, il y avait trois chalets modestes.  Aujourd’hui il y en a une trentaine.  Le nombre de maisons à multiplié incroyablement.  Je me demande d’où vient tout cet argent pour toute cette construction.  Moins évident encore est comment peuvent-ils trouver des assurances?

Très concerné par la protection du littoral, je suis confus et contrarié. Je trouve plus de questions que de réponses.  Est-ce que America’s Wetlands n’est qu’une campagne de propagande pour Shell Oil?  Certains disent oui.  Pour ma part, il me semble que tout soutien pour la cause est positif.  Cela dit, je pense qu'il serait mieux que les compagnies pétrolières remplissent les quelques 16.000 kilomètres de canaux d’exploration qu’elles ont creusés et qui ont permit l'intrusion d'eau saline dans les marécages.   Est-ce que ceci risque d’arriver? Non.  Une campagne publicitaire est bien mois coûteux. 

Tout le monde est d'accord qu'il faut faire quelque chose.   Mais l'accord s'arrête là.  Il existe un projet de construction de mega-digue, le  projet « Morganza to the Gulf ».  Le US Corps of Engineers (corps de génie de l'armée) a hâte de commencer, mais la communauté scientifique est très critique.  Il est possible que ce projet accélère la perte du littoral qu’il est censé contrôler.  Il serait bien que nos chefs politiques agissent en vue de protéger la communauté à long terme.    Douteux.  Les devéloppeurs immobiliers et les compagnies de pétrole sont les plus grand contribuables aux campagnes électorales.  Bienvenue en Louisiane. 

Dans cette tour de Babel, il y a, néanmoins, des vois raisonnables.  Je suis Bouddhiste et je cherche toujours la Voie du Milieu.  La Coalition pour la Restauration du Littoral est à la tête du fil depuis plus d’une décennie.  Son point de vue est libre d’influence politique.  Est-ce qu’il est trop tard pour sauver le Sud de la Louisiane?  Après avoir visité les Paroisses de Terrebonne et Lafourche, je ne suis pas certain.  Mais comme Mark Davis de la Coaliione me dit,  nous sommes dans les tranchées d'une guerre contre les effets de réchauffement climatologique.  Les leçons que nous allons apprendre en Louisianevont servir d'exemple pour la protection des zones côtières partout au monde.  On vit une époque pleine de danger, mais aussi pleine de promesse. Il faut comprendre qu'on ne peut pas contrôler Mère Nature.  Il faudra plutôt collaborer avec elle.




May 5, 2009

Je n’avais jamais visité le quartier de Gentilly à la Nouvelle-Orléans depuis l’ouragan de 2005.  De retour d’une interview avec mon ami Jack Hopke sur les ondes de WWNO , j’ai pris la route scénique, visitant un des quartiers les plus dévastés lors du sinistre de 2005.  Ce que j’ai vu m’a bouleversé.  Trois ans après l’ouragan, le quartier est encore en desarroi.  On y voit les preuves de désespoir parmi.......les preuves d’espoir.  On y trouve les maisons: 1. complètement abandonnées (envahies d’arbres sauvages et de mauvaises herbes)  2.  en mauvais état (fenêtres barricadées, entourées de poubelles, mais pas complètement cachées par la végétation), 3.  en reconstruction (chantier) et 4.  reconstruites. Tout cela en proportions plus ou moins égales.

L’impression que donne le quartier est macabre.  Une maison en brique flambant neuve se trouve à côté d’une maison délabrée, refuge pour chaouis (raton laveur) et je ne sais quoi.  Il y avait peu de signes de vie.   Les quelques personnes dans les rues, marchant ou bien travaillant dans leurs cours, s’arrêtaient pour me regarder passer.  Leurs expressions étaient vides.  Je ne pouvais distinguer aucune émotion.  Est-ce qu’ils étaient choqués de me voir, me prenant pour un touriste insensible venu pour observer leur misère, ou est-ce qu’ils étaient soulagés, constatant que je ne suis pas membre d’un gang?  C’était impossible d’imaginer les pensées qui traversaient leur esprit, leurs visages étant un masque sans expression.

On a pris la rue Gardena pour arriver sur le site de l’école primaire Bienville.  L’école n’existe plus, le bâtiment complètement démantelé.  Il n’y avait aucune activité, seul un terrain vide avec ici et là un chêne majestueux veillant sur le silence.  Sur le site de « schooldigger.com » spécialisé dans l’évaluation des écoles aux USA, l’école est listée comme « Fermée temporairement » (La Nouvelle-Orléans occupe la 167e place dans le palmarès de 270 villes américaines).  La fermeture me semblait plutôt permanente.  Cette confusion est typique de l’administration de cette ville, sans gouvernail pendant l’ouragan, et encore aujourd’hui.

On a pris l’Avenue St. Bernard, au coeur de ce que les autochtones appellent le « Outback », passant en dessous le pont de l’autoroute et le quartier Tremé, arrivant enfin dans le Vieux Carré.  C’était un autre monde.  Envahie de touristes venus pour le Festival de Jazz, la veille ville grouillait de vie et de couleur, la musique partout.  Bientôt quatre ans après le sinistre, la ville de Nouvelle-Orléans est remplie de contrastes et de contradictions.

J’ai eu beaucoup de plaisir à jouer au Fairgrounds pour le Festival de Jazz et à la House of Blues.  J’ai fait des séances de signatures au Jazz Fest ainsi qu’au Louisiana Music Factory, rue Decatur.  J’aime visiter avec les fans, partageant un petit moment d’amitié, mais c’était particulièrement touchant de rencontrer des gens de Gentilly, Lakeview et St. Bernard, la zone la plus dévastée avec le 9th ward.  Ma chanson « The Levee Broke » semble devenir un paratonnerre pour l’émotion associée à l’ouragan.  Nombreux étaient ceux, habitants des quartier dévastés, qui sont venus me remercier pour la chanson.  Ils et elles avaient tous une histoire bouleversante, et ils manifestaient tous un courage inébranlable.  Ils m’ont répété que leurs quartiers allaient revivre (We’re coming back). J’ai été plusieurs fois au bord des larmes.

Partout où je vais, on me demande quelle est la situation à la Nouvelle-Orléans.  Il n’y a pas de réponse simple.  La ville et ses habitants souffrent encore de l’indifférence et de l’incompétence des gouvernements (municipal, de l’état et fédéral).  Mais je n’ai rencontré personne qui n’était pas convaincue que la ville allait se reconstruire et allait devenir un endroit plaisant voire joyeux à vivre.  De toutes les histoires que j’ai entendues et toutes les images que j’ai vues, c’est celle du poulain, Molly, qui m’a le plus inspiré.

Molly est une petite jument qui était abandonnée pendant l’ouragan.  Elle a été retrouvée plusieurs semaines après et emmenée dans une ferme avec quantité d’animaux abandonnés.  Là, elle a été attaquée par un pit-bull et sa jambe droite sévèrement blessée.  La jambe s’est infectée.  Avec tant d’animaux à soigner, les vétérinaires volontaires de LSU ont décidé de mettre Molly à bas.  On estimait qu’elle était sans espoir, un cheval à trois jambes.  Par contre, un chirurgien, le docteur Rustin Moore, a vu dans Molly une survivante.  Il remarquait qu’elle protégeait bien sa jambe.  Il voyait un petit cheval intelligent avec une volonté de survie.  En plus elle se laissait facilement manipuler.  Plutôt que de l’abattre, le docteur Moore a amputé sa jambe droite en dessous du genoux, et a fait fabriquer une prosthèse. 

Molly a une nouvelle vie et une nouvelle mission.  Elle se promène maintenant  :  hôpitaux, centres de réhabilitation, maisons de retraités, partout où les gens ont besoin d’espoir.   Nombreux sont ceux et celles qui ont été touchés par Molly.  Molly est devenue le symbole de la ville de Nouvelle-Orléans :  boitant mais debout.

Au fond de son sabot artificiel, le fabricant a dessiné un « happy face » un visage souriant.  Partout où Molly passe, elle laisse un sourire.  Elle ne va jamais gagner la course du Kentucky Derby, mais elle a gagné le coeur de milliers de personnes qui l’ont rencontrée.  Aux victimes de l’ouragan Katrina, par son courage et sa tenacité, elle donne de l’espoir.  Et partout où elle passe, apparaît dans la poussière un beau sourire.

molly




March 30, 2009

Bonjour mes amis, J'ai le plaisir de vous présenter ces petits commentaires sur les chansons du nouvel album, LAST KISS, dans l'espoir qu'ils augmenteront votre plaisir. Bonne écoute.

1. Dansé – La tradition de bal dans le Sud-ouest de la Louisiane est encore très forte. Chaque vendredi et samedi à travers le pays cadien (Cajun) dans une multitude de petites salles, les gens se réunissent pour écouter de la musique et danser. Cette chanson rend hommage à cette célébration de la vie et le bon temps. Selon la légende, en arrivant dans le port de Nouvelle-Orléans en février 1765, les Acadiens exilés ont descendu du bateau en dansant une gigue. Jusqu’à la deuxième Guerre Mondiale, les bals se tenaient chez les gens, et les familles entières y assistaient. Pendant que les adultes et les adolescents s’amusaient dans le salon, les veilles femmes veillaient sur les enfants dans une chambre à coucher. Pour les calmer, les femmes chantaient des berceuses, dont l’origine du terme « Fais-do-do » pour signifier le bal. À partir des années 1950, les salles de danse commerciales ont poussé sur la prairie comme les fleurs au printemps. Le « hot spot » à Catahoula est Red’s Levee Bar.

2. Fire in the Night – Une chanson d’amour dans la tradition classique sauf que dans ce cas j’ai imaginé Allen Ginsberg comme le protagoniste et Jack Kerouac comme l’objet de sa passion. Denver est la ville natale de Neal Cassady, le rebelle beatnik qui servait d’inspiration pour le personnage Dean Moriarty, le héro de « On de Road ».

3. The Levee Broke – Au matin du 29 août, 2005, l’ouragan Katrina a atterri dans le Sud-est de la Louisiane. Ma vie et la vie de milliers d’habitants de la côte du Golfe du Mexique ont été bouleversées. J’aurais préféré de ne pas avoir écrit cette chanson, et je n’ai jamais eu l’intention de le faire. Elle est survenu du brouillard de colère et de détresse associée à l’ouragan.

4. Last Kiss – Pour écrire une chanson, j’essaie souvent de créer une situation dramatique dans laquelle je peux trouver la trame de l’histoire. En ce sens je suis un auteur « régional » suivant dans les traces de William Faulkner, ou, plus près de chez moi, de Ernest J. Gaines et James Lee Burke. La situation imaginaire de cette chanson est la fuite de deux amants qui ont violé le tabou sudiste contre l’amour interracial. La référence au « Bois d’arc » parle d’un arbre, le osage organge (maclura pomifera) que les Amérindiens utilisaient pour faire leurs arcs.

5. Just Ain’t Enough – Dans ma ville natale il y avait un endroit de perdition, un bar appelé The Last Roundup. Il restait ouvert toute la nuit, tant qu’il y avait des corps accrochés au zingue. Isolé dans la campagne en dehors de tout contrôle judiciaire, il était le repère des barmen, des hiboux de nuit et de créatures des ténèbres. C’est le « all night rodeo » de la chanson.

6. Give My Heart – Voici une autre chanson qui parle d’ouragan, mais celle ci fut écrite bien avant Katrina. J’ai connu mon premier ouragan à l’âge de 6 ans (Audry). Les tempêtes tropicales ont ponctué ma vie. Cette chanson traite de l’amour interdit et sa perte.

7. Some Day – Si j’étais naufragé sur une île déserte avec un seul album, ça sera un album de Blues. De tous les styles natifs de la Louisiane, le Cajun, le Zydeco, le Swamp Pop, le New Orleans R&B, le Country, le Rock ‘n’ Roll, c’est le Blues qui m’a touché le plus.

8. Sweet Daniel – Il y a plusieurs années, une jeune fille Innu (Montagnais) me parlait du décès de son frère. Les sociétés aboriginales du nord du Québec souffrent terriblement des effets du réchauffement de la planète. Le permagel n’est plus permanent et des villages entiers ont glissé dans la mer. Le modèle de chasse traditionnel ne fonctionne plus. L’incidence d’alcoolisme et de suicide est la plus élevée en Amérique du Nord. Dans plusieurs villages, les adolescents sniffent de la gazoline pour s’envoyer en l’air. Ils se promènent avec un sac en plastique rempli d’essence. La jeune fille m’expliquait que son frère s’est placé trop près d’un réchaud à flamme ouverte et il a été brûlé vif devant ses yeux. Il s’appelait Daniel. Il avait 9 ans.

9. Come to Me – Un triangle d’amour vu du point de vue de l’angle aigu.

10. Au bord de Lac Bijou – Les hirondelles noires (progne subis) font partie de la vie des habitants en Amérique depuis des siècles. Les Amérindiens leur posaient des gourdes creusées dans l’espoir que les hirondelles allaient se nicher autour de leurs campements. En plus d’un vol acrobatique et un piaulement charmant, les hirondelles dévorent quantité de maringouins. Je suis hôte d’une colonie depuis très longtemps et j’attends leur retour à chaque printemps. Cette chanson parle d’une paire d’hirondelle, Pierre et Marie. Une année, un seul oiseau du couple est revenu. L’autre attendait son amant en langueur.

11. The Ballad of C.C. Boudreaux – Ma mère avait cinq frères, dont le plus jeune était Claude Cinquième Boudreaux. J’aimais tous mes oncles, mais C.C. était mon préféré. Il a déménagé à Port Arthur au Texas pour travailler comme cuisinier sur les navires de la marine marchande. Il ne s’est jamais marié. Il y avait des années qu’on ne le voyait pas souvent. Il revenait pour Noël et son retour a toujours été un évènement joyeux, le retour de l’oncle prodigue. À l’âge de 60 ans, il est retourné pour la dernière fois, souffrant du cancer qui allait prendre sa vie.

12. Acadian Driftwood – En août, 2008, Céline Dion m’a demandé de faire partie de la célébration du spectacle à l’honneur du 400e de la fondation de la ville de Québec. Chantant avec elle devant 250,000personnes, j’ai senti une grande émotion. J’ai toujours adoré la chanson Acadian Driftwood de Robbie Robertson, et j’ai toujours eu envie de l’enregistrer. C’était sur les plaines d’Abraham que l’idée m’est venu de demander à Céline de me rejoindre dans cet enregistrement. Céline et moi soyons d’héritage acadien, moins ambigu dans mon cas, mais elle, comme beaucoup de Québécois, a un ancêtre acadien grimpé quelque part dans son arbre généalogique. La chanson n’est pas cependant la revendication d’identité ethnique. Elle représente pour nous deux un idéal de pardon et de compassion. Inspirée par l’histoire tragique de mes ancêtres, la chanson est pour nous deux un symbole de tolérance. Il y a des milliers de personnes en Amérique du Nord et partout dans le monde qui revendique l’identité acadienne. Victimes du plus grand nettoyage ethnique pratiqué par des Européens sur des Européens dans l’histoire de l’Amérique, mes ancêtres ont surmonté l’exil, la famine, la maladie et la haine. Cette chanson rend hommage au courage et à l’humanité qui sont au coeur de l’expérience acadienne.




March 11, 2009

Je suis arrivé au Manitoba le jour de la fête de Louis Riel. Ce n’est pas sans ironie que la province célèbre la fête de celui qu’on nomme le « Father of Manitoba ». Louis Riel est un des personnages le plus marquants de l’histoire de l’Amérique française. Et un des personnages le plus controversé de l’histoire du Canada. Métis, chef de la rébellion de la Rivière Rouge de 1869 et de la Rébellion du Nord-0uest de 1885, il est accusé de haute trahison par le Dominion du Canada et pendu à Régina le 16 Novembre, 1885.

Pour les Métis, Riel est un héros. Par contre, pendant très longtemps, il était aperçu par les anglophones du Canada comme traître et assassin. L’origine de la communauté métisse remonte à l’arrivée des Français en Amérique. Les relations entre Français et Autochtones étaient bien serrées déjà en Acadie. Nombreux étaient les enfants de couple mixte. Avec l’exploration du « Pays d’en Haut » par Pierre de La Vérendrye et ses fils au début du 18e siècle, la présence des Français est bien établi à l’Ouest des grands lacs. Les voyageurs, coureurs des bois allaient former des familles avec les Indiennes donnant ainsi les origines à la communauté métisse francophone. En même temps les facteurs écossais des forts de la Compagnie d’Hudson allaient eux aussi former des familles métisses. Ces deux communautés sont distinctes chacune avec sa langue, sa culture et ses propres intérêts, comme l’explique Marcel Giraud dans son opus « Le Métis de l’ouest canadien ».

Au 18e siècle, l’histoire commerciale du territoire est définie par la lutte entre La Compagnie de la Baie d’Hudson et la Compagnie du Nord-ouest pour le contrôle du commerce de la fourrure. Les deux compagnies avaient des méthodes assez différentes. Tandis que la Compagnie de la Baie établit des comptoirs de traite où les autochtones emmènent les fourrures, la Compagnie du Nord-ouest dépendait sur les « voyageurs », ou « coureurs des bois ». Ces aventuriers étaient des Français de la vallée du St. Laurent , les premiers blancs de culture européenne à pénétrer l’intérieur du continent à la recherche de l’aventure et de la richesse.

Louis David Riel est né en 1844. Son père est Louis Riel et sa mère Julie Lagimodière. Ses grands-parents maternels sont Jean-Baptiste Lagimodière et Marie-Anne Gaboury, parmi les premiers immigrants à s’installer dans la colonie de la Rivière Rouge en provenance de la vallée du St. Laurent. Son grand-père paternel est Jean-Baptiste Riel.et sa grande mère paternelle Marguerite Boucher, une métisse Franco-Dénée. La famille est une des plus prospères de la région. À 10 ans, Louis Riel commence son éducation dans l’école fondée par les Frères de la Salle. Quatre ans plus tard, il part pour Montréal avec deux camarades, étudier au séminaire. En Janvier 1864, il apprend la mort de son père, nouvelle qui lui bouleverse énormément. L’année suivante il quitte le Collège de Montréal, mais continue ses études. Finalement, incapable de se concentrer, il quitte Montréal et passe deux ans à Chicago et St. Paul Minnesota, retournant à la colonie d’Assiniboa en 1868 après dix ans d’absence, un jeune homme très bien éduqué mais sans emploi.

Au retour de Riel, la vallée de la Rivière Rouge vii un vide politique. Depuis 1670, le seul pouvoir officiel dans l’Ouest est La Compagnie de la Baie d’Hudson. La chartre accordée par Charles II lui cède le contrôle exclusif du basin fluvial de la Baie d’Hudson. Plus de 4 millions d’acres étaient ainsi données à la Compagnie comme fief. La Compagnie avait le droit d’établir et appliquer la loi, d’ériger des forts, et de traiter avec les aborigènes. Elle était en effet un pouvoir autonome. Cependant, à l’époque où Riel est rentré à St. Boniface, les jours de gloire de la Compagnie étaient loin dans le passé. Usée par la concurrence des métis, qui violaient son monopole, la Compagnie a fini par retourner la concession à la Couronne Britannique lors du Deed of Surrender de 1870. La Couronne Britannique a ensuite cédé la Terre de Rupert au Dominion du Canada.

Pendant l’été de 1869, John Stoughton Denis arrive de l’Ontario dans la colonie de la Rivière Rouge avec le mandat d’arpenter les terres au nom du gouvernement du Canada. Ses méthodes cause quantité de soucis parmi les Métis. Il utilise le système d’arpentage de l’Ontario, divisant les terres en lots rectangulaires plutôt que les rangs du système français utilisé par les habitants. Plus inquiétante encore est la question d’occupation. Le droit de propriété d’une terre ne sera reconnu uniquement sous condition « d’occupation et d’amélioration ». Depuis toujours, les Métis partaient pendant une grande période de l’année sur les traces des bisons, période pendant laquelle leurs terres restaient « inoccupées » . En plus, la notion « d’amélioration » des anglophones est étrangère aux coutumes des Métis. Lorsque l’expédition de Denis arrive, la communauté métisse de la Rivière Rouge est extrêmement agitée.

Le 11 octobre, 1869, seize Métis sous le commandement de Louis Riel, interrompent le travail d’un groupe d’arpenteurs. Le territoire n’est pas encore officiellement transféré au gouvernement du Canada, et les Métis refusent de reconnaître la légitimité des arpenteurs. Entre temps, William McDougall est nommé Lieutenant Gouverneur de la Terre de Rupert par le gouvernement du Canada. Il arrive à la tête de 300 soldats. Le 16 octobre, Riel est élu secrétaire du Comité National des Métis. Cinq jours plus tard, le comité envoie un message à McDougall lui avisant de ne pas entrer dans la vallée de la Rivière Rouge sans sa permission. Les forces de McDougall resteront bloquées par les Métis.

Néanmoins, la communauté de la Rivière Rouge n’est pas unanime dans son soutien de Riel. Il existe un groupe important d’anglophones, avec le marchand John Schultz en tête, qui souhaite l’annexion du territoire au Canada, et qui est en conflit avec la politique de Riel. Pour sa part, Louis Riel insiste que la communauté reste fidèle à la Couronne Britannique, mais il refuse de reconnaître la légitimité de l’expédition de McDougall. Il souhaite que le territoire puisse négocier son entrée dans la Confédération Canadienne. Le 2 novembre, Riel et les Métis prennent le contrôle du Fort Garry, effectivement établissant leur suprématie dans la région. Mais les « pro-Canada » n’allaient pas s’écraser facilement.

Le 27 décembre, Louis Riel est élu président du gouvernement provisoire. Ce même jour, Donald Smith, représentant de la Compagnie de la Baie d’Hudson et agent du gouvernement du Canada, arrive dans la colonie. Lors de réunions tenu le19 et 20 janvier, il affirme les bonnes intentions du gouvernement. En vue de stabiliser la situation et de renforcer son gouvernement, Riel propose la création d’une nouvelle convention de 20 francophones et 20 anglophones pour créer une liste de « droits » à présenter au gouvernement du Canada. La convention termine son travail le 10 février et un nouveau gouvernement provisoire est élu. Mais la faction anti-Riel continue son agitation.

Sous les ordres de J.S. Denis, Charles Boulton organise un groupe armé pour combattre les forces du gouvernement provisoire de Riel. Les forces de Riel arrêtent quelques insurgées. Ils sont détenus au fort Garry, mais le 9 janvier, plusieurs s’évadent. Le 18 février, 48 insurgées sont de nouveau capturés par les forces de Riel. La plupart seront relâchés, mais l’un d’entre eux, Thomas Scott, sera exécuté le 4 mars, 1870. Scott est un Orangiste invétéré, un raciste qui haït les Français, les Catholiques, et les Métis. Son comportement est tellement insupportable que Riel convoque un court martial selon les traditions de la chasse de bison, présidé par Ambroise Lépine. Thomas Scott est condamné. Riel refuse d’intervenir. Cette décision aura un impact déterminant sur l’avenir du gouvernement provisoire et sur la vie de Louis Riel lui-même.

Le 12 mai, 1870, l’Acte du Manitoba est adopté par le Parlement canadien. Incorporant les revendications des Métis, la loi protége les terres des Métis et assure la libre pratique de leur religion ainsi que l’utilisation du français dans la législature et dans les courts de justice de la province. Riel devait maintenir l’ordre en attendant l’arrivée du lieutenant gouverneur, Adams Archibald. Des troupes de l’armée canadienne sous le commandement du Colonel Wolseley devaient l’accompagner.

Les troupes canadiennes devancent Archibald et arrivent dans la colonie bien avant lui. Ils ont l’intention non pas de maintenir la paix, mais surtout de venger l’exécution de Thomas Scott. Prévenu, Louis Riel, Ambroise Lépine fuit vers les États-Unis. Suivra une période d’exile mouvementée Quelques années plus tard, en 1884, à la demande d’une délégation de Métis, Riel quitte les États-Unis et rentre en Saskatchewan. Il va diriger la résistance et commander les forces métisses lors de la Rébellion du Nord-ouest. Il est capturé à la bataille de Batoche en mai,1885. Il est condamné pour haute trahison par un jury d’Anglophones Protestants et pendu à Régina le 16 novembre, 1885.

En 1970, une statue est dévoilée dans le jardin du Parlement du Manitoba à Winnipeg. C’est une image gigantesque d’un Louis Riel nu, son corps tourmenté dans une posture d’angoisse. La statue provoque beaucoup de controverse surtout parmi les Métis. On finira par la remplacer avec une statue plus classique, Louis Riel dépeint comme un homme d’état habillé en costume. La statue originale est déménagée dans la cour arrière du Collège universitaire de Saint Boniface. Pour le cacher davantage, elle est encerclée par un mur concave ouvert sur le devant et le derrière seulement. Cette image de Riel dérange Mais elle représente la réalité de ce personnage : torturé, provocateur, dont on ne sait pas quoi penser et qu’on finit par essayer de cacher, sans pouvoir s’en débarrasser. Elle évoque l’ambiguïté qui entour l’histoire de Louis Riel. « Père du Manitoba » ou assassin, visionnaire ou fou, prophète ou aliéné. Pour les Métis du Manitoba, il n’y a aucun doute. Louis Riel est un héro.

À l’extérieur du Collège de Saint Boniface, la statue de Louis Riel frissonnait dans le froid de moins 20 Célcius, pendant qu’à l’intérieur, je chantais son nom. Il reste pour le Franco-Manitobains un symbole puissant, et pour les Métis une figure de prou. Devenu héro mythique, son influence aujourd’hui se fait sentir de plusieurs façons, mais au fond reste une question qui dérange encore : quelle est la place de la culture métisse francophone au Manitoba et en Amérique du Nord? À suivre.

http://www.metisnation.ca/who/definition.html
http://en.wikipedia.org/wiki/Louis_Riel




February 4, 2009

Le mois de février est toujours associé pour moi au retour des hirondelles.  Depuis plus de 20 ans, je monte une «cabane » d’hirondelles pour accueillir les hirondelles noires lors de leur migration printanière.  Selon la tradition cadienne, les hirondelles arrivent toujours pour le Mardi Gras.  La date exacte de leur arrivée variée d’année en année, mais c’est toujours au courant du mois de février que le premier oiseau arrivera, l’éclaireur.  Il tournera autour des cages pendant un jour ou deux et ensuite elles seront plusieurs à voltiger autour des cages.  Elle vont s’installer ensuite y compris ceux qui ne trouvent pas de femelles, les « garçons » qui occupent les étages inférieurs de leur petite gratte ciel.

Depuis deux ans les affaires ne vont plus.  Il y a plusieurs années que la petite colonie à connu une catastrophe : la visite d’un serpent rat qui a décimé la colonie.  D’une bonne douzaine d’adultes, la colonie à chuter à trois couples.  Je craignais que c’était la fin.  Les hirondelles ont quitté les cages suite à cette catastrophe pour le reste de la saison.  Normalement elles quittent les cages en juin dès que les oisillons prennent leur envol.  Cette année, elles avaient quitté prématurément, tous les oisillons ayant tombé victime du serpent.

Malgré cet évènement difficile, l’année suivante, les hirondelles étaient de retour.  Mon coeur sautait de joie à les revoir.  Leurs piaulements me rendaient heureux.  La colonie reprenait et j’avais espoir que dans quelques années elle allait rattrapait les pertes se rétablir complètement.   On était en 2004, la catastrophe s’étant passé en 2003.  L’année suivante, 2005, ainsi qu’en 2006, la colonie fleurissait.  Mais en 2007, il s’est passé une drôle de chose.

Le 20 février 2007, en me promenant dans la cour, j’ai vu à nouveau l’éclaireur. J’ai été surpris, comme à tous les ans. Je savais que cette hirondelle était l’une des nôtres, car ma petite colonie se distingue par une anomalie génétique, une tache blanche à l’aile sur les secondaires. L’oiseau portait la tache. Le lendemain, le mâle est revenu avec deux femelles. Pendant toute la matinée le petit groupe volait autour, plongeant comme des kamikazes, se posant sur le toit d’une cabane.  Ils sont revenus pendant plusieurs jours, et après… rien. J’ai attendu plusieurs semaines avant de démonter les cabanes, envahies de moineaux.

Au printemps de 2008, il s’est produit la même chose.  Trois oiseaux, un mâle et deux femelles tournaient autour des cabanes.  Je les avais déménagé pour les mettre moins à l’ombre des lilas, sachant que les hirondelles préfèrent une espace ouverte, histoire de se protéger des oiseaux de proie, ou au moins de les voir venir.  Le résultat était le même que l’année précédente.  Après plusieurs jours de voltige, pendant lesquelles j’étais très optimiste et même joyeux, pensant que les oiseaux allaient revenir pour la saison, ils sont partis pour ne plus revenir. 

Cette année, pour la première fois, j’hésite à monter les cages.  Je ne voudrais pas vivre la déception de nouveau.  En plus, des centaines d’arbres que j’ai planté sur mon terrain, il y en a plusieurs qui sont assez grands pour recueillir des nids d’hiboux.   Il y a une paire d’effraie de clocher (tyto alba) qui sont souvent sur le terrain.  Chose garantie à décourager les hirondelles de s’y installer.  Mon guru ornithologue, Bill Fontenot, m’explique qu’il ne peut pas recevoir les hirondelles à cause des hiboux qui se logent dans les copalmes.  Peut-être c’est la même chose chez moi.  Néanmoins, je sais qu’il y a un autre élément du puzzle qui peut avoir un impacte considérable : la perte d’habitat d’hivernage. 

Les hirondelles noires passent leurs hivers dans les forêts tropicales au Brésil. Mieux que n'importe discours, un chiffre résume l'ampleur du choc auquel est soumise l'Amazonie : 17 % de la forêt ont été détruits en cinq ans, entre 2000 et 2005. Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) l'affirme dans le rapport sur l'"Environnement en Amazonie" qu'il s'apprête à publier et qui constitue probablement le travail le plus complet sur le sujet depuis dix ans

Ce chiffre donne la mesure, à l'échelle des huit pays qui se partagent le plus vaste massif forestier de la planète (Bolivie, Brésil, Colombie, Equateur, Guyana, Pérou, Surinam, Venezuela), d'un bouleversement qui n'est, la plupart du temps, appréhendé qu'à travers le prisme du géant brésilien. Au cours de cette période, 857 000 km2 d'arbres - l'équivalent de la surface du Venezuela - sont partis en fumée ou ont été passés à la coupe rase sur une superficie de 5 148 millions de kilomètres carrés correspondant à la définition la plus stricte de l'Amazonie. Celle qui, selon les spécialistes, répond aux trois critères hydrographique, écologique et politique.

L'essentiel du défrichement s'est produit au Brésil, mais les autres pays, à l'exception du Pérou et du Venezuela, sont aussi confrontés, à leur échelle, à une disparition rapide du couvert végétal. "La progression des fronts pionniers en Amazonie et les transformations qu'elle introduit sont telles que le mouvement d'occupation de ces dernières "frontières de la planète" paraît irréversible", constatent les auteurs.

Partout derrière la déforestation, se joue une vaste course pour s'approprier les gigantesques réserves de terre et de matières premières de la région. "La dynamique économique en réponse à la demande des marchés étrangers alimente une pression forte sur les ressources naturelles. Le modèle de production dominant, qui ne prend en compte aucun critère de développement durable, conduit à la fragmentation des écosystèmes et à l'érosion de la biodiversité", déplorent-ils en dénonçant un système prédateur. Exploitation forestière souvent illégale, conquête de nouvelles terres pour l'élevage ou les cultures vouées à l'exportation comme le soja, extraction minière et pétrolière, construction de routes et d'infrastructures...
La colonisation de l'Amazonie s'accompagne d'une multiplication des conflits avec les populations locales dans un contexte où les droits de propriété restent peu clairement définis. Le PNUE ne condamne pas seulement l'exploitation de l'Amazonie au nom du désastre écologique auquel elle conduit. Il stigmatise aussi un modèle de développement déplorable socialement, alors que la population - en majorité concentrée dans des villes - dépasse plus de 33 millions d'habitants, contre 5 millions dans les années 1970 et augmente plus vite que dans le reste des pays de la zone.

"Le revenu élevé par habitant affiché par certaines localités ne doit pas masquer une situation générale de grande pauvreté. La richesse tirée de l'exploitation des ressources naturelles n'est, dans la majorité des cas, pas réinvestie sur place", met en garde le rapport. Le rapport souligne aussi l'impact de la dégradation de l'environnement, de la pollution des cours d'eau sur l'accroissement des carences alimentaires ou la propagation de certaines maladies comme la dengue ou le paludisme. La disparition de certaines espèces, qui faisaient fonction de prédateurs naturels sur les agents de transmission de ces maladies, facilite la diffusion des épidémies.
Face à ce tableau accablant, des initiatives pour introduire un développement plus soutenable existent. Mais elles restent marginales. Les plans de développement durable adoptés par la plupart des pays, le classement en zones protégées d'environ 15 % du territoire amazonien ne semblent pas non plus, aux yeux du PNUE, des raisons suffisantes de se montrer rassuré sur l'avenir. Un avenir pour lequel l'institution de l'ONU envisage quatre scénarios possibles. D'une mise en valeur contrôlée à la disparition du paradis vert : toutes les options sont explorées, sauf celle qui consisterait à transformer l'Amazonie en une gigantesque réserve naturelle.
Néanmoins, le PNUE estime que la nécessité de préserver la biodiversité et de lutter contre le réchauffement climatique en donnant un coût d'arrêt à la déforestation doit être au coeur des politiques. L'enjeu est régional mais aussi planétaire. Ce qui conduit le PNUE à plaider pour que la communauté internationale prenne sa part du fardeau en appuyant financièrement l'effort demandé aux pays amazoniens. La création du fonds brésilien pour l'Amazonie est une des pistes possibles.

J’ose espérer que nous allons pouvoir sauver la forêt et que mes hirondelles vont revenir.   Je vais monter les cages en cas où. 

http://www.owlpages.com/owls.php?genus=Tyto&species=alba
http://www.unep.org/
http://rainforests.mongabay.com/amazon/
http://www.amazon-rainforest.org/
http://www.unep.org/french/
http://www.deforestation-amazonie.org/
http://www.greenpeace.org/france/campaigns/forets/amazonie-foret-tropicale




January 7, 2009

Voici le cinquième d’une série de six rapports qui traitent des OGM et le rôle de la compagnie Monsanto dans leur propagation.  L’information est tirée du livre par Marie-Monique Robin, Le monde selon Monsanto (Éditions Stanke, Montréal, 2008).  Ce rapport se penche sur la question de l’herbicide Roundup.

Le Roundup est le nom commercial donné par Monsanto au glyphosate, un herbicide dérivé de la glycine.  Sa formule est découverte par les chimistes de la compagnie à la fin des années 1960.  La particularité de ce désherbant est qu’il est « non sélectif » ou « total », c’est-à-dire qu’il vient à bout de toutes les formes de végétation grâce à son mode de fonctionnement :  il est absorbé par la plante au niveau des feuilles et transporté rapidement par la sève jusqu’aux racines et rhizomes.  Le glyphosate affecte une enzyme essentielle à la synthèse des acides aminés aromatiques, ce qui entraîne une diminution de l’activité de la chlorophylle ainsi que de certaines hormones.  Son action bloque la croissance végétale, provoquant une nécrose des tissus qui aboutit à la mort de la plante. 

Dès sa mise sur le marché en 1974, le Roundup connaît un succès spectaculaire.  Ventant les mérites de l’herbicide qui se veut « respectueux de l’environnement » et « 100% biodégradable », Monsanto fait de Roundup l’herbicide le plus utilisé sur la planète.  Mais comme beaucoup de choses qui sont associées à Monsanto, la vérité se révèle troublante.

Selon Mme. Robin, le processus d’homologation constitue une véritable imposture.  Contrairement à ce que les autorités réglementaires voudraient faire croire, il repose en fait entièrement sur le bon vouloir des entreprises chimiques qui fournissent les données des études qu’elles sont censées avoir réalisé pour prouver l’innocuité de leurs produits.  Comme on a déjà vu (voir le rapport précédant sur le rBGH), les scientifiques employés par la compagnie ont parfois supprimé des données, voir truqué des résultats.  Au début des années 1980, les agents de la EPA (Environmental Protection Agency) découvrent chez Industrial Bio-Test Labs des dizaines d’études bidonnées.  Ils ont constaté une « falsification routinière des données »   L’IBT est l’un des principaux laboratoires nord-américains chargés de réaliser des tests sur les pesticides pour le compte des entreprises chimiques.  Parmi les études incriminées se trouvaient trente tests conduits sur le glyphosate. 

Mais le problème dépasse l’analyse du glyphosate, car les études qui ont conduit à l’homologation du Roundup n’ont pas été conduites sur le produit actuel, mais uniquement sur le glyphosate.  Une distinction troublante.

Chaque herbicide est constitué d’une matière active, dans le cas du Roundup c’est le glyphosate, et de nombreux adjuvants, les substances inertes, comme les solvants, dispersants, émulateurs et surfactants dont la fonction est d’améliorer les propriétés physicochimiques et l’efficacité biologique des matières actives.  Dans le cas du Roundup, la composition est maintenue secrète.

Parmi les adjuvants suspectés il y a notamment le polyoxyéthylène, dont la toxicité aiguë fut confirmée par de nombreuses études.  Il y a des substances inertes dont on ne peut rien dire car leur identité est protégée par le secret commercial.  Face à ces dysfonctionnements manifestes du processus d’homologation, certains scientifiques courageux comme le docteur Mae-Wan Ho de la Grande Bretagne et le professeur Joe Cummins du Canada réclament une révision urgente de la réglementation relative au Roundup. 

Au début des années 2000, le professeur Robert Bellé, de la station biologique de Roscoff en France a étudié l’impact des formulations au glyphosate sur des cellules d’oursin.  Pourquoi des oursins?  Comme l’explique le docteur Bellé, «  Le développement précoce de l’oursin fait partie des modèles reconnus pour l’étude des cycles cellulaires. »

L’ironie de la recherche est que le docteur Bellé décide d’utiliser le Roundup comme contrôle, car il est persuadé que le produit est totalement inoffensif.  À sa très grande surprise, le Roundup donnait des effets bien plus importants que les produits qu’il testait.  Le docteur Bellé va changer l’objet de sa recherche.   Il va se consacrer maintenant à l’effet du Roundup uniquement.

Il arrive à faire « pondre » des oursins, dont la caractéristique est de produire de grandes quantités d’ovules.  Les ovocytes sont mis en présence de spermatozoïdes.  Les oeufs fécondés sont placés dans une dilution de Roundup à une concentration bien inférieure à la concentration pratiquée généralement dans l’agriculture.   Ensuite, il observe les effets du produit sur des millions de divisions cellulaires. 

Très vite, le docteur Bellé se rend compte que le Roundup affectait un point clé de la division des cellules, non pas les mécanismes de la division elle-même, mais ceux qui la contrôlent.   Lorsqu’une cellule se divise en deux cellules, la copie en deux exemplaires du patrimoine héréditaire, sous forme d’ADN, donne lieu à de très nombreuses erreurs, jusqu’a 50,000 par cellule. Normalement, un processus de réparation ou de mort naturelle de la cellule atypique s’enclenche automatiquement.  C’est le « checkpoint » qui est endommagé par le Roundup.  Selon le docteur Bellé, le Roundup conduit aux premières étapes du cancer.  En échappant aux mécanismes de réparation, la cellule affectée va pouvoir se perpétuer sous une forme génétiquement instable. 

Le docteur Bellé a conduit les expériences avec du glyphosate pur, c’est-à-dire sans les adjuvants qui constituent le Roundup, et il n’a pas constaté d’effets.  C’est donc le Roundup lui-même qui est toxique et non son principe actif.  Cependant les tests qui ont servi à l’homologation du Roundup ont été conduits seulement sur le glyphosate.

« Evidemment, nous avons tout de suite compris l’importance que pouvait avoir nos résultats pour les utilisateurs de Roundup, explique le docteur Bellé, puisque la concentration de l’herbicide à l’origine des premiers dysfonctionnements est 2,500 fois inférieure à celle recommandée en pulvérisation.  En fait, il suffit d’une gouttelette pour affecter le processus de la division cellulaire.  Concrètement, cela veut dire que, pour utiliser l’herbicide sans risque, il faut non seulement porter une combinaison et un masque, mais s’assurer qu’il n’y a personne à cinq cents mètres à la ronde! »

Le Roundup est le produit phare de Monsanto.  Sa gamme de semences OGM fut développée pour résister à l’herbicide, et les deux, semence et herbicide font partie d’une stratégie commerciale futée qui touche l’agriculture partout sur la Terre.  Pour ceux qui persistent à vouloir utiliser le produit, merci de lire attentivement la notice :

« Le Roundup tuera presque toutes les plantes vertes qui sont en phase de croissance.  Le Roundup ne devrait pas être appliqué sur des réserves d’eau, comme les mares, les lacs ou les rivières, parce que le Roundup peut être toxique pour les organismes aquatiques.   Les personnes et animaux domestiques devraient rester hors de la zone où le Roundup a été appliqué, tant que celle-ce n’est pas complètement sèche.  Nous recommandons que le bétail, tel que les chevaux, les vaches, les moutons, chèvres, lapins, tortues, ne soit pas autorisé de paître dans les ères traitées pendant deux semaines.  Si le Roundup est utilisé pour contrôler des plantes indésirables situées près des arbres fruitiers ou à noix, ainsi que des vignes, nous conseillons de ne pas manger les fruits ou noix avant vingt et un jours. »

Éloquent témoignage.