Zachary Richard Blogue 2008


Zach chillin' - thinking about his monthly reports

December 2, 2008

Chers amis,  je vous souhaite à tous et à toutes vos familles des fêtes de fin d'année remplies de bonheur et d'amour.  Je travaille sur les dernières touches d'un nouvel album que j'espère pouvoir vous présenter au printemps.   Entre temps je vous envoie, de la part de toute ma famille, nos meilleurs voeux de saison.




November 5, 2008

J’ai quitté Montréal la veille,  faisant le grand voyage pour me rendre aux urnes.   New York, Nouvelle-Orléans, et au matin les deux heures de route vers l'ouest, arrivant à l’école primaire d’Ossun en Louisiane vers 15h.  Je vote dans la même conscription depuis plus de 30 ans, et je n’avais jamais vu une telle affluence comme ce jour du 4 novembre, 2008.  J’habite au coeur de pays Cadien (Cajun).   Mes concitoyens sont fermiers et femmes de fermiers, ouvriers et ouvrières.  Des gens simples.

L’ambiance était calme, presque solennelle.  Il y avait beaucoup de jeunes enfants, mais ils étaient tous très bien élevés comme s’ils comprenaient instinctivement l’importance de cet évènement.   Environ un quart des gens était noir parmi lesquels se trouvait un jeune homme qui portait des « dreadlocks » dépassant ses épaules.   Il s’est trompé de queue, se tenant dans la file de l’autre district (il y en a deux chez moi, le 8e et le 9e).  Quand je lui ai offert de prendre place devant moi, il a accepté avec un grand sourire.  Je présume qu’il allait voter Obama, mais je lui aurais offert la même courtoisie qu’il était blanc ou noir.  Autour de moi, la même chose s’est produit à plusieurs reprises.  La politesse était au rendez-vous.

Plusieurs fois j’ai été touché par l’émotion.  Ça peut paraître quétaine, mais j’ai été ému par la scène.  Il n’y a pas si longtemps, il aurait été difficile d’imaginer des blancs et des noirs se côtoyant avec courtoisie autours des urnes.  L’élection louisianaise de 1871 fut caractérisée par des batailles sanglantes quand le White League tentait d’arracher le pouvoir des « carpet-baggers » et de leurs protégés noirs, une des batailles à coup de feu s’étant produit aux Opélousas qui se trouve dans la paroisse avoisinante.  C’était il y a plus d’un siècle, mais je me souviens des vestiges de la ségrégation qu’on trouvait dans mon village pendant ma jeunesse.  Le Sud de Jim Crow (euphémisme pour la ségrégation) n’est pas si loin.  Ce qui rend la candidature de Barak Obama encore plus significative.

Les États-Unis sont à la dérive après huit ans du « leadership » déchu de George W. Bush.   Il laisse derrière lui deux guerres et une image ternie dans le monde entier en plus d’un gouvernement apparemment incapable de protéger ses propres citoyens.  Qu’il s’agisse d’un ouragan, de soins de santé, de l’emploi, ou de la sauvegarde d’une maison familiale et des économies de retraite, l’héritage du président Bush s’avère désastreux et ceci au milieu d’une crise économique prévue et évitable.

John McCain s’est révélé hélas prêt à compromettre ses principes pour gagner de l’avantage politique, flattant bassement l’aile droite du parti républicain dans l’espoir de se faire élire.  Son choix de Sarah Palin comme vice-président était l’ultime geste d’opportunisme et de mauvais jugement qui éclipsera ses 26 ans au Congrès et son service militaire exemplaire.  Il a paru indécis face à la crise économique, mettant en « suspens » sa campagne électorale pour retourner à Washington aider à « résoudre la crise »  Il semble agir sans réflexion.  Par comparaison, Barak Obama tenait le cap, faisant preuve de jugement clair et posé.

Barak Obama a été victime des attaques les plus basses.  Il a était traité de « anti-American » et accusé d’être musulman en cachette.  Les Républicains tentaient de l’associer au terrorisme et ils n’hésitaient pas à attaquer sa femme.  De plus, Barak Obama est noir.

Faisant la queue avec les citoyens de ma circonscription, parents avec jeunes enfants, des hommes et des femmes travailleurs, des noirs et des blancs, j’ai été frappé d’émotion.  Je ne pense pas que Barak Obama est parfait, et je serai probablement déçu par certaines de ses positions, mais je crois qu’il était le meilleur candidat.  Je crois que sous sa direction, l’étoile américaine va pouvoir regagner un peu de son éclat.  Et je crois que le peuple américain va se réunir derrière lui.  Cette campagne fut une des plus passionnés de l’ère moderne et laissera certainement des blessures, mais les Américains vont accepter la décision de la démocratie et vont affronter l’avenir avec espoir et courage.  Pour cela je suis fier.   Je n’ai pas cette arrogance qui caractérise certains Américains.  Je ne pense pas que les États-Unis est le « meilleur » ou le « plus grand » pays du monde.  C’est un pays avec ses qualités et ses défauts, les deux amplifiés par la puissance économique et militaire.  En faisant la queue pour voter à l’école primaire d’Ossun, j’ai été très touché.  Pas supérieur, pas orgueilleux, pas suffisant, mais tout simplement reconnaissant.

Comme disait les fondateurs : Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés.




October 1, 2008

Ce rapport est long et un peu technique.  Cela dit, si vous buvez du lait ou servez du lait à vos enfants, vous avez grand intérêt à le lire attentivement.  L’information est tirée du livre de Marie-Monique Robin, Le Monde selon Monsanto. 

Dans un effort de defrendre l’utilisation de la sematotropine bovine recombinante (rBST) l’équipe de Dale Bauman de l’Université de Cornell affirme récemment  que les vaches qui sont injectées d’une hormone de croissance contribuent d’une façon positive à la lutte contre le réchauffement climatique.   Ce scientifique déclare que l’utilisation de cette hormone est l’équivalent de l’élimination de 400,000 voitures.  Ses calcules sont basées sur la présomption que moins de vaches produisant plus de lait permet de réduire le nombre de vaches et donc les émissions à effet de serre associé au méthane.  Cette « science » est typique des efforts de promouvoir l’utilisation de l’hormone de croissance bovine et illustre les moyens que Monsanto est prêt à utiliser pour vendre un produit dont les effets ultimes risques de s’avérer dangereux pour la santé.  Il est bien de se rappelait que le Dr. Bauman en question est en quelque sorte le « père » de la STBr et a été engagé par Monsanto comme consultant.  Il est aussi important de se souvenir des dénis injustifiables exprimés avec tant de conviction par Monsanto concernant les PCP ou l’Agent Orange. (consultez les rapports précédents).

La somatotropine est une hormone naturelle que sécrète abondamment l’hypophyse (L'hypophyse, ou glande pituitaire est une  glande endocrine qui sécrète plusieurs hormones qui agissent sur le fonctionnement d'autres glandes endocrine) A la fin des années 1970, des chercheurs financés par Monsanto parviennent à isoler la gène qui produit l’hormone.  Cette hormone transgénique est baptisée « recombinant Bovine Somatotropin (rBST) ou recombinant Bovine Growth Hormone (rBGH).  La somatotropine fabriquée par manipulation génétique est destinée à être injecter aux vaches deux fois par mois pour augmenter leur production laitière de 15 %. 

Selon Richard Burroughs, vétérinaire diplômé de l’université Cornell, les scientifiques travaillant pour Monsanto ne s’étaient pas intéressés à des questions cruciales : qu’est-ce que cela signifie physiologiquement pour les vaches de produire du lait au-delà de leur capacité naturelle?  Comment va-t-il falloir les nourrir pour qu’elles survivent à cet exploit?  Quelles maladies cela peut-il provoquer?   La recherche  ne s’occupait d’aucune de ses questions.  Son but unique était de créer un produit qui allait augmenter la production laitière, point.  Peu importe que cela allât à coup sûr développer des mammites chez les vaches ainsi traitées, des inflammations des pis, qui se traduisent par une augmentation des globules blancs, c’est-à-dire du pus dans le lait. 

L’hormone transgénique bouleverse le cycle naturel de la vache.  Pour relancer la production laitière dans des conditions normales, il faut que la vache ait un nouveau veau.  La rBHG permet de maintenir artificiellement la fabrication du lait au-delà du cycle naturel.  Les conséquences sur la santé des vaches ainsi que celle des consommateurs n’ont pas eu de place dans les calculs de Monsanto.  Dans son effort de commercialisation à tout prix de la somatotropine, la compagnie a trouvé un allié fidèle : la FDA. 

Crée en 1930, la Food and Drug Administration est chargée de l’autorisation de mise en marché des produits alimentaires ou pharmaceutiques destinées à la consommation humaine ou animale.  Il est important de noter que l’agence ne réalise aucune étude toxicologique, mais qu’elle se content d’examiner les données fournies par les fabricants.  Dans le cas de la commercialisation de la somatropine,  le mandat de l’agence fut trahi, car les effets à long terme de l’hormone de croissance bovine sur la population humaine aussi bien qu’animale, n’a jamais été suffisamment évalué.  Ceux qui ont osé dénoncer le processus ont été mis à l’écart.  Voire le cas de Richard Burroughs.

Richard Burroughs est vétérinaire, diplômé de l’University Cornell.  En 1979, il est recruté par la Food and Drug Administration et donné une formation de toxicologue.  En 1985, il reçoit la mission d’analyser la demande d’autorisation de mis en marché de l’hormone de croissance bovine, la somatotropine (BST).  En évaluant les études fournis par Monsanto, il note plusieurs défauts techniques de recherche.  Il ressortait clairement des études que la fréquence de mammites était beaucoup plus élevée que suggérée par Monsanto.  Entre autre, il conclut « vous avez compromis l’utilité de vos données en utilisant de la progestérone et des protaglandines.  Il n’et pas possible d’évaluer les effets de la somatotropine bovine sur la reproduction si simultanément des essais avec d’autres hormones reproductives masquent ou altèrent les effets du médicament »  Cette lettre est le début de la descente aux enfers du docteur Burroughs.  Le 3 novembre, 1989, il est licencié pour le motif « d’incompétence ». 

Le vétérinaire porte plainte contre la FDA pour licenciement abusif.  La FDA est condamnée à réintégrer le docteur Burroughs, mais il est muté à la division porcine, malgré qu’il ne connaît rien aux cochons.  Selon lui « l’agence a sciemment fermé les yeux sur des données dérangeantes, parce qu’elle voulait protéger les intérêts de la société en favorisant au plus vite la mise sur le marché de l’hormone transgénique. »

Dans le cas de plusieurs études, la FDA ferme les yeux sur des questions embêtantes, notamment sur la question du IGF1, ou « Inuslin-like Growth factor ».  Cette substance hormonale, appelée « facteur de croissance tissulaire » est produite par le foie sous l’effet de l’hormone de croissance chez tous les mammifères.  L’hypophyse de la vache et celle de l’homme produisent, chacune, une hormone de croissance spécifique, lesquelles, pourtant, entraînent la production de la même substance, l’IGF1, dont la fonction est de stimuler la prolifération des cellules pour faire croître les organismes.  Tout le monde s’accorde à dire que le niveau d’IGF1 est nettement plus élevé dans le lait produit par des vaches traitées avec l’hormone de croissance transgénique.  Cette augmentation peut atteindre 75%.  Selon la FDA, l’IGF1 est biologiquement et oralement inactive chez les humains.  « Complètement faut » déclare Samuel Epstein, professeur émérite en médecine environnementale de l’Université d’Illinois, qui explique que plusieurs études ont prouvé que l’IGF1 n’est pas détruit par la digestion, car elle est protégée par la caséine, la principale protéine du lait. 

« Nous savons depuis des décennies », explique le docteur Epstein, « qu’un taux élevé d’IGF1 peut entraîner une maladie qu’on appelle l’acromégalie ou le gigantisme.  Ces malades ont une espérance de vie très courte, mourant autour de trente ans surtout de cancer.  La rBGH représente un vrai danger pour la santé publique :  une soixantaine d’études ont prouvé qu’un taux élevé d’IGF1 augmente de manière substantielle les risques de cancer du sein, du côlon et de la prostate. »

Le 7 décembre, 1990, la National Institute of Health évalue le dossier scientifique de la rBGH à la demande du Congrès US.  Les conclusions sont très prudentes.  Il est recommandé de conduire d’avantage de recherche sur les effets d’un taux accru d’IGF1. »  Trois mois plus tard, l’American Medical Association (AMA) publie :  « des études supplémentaires sont nécessaires pour déterminer si l’ingestion d’une concentration plus élevée d’IGF1 ne présente pas de danger pour les enfants, les adolescents, et les adultes. »  La FDA ignore ces recommandations, bien qu’en sachant que les plus grands buveurs de lait sont les enfants. 

En plus des risques posés par la surconsommation d’IGF1, le lait des vaches traitées par l’hormone transgénique contient des résidus d’antibiotiques qui sont utilisés pour contrôler les mammites.  Le buveur de lait ingurgite des résidus qui sont absorbés par les bactéries peuplant la flore intestinale.  Ajoute a ceci la prescription d’antibiotiques excessives par la médecine contemporaine, et on comprend plus facilement la recrudescence de maladies qu’on pensait avoir éradiquées. 

Pourtant, la FDA a survolé toutes ces questions dans sa volonté d’aider Monsanto.à commercialiser le Posilac, le nom que la société donne à son produit d’hormone de croissance bovine.  Le 5 novembre, 1993, la FDA l’accorde l’autorisation de son mise en marché.  90 jours plus tard – le délai légale -  les camionnettes de Federal Express sillonnent les campagnes américaines pour livrer les premières doses.  La rGHB ne s’achète pas dans les pharmacies vétérinaires, mais se commande directement chez Monsanto.  La compagnie assure la mise en marché par une campagne de propagande auprès des fermiers de la part des vétérinaires.  Pour chaque fermier qu’un vétérinaire convainc d’utiliser le produit, le vétérinaire reçoit $300. 

Six jours après l’autorisation par la FDA le Federal Register, instrument du gouvernement américain, publie une directive sur « l’étiquetage volontaire du lait provenant de vaches qui n’ont pas été traitées avec la rBST. »  L’agence trouve qu’il n’y pas de différence significative entre le lait provenant de vaches traitées et non traitées.  La FDA n’exigera pas aux producteurs qui utilisent la rBST de le signaler.  Donc, le lait des vaches traitées peut être mélangé au lait des vaches non traitées sans mention spéciale.   En plus, la FDA veut empêcher les producteurs de lait naturel de pouvoir l’étiqueter.  Dans une logique tordue, elle estime que le lait naturel contient de la BST et donc c’est trompeur d’étiqueter que le lait est « sans BST », ce qui impliquera que le lait des vaches non traitées est plus sain, position contestée absolument par Monsanto.  Le résultat est que le consommateur n’a aucune façon de savoir si le lait qu’il achète est en provenance de vaches traitées à l’hormone transgénique.

Néanmoins, plusieurs producteurs refusent de se plier et vont s’engager dans un bras de fer avec la compagnie.  La première victime fut la Swiss Valley Farms de Davenport, Iowa en 1994.  Cette coopérative informe ses 2500 éleveurs qu’elle n’achètera plus le lait produit aux hormones transgéniques, attirant la foudre de la compagnie.  L’affaire se terminera avec un arrangement à l’amiable permettant la coopérative d’étiqueter son lait à condition qu’elle y ajoute une déclaration : « La FDA n’a constaté aucune différence significative entre le lait dérivé de vaches traitées à la rBST, et les vaches non-traitées. »  Les fermiers sont terrifiés à l’idée de se mettre la puissante multinationale sur le dos. 

En 2003, c’est au tour de Oakhurst Dairy, la plus grande compagnie laitière de la Nouvelle-Angleterre.  « Nous ne cédons pas » déclare Stanley T. Bennett, président de Oakhurst, « Nous estimons que nos clients ont le droit de savoir ce qu’il y a dans leur lait. »  L’entreprise arrive à transiger un ajoutant la fameuse phrase.  En février 2005, Tillamook, l’un des plus grand producteurs de fromage aux USA, demande à ses 147 éleveurs de cesser d’utiliser l’hormone transgénique.  Monsanto envoie aussi tôt un avocat pour tenter de faire renoncer le conseil d’administration Tillamook à sa décision.  Selon Tillamook, on veut « semer la zizanie » parmi ses membres. 

Plus récemment, Monsanto a tenté de faire renoncer Kleinpeter Dairy de Baton Rouge en Louisiane à sa publicité « sans rGBH ».  Finalement résolu à ne pas plier aux pressions de la multinationale, Jeff Kleinpeter, propriétaire, a vu ses ventes augmenter.  Voilà pourquoi Monsanto est prêt à utiliser des moyens de pression forte :  si les consommateurs savent que le lait est produit par des vaches traitées aux hormones transgéniques, ils risquent fort de le plus l’acheter.

Un des aspects le plus triste de cette histoire est le sort des vaches.  Selon un tract publicitaire de Monsanto chantant les louanges du Posilac : « la performance des veaux nés des vaches traitées est excellente ».  C’est difficile de faire témoigner un fermier, selon Marie-Monique Robin d’abord parce que la plupart ont honte d’avoir infligé de tels sévices à leur bêtes tout en menaçant la santé de leurs clients, mais aussi pour se procurer l’hormone, il faut signer un contrat qui comprend une clause de confidentialité.  Cependant, elle a réussi à faire témoigner un fermier dénommé Terry, éleveur d’un troupeau de Holstein. 

« C’est faut » il déclare, « Aucune des vaches que j’ai piquées ne m’a donné de veau.  Très vite je me suis aperçu qu’elles perdaient énormément de poids.  J’ai voulu les faire inséminer, mais ça n’a jamais marcher.  À la fin, je les ai vendues à l’abattoir.  C’est terrible ce qu’on inflige aux vaches.  Pour pouvoir se transformer en usine à lait, elles sont obligées de pomper en permanence sur leurs réserves, ce qui provoque des fragilités osseuses.  Encombrées par des pis monstrueux, elles boitent et tiennent à peine debout. »

Selon John Klinsam, président de Family Farm Defenders, organisme dédié à la défense de la ferme familiale, « la rBGH est une véritable drogue.  C’est ce qu’on appelle la « crack de la vache ».  Quand les vaches arrêtent d’être piquées, elles sont en manque et s’effondrent littéralement.  Un jour les grands éleveurs seront contraints d’arrêter les injections parce que personne ne voudra plus de leur lait.  À ce moment, ils seront obligés d’envoyer leurs troupeaux à l’abattoir, ce qui éventuellement le tiers des vaches laitières du pays. »

Ce qui est évident c’est que Monsanto essaie par tous les moyens d’éviter que le public soit conscient de la provenance du lait des troupeaux traités au rGBH.  Par contre, les consommateurs seront très heureux de savoir si le lait qu’ils donnent à leurs enfants inclus du lait des vaches traitées.  Avec la connivence de la FDA, Monsanto arrive encore à cacher la vérité aux consommateurs.  Mais pas toujours.

L’histoire de Kleinpeter Dairy est révélatrice. Monsanto a essayé par les moyens habituels de faire reculer le producteur, mais La compagnie a vu ses ventes augmentés suite à  l’affichage « Without rGBH » (sans rGBH).  Ce qui semble indiquer que les consommateurs ne sont pas idiots.  Ce qui est honteux dans cette histoire n’est pas seulement qu’une compagnie commercialise un produit sans véritablement savoir les effets sur la santé des consommateurs à long terme, mais elle le fait avec la complicité du gouvernement qui semble avoir donné la priorité aux affaires au dépit de la santé des citoyens.  Honte.

http://blogs.arte.tv/LemondeselonMonsanto/frontUser.do?method=getHomePage
http://www.ethicalinvesting.com/monsanto/

http://www.organicconsumers.org/articles/article_12400.cfm

http://www.sourcewatch.org/index.php?title=Monsanto_and_the_Roundup_Ready_Controversy

http://www.percyschmeiser.com/




September 1, 2008

Voici le troisième d’une série de rapports traitant des OGM (organismes génétiquement modifiés).  L’information est tirée du livre de Marie-Monique Robin, Le Monde selon Monsanto.  Je traite ici de l’histoire de la dioxine et de l’Agent Orange.

Le terme de « dioxine » recouvre une famille de 210 substances apparentées (comme pour les PCB, on parle de « congénères ») dont la plus toxique répond au nom savant de « tétracholoro-p-dibenzodioxine » ou « 2,3,7,8-TCDD ».  Longtemps ignoré par le grand public, l’existence de la dioxine est sortie du secret des laboratoires industriels et militaires le 10 juillet, 1976 lors de la « catastrophe de Seveso ».

Ce jour-là, un accident est survenu dans l’usine chimique italienne d’Icmesa, appartenant à la multinationale suisse Hoffmann-La Roche.  Un nuage hautement nocif s’est répondu sur la plaine de Lombardie.  Quelques jours plus tard, plus de 3000 animaux domestiques meurent intoxiqués.  Des dizaines d’habitants développent la cholracné, maladie de la peau chronique et défigurante.  Du coup, le grand public découvre la dioxine. 

Au début des années 1940, plusieurs laboratoires britanniques et américains sont parvenu à isoler l’hormone qui contrôle la croissance des plantes dont ils réussissent à produire la molécule de manière synthétique.  Injectée à forte dose, cette molécule provoque la mort des plantes.   Après la Seconde Guerre mondiale, nombreuses entreprises se lancent dans la production d’herbicide.  C’est ainsi que Monsanto ouvre une usine de 2,4,5-T à Nitro en Virginie occidentale en 1948.   Le 8 mars, 1949, une fuite sur la ligne de fabrication provoque une explosion, entraînant l’émission d’un matériau non identifié qui recouvre l’intérieur du bâtiment et s’échappe sous forme de nuage.  Les ouvriers mobilisés pour le nettoyage du site développent une maladie de peau, et ils sont pris de nausées et de maux de tête persistants.   Le 5 septembre 1949, le Dr. Raymond Suskind établi un rapport sous la demande de Monsanto.  Ce rapport ne sera pas dévoilé qu’au milieu des années 1980.

« Soixante-dix-sept personnes ont développé des problèmes cutanés et d’autres symptômes probablement dus à l’accident » note le docteur.  En avril 1950, Le Dr. Suskind établit un deuxième rapport concernant six ouvriers particulièrement affectés.  Ils souffrent de maladie dermatologique, mais aussi de troubles respiratoires, du système nerveux central, de tissus hépatiques ainsi que d’impuissance sexuelle.   Un des ouvriers développe une pathologie psychologique grave parce que sa peau a tellement bruni qu’il est « pris pour un noir et forcé de s’adapter aux normes ségrégationnistes. »  Dans un rapport confidentiel, Suskind note que 13 des ouvriers sont morts à une moyenne d’âge de 54 ans. 

Pendant ce temps, Monsanto ne remet pas en cause la fabrication du 2,4,5-T, mais travaille étroitement avec les stratèges du Pentagone pour développer son utilisation comme arme chimique. Dès 1950, selon la St. Louis Journalism Review, Monsanto entretient une correspondance régulière avec le Chemical Warfare Service.  Comme le mentionne Brian Tokar dans un article intitulé « Agrobusiness, biotechnologie et guerre » publié en 2003 : « Les multinationales qui dominent le marché des engrais et des pesticides font fortune pendant la guerre (WWII).  Ce sont les mêmes compagnies qui contrôlent aujourd’hui la biotechnologie, et les semences et donc la production d’aliments . »

La Seconde Guerre mondiale permet de lancer des produits qui feront les profits  des compagnies chimiques tel le DDT, dont la molécule avait été synthétisée en 1874.  Cette insecticide, aujourd’hui interdit, est sorti des oubliettes par l’armée américaine dans un effort à venir à bout d’une épidémie de typhus propagé par les poux.   Des 1944, Monsanto se lance dans la production de DDT à grande échelle au moment ou ses liens avec le Pentagone sont extrêmement privilégiés.  Quelques années plus tard, lors de la guerre du Viêt-Nam, ces  relations vont aider à Monsanto d’obtenir le contrat le plus important de son histoire:  la production d’herbicide à base de dioxine, l’Agent Orange, utilisé durant la Guerre du Viêt-Nam. 

Dans les années 1940, l’aviation met au point les réservoirs déverseurs qui serviront à épandre le DDT et d’autres herbicides.  La guerre froide coïncide avec la découverte d’herbicide puissante que sont le 2,4-D et le 2.4.5-T, et l’armée américaine développe leur utilisation à des fins militaires.    L’armée américaine juge positivement le potentiel de détruire par voie aérienne les cultures dans le but d’affamer les armées et les populations ennemies.  Les premiers essaies de cette technologie se font au Viêt-Nam à partir de 1959. 

L’opération Ranch Hand (ouvrier agricole) commence officiellement le 13 janvier, 1962 un an après l’arrivée de John F. Kennedy à la Maison Blanche.  Le but de l’opération, décidé par le président lui-même, est de dégager les routes principales, les voies d’eau et les frontières du Sud-Viêt-nam pour « contrôler » plus facilement les mouvements des Viet-Congs et de « détruire les récoltes » censées approvisionner les rebelles.  En juillet 1961, les premières cargaisons de défoliants arrivent sur la base militaire de Saigon. 

Les herbicides sont livrés dans des barils de deux cents litres, ceints d’une bande de couleur destinée à faciliter la reconnaissance des produits :  « l’agent rose » contient du 2,4,5-T pur, « l’agent blanc » du 2,4-D, « l’agent bleu » de l’arsenic, et le plus toxique, « l’agent orange » introduit en 1965 est constitué pour moitié de 2,4,5-T et 2,4-D. 

Le 10 janvier 1962, dans un communiqué du gouvernement sud-vietnamien, on annonce les plans pour mener une expérience destinée à débarrasser certaines routes clés de la végétation épaisse.  « Le gouvernement souligne qu’aucun des deux produits chimiques n’est toxique et ne constitue un danger pour la vie sauvage, les animaux domestiques, les êtres humains, ni les sols »  On oublie de mentionner que les doses d’herbicide utilisées seront jusqu’à 30 fois supérieures à celles pratiquées aux USA. 

Le 13 janvier 1962, un avion Fairchild C-123 de l’US Air Force quitte la base militaire de Tan Son Nhut avec une cargaison de plus de hit cents litres d’Agent Violet.  De ce jour jusqu’en1971, on estime que 80 millions de litres de défoliants sont déversés sur 3,3 millions d’hectares de forêts et de terre.  Plus de 3,000 villages sont contaminés, et 60% des défoliants utilisés sont de l’Agent Orange, représentant l’équivalent de 400 kilos de dioxine pure.  Selon une étude de l’université Columbia publiée en 2003, la dissolution de 80 grammes de dioxine dans un réseau d’eau potable pourrait éliminer une ville de 8 millions d’habitants. 

À la fin de 1969, les autorités du gouvernement américain ne peuvent plus prétendre que l’Agent Orange est inoffensif.  Une étude réalisée par Diane Courtney pour l’Institut National de la Santé révèle que des souris soumises à des doses importantes de 2,4,5-T développent des malformations foetales.  Le 15 avril, 1970, le secrétaire à l’Agriculture annonce la suspension de l’utilisation du 2,4,5-T autour des lacs, les étangs, les aires de recréation, maisons et cultures destinées à la consommation humaine.  C’est la fin de l’Agent Orange, mais pour les vétérans de la Guerre du Viêt-Nam, ce n’est que le début d’un long combat pour la reconnaissance des préjudices qu’ils ont subis.  Non simplement les pilotes des avions asperseurs et ceux qui ont manipulé les produits ont été contaminés, mais des milliers de soldats ont été aspergé. 

En 1978, Paul Reutershan, un vétéran atteint d'un cancer de l'intestin, porte plainte contre les fabricants de l'Agent Orange.  Des milliers de vétérans vont se rejoindre à lui pour constituer la première "class action" intentée contre Monsanto et consorts.  Le procès s'avère difficile car, comme le souligne Greenpeace, la dioxine est ominprésent aux USA: dans la population, dans l'evironnement et dans les aliments.  C'est donc difficiel de prouver que la dioxine enregistrée dans l'organisme d'un individu soit lié précisément a son exposition lors d'un accident industriel ou lors d'un épandage au Viêt-Nam.

Le 7 mai, 1984, à 4h du matin alors que l’ouverture du procès initié par Paul Reutershan est imminente, les fabricants d’Agent Orange proposent 180 millions de dollars pour solde de tout compte.  Placé sur un fonds de compensation, l’argent est censé indemniser les vétérans qui apportent preuve d’une incapacité de travail liée à un  contact avec l’Agent Orange.  40,000 vétérans recevront, selon les cas, une aide comprise entre 256 et 12,800 dollars. 

En février 1984, au moment où les vétérans de la guerre du Viêt-Nam renoncent à leurs revendications, s’ouvre le procès Kemner vs. Monsanto dans l’Illinois.   Pendant plus de 3 ans, 14 jurés écouteront cent trente témoins et tenteront d’apprécier le préjudice subi par les habitants de Sturgeon, Missouri lors d’un accident le 10 janvier, 1979 dans lequel un train contenant 70 000 litres de chlorophénol déraille provoquant le déversement de toute la cargaison. 

Ce fut le plus long procès de l’histoire américaine.  Monsanto est représenté par 10 avocats se relayant à la barre toutes les quatre heures.  La compagnie veut se faire une réputation d’adversaire intraitable qui vise à décourager d’autres plaintes similaires dans le futur.  Le clou du procès fut la révélation que les trois études supervisées par le docteur Suskind, et publiées par Monsanto entre 1980 et 1984 avaient été truquées.  Si elles avaient été conduites correctement, elles seraient parvenues à une conclusion diamétralement opposée, à savoir que la dioxine est un puissant cancérigène.  La fraude sera plus tard confirmée par plusieurs organismes scientifiques, comme le National Institute for Occupational Safety and Health ou le National Research Council lequel constate que les études de Monsanto « souffraient d’erreurs de classification entre les personnes exposées et non exposées et qu’elles avaient été biaisées dans le but d’obtenir l’effet recherché. »

Le 22 octobre 1987, après huit semaines de délibération, les jurés rendent un drôle de verdict :  les plaignants se voient attribuer un dollar symbolique de dommages et intérêts au motif qu’ils n’ont pas pu prouver le lien entre leurs problèmes de santé et l’accident et 16 millions de dollars de dommages et intérêts punitifs à cause du comportement irresponsable de Monsanto dans sa gestion des risques sanitaires liés à la dioxine.  Monsanto fera appel et gagnera.

Au Viêt-Nam, on estime que 150,000 enfants souffrent aujourd’hui de malformations dues à l’Agent Orange et que 800,000 personnes en sont malades.  Des études publiées au Viêt-Nam montre que dans les villages arrosés par l’Agent Orange, le taux de fausses couches et de malformations congénitales est beaucoup plus important qu’ailleurs.   Mais, hélas, le problème de la dioxine est devenu éminemment politique. 

En février 2004, l’Association vietnamienne des victimes de l’Agent Orange dépose une plainte auprès de la cour fédérale de New York.  Cette plainte est rejetée par le juge Jack B. Weinstein,   le même juge qui a négocié l’arrangement à l’amiable entre les vétérans du Viêt-Nam et Monsanto en 1983.  Son motif est que l’usage militaire d’herbicides n’est interdit par aucune loi internationale et ne pouvait donc être considéré comme un crime de guerre.  Le juge conclus avec cette phrase sidérante : « Si le fait de vendre des herbicides constituait un crime de guerre, alors les compagnies chimiques auraient pu refuser de les fournir.  Nous sommes une nation d’hommes et de femmes libres, habitués à se lever dès que le gouvernement dépasse les bornes que lui confère son autorité ».  Eh bien. 

Pour sa part, Jill Montgomery, porte-parole de Monsanto dit, « Nous éprouvons de la compassion pour les personnes qui pensent avoir été blessées et comprenons qu’elles essaient d’en connaître la cause.  Mais toutes les preuves scientifiques dignes de foi montrent que l’Agent Orange ne provoque pas d’effets sanitaires à long terme. »  Ah bon.

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August 5, 2008

Voici le deuxième d’une série de six rapports traitant des OGM (organismes génétiquement modifiés).  L’information est tirée du livre de Marie-Monique Robin, Le Monde selon Monsanto.  Je traite ici l’histoire des PCB et la pollution de la ville d’Anniston, Alabama.

D’après des estimations concordantes, 1.5 millions de tonnes de PCB ont été produites de 1929 à 1989, dont une partie importante aurait fini dans l’environnement.  Les PCB, ou polychlorobiphényles, sont des dérivés chimiques chlorés qui incarnent la grande aventure industrielle de la fin de la XIXe siècle.  C’est en perfectionnant les techniques de raffinage du pétrole brut, pour en extraire l’essence nécessaire à l’industrie automobile naissante, que des chimistes identifient les qualités du benzène, un hydrocarbure qui sera largement utilisé comme solvant pour la synthèse chimique de médicaments, de plastiques ou de colorants.  Par la suite, on s’emploie à le mélanger avec du chlore et obtient un nouveau produit que se révèle présenter une stabilité thermique et une résistance au feu remarquable.  Les PCB sont nés et, pendant cinquante ans, ils coloniseront la planète.  On les retrouve dans les liquides réfrigérants des transformateurs électriques et dans les appareils hydrauliques industriels.  Ils sont utilisés comme lubrifiants dans le plastique, la peinture, l’encre et le papier.

Selon le professeur David Carpenter, qui dirige l’Institut pour la santé et l’environnement à l’Université d’Albany, New York, nous avons tous des PCB dans le corps.  Ils appartiennent à une catégorie de polluante chimique très dangereuse, les POP ou polluants organiques persistants.  Ils résistent aux dégradations biologiques naturelles en s’accumulant dans les tissus vivants tout au long de la chaîne alimentaire.  Selon le professeur Carpenter, les PCB ont contaminé la planète entière du Pole nord au Pole sud.  La documentation de l’EPA (U.S. Environmental Protection Agency) révèle des cas troublants.  On découvre des enfants nés de mères ayant consommé des poissons du Lac Michigan contaminés des PCB.  Les enfants présentent une baisse de poids à la naissance et un déficit de l’apprentissage cognitif.  Les Inuits de la baie d’Hudson sont particulièrement exposés à cause de leur consommation important de protéine animale.  La contamination maximale est au sommet de la chaîne alimentaire, et particulièrement élevée chez les mammifères marins, comme les phoques, les ours polaires et les baleines.  Une exposition régulière aux PBC peut conduire à des cancers, notamment du foie, du pancréas, des intestins, du sein, des poumons et du cerveau.  Ils peuvent provoquer des maladies cardiovasculaires, de l’hypertension, du diabète, une réduction des défenses immunitaires, un dysfonctionnement de la thyroïde et des hormones sexuelles, des troubles de la reproduction, ainsi que des problèmes neurologiques. 

Monsanto, une compagnie chimique basée à St. Louis, Missouri, commercialise  les PCB aux USA jusqu’à leur interdiction définitive en 1977 grâce au brevet qu’elle possède.  La compagnie est au courant des risques importants posés à la santé au moins à partir de 1937.  En 1936, trois employés de Halowax, un client de Monsanto, sont morts suit à l’exposition à la vapeur de PCB. Plusieurs autres employées souffraient de maladie de peau, le « chloracné ».  Le 11 octobre, 1937, on constate :  des études expérimentales conduites sur des animaux montrent qu’une exposition prolongée aux vapeurs d’Aroclor (nom commercial d’un produit PCB) provoque des effets toxiques sur tout l’organisme. 

Selon le professeur Carpenter, pendant des décennies, aux USA, les pouvoirs politiques ont relayé le silence organisé par Monsanto sur la toxicité des PCB.  Le 16 février, 1970, N.Y. Johnson, au siège de Monsanto rédige un mémorandum interne adressé aux agents commerciaux de la firme pour leur expliquer comment répondre à leurs clients, alertés par les premières informations publiques sur le danger des PCB :  « Vous trouverez ci-jointe une liste de questions qui peuvent être posées par nos clients ainsi que des réponses appropriées ....Vous pouvez répondre oralement, mais dans aucun cas ne donnez de réponse écrite.  Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre un dollar de business. »

Malgré les efforts de Monsanto, la production des PCB est définitivement interdite aux USA le 31 octobre, 1977.  Mais en Grande-Bretagne, où la multinationale possède une filiale à Newport dans le pays de Galle, la production continue.  C’est la même histoire, en France où l’entreprise Prodelec n’arrêta la production qu’en 1987.   En Allemagne (Bayer), et en Espagne la production des PCBs continue bien après son interdiction aux USA.  Le 29 septembre, 1976, les bureaux de Monsanto à St. Louis adressent un courrier à Monsanto Europe avec un modèle de questions-réponses censées donner le change dans le cas de demande d’interview.  On peut lire notamment : Si une question est posée sur la cancérigénité des PCB, utilisez cette réponse  «  Les études sanitaires préliminaires que nous avons conduites sur nos ouvriers travaillant à la fabriquation du PCB, de même que les études à long terme réalisées sur des animaux, ne nous permettent pas de penser que les PCB sont cancérigènes . » 

Le 14 janvier, 2002, John Hunter, le P-DG de Solutia, la compagnie qui achète la division chimique de Monsanto en 1997, déclare : «  Il n’y a pas de preuve consistante et convaincante que les PCB soient associés à des effets sanitaires sérieux à long terme. »  Il cherchait à désamorcer l’impact d’un article du Washington Post publié de 2 janvier,2002.  L’article, intitulé « Monsanto a caché la pollution pendant des décennies » traite d’un procès, Abernathy vs. Monsanto, posé contre Monsanto par les résidents d’Anniston, Alabama, site d’une usine de PCB.  Les résidents prétendaient que les problèmes de santé répondus dans le village, un taux élevé de cancers et d’infirmité motrices cérébrales, sont causés par la pollution.  Selon un rapport de la EPA (Environmental Protection Agency) 308,000 tonnes de PCB ont été fabriquées à Anniston de 1929 à 1971.  Sur ce total, 27 tonnes ont été émises dans l’atmosphère, notamment lors du transfert des PCB brûlants dans des réservoirs divers, 801 tonnes ont été déversées dans des canalisations de Snow Creek et 32,000 tonnes de déchets contaminés ont été déposées dans une décharge à ciel ouvert, au coeur de la communauté noire de la ville.  C’est une véritable calamité pour la population locale, qui est, comme par hasard, noire et de situation relativement apauvrie.

Le 22 février 2002, après cinq heures de délibéré, le jury de Calhoun County rend son verdict : à l’unanimité, il déclare Monsanto et Solutia coupables d’avoir pollué le territoire d’Anniston et le « sang de sa population » avec les PCB.  Les motifs de la condamnation sont  « négligence, abandon, fraude, atteinte aux personnes et aux biens et nuisance ».   Le verdict s’accompagne d’un jugement sévère sur le comportement de Monsanto, qui  a « dépassé de façon extrême les limites de la décence et qui peut être considéré comme atroce et absolument intolérable dans une société civilisée »,

Un mois après la décision de justice, le EPA annonce qu’elle a signé un accord avec Solutia pour décontaminer le site.  Cette décision, très favorable au pollueur, réduit à néant le verdict du tribunal de Calhoun County.  Le numéro deux de l’EPA à l’époque est Linda Fisher, ancien cadre de Monsanto.  Au même moment, le tribunal de Birmingham Alabama annonce l’ouverture d’un nouveau procès, Tolbert vs. Monsanto.  Ce procès est une action collective menée par le célèbre avocat Johnnie Cochran au nom des victimes de la pollution d’Anniston.  Craignant un procès fortement médiatisé, Monsanto et Solutia proposent un arrangement à l’amiable: 700 millions de dollars, la plus gros indemnisation déboursée par une compagnie industrielle dans l’histoire des USA, dont 600 millions pour compenser les victimes et 100 millions pour décontaminer le site et financer un clinique spécialisé. 

Plus de 35 ans plus tôt, le 2 novembre 1966 arrive aux bureaux de Monsanto à St. Louis le rapport d’une expérience menée par le professeur Danzel Ferguson, biologiste à l’université de Mississippi.  Son équipe a plongé vingt-cinq poissons encagés dans l’eau du canal de Snow Creek, à Anniston, où sont déversés les déchets de la fabrication des PCB.  « Tous ont perdu l’équilibre et sont morts en trois minutes et demi en crachant du sang.  L’eau est si polluée qu’elle tue tous les poissons, même diluée trois cents fois. »

Selon Ken Cook, directeur de l’Environmental Working Group, une organisation non gouvernementale spécialisée dans la protection de l’environnement, le pire c’est que la compagnie savait les risques mais ne faisait rien.  Un document d’août 1970 barré de la mention « Confidentiel, détruire après lecture » révèle que Monsanto déversait 16 livres de PCB par jour dans Snow Creek, (contre 269 en 1969).  Cependant,  la compagnie n’a jamais prévenu les habitants d’Anniston que l’eau, le sol et l’air de la partie occidentale de la ville étaient hautement contaminés. 

Monsanto est actuellement le plus important producteur des semences génétiquement modifiées au monde et le fabricant de l’herbicide le plus populaire de la planète, Round-up. 

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July 2, 2008

Ceux d’entre vous qui sont familiers avec cette rubrique reconnaissent plusieurs thèmes : l’environnement naturel, surtout celui du Sud de la Louisiane, la politique et la culture françaises, la politique et la culture québécoises.  J’écris également au sujet de l’agriculture et de la biotechnologie, et des OGMs (organismes génétiquement modifiés) (rapport du 3 juin, 2003 / 5 novembre, 2003 / 4 février, 2004 / 3 mars, 2004 / 2 juin, 2004 / 5 janvier, 2005 /  3 août, 2005 / 3 mai, 2006).  Ce rapport et ceux qui vont le suivre traiteront essentiellement du même sujet :  le conflit entre l’agriculture traditionnelle versus les compagnies agrochimiques internationales qui sont en train de promouvoir des méthodes qui risque de conduire à la destruction de l’agriculture familiale et qui posent des menaces sérieuses à la santé humaine. 

De tous les rapports que j’ai rédigés, je considère que celui-ci est le plus important parce qu’il traite de questions fondamentales concernant l’agriculture et la production des denrées desquelles la survie de la race humaine dépend.

Si cela paraît un peu mélodramatique, prière de continuer la lecture.  J’ai été récemment bouleversé par le documentaire filmé de Marie-Monique Robin :  Le monde selon Monsanto.  Ce rapport est essentiellement un compte-rendu de ce documentaire et du livre qui l’accompagne (Éditions Alain Stanké). 

Je suis le développement des OGMs depuis plusieurs années.  Je suis moi-même victime de certaines pratiques  agricoles que beaucoup considèrent dangereuses.  Ma maison fut inondée d’herbicide à cause d’un accident de débordement d’aspersion par avion.  J’ai soumis une plainte et j’ai reçu une compensation pour la destruction de mon jardin potager, 28$ correspondant à la valeur marchande des légumes.  La question des effets sur ma santé et celle de ma famille n’était pas adressée.  Quelques années plus tard, soudainement un beau matin de printemps, mon boisé de plusieurs centaines d’arbres est devenu blanc comme la neige.  J’ai contacté mon « county agent », une agence du gouvernement U.S. sensé venir en aide aux agriculteurs.  « Vous souffrez d’un  Commande problem »,   on me répond.  Apparemment la rosée du matin a emmené la poison chez moi, tellement le produit est volatile.  « Command » bloque la production de la chlorophylle, ce qui explique que les arbres sont devenus blancs.  Peu de temps après, j’ai reçu la visite d’un représentant de la compagnie chimique.  Il a déployé tout son charme pour me convaincre de ne pas porter plainte, expliquant que les fermiers (et non la compagnie) seront sujets à une amende de $5000.   Ils étaient là, dans ma cour, trois générations, y compris un jeune garçon d’environ 8 ans, la tête baissée, l’air contrit.  Selon l’homme de la compagnie l’herbicide était tellement peu nocif qu’on peut en mettre sur nos céréales pour le déjeuner.  J’avais des frissons.  J’avais l’impression de parler au diable en personne. 

Je vis en plein milieu d’une zone agricole où deux fois par an, on  reçoit des quantités importantes d’herbicides.  Les effets à long terme sur ma santé et celle de ma famille sont largement inconnus et cette pratique est encouragée par une complicité entre le gouvernement américain par son agence FDA (Food and Drug Administration) et les compagnies agro-chimiques. 

Grâce au film de Ms. Robin, j’ai découvert pleins de détails concernant la façon qu’opèrent les compagnies multinationales notamment Monsanto.  Les dangers sur la santé humaine par ces méthodes agricoles, de plus en plus répondues, sont largement inconnus.  Par une manipulation rusée du système politique, les compagnies multinationales opèrent effectivement sans restriction, créant ainsi une menace réelle pour l’agriculture traditionnelle et pour la santé de nous tous.  Dans ce rapport et ceux qui suivront, je vais essayer de mettre un peu de perspective dans ce dossier complexe.

Le problème fondamental dépasse la question d’avarice et d’abus de pouvoir.  C’est une question qui touche à la nature du capitalisme occidental.  Nous avons assisté pendant les années 1980 à la chute du communisme dans l’Europe orientale. Incapable de soutenir un dynamisme inventif, le système a implosé sous le poids de sa propre bureaucratie.  Le problème du capitalisme est tout autre.  Dans le système capitaliste,  on a intérêt à éliminer tous les empêchements à la création du plus de richesse possible.  Ceci est en conflit avec le mandat des gouvernements à protéger leurs citoyens.  La question devient politique.   Le résultat, dans le cas de la FDA et les entreprises agrochimiques est un processus relativement libre de règles.  Ceci a conduit à une situation dans laquelle des produits sont mis en marché sans que l’on sache les effets à long terme sur la santé humaine.

Au coeur du débat sont deux questions :  1.  La possibilité d’obtenir un brevet sur un organisme vivant et de pouvoir contrôler sa commercialisation, et  2.  la nature fondamentale des organismes génétiquement modifiés.  La façon dont nos gouvernements s’adressent à ces questions a un import primordial sur l’agriculture, la société, et même la vie.   Les réponses que nous donnons à ces questions auront une influence déterminante sur la façon dont l’humanité se nourrit, ou ne se nourrit pas selon la situation.

Le premier point est la question de brevet sur les organismes vivants tels les graines ou les plantes ainsi que les clones animaux.  Selon ce concept des choses, tout ce qu’on invente y compris un être vivant, est sujet aux protections du brevetage.  Dans le cas de la biotechnologie, rien n’est « inventé », sauf le processus de manipulation des substances naturelles lui-même.  En « inventant » des formes de plantes nouvelles, les compagnies biotechniques « crée » une nouvelle forme dont tous les droits leur appartiennent.  La même chose pour les animaux.  Et pourquoi pas les êtres humains?

En assemblant une chaîne de DNA d’organismes disparates, « l’inventeur » peut obtenir un brevet et contrôler l’utilisation du produit en question.  En pratique, ce système veut que les agriculteurs s’engagent contractuellement avec la compagnie agro-chimique pour verser une royauté sur l’utilisation des graines de semence dont le brevet appartient à la compagnie.  Cette logique fut confirmée par la Court Suprême du Canada dans le procès de Monsanto versus le fermier Percy Schmeiser.  La Court a décidé que Mr. Shmeiser avait violé les droits de Monsanto parce que des plantes provenant des semences brevetées ont été retrouvées dans son champ.  Peu importe que ceci n’était pas voulu.  L’action du vent ou d’un oiseau a apporté la graine dans le champ.  Mais selon la Court Suprême, Mr. Schmeiser était en délit.  Peu importe qu’il n’a rien fait pour provoquer  et se trouvait fort importuné par l’événement en question.    L’amende qu’on lui a imposée était  plutôt symbolique, mais la Court soutenait clairement les droits de Monsanto sur une semence brevetée peu importe la façon dont elle était diffusée y compris par accident.   Dans ce système, les fermiers sont obligés de racheter à chaque saison leurs graines de semence de la compagnie.

La deuxième question traite de la nature même des organismes génétiquement modifiés.  La logique veut que ces organismes soient des créations nouvelles et que leurs effets sanitaires soient sujets à une recherche importante.  Néanmoins, l FDA à crée une politique qui libère les compagnies agrochimiques de toute responsabilité concernant l’évaluation de ces produits sur la santé humaine.  C’est la doctrine de « l’équivalence substantielle »  (substantial equivalence).  En d’autres mots, si l’on prend un gène d’une plante qui n’est pas nocive et que l’on l’assemble avec un gène d’une autre plante anodine,  la plante qui en résulte n’est pas nocive non plus.  Donc pas nécessaire de tester la nouvelle plante.

En fait, comme plusieurs scientifiques l’ont prouvé, il y a évidence que le processus d’assemblage crée lui-même des anomalies qui risquent d’avoir un impact négatif voir dangereux sur la santé.  Le danger ne parvient pas des deux plantes d’origine, mais de l’assemblage nouveau du DNA.  En établissant cette politique, la FDA a effectivement évité aux compagnies agrochimiques une recherche coûteuse,  et en même temps a permis la mise en marché de substances dont les effets sur la santé humaine sont totalement inconnus.  Il se trouve que plusieurs dirigeants de la FDA à l’époque de cette décision (administration Clinton) se trouvaient être des ex-employés de Monsanto.

Mais qui est ce Monsanto?

Monsanto est fondé en 1901 par John Francis Queen, un chimiste autodidacte.  La compagnie fabriquait de la saccharine et leur plus grand client était Coca-Cola.  En 1918, Monsanto procède à sa première acquisition, une compagnie de l’Illinois fabricant de l’acide sulfurique.  Monsanto entre en bourse en 1929, un mois avec le crash.  Dans les années 1940, Monsanto est devenu un des plus grandes compagnies chimiques au monde, produisant  caoutchouc, plastiques, fibres synthétiques, phosphate et polycholorbiphenyl ou PCB.  Pendant plus de 50 ans, les PCBs vont assurés la fortune de la compagnie.  Les PCBs servent de liquides réfrigérants dans les transformateurs électriques et les appareils hydrauliques industriels, mais aussi de lubrifiants dans des applications aussi variées que les plastiques, les peintures, l’encre ou le papier.  Le 31 octobre, 1977, la production des PCBs est interdite aux USA à cause de leur très grande toxicité.

En 1944, Monsanto commence la production de DDT.  À cette période la relation entre la compagnie et le Pentagon (Armée US) est devenue très proche.  En 1942, Charles Thomas, alors directeur de recherche pour la compagnie est sollicité par l’Armée américaine pour participer au Projet Manhattan, voué à la fabrication de la bombe atomique.  Les chimistes de Monsanto sous la direction de M. Thomas travaillent sur l’isolement  et la purification du plutonium et du polonium qui serviront à alimenter le déclencheur des bombes atomiques.  À la fin de la guerre, M. Thomas devient le vice-président de la compagnie tout en collaborant avec le gouvernement américain dans un effort de trouver les applications civiles pour l’énergie nucléaire.  Mr. Thomas est le président de Monsanto de 1951 à 1960.  Il dirige la compagnie à l’époque où elle obtient son contrat le plus important avec le gouvernement américain :  la production de l’herbicide « agent orange » utilisé dans la Guerre du Vietnam.

Dans les années 1940, plusieurs laboratoires aux USA et en Angleterre arrivent à isoler l’hormone de croissance des plantes et parviennent à reproduire la molécule synthétiquement.  L’application de cette molécule en large quantité tue la plante.  Basé sur cette recherche, on fabrique les herbicides puissantes 2,4-D et 2,4,5-T.  Parce que la recherche est accomplie dans plusieurs laboratoires à la fois, le contrôle du brevet échappe à tous créant ainsi une situation floue.  Plusieurs compagnies se mettent à produire ces herbicides dont Monsanto qui ouvre une usine  de 2,4,5-T à Nitro en West Virginia, site d’un accident industriel important le 8 mars, 1949.  Ces herbicides basés sur la dioxine sont extrêmement populaires car ils sont « sélectifs ».  Ils peuvent détruire les mauvaises herbes (dicotes) sans tuer le maïs ou le blé (monocotes).  La dioxine est un cancérogène puissant, une allégation niée par Monsanto.   Sous une pression croissante sur la question de la dioxine, la compagnie consacre de plus en plus de moyens au développement d’un nouveau produit qui deviendra son plus grand succès commercial : l’herbicide Round-up.

À la fin des années 1960, les chimistes de Monsanto développent un herbicide basé sur l’acide aminé, le glyphosate.  Cet herbicide n’est pas sélectif, mais « total », absorbé par la plante par le biais des feuilles, il est transporté aux racines et rhizomes par la sève.  Le glyphosate agit sur une enzyme essentielle à la production de la chlorophylle, provoquant la nécrose des tissues de la plante.  Disponible en marché depuis 1974, le Round-up est un succès commercial gigantesque.  Selon sa publicité originale, il est « 100% biodégradable, et bon pour l’environnement ».  En 1996 le New York State Consumer Protection Agency interdit à Monsanto d’utiliser les termes « biodégradable, et bon pour l’environnement » dans sa publicité.  En 1998, la compagnie est sujette à une amende de $75,000 pour publicité mensongère.  Le 26 janvier, 2007, Monsanto doit payer une amende de 15,000 Euros décrétée par la tribune correctionnelle de Lyon pour publicité mensongère.  Les sommes sont dérisoires vus les enjeux.

Parce que Round-up est un herbicide « total », Monsanto doit développer une semence capable de résister au poison.  La compagnie n’est pas seulement le fabricant de l’herbicide le plus utilisé dans le monde, mais est aussi le détenteur de 90% des brevets sur les plantes transgéniques, notamment le maïs, le canola et le soja.  La raison d’être principale, voire unique,  de l’existence des OGMs est pour rendre les plantes résistantes aux herbicides.

En 2007, l’agriculture transgénique touche plus d’un million d’hectares.  La moitié aux USA (54.6 million hectares) suivi de l’Argentine (18 million) du Brézil (11.5 million),  du Canada (6.1 million), de l’Inde (3.8 million), de la Chine (3.5 million), du Paraguay (2 million) et de l’Afrique du Sud (1.4 million).  70% du total est “Round-up Ready”, résistant à l’herbicide, et 30% is “BT”, des plantes génétiquement modifiées pour produire un insecticide interne.  Monsanto contrôle 90% des brevets associés.

Comme vous pouvez le lire dans « Le Pledge » (la promesse) de Monsanto publié en 2005, « les fermiers qui utilisent la semence transgénique utilisent moins de pesticide et réalisent des gains économiques significatifs en comparaison avec l’agriculture conventionnelle.   Monsanto aide les petits paysans à devenir plus productifs et autosuffisants »   Comme vous allez le découvrir dans les rapports prochains, la vérité est tout autre.  Pour plusieurs, cette publicité n’est que de la poudre aux yeux pour cacher un projet colossal de commerce qui vise à assurer l’hégémonie de Monsanto sur la production agricole mondiale.  Pour beaucoup, l’utilisation des OGMs est une menace pour la sécurité alimentaire et pour la balance écologique du monde.

Je ne suis pas partisan de la théorie de complot.  Je ne crois pas qu’il y a un petit comité d’hommes malsains qui sont en train d’essayer de contrôler les denrées du monde.  Le but d’assurer une alimentation saine et suffisante est quelque chose que personne ne peut contester.  Mais la question des véritables risques et des conséquences réelles de l’utilisation des OGMs n’a jamais été adressée.  Je ne suis pas contre la recherche scientifique dans le dessein d’améliorer l’approvisionnement alimentaire.  Il me semble, par contre, que les preuves scientifiques ne sont pas concluantes, et même que la recherche nécessaire n’a jamais été produite.  Surtout avec le passé sulfureux des compagnies comme Monsanto, il n’est pas étonnant d’avoir une certaine méfiance.

Rappel, dans le système capitaliste, la responsabilité des sociétés est de faire le plus de profit pour les actionnaires.  Point.  Richissimes et puissantes, les compagnies internationales ne se retiennent pas d’utiliser le système politique à leur avantage.  Faire de l’argent.  Point. Il est dans l’intérêt des compagnies de continuer à vendre des produits même quand il est bien connu que le produit en question est dangereux.  Les amendes et poursuites éventuelles ne constituent pas de frein suffisant.  Il est plus rentable de continuer à vendre même en sachant qu’il y aura des poursuites éventuelles. Regarde la cigarette.

Mon grand-père est mort d’un cancer de la gorge. Je l’ai vu souffrir  dans son lit pendant des années, respirant à travers un trou dans sa gorge. Il était un fumeur invétéré.  Rappel la publicité pour les cigarettes Chesterfield :  un bel homme en tunique de médecin avec une cigarette allumée à la main.   « La marque préférée des médecins » pouvait-on lire.

J’ai vu mon grand-père mourir du cancer causé par la cigarette.   Je ne veux pas voir mon petit-fils mourir d’un cancer causé par la nourriture qu’il mange ou l’environnement dans lequel il vit.

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June 1, 2008

Cette semaine a été très chargée d'activité politico-médiatique au Québec.  Cette année, on célèbre le 400e anniversaire de la fondation de Québec par Samuel de Champlain.  La fête s’annonce importante.  Il y a, cependant, deux visions de la fête qui se font concurrence :  celle de Québec et celle du Canada.  Des sommes colossales seront dépensées pour assurer que la fête soit éclatante.  Des sommes importantes seront dépensées également pour exploiter l’occasion à des fins politiques.

La célébration du 400e de Québec est prisonnière du conflit entre deux visions du Québec.  Stephan Harper, le premier ministre du Canada a brassé la merde en parlant de la fondation de Québec comme étant le début du Canada.  Québec a été fondé par des Français en 1608 et conquis par la force d’armes en 1759.  La ville était réduite en décombres par l’armée Britannique.  Pas exactement une fondation auspicieuse.  Joseph Facal, ex-ministre québécois et membre de l’aile droite du Parti Québécois, écrit récemment que le Québec pouvait éviter la controverse autour de la commémoration du 400e en optant pour la séparation du Canada.  Selon lui, la polémique qui tourbillon autour la célébration du 400e est le résultat de l’incapacité du Québec de régler sa question identitaire une fois pour tout.  M. Facal critique le rôle du gouverneur général du Canada qui s’est placé au centre du débat.  Il explique que l’institution dugouverneur général n’est pas une institution démocratique, mais un vestige de l’empire.  En s’enserrant au centre de la célébration, le gouverneur(e) général(e), Mme. Michaëlle Jean sert les intérêts politiques du gouvernement canadien au dépit de ceux du Québec.       

Mme. Jean a fait des remous lors de sa visite récente en France.  Dans le contexte du lancement des festivités de la commémoration du 400e de Québec en France, sa présence comme représentant du Canada a poussé le Québec dans l’ombre.  Invitée d’honneur du président français lors d’une cérémonie sur plages du Débarquement  en Normandie, elle n’a pas mentionné le Québec une seule fois.  Elle est, après tout, legouverneur général du Canada.  Le Premier ministre du Québec, bien qu’en France, n’a pas assisté à l’évènement.

Mme. Jean fut nommé au poste degouverneur général par le gouvernement libéral de Paul Martin à la veille d’une élection générale dans une tentative, selon certains, d’influencer le vote immigrant (Mme. Jean est d’origine haïtienne).  Ça n’a pas marché.  Le Parti Libéral a perdu les élections.  Sa nomination était extrêmement populaire dans la communauté haïtienne de Montréal.  La fille de réfugiés, elle a réussi à devenir un des journalistes le plus réputé du Québec.  Depuis sa nomination, cependant, son standing au Québec est branlant.

L’institution dugouverneur général est un vestige de l’empire britannique.  C’est l’équivalent canadien d’une famille royale. Legouverneur général est censé représenter la Reine d’Angleterre au Canada.   Pourtant, le Canada ne fait plus partie de l’empire britannique, et le patron dugouverneur généralest effectivement le Premier ministre du Canada. Certains Canadiens, et surtout des Canadiens anglais, sont attachés à l’institution.  Son travail s’agit de parcourir le pays coupant des rubans cérémoniaux en buvant du thé.  Le poste est censé être absolument apolitique.  Néanmoins, dans le contexte de la lutte Québec-Canada, le poste dugouverneur généralsemble devenir une flèche dans de carquois du Canada.

Le mari de Mme., Jean-Daniel Lafond, est également le cible de beaucoup de critiques.   Il est réalisateur de documentaire télévisé, originaire de France, devenu citoyen canadien en 1981.  Comme on peut lire sur le site web dugouverneur général: « Le conjoint du gouverneur général contribue de manière tangible à la définition et à la réalisation du mandat du gouverneur général du Canada en titre. Ses efforts permettent d’étendre l’influence de l’institution publique la plus ancienne au Canada. »  Plusieurs anciens collègues de M. Lafond l’ont critiqué publiquement.  Constitution en main, il s’est mis à insister qu’on l’appelle « Votre Excellence ».  Plus écorchant encore, M. Lafond était reconnu pour sa politique souverainiste avant que sa femme devienne le gouverneur général.  Plus maintenant.

Enflammé par la visite de Mme. Jean en France, Victor Lévy-Beaulieu, souverainiste invétéré et auteur reconnu, l’a traité de « Reine-Nègre ».  Choquant, surtout que Mme. Jean est noire.  M. Lévy-Beaulieu explique :  « Ce n’est pas un propos raciste.  Ce n’est pas la couleur de sa peau que j’attaque, mais son rôle et la façon dont elle l’assume. C’est le rôle du roi-nègre ».  Dans l’Afrique coloniale le roi-nègre fut celui mis en place par les blancs pour servir leurs intérêts.  Selon Lévy-Beaulieu, la position de Mme. Jean comme le représentant de la Reine d’Angleterre doit rester absolument au-dessus de la politique.  Mais comme le prouve sa visite en France, elle sert les intérêts du Canada au dépit de ceux du Québec.  Elle fait « le besogne sale » de Stephan Harper.  Sa présence en France et ses propos ont été aperçus au Québec comme un instrument de la politique fédéraliste du Canada. 

Le président français, Nicolas Sarkozy, était très accueillant.  Mme. Jean a reçu un traitement de faveur.  Elle a été invitée de participer à une cérémonie de commémoration à Ouistreham le 8 mai. Pendant la cérémonie, Sarko dit : «Nous aimons le Québec.  Nous aimons le Canada.  Nous les aimons tous les deux. »  Mais dans un ménage à trois, il y en a toujours un qui se fait léser.   On n’est plus dans le temps de Charles de Gaulle quand il a proclamé sur le balcon de la mairie à Montréal : « Vive le Québec, vive le Québec libre. »

Quelques jours plus tard, Nicolas Sarkozy (taux d’approbation 35%) décore Céline Dion Chevalier de la Légion d’Honneur.  Il profite de la cérémonie pour clarifier sa politique Québeco-Canadien.  Il dit  qu’il considère les Québécois comme des « frères » et les Canadiens comme des « amis ».  En cas qu’on n’avait pas compris, il le redit :  « Les Québécois sont nos frères et les Canadiens sont nos amis ».  Alors un Québécois qui est aussi Canadien sera à la fois « frère » et « ami » du président français.  Ce qui est important à souligner c’est qu’en essayant d’apaiser les deux clans, Sarkozy ne pouvait pas éviter de faire une distinction.  Dans l’esprit du Président de France, les Québécois ne sont pas des Canadiens.  Il a dû réfléchir soigneusement avant de partir faire son jogging.

L’autre nouvelle saisissante de cette semaine concerne la publication du rapport Bouchard-Taylor.  Dans un effort de trouver une « accommodation raisonnable » ses deux hommes ont fait le tour du Québec.  Ils ont tenu des séances publiques et ont interviewé des gens de toute part au sujet de l’intégration des immigrants à la société québécoise, et la place qu’on doit permettre aux signes religieux sur la place publique.  Tous ceux qui en avaient envie pouvait se présenter.  La question posée concerne l’attitude qu’on doit prendre envers les communautés immigrantes.  Est-ce raisonnable qu’un garçon Sikh porte un poignard à l’école ?  Est-ce raisonnable qu’une femme musulmane porte le voile quand elle se présente pour voter ?  À la base  du problème est la question identitaire.  La plupart des immigrants arrivant au Canada souhaitent intégrer une société anglophone.  Comment attirer des immigrants au Québec en assurant la suprématie de la langue française ?  La réponse selon les concepteurs de la commission est d’offrir aux communautés minoritaires des « accommodations raisonnables ».  Les immigrants se sont exprimés  ouvertement, laissant paraître leur frustration.  C’était l’occasion pour tout le monde de laver son linge sale en public.  Autrement la commission ne servira à rien.  La question qu’elle à tenter de résoudre n’a pas de solution législative. Le rapport lui-même est profondément « raisonnable », écrit par deux hommes raisonnables.  Mais la société  est comme un grand jello. Elle suit sa propre logique et résiste à toute tentative de la diriger.  Qu’est-ce que ça va changer ?  Pas grande chose. 

Québec Solidaire, le parti politique le plus à gauche et le plus féministe du Québec a commenté le rapport en soutenant le « droit » des femmes musulmanes de porter le hidjab à l’école ainsi que dans le service publique.  Selon Québec Solidaire, une femme employée du gouvernement devait avoir le droit de porter des vêtements de caractère religieux même si le vêtement en question symbolise la soumission des femmes.  Confus ?  Moi aussi.

Le dimanche 25 mai, j’ai assisté à un concert au Théâtre Corona de Montréal.  C’était une performance de la Symphonie du Nouveau Monde d’Anton Dvorak.  L’orchestre était composé de musiciens traditionnels de partout dans le monde, chacun jouant des instruments traditionnels.  Il y avait des musiciens du Japon, de la Bolivie, de la Bosnie-Herzégovine, du Vietnam, du Costa Rica, du Sénégal, du Maroc,  du Tchad, de la Guadeloupe, de l’Haïti, du Maroc, et du Madagascar.  Sous la direction de Luc Boivin, l’orchestre a interprété ma symphonie préférée.  La performance était magique.  C’était étonnant d’entendre les mélodies de Dvorak jouées par une flûte bolivienne ou un accordéon gitan.  L’intégration des percussions africaines et les taiko japonais était splendide.  La réussite musicale était amplifiée par le symbolique de l’orchestre.   L’orchestre est composé de musiciens de partout dans le monde, peu ou pas connu en dehors de leurs communautés.  Immigrés au Québec, ils ont tous fui la politique et la pauvreté de leurs pays d’origine.  Ensemble sur la scène,  ils jouaient avec passion et tendresse.  Luc Boivin blaguait en disant qu’ils avaient fait leurs propres accommodations raisonnables.   Des musiciens de partout dans le monde, jouant chacun dans un style traditionnel, et tous ensemble.  J’ai hurlé, j’ai dansé et j'ai pleuré. 

Je ne suis pas Canadien, donc je ne suis pas Québécois, au moins de passeport.  Alors ce n’est pas de mes affaires, mais je me permets de faire une suggestion :  Prenez tout l’argent dépensé par la Commission Bouchard-Taylor ainsi que pour l’entretien du Gouverneur Générale et donnez le à cet orchestre du Nouveau Monde.  Envoyez le à travers le pays comme preuve que des gens de partout, d’ethnies diverses, parlant plusieurs langues, avec la peau de toutes les couleurs puissent collaborer ensemble pour créer quelque chose de magnifique.  L’argent serait mieux dépensé, et le monde meilleur.  Le Québec et le Canada aussi.

http://www.artv.ca/emissions/fiche.asp?numero=2398
http://www.gg.ca/menu_e.asp

http://www.josephfacal.org/

http://www.cyberpresse.ca/article/20080509/CPMONDE/805090771/7044/CPACTUALITES




May 7, 2008

Le sud de la Louisiane perd l’équivalent d’un terrain de football toutes les 38 minutes, environ 25 miles carrés de terre ferme érodée (40 kilomètres carrés) tous les ans.  Depuis les années 1930, plus de 1,900 miles carrés (3000 kilomètres carrés) du littoral ont disparu, une zone plus grande que l’État de Delaware.

Les raisons pour cette perte sont bien connues : les digues et les canaux.

Depuis l’arrivée de l’Européen en Louisiane, on essaye d’empêcher l’inondation annuelle du Mississippi pour protéger les terres agricoles.  Après l’inondation de 1927, le Corps de Génie de l’armée américaine a complété le travail d’endiguement commencé au début du XVIIIe siècle.  Depuis, le fleuve est retenu dans une camisole de force.  En conséquence les alluvions qui remplissaient les marécages chaque printemps n’arrivent plus.  Le Mississippi est retenu dans les digues depuis 1930.  En 1963, le Corps de Génie a terminé son projet de contrôle en construisant un barrage, The Old River Structure, à la fourche du Mississippi et de l’Atchafalaya à 200 miles au nord de la Nouvelle-Orléans.  Le barrage permet de contrôler le niveau du fleuve.  Dès que le niveau d’eau devient menaçant, on ouvre les vannes.  Mais le barrage sert une autre fonction moins évidente : il empêche le Mississippi de suivre son cours naturel qui est de se vider dans la fourche de l’Atchafalaya vers Morgan City.   Sans le barrage, le niveau d’eau dans l’embranchement du Mississippi ne serait pas toujours suffisant pour assurer la survie du port de Nouvelle-Orléans, la plus grande entité commerciale de la ville.  Tout en protégeant le commerce de la Nouvelle-Orléans, et les terres agricoles de la Louisiane,  la construction des digues a eu un impact désastreux sur les marécages.

L’autre problème est les plus de 80,000 miles (120,000) kilomètres de canaux creusés sur le littoral dont la plus grande partie est les canaux d’exploration pétrolière.  Dans les années 1940, on a perfectionné des méthodes de forage qui permettent  aux compagnies pétrolières de creuser dans des zones dorénavant inaccessibles.  On a envahi les marécages à la recherche du prochain gisement.  On arrive depuis le Golfe du Mexique.  L’excavation de tous ces canaux a permis l’intrusion d’eau saline dans les marécages.  Les plantes aquatiques ont été décimées.  Les racines qui servaient de colle pour ce que nous appelons les « prairies tremblantes » est disparue et la terre s’effrite. 

Tout simplement le sud de la Louisiane disparaît.  Les alluvions qui pouvaient le maintenir sont déposées au large à cause des digues.  Avec la disparition des marécages partent aussi une part important de la protection naturelle contre les tempêtes tropicales. Chaque 3 miles (5 kilomètres) de marécages réduit l’ampleur d’un raz de marée d’un pied.  Les 100 miles de marécages (160 kilomètres) entre la ville de Nouvelle-Orléans et le Golf du Mexique servaient à amoindrir la force d’un ouragan dans les années 1960.  Maintenant ces marécages sont considérablement réduits.  Les ouragans Katrina et Rita ont provoqué une perte supplémentaire de marécage.  En plus, le Mississippi River Gulf Outlet (MRGO), un canal de navigation construit dans les années 1960 pour permettre les navires d’accéder au Golfe sans passer par le fleuve, a détruit plus de 217 acres (70 hectares) de marécage par l’intrusion d’eau saline.  Chaque hectare de marécage disparu réduit la protection naturelle de la ville. 

La menace à la ville de Nouvelle-Orléans est d’autant plus aiguë  dans le contexte du réchauffement climatologique.  Un des résultats du haussement des températures, dû à l’effet de serre, est une augmentation de la fréquence et de la violence des tempêtes tropicales.  Ajoute à ceci l’augmentation du niveau de la mer causé par la fonte des glaciers, et nous avons une recette de catastrophe.  

Selon Torbjörn Törnqvist, directeur du National Institute for Climatic Change Coastal Reasearch Center, le niveau de la mer le long de la côte louisianaise augmente actuellement à un taux qui est de 4 à 6 fois plus que pendant les 1000 ans précédents.  Selon Törnqvist, le niveau de la mer était moindre de 5 mètres il y a 6000 ans.  Depuis, le niveau augmente.  Avant la Révolution Industrielle, l’augmentation était d’environ un demi imillimètre par an.  Sur la côte louisianaise, à Grande Isle au sud de la Nouvelle-Orléans, le taux est de 10 millimètres par ans, soit 20 fois plus. 

Pour enfoncer le clou un peu plus profondément (pardonnez la métaphore), le sud de la Louisiane calle.  Les causes sont multiples et complexes, mais l’extraction des minéraux (pétrole) et l’assèchement des marécages associés au développement urbain en sont pour beaucoup.  Ce qui est certain est que la Louisiane fait face à une situation critique.  En plus, la situation louisianaise risque de se reproduire sur toutes les zones côtières du monde. La bonne nouvelle est que les leçons que l’don tire de l’expérience en Louisiane vont éventuellement servir à protéger d’autres endroits à risque.  Par contre, on espère que ce n’est pas trop tard pour sauver la Nouvelle-Orléans et les villes de Houma et Thibodeaux.  Malheureusement, les dirigeants politiques ainsi que la communauté elle-même semblent incapables d’agir efficacement.  En Louisiane, l’économie et l’emploi sont les priorités.  La question à se poser est quel sera l’état de l’économie si l’environnement continue à se dégrader au train qu’elle va.  Quelle sera la qualité de vie en Louisiane en 50 ou 100 ans ?  Ce sont des questions que personne n’ose poser actuellement.

Le 31 décembre, 1925, Percy Viosca, un biologiste du Louisiana Department of Conservation s’est adressé au Ecological Society of America lors de leur conférence à Kansas City.  « Les modifications apportées par l’homme dans les marécages de la Louisiane sont en train de changer les conditions fondamentales de l’environnement.  Les digues de protection contre l’inondation, le déboisement, l’approfondissement des chenaux,  le creusage des canaux d’évacuation et de navigation auront un impact profond.  Le temps est venu pour le développement des marécages selon des nouvelles bases intelligentes. »

Percy Viosca était un visionnaire et sa vision comprenait la complexité de la vie naturelle.  Il observait l’abondance et la vitalité des marécages à une époque où les effets malheureux de l’intervention n’étaient pas encore à une étape critique.  Déjà, il y a plus de 80 ans, il prévoyait l’effondrement du système écologique.  Depuis Percy Viosca, plusieurs ont prêché la bonne parole écologique dans un effort de sauver cet héritage magnifique qui est les basses terres du sud de la Louisiane.  Aujourd’hui ils s’appellent Oliver Houck, Mark Davis, et Tyrone Foreman.  Est-ce qu’on va les écouter à temps ?

Les solutions sont pourtant bien connues.  La question à se poser est si la société américaine (car les problèmes sont d’envergure nationale) est prête à faire face à la situation et de prendre les mesures nécessaires pour sauvegarder le littoral louisianais.  Voici les dix points essentiels à mettre en place pour sauvegarder le littoral.  Ils font partie d’un rapport publié par Oliver Houck, professeur de droit environnemental à Tulane University, en septembre 2005.  Pour l’instant, aucun point a été mis en oeuvre.  Il faudra :

  • Créer les cartes.  Non simplement une carte de plan de protection contre l’inondation, mais une carte qui désigne clairement ce que nous essayerons reprendre, ce que nous espérons sauver, et ce que nous abandonnerons à la Nature.
  • Évaluer le financement.  Il y a plusieurs projets qui sont sur le point d’êtres financés et d’autres qui risquent de l’être (Morganza Project, voir le rapport d’Octobre, 2006) qui auront un impact énorme sur le Sud de la Louisiane ainsi que sur la ville de Nouvelle-Orléans.   Katrina et Rita ont changées toutes les données.  Il faut revoir tous les projets qui touchent au littoral avec la carte (#1) en main et les priorités bien établies.  Autrement les développeurs et les politiciens qui servent leurs intérêts vont tout diriger.
  • Libérer les alluvions.  Il y a 50 ans, 400 millions tonnes de sédiment passaient dans le fleuve à la hauteur de la Nouvelle-Orléans.  Aujourd’hui ce n’est que 80 millions.  Ses alluvions sont retenues à l’intérieur des digues et finissent dans le Golfe du Mexique, plutôt que de combler les marécages.  Nous avons besoin que chaque motte de terre qui descend le fleuve finisse dans les marécages pour les renforcer.
  • Libérer les rivières.  Il faut couper les digues à des endroits stratégiques et permettre les cours d’eau de suivre leurs courants naturels, plutôt que d’essayer de les retenir avec des projets dont le rapport qualité prix est désastreux.
  • Eliminer les engrais chimiques.  L’agriculture basée sur les produits chimiques est responsable pour la pollution de la zone côtière.  Il faut que le gouvernement fédéral (ainsi que le gouvernement louisianais) accepte la réalité de la situation et qu’il impose des contrôles.
  • Guérir les marais.  Nous avons la technologie pour assainir les marais.  Il faut l’appliquer.
  • Arrêter la perte du littoral.  Nous savons trop bien les conséquences de la perte du littoral.  Pourtant, les canaux d’exploration pétrolière se creusent toujours.  Et l’assèchement de terres basses en vue de construction urbaine va bon train.  Chaque lopin de terre que nous perdons sera difficile voir impossible à récupérer.  Il faut arrêter cette perte immédiatement.
  • Faire la place aux processus naturels.  Il faut surélever les routes et les voies ferrées, et ouvrir des « floodways » (cours d’eau utilisés lors d’inondation), consolider les installations pétrolières, les ports et les bancs d’huîtres.  Et fermer des zones entières au développement. 
  • Oser penser d’abandonner.  Les résidents de la zone côtière sont de plus en plus menacés.  Le maintien des installations pétrolières, et des ports est possible uniquement grâce aux polices d’assurances.  Ce n’est pas le cas des zones résidentielles.  Comme on voit actuellement, il est de plus en plus difficile d’obtenir une assurance pour un domicile dans une zone sujette à l’inondation. Il faut accepter que si nous n’abandonnons pas les zones à risque, la nature va nous obliger à le faire.
  •  Admettre la réalité du réchauffement de la planète.  L’autruche louisianaise ne peut pas continuer à enfoncer sa tête dans la boue.  Le réchauffement de la planète doit faire partie de nos calculs.  Veut ou veut pas, les  tempêtes tropicales arriveront de plus en plus fréquemment et avec de plus en plus de violence.  Et le niveau de la mer sera de plus en plus élevé. Voilà une réalité qui aura (a) un impact monumental sur le littoral louisianais.

http://www.nwrc.usgs.gov/special/landloss.htm
http://marine.usgs.gov/fact-sheets/LAwetlands/lawetlands.html

http://www.lca.gov/




April 2, 2008

Il y a une expression bien connue de mes compatriotes américains : Coyote ugly, « Laideur coyote. » Selon la légende urbaine, le coyote va chiquer sa patte pour se libérer d’un piège une fois pris.  La phrase est devenu une métaphore pour  décrire une situation que quelques-uns de vous ont peut-être la malchance d’avoir connu.  Après une nuit de débauche, il peut arriver qu’on se réveille à côté d’un être plutôt répugnant. Il est bien connu que la consommation d’alcool amoindrit la capacité de jugement.  Les facultés réduites par l’alcool, on a tendance à trouver séduisant des partenaires sexuels potentiels qu’en temps normal on trouvera dégoûtant.  Ce qui peut donner une situation embarrassante le lendemain matin :  Coyote ugly.  Le sens de la phrase est le suivant : Après une nuit de surconsommation, se réveillant à côté avec quelqu’un d’hideux  couché sur le bras, on est capable de chiquer sa patte pour fuir.  C’est le sentiment que j’ai eu en arrivant en France.

Nicolas Sarkozy était propulsé par une vague de frénésie.  Son concurrent le plus proche, le Socialiste, Ségolène Royal, était loin derrière.  Sarkozy promettait de résoudre tous les problèmes des Français commençant par le problème d’immigration.  Il allait finir avec l’agitation des immigrants en trouvant de l’emploi pour les bons et des cellules de prisons pour les mauvais.  Deuxièmement, il allait ranimer l’économie moribonde.  Il allait revisiter la question des acquis sociaux et réformer l’économie pour qu’elle devienne plus compétitive et plus américaine.  Selon Sarko ce dont la France a besoin c’est un coup de pied dans le cul, et il s’est présenté comme l’homme qui pouvait le donner.  

La société française a une forte tendance à la grogne.  Le mécontentement est évolué  en expression quasi-artistique.  Par contre, depuis les plus de trente ans que je viens ici, je n’ai jamais vu l’insatisfaction atteindre les limites du désespoir tel que maintenant.  Quand Mitterand fut élu, il y avait une grande vague d’euphorie.  Le succès des Socialistes avait surpris le pays.  L’exubérance allait durer pendant son premier mandat, débordant sur le second.  Mais à la fin de celui-ci, l’insatisfaction s’est installée propulsant Jacques Chirac au pouvoir.  Avec son éléction, le pays jubilait.  On estimait que la politique de droite allait régler les problèmes sociaux et économiques.  Ça durait jusqu’à son deuxième mandat.  Pendant sa dernière campagne électorale en 1995, le peuple était devenu irascible.  La question de l’immigration planait au-dessus de la campagne.  La menace pour Chirac ne venait pas des Socialistes à gauche, mais de sa droite : le Front National de Jean-Marie Lepen.  Ultimement Chirac ne pouvait pas livrer sur sa promesse de réforme et a fini sa carrière politique en queue-de-poisson. 

Lors des dernières élections, les Français ont soutenu l’ancien Ministre de l’Intérieur, celui qui était responsable de la réponse gouvernementale pendant les émeutes de 2005.  Sarkozy allait mettre les choses en place.  Ça n’a pris que quelques mois pour que la déception s’installe.  Au contraire de ses prédécesseurs, la popularité de Sarkozy a chuté en un temps record.  Ce n’est pas le fait que les Français boudent leur président, ils ont toujours fini par le faire, mais ce qui est étonnant est le peu de temps que ça a pris.  Coyote ugly.  Les Français hésitent à chiquer leur patte collective, mais il est évident que  Cendrillon est devenue citrouille.

Les élections municipales ont eu lieu en France la semaine dernière.  Les résultats furent un énorme succès pour les Socialistes.  Les gouvernements municipaux ont beaucoup plus d’importance en France sur le plan national qu’aux USA.  Il est rare, sauf dans les plus grandes villes américaines que l’orientation politique des candidats a une portée sur les élections municipales.  Par contre en France, le parti politique du candidat a autant d’influence sur le vote que sa popularité personnelle.  En installant les Socialistes aux mairies partout en France, le peuple envoyait un message clair au président, et le message est : on ne t’aime plus.

Nicolas Sarkozy n’est pas connu pour ses qualités diplomatiques.  Sa réputation est celle d’un bulldog.  Partout où je passe, on me raconte l’histoire du président et du fermier.  Dans une foire agricole récemment, un fermier a refusé de serrer la main du président, ne souhaitant pas, selon les rapports, de se « salir ».  La réponse du président fut bref et bulldogesque :  Casse toi, petit con.  Chaque fois qu’on me raconte cette anecdote, on raconte aussi une histoire semblable concernant Jacques Chirac.  Lors d’un discours présenté par le président Chirac, quelqu’un dans la foule a crié « Connard. »  La réponse de Chirac est classique,  « Et moi, je m’appelle Chirac. »   Les deux histoires font partie du folklore français maintenant.  Elles sont toujours associées comme pour illustrer la différence de style des deux hommes, et pour souligner l’agressivité de Sarkozy.  Il paraît être un mégalomane obnubilé par le « bling-bling » et les médias.  La plupart des Français lui pardonnent son divorce médiatisé ainsi que son mariage également médiatisé avec la chanteuse pop et ancien mannequin, Carla Bruni.  C’est son affaire, après tout.  Mais les Français voient son appétit démesuré de reconnaissance et son orgueil sans réserve comme étant grossiers.   Son association avec les riches et célèbres de ce monde est un affront aux Français qui sont dans une situation économique précaire.  Dans un effort de paraître plus présidentielle, Sarkozy s’est lancé récemment dans une tournée des monuments de guerre posant une gerbe au monument des Poilus de la Guerre de 14, etc.  Pendant ce temps, Carla restait au foyer.

En parlant de Coyote ugly, je signale que George W. Bush quittera l’office de la présidence des USA l’année prochaine laissant derrière lui une économie en lambeaux et le pays enlisé dans une guerre désastreuse qui aurait coûté des milliards de dollars ainsi que des milliers de vies américaines, et surtout iraqiennes.   Deux tiers des Américains pensent que l’invasion de l’Iraq était une erreur.  À l’occasion du cinquième anniversaire de l’invasion, le président Bush a confirmé avec ferveur sa conviction que l’invasion était «  la bonne chose à faire » (the right thing to do). Nous avons gaspillé des milliards de dollars et détruit des milliers de vies.  Nous avons perdu notre standing dans le monde, et sommes otages d’un stratège sans but précis.  Par contre, la plupart des Américains ne semblent pas êtres dérangés par ceci.  Peut-être qu’on devrait faire venir des Français pour nous apprendre à organiser des manifestations, ou au moins de se plaindre.  La plupart de mes concitoyens semblent satisfaits de regarder des émissions imbéciles à la télévision en mangeant du « junk food ».  Coyote ugly.  Mais on peut se demander qui est le coyote. 

Voici le sujet ultime de ce rapport :  Je déclare par ceci mon soutien de Barak Obama dans sa candidature à la présidence des USA.  Le Senator et candidat républicain, John McCain, était de passage à Paris cette semaine après avoir visité l’Iraq.  Il a dit que les USA doivent « écouter leurs alliés », un effort démagogique de plaire aux Français. Il essaie de projeter une image présidentielle. Mais enfin, John !   Il est un patriote sincère, un héro de guerre, mais très évidement incapable de rompre avec la politique arriéré du président actuel.  « Nous resterons en Iraq pour 100 ans si nécessaires, » il a proclamé.  Il s’est dit « honoré » par le soutien de George W. Bush, le même George W. Bush qui a répandu la rumeur que John McCain avait un fils noir illégitime lors de la campagne républicaine en Caroline du Sud en 1999.  Si John McCain est élu, il faudrait chiquer bien plus que sa patte.

Mon soutien d’Obama est basé sur une seule raison.  Il ne m’impressionne pas avec son message de « Changement ».  Dans une situation aussi merdique que celle des USA actuellement, de prêcher le « changement » n’est pas particulièrement original ni particulièrement osé.  Je dirais même qu’Hillary Clinton me semble plus expérimentée.  Cela dit, il est t difficile d’imaginer comment quelqu’un, aussi expérimenté qu’il soit, va réagir face aux défis de la présidence américaine. Je n’ai aucun problème avec l’idée d’avoir une femme président des USA, mais la raison que je soutienne Obama est basée sur autre chose que ma perception d’Hillary ou de son mari.

Si l’on retourne au mois de mars 2003 dans les archives des rapports postés sur ce site, mon opposition à l’invasion de l’Iraq est bien claire.  Je prévoyais même que les USA allaient s’enliser dans un « Viet Nam avec sable. »  Où se trouvaient à cette époque les « deux tiers des Américains qui pensent que l’invasion était une erreur » ?  Il y avait des idiots qui effaçaient des pancartes de rues les noms français dans ma ville natale.  On voulait se venger contre le président français qui osait contrecarrer George W. Bush.  On a pris comme cible tous ce qui était associé à la culture française, comme les pancartes de rue.  En même temps, des journalistes américains de grand standing répandaient la propagande du gouvernement américain de la façon la plus honteuse.  Le pays était saisi par une épidémie de connerie nationaliste.  C’était difficile de trouver des gens opposés à la guerre à part moi, Bill Nevins et Barak Obama (je plaisante, nous étions des millions).  Ça ne m’a rien coûté.  Bill Nevins a payé le prix de son opposition à la guerre par la perte de son emploi.  Tandis que Barak Obama, il aurait pu perdre son avenir politique tellement que les ultranationalistes battaient le tambour.  Mais il a choisi de nager contre le courant et de faire face à la folie collective d’un pays imbibé de sa mythologie venteuse.

Je soutiens Barak Obama parce qu’il m’a permis d’imaginer que dans cette fosse septique qui est Washington D.C., il est possible qu’il y ait un politicien qui suit sa conscience.  Quelqu’un qui est prêt à défier le pouvoir et l’argent et la pression publique pour suivre ses convictions.  Pour m’avoir donné cet espoir, je soutiens Barak Obama.




March 5, 2008

Dans l’histoire de la communauté cadienne il y a trois évènements majeurs. D’abord la déportation, l’exil et l’arrivée en Louisiane. Ensuite la Guerre de Sécession, et enfin la Deuxième Guerre Mondiale. Avec l’entrée des Etats-Unis dans la guerre en 1941, la population mâle de tout le pays y compris de la Louisiane était partie dans l’armée. Tous les jeunes hommes en bonne santé de 18 à 35 ans sont partis pendant les quatre années de la guerre. Beaucoup d’entre eux n’avaient jamais quitté les confins de leur paroisse. Plusieurs ne parlaient pas l’anglais. Ils sont revenus en Louisiane avec une identité nouvelle, renforcée par leur expérience. Ils étaient fiers d’être Américains, et leur culture était irréversiblement changée. Ils partageaient avec les Américains le goût des « Big Bands ». Mais il y avait un courant qui coulait sous la surface, et ce courant allait monter à la surface d’une façon éclatante créant ainsi l’âge d’or de la musique cadienne.

Les Cadiens qui sont partis à la guerre, au moins ceux qui en sont revenus, étaient encore jeunes. Après les années de guerre, ils avaient le goût de s’amuser, de danser, de courtiser. Ce désire de divertissement a contribué directement au phénomène des salles de danse. Avant la guerre, les danses se tenaient chez un particulier. Une invitation était lancée dans toute la communauté. Les traditions d’hospitalité engageaient l’hôte à accueillir tous ceux et celles qui se présentaient. La musique et la bouffe étaient offertes par l’hôte bien que la plupart des invités arrivaient avec un plat. Dans une des chambres, on installait les bébés sous la garde des veilles femmes qui leur chantaient des berceuses, d’où le nom « Fais do-do ». Après la guerre, toutefois, les bals de maison ont été abandonnés en faveur des salles de danse commerciales. On construisait des bâtiments qui servaient uniquement aux danses. On vendait de la boisson, et l’accès au plancher de danse, au moins pour les hommes, était payant. C’était un phénomène accessible uniquement aux adultes. Il y avait une scène (band-stand) consacrée aux musiciens au bout du plancher de danse, avec des tables de chaque côté pour les clients. Ces salles de danses, qui se trouvaient un peu partout sur la prairie (La Poussière, The Triangle Club, The China Ball Club, Hick’s Wagon Wheel) ont contribué à faire de la musique cadienne une institution. Il n’y avait pas de village où l’on ne pouvait pas trouver une salle de bal, du moins le vendredi et le samedi soir.

Les salles de danses ont créé beaucoup de travail pour les musiciens. Les orchestres de fortune des bals de maison ont cédé la place aux orchestres professionnels de l’après-guerre. La formation musicale a évolué aussi. Il y avait l’accordéon bien sûr, et un ou parfois deux violons, mais à cette formation de base, on ajoutait la batterie, la basse électrique et le peddle steel guitare. Cet instrument typique des orchestres country est devenu ubiquitaire dans les orchestres cadiens. Jouant au moins deux fois par semaine et souvent bien plus, les orchestres de l’époque ont défini un nouveau style plus sophistiqué : Lawrence Walker, Blackie Forestier, Ambrose Thibodeaux, Jimmy C. Newman, Larry Brasseux, Belton Richard et Aldus Roger jouissaient d’une popularité exceptionnelle. Ce dernier, avec ses Lafayette Playboys, était connu de tout le monde grâce à son émission de télévision. Les postes de radio, KSIG à Crowley, et KROF à Abbeville diffusaient la musique à partir des années 50, mais c’était avec l’émission d’Aldus Roger, diffusée sur les ondes de KLFY-TV que la musique cadienne est rentrée dans l’ère moderne. Diffusée le dimanche matin, cette émission était la bande sonore de ma jeunesse. Chaque dimanche quand la famille se réunissait chez ma grande mère, Aldus Roger jouait à la télévision, jouant avec brio l’accordéon diatonique qu’il a emmené à un niveau supérieur. Mais celui qui allait avoir la plus grande influence ne jouait pas à la télévision, ni à la radio. En fait, il avait de la difficulté à trouver des engagements. Presque aveugle, Ira Lejeune allait mourir tragiquement à l’âge de 27 ans laissant derrière lui une famille nécessiteuse et les plus belles chansons de la tradition de danse cadienne.

La vie d’Ira Lejeune était le modèle classique de la vie de bluesman. Effectivement aveugle, portant des lunettes épaisses comme un fond de bouteille, il ne pouvait accomplir aucun travail manuel. Dans une société rurale où le métier de musicien professionnel est associé à des périodes fastes où l’on est obligé de faire autre chose pour nourrir sa famille, Ira Lejeune ne pouvait que jouer de la musique. Son orchestre n’était pas parmi les plus populaires, peut-être à cause de son allure étrange, avec ses grosses lunettes sur le nez. Il jouait assis au contraire de tous ses confrères, qui, eux, jouaient debout. J’ai souvent entendu qu’il jouait « trop vite » et que sa musique était difficile à danser. Il a enregistré 24 chansons, la plupart chez lui dans la cuisine, qui sont le coeur du répertoire classique cadien. Il était, à lui seul, responsable de la résurgence de l’accordéon. En 1948 sa chanson La Valse du Pont d’Amour était un succès phénoménal. Cette chanson, plus que toute autre, a donné à la tradition ses lettres de noblesse. Une nuit en rentrant après un bal, la voiture dans laquelle lui et son groupe voyageaient a eu un pneu crevé sur la Hiway13 entre Eunice et Crowley. Ira se promenait dans le chemin pendant qu’on réparait le pneu. Il n’a jamais vu la voiture qu’il l’a frappé. Quand on est arrivé à l’hôpital, il était déjà mort. Il avait 27 ans.

Deux ans après la sortie de La Valse du Pont d’Amour, un autre 78 tour a bouleversé le monde de la musique en Louisiane. La chanson s’appelait Ma Tee Fee (Ma Petite Fille) et l’artiste s’appelait Clifton Chenier. Clifton allait à lui tout seul créer un genre musical connu aujourd’hui comme le Zydeco. En 1950, il travaillait à Houston comme journalier et c’est là qu’il a rencontré Lightning Hopkins. Jusqu’alors, ignorant du blues, cette rencontre était pour Clifton une épiphanie. Retournant en Louisiane, il a abandonné l’accordéon diatonique de son père pour apprendre l’accordéon chromatique, ce qui lui a permis de jouer les trois accords du blues classique. Clifton a également modernisé l’orchestre, ajoutant batterie, basse électrique, et saxophone. La musique de Clifton s’approchait davantage de celle des noirs américains, mais elle gardait toujours sa couleur unique, grâce à l’accordéon et aux rythmes typiques. Son frère Cleveland a modifié le frottoir à laver, créant ainsi l’instrument de percussion des orchestres de Zydeco moderne, le rub-board. Grâce à Clifton Chenier le Zydeco a pris une tournure urbaine, plus proche du blues, mais la racine est restée la même. C’est Amédé Ardoin, cousin de Bois-Sec qui a eu le plus d’influence sur Clifton. C’est peut-être surprenant, vu l’écart aujourd’hui entre la musique cadienne et le Zydeco, mais une des plus grandes influences sur Ira Lejeune était ce même Amédé Ardoin.

Bien que le Zydeco et la musique cadienne (Cajun music) soient aujourd’hui deux styles distincts, ils partagent la même racine et sortent de ce même bouillon de culture qui se trouvait sur la prairie des Attakapas au début du 20e siècle. Quand j’écoute Amédé Ardoin, un Créole noir, et Amédé Breaux, un Cadien blanc, je peux difficilement faire la différence. Les influences s’entrecroisaient sans cesse et toutes les communautés ethniques ont eu leur part d’influence dans la création du style. Mais avec la Deuxième Guerre Mondiale, les deux styles, la musique Cajun et le Zydeco sont arrivés à une fourche. L’isolement de la communauté était à tout jamais brisé, et les influences venues de l’extérieur étaient forcément différentes pour les Cadiens et pour les Créoles . L’inclusion de la batterie dans les orchestres avait une influence déterminante sur l’évolution des deux styles. Les Créoles et les Cadiens concevaient le rythme de deux façons différentes. L’instrumentation des orchestres allait aussi prendre deux cours différents, les blancs attirés par la musique country et les noirs par le blues.

Bien que la musique cadienne et le Zydeco soient aujourd’hui deux styles distincts, si l’on remonte jusqu’au début, on se rend bien compte qu’ils ne sont que deux branches du même arbre. Ce n’est qu’à partir des années 1950 que les styles ont commencés à se distinguer l’un à l’autre. Par contre si l’on écoute la musique française de la Louisiane des années 1930 et 1940, on voit clairement que la musique des Cadiens et la musique des Créoles noirs ont poussé de la même racine.




February 6, 2008

Les Amerindiens plaçaient des gourdes creusées autour de leurs habitations dans l’espoir d’attirer les hirondelles noires.  À part leur voltige acrobatique, et leur chant amusant, les hirondelles rendent un service très appréciable : elles consommaient quantité d’insectes notamment les maringouins.  La relation entre l’homme et l’hirondelle noire en Amérique du Nord est une histoire de plusieurs siècles. 

Nous avons entretenu une colonie d’hirondelles (progne subis) d’année en année quasiment depuis la construction de la maison en 1981.   Je regarde avec beaucoup de plaisir les générations se suivrent.  J’attends avec anxiété leur arrivée à chaque printemps.  Je les ai protégées des serpents rats (Elaphe obsoleta indheimer) et des moineaux domestiques.  Leurs piaulements et leur voltige me rendent heureux.  L’envol des poussins au mois de juin me remplit d’une joie mélangée de nostalgie, car une fois que les petits ont pris leur envol, il n’est que question de jours avant que toute la colonie nous abandonne.  Elles vont se nicher ailleurs écoutant l’appel solennel de leur instinct.  En septembre elles vont se regrouper en volées énormes, des centaines voire des milliers d’individus, nichant sous les ponts en tumulte.   Un beau jour d’automne, le vent du Nord dans le cul, elles partiront vers leurs aires d’hivernage au  Brésil.  Au printemps de 2007, pour la première fois depuis plus d’un quart de siècle, mes hirondelles ne sont pas revenues.

La tradition louisianaise prétend que les hirondelles reviennent le jour du carnaval.  Comme le Mardi Gras change de date à tous les ans, allant du début février jusqu’au début mars, on peut bien douter de la véracité de cette légende rurale.  Mais je suis là pour porter témoin.  Il ne s’est pas passé un Mardi Gras chez nous sans qu’un éclaireur hirondelle arrive.  Ça se passe, en général, tôt le matin.  En prenant ma promenade, je vais entendre un sifflement.  D’abord je ne fais pas attention, mais dans le courant de la matinée, je vais enfin me rendre compte : elles sont de retour.  J’aurais monté les cages depuis quelque temps, faisant attention de ne pas trop les nettoyer, car un peu de boue sèche donnera plus d’emprise.   C’est fabuleux d’imaginer qu’un oiseaux en partant de son aire d’hivernage à des milliers de kilomètres de chez nous peut concorder son arrivée avec une fête franco-catholique, une fête qui change de date à tous les ans en plus.  Étrange mais vrai. 

L’éclaireur tournera autour les cages pendant un jour un deux, tombant du ciel dans un vol exalté, poussant son cri rauque.  Il retournera dormir avec ses amis quelque part au loin.  Un jour, il sera accompagné d’une jolie demoiselle.   Ce jour-là, le mâle fera une démonstration de séduction, tournant autour de la cabane, piaulant, les yeux pleins d’amour.  À moment donné, les deux vont se poser sur le toit de leur domicile élu.  Dans quelques jours les cabanes seront toutes remplies et la colonie installée de nouveau.

C’était la veille de la fête des mères au mois de mai, 2003 que la colonie a connu son pire moment.  À la tombée de la nuit, j’ai vu une ombre qui montait le poteau d’une des cages.  Mon coeur a sauté.  Un serpent-rat montait.  Le « Texas rat snake » est plutôt apprécié par les habitants.  Friand des rats et souris, non-venimeux, ma relation avec ses serpents était « vis et laisse vivre ».  Mais quand il a envahi la colonie d’hirondelles, le serpent avait traversé le seuil de l’intolérable.  Claude, ma femme, est moi étions effrayés.  Je ne voyais pas ce que je pouvais faire. L’idée de monter sur une échelle (les cabanes sont suspendues en l’air à 3 mètres du sol) dans le noir pour attraper un serpent me semblait peu intéressante.  On a resté planter comme des statues, embêtés, sans le moindre idée de ce que l ‘on pourrait faire.  Pendant ce temps le serpent étouffait sa victime.  Le serpent rat tue en asphyxiant comme les pythons.  On était très mal à l’aise, imaginant les petits os se brisant. 

Finalement j’ai passé à l’action. J’avais par hasard un grand sac en plastique transparent.  Je suis monté délicatement, passant le sac par-dessus la cabane, très soucieux de ne pas provoquer notre visiteur. Le sac en plastique en place, attaché par le bas, nous sommes allé nous couché.  Le lendemain, le pauvre serpent était au fond du sac.  Il avait l’air bafoué, manquant de l’air.  Maintenant que faire?

J’ai un ami qui travaille pour le service de la faune (US Fish and Wildlife Service).  Je l’ai téléphoné en pensant  qu’il allait venir me débarrasser du serpent.  Après tout, c’est son travail.  Mais c’était le dimanche de la fête des mères.  Il  a laissé un « snake stick » devant sa maison pour que j’aille le chercher.  Un « snake stick » est un bâton d’environ un mètre de long, avec au bout un clamp qui est activé par une gâchette.  En moins qu’une heure, le serpent était dans le camion en route pour son nouveau pays.  Il mesurait plus d’un mètre de long et, malgré la fatigue, était encore assez vigoureux.  On l’a emmené suffisamment loin pour qu’il ne revienne plus.  On a trouvé un site assez prometteur dans un boisé paisible le long d’un bayou sinueux.  Nous lui avons souhaité bonne chance et sommes retourné voir nos hirondelles. 

La colonie a été décimée.  Des douze couples, il n’en restait que trois.  Je craignais qu’elles abandonnent le site.  C’était en mai, quelques semaines à peine avant l’envol des poussins.  Je ne les ai plus de l’été.  Mais le matin du Mardi Gras prochain en 2004,  l’éclaireur est paru.  Mes hirondelles étaient de retour.  Pendant les trois ans qui ont suivi, la colonie s’est rétablie petit à petit.  J’espérais que pendant l’année 2007, la colonie allait pouvoir atteindre sa population pré-serpent. 

Le 20 février 2007,  en me promenant dans la cour, je l’ai vu.  J’ai été surpris, comme à tous les ans.  Je savais qu’elle était une des notres.  Ma petite colonie est distinguée par une anomalie génétique, une tache blanche à l’aile sur les secondaires.  Il portait la tache.  Le lendemain le mâle est revenu avec deux femelles.  Pendant toute la matinée le petit groupe volait autour, plongeant du ciel comme des kamikazes, se posant sur le toit d’une cabane.  Ils sont revenus pendant plusieurs jours, et après rien.  J’ai attendu plusieurs semaines avant de démonter les cabanes, envahies de moineaux.

Je me demande encore la raison de la chute de ma colonie.  Est-ce dû à un évènement malheureux, une tempête tropicale qui les a surpris en route?  Je sais que l’on coupe la forêt amazonienne à un taux inquiétant, une zone la taille de l’état de Delaware disparaît chaque année.  Est-ce que mes hirondelles ont été victimes de la disparition d’habitat dans leur second pays?  Ou, est-ce que le problème est d’origine locale. Je sais que les hirondelles préfèrent les espaces ouverts.   Les arbres que j’ai plantés avec tant d’acharnement commencent maintenant à monter au ciel, empiétant sur les pistes d’atterrissage qu’emploient les hirondelles.  Est-ce qu’elles ont abandonné mon terrain pour un site plus convenable?  Pourtant les arbres n’ont pas poussé tant depuis l’année passée. 

Est-ce un problème de nourriture?  J’habite une zone agricole où les pesticides sont utilisés en grande quantité.  En plus, on tente d’empoisonner les maringouins (et par conséquent les autres insectes).  De temps en temps un camion de la paroisse (comté) passe dans la brunante laissant traîner un nuage de poison destiné à nous débarrasser des moustiques, l’aliment préféré des hirondelles.  Les hirondelles sont insectivores exclusivement.  Pas d’insecte, pas d’hirondelle.  Je ne saurais probablement jamais la raison de la disparition de ma colonie d’hirondelles noires, mais une chose certaine, elles sont, comme toutes les espèces migratoires, menacées. 

Depuis les années 1960, on étudie la migration d’oiseaux en Amérique du Nord grâce au radar.  Le pionnier de cette méthode est Sydney Gautreaux, ancien professeur de Louisiana State University.  M. Gautreaux est rendu actuellement à Clemson University où il dirige le programme de recherche ornithologique (http://virtual.clemson.edu/groups/birdrad/index.htm).  Selon ses études, depuis les années 1980,  la population des oiseaux migrateurs en Amérique du Nord a chuté d’environ 50%.  Il est impossible de compter avec précision le nombre des milliards d’oiseaux qui traversent le Golfe du Mexique, mais grâce au radar, on peut évaluer la population aviaire en étudiant la densité des images lors de la migration printanière.   À chaque soir, de février jusqu’en mai, des millions, voire des milliards d’oiseaux traversent le Golfe du Mexique en direction du nord, vers leur territoire de nidification.  La chute des populations est incontestée et due essentiellement à la perte d’habitat.  Mais il y a un nouvel élément de souci : les changements climatologiques et le réchauffement de la planète. 

Comme l’explique David Wilcove dans son nouveau livre publié aux éditions Island, No Way Home, les changement climatologiques risquent d’avoir des conséquences dramatiques sur les oiseaux migrateurs.  La migration aviaire est un phénomène extraordinaire.  On ne sait pas tous les détails, mais on comprend bien les bases.  Pourquoi migrer des centaines voire des milliers de kilomètres, surtout quand les aires d’hivernage offrent quantité de nourriture?  Il s’agit d’un stratège de reproduction mis à point depuis des millénaires.  En migrant, les oiseaux évitent une concurrence sur le territoire d’hivernage avec les oiseaux tropicaux, et ils occupent un territoire relativement vide lors de leur nidification. Idéalement, les oiseaux  insectivores comme mes hirondelles, arrivent sur leur territoire en même temps que l’éclosion des insectes, ce qui assure l’alimentation des poussins.  Avec les changements climatologiques, les insectes éclorent plus tôt qu’auparavant.  Les oiseaux, eux, suivant les indices de luminosité, ne changent pas leur départ en fonction.  Ce qui risque de créer un manque de nutrition dans la période de nidification.

Le Mardi Gras cette année est le 5 février.  Tôt.  Ce qui veut dire que je n’ai pas beaucoup de temps pour monter mes cabanes en espérant un beau matin de voir une hirondelle qui arrive comme un éclair en pourpre foncé se poser délicatement chez lui.




January 1, 2008

Chers amis, avec mes meilleur voeux pour une nouvelle année remplie d’amour et de bonne musique. Les rapports mensuel recommenceront le 6 février. Merci de votre fidélité.

– Zachary