Zachary Richard
discography téléchargements paroles & poésie concerts & nouvelles rapport mensuel photos biographie boutique
 
 
rapport mensuel actuel

rapports 2018 - archives
rapports 2017 - archives
rapports 2016 - archives
rapports 2015 - archives
rapports 2014 - archives
rapports 2013 - archives
rapports 2012 - archives
rapports 2011 - archives
rapports 2010 - archives
rapports 2009 - archives
rapports 2008 - archives
rapports 2007 - archives
rapports 2006 - archives
rapports 2005 - archives
rapports 2004 - archives
rapports 2003 - archives
rapports 2002 - archives


Zachary Richard rapport mensuel 2012
 


Zachary Richard Monthly Report Header

mis jour le 5 décembre, 2012

Le 24 novembre, nous avons joué à Saint Camille dans les Cantons de l’Est.   On peut trouver ce petit village sur Google Earth en cherchant « milieu de nulle part ».   Parti de Sherbrooke  sur des petites routes sinueuses, quelque temps plus tard nous arrivons au croisement des rues Miquelon et Desrivières. 

La première neige de cet hiver tardif tombait, donnant une ambiance féérique.  Comme un phare lumineux, la boîte à chanson nous attend avec à l’intérieur une chaleur plaisante et un aimable accueil.  On s’installe et suite au sound-check, on nous a servi une pizza à plusieurs saveurs : végétarienne, aux oignons, et au bison (!).  Autour d’une grande table soigneusement servi par Gigi et MuMu et Renée, je fais connaissance de nos hôtes et j’apprends l’histoire étonnante de Saint-Camille.

Saint-Camille est fondé en 1848 par des colons d’un peu partout au Québec.  Il est parmi les premiers villages francophones des Cantons de l’Est, région majoritairement anglophone à l’époque.  Peut-être c’est de là que vient son héritage de ténacité.

Dès sa fondation, Saint-Camille connaît une croissance démographique importante, mais au fil des années, le village se vide au début des années 1990, le village est à la veille de disparaître.  Face à cette situation, la municipalité lance en 2001 un plan d’action de sauvegarde.  Elle développe des projets domiciliaires, sollicitant des jeunes familles à s’installer, et des  projets communautaires.  Et ça marche.  La population se stabilise et on sauve l’école. 

Il y a deux projets qui se démarquent : le P’tit Bonheur et La Corvée.  Le P’tit Bonheur, endroit dans lequel on joue, est l’ancien magasin général converti en pizzaria.  Tous les vendredis, quasiment tout le village se rassemble pour déguster la pizza du P’tit Bonheur.  Dès 4h du matin, le pâtissier voisin prépare la pâte.  Les bénévoles arrivent à partir de 7h.  En saison on peut terminer le repas avec les fraises d’une ferme associée à la coopérative maraîchère locale, La Clé des champs.  

De plus, Le P’tit Bonheur loge une galerie d’art.  C’est ici également où se trouve le CIMR (Centre d’interprétation en milieu rurale) qui offre des activités de formation dont certaines en collaboration avec l’Université de Sherbrooke et la Corporation de développement socio-économique de Saint-Camille.

Une autre belle réussite pour le village est La Corvée, Coopérative de Solidarité en Soins et Services.  Cet organisme offre une multitude de services : une clinique de santé avec infirmière, ostéopathe, massothérapeute, et acupuncteur.  La Corvée propose des activités physiques et de relaxation pour les retraités.  Elle participe également à la rédaction d’un journal communautaire.  La Corvée offre aux villageois un jardin communautaire et une cuisine collective..

Toute cette activité communautaire a forcément crée des liens très solides entre les habitants qui se sont battu et se battent encore pour la survie de leur village.  Ceci les a préparé pour leur plus grand défi :  la résistance aux compagnies minières qui espèrent raser Saint-Camille de la carte pour exploiter ses richesses minières.  Assis dans le salon du P’tit Bonheur, on a les fesses collées sur d’importants dépôts d’or.   La compagnie minière Bowmore espèrait créer une mine d’or à ciel ouvert à Saint-Camille, mais devant le refus d’accès des citoyens, la compagnie a mis fin à son projet en 2011. 

Avec cette victoire assurée par la fermeté du conseil municipal et la détermination des citoyens, Saint-Camille fait figure de village gaulois dans la bataille citoyenne contre le secteur minier et celui des gaz de schiste.  Collectivement, les citoyens ont refusé tout accès à leurs propriétés à la compagnie.  Mais l’histoire n’est pas finie, car en plus de l’or, on estime qu’il y a d’importants dépôts de gaz de schiste dans le sous-sol du village.

«Si on arrive à se rendre jusque-là, explique Joël Nadeau chef du mouvement Mine de rien, et que notre stratégie de blocage du territoire est adoptée par les groupes de citoyens en lutte contre les exploitants des gaz de schiste ou par ceux qui, en Abitibi-Témiscamingue, s'inquiètent de la multiplication des projets de mines à ciel ouvert, on a des chances d'inverser en faveur de l'action citoyenne le rapport de force actuel.»

Cette stratégie de refus d'accès se base sur l'actuelle Loi sur les mines, qui selon les articles 65, 170 et 235 exige la conclusion d'une «entente à l'amiable préalable» pour que le propriétaire de droits souterrains ait accès aux terrains en surface pour des fins d'exploration. Si l'accès à la surface lui est refusé, une minière peut soit renoncer à son projet, soit demander à Québec de confier à un tribunal le soin d'exproprier le ou les récalcitrants en fixant une indemnité.

Selon le porte-parole de la coalition Pour le Québec, Ugo Lapointe, «en invoquant leur droit au consentement préalable et en interdisant à la compagnie Bowmore l'accès à leurs terrains, la municipalité de Saint-Camille et des dizaines de familles ont amorcé un test sans précédent qui pourrait faire boule de neige au Québec, autant dans les régions minières que dans les régions touchées par les projets d'exploration des gaz de schiste.»

Le groupe Mine de rien, qui a mobilisé tout Saint-Camille, a facilité aux citoyens l'accès au site Internet du gouvernement pour qu'ils puissent identifier tous les détenteurs de droits souterrains, miniers, pétroliers ou gaziers, afin qu'ils puissent leur faire parvenir un refus d'accès formel.

Au cabinet de l’ancienne ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, on a refusé de commenter la «situation hypothétique» d'un vaste mouvement de refus d'accès adressés aux sociétés d'exploration des gaz de schiste.

Tout ceci s’est passé en 2011.  Mais comme la rouille, les exploiteurs des richesses naturelles ne dorment jamais.  Quelque part en même temps qu’on mangeait notre pizza au bison, il y des gens qui veillaient tard pour trouver une façon de déloger les habitants et de gagner accès aux richesses qui se trouvent en dessous du P’tit Bonheur.  Mais de ça, cette nuit, aucun signe.

La petite salle était pleine à craquer.  Des gens de tous les âges dansaient, chantaient avec nous.  On annonce que la levée de fonds a réussi à accumuler $125,000, de quoi  assurer la vie du P’tit Bonheur pour un encore un an.

J’ai été très touché par ces gens, facile d’accès et simples, comme le fabricant d’instruments de percussions, Michel Ouellet, mondialement connu, et sa femme Renée, directrice du P’tit Bonheur, et d’autres bénévoles, des vieux, des jeunes et des entres les deux. Pendant cette soirée on a pu danser et chanter et exprimer notre joie de fêter ensemble.  Les gens avaient l’air heureux.  Loin de la grande ville et toutes ses tentations urbaines, les fesses collées sur l’or, on a fêté.  Tout simplement.

Longue vie à Saint-Camille et à tous ses habitants. 




mis jour le 24 octobre, 2012

Laisse le vent souffler  /  mettant en vedette Sonny Landreth à la guitare

Les ouragans ont toujours fait partie de la vie en Louisiane.  Je me rappelle de mon premier, Audrey.  J’avais 6 ans, caché dans le bras de ma mère cherchant refuge du vent.  Mon père était parti pendant trois jours, naufragé sur le toit d’un bâtiment du camp de Boy Scout où il s’est rendu pour préparer contre la tempête.  Il a passé nuit et jour à se battre contre les animaux et les serpents enragés par l’inondation avant que la Croix Rouge arrive enfin pour le secourir.

Le réchauffement de la planète contribue a l’augmentation de la fréquence et de la violence des tempêtes tropicales qui s’abattent sur la côte louisianaise.  Cette chanson rend hommage à la ténacité et la résilience des habitants du littoral.  D’ici plusieurs générations, il y aura encore des gens qui vont habiter ses terres et qui vont chanter « Laisse le vent souffler ».

Sweet Sweet

La danse fait partie intégrale de la vie sociale en Louisiane.  Cette chanson rend hommage à la salle de danse et la romance qui y est associée.   Le violon de Félix LeBlanc, des Îles de la Madeleine, ajoute une touche acadienne du nord et fait un mariage parfait entre les styles « cajun » et « acadien ».

Le Fou

Le fou dont parle cette chanson est le Fou de Bassan qui fut le premier oiseau capturé et nettoyé pendant la catastrophe Deepwater Horizon (la marée noire) de 2010.  D’avril à septembre 2010, plus de 5 millions de barils de pétrole ont été déversés dans le Golfe du Mexique.  Il y a toute sorte de folie, mais le plus dérangeant est la folie collective de l’homme dans son exploitation sans relâche de ressources naturelles.    Les conséquences de cette exploitation aveugle risque non simplement de détruire l’environnement naturelle, mais de mettre en péril la qualité voire la vie même des êtres humains.

Clif’s Zydeco  /  mettant en vedette Sonny Landreth

Le roi du Zydeco sera toujours Clifton Chenier.  De retour de Houston au début des années 1950, Clif a rapporté le blues qu’il a appris de Lightning Hopkins, changeant radicalement la musique de danse des créoles noires de Louisiane.   La racine du Zydeco (prononcé zarico) est plantée en Afrique et a poussé dans le sud-ouest de la Louisiane dans un métissage basé sur l’accordéon diatonique.  Cette chanson rend hommage à Clifton, mais aussi à ses collègues dans le panthéon du style :  Boozoo Chavis, Rockin’ Dopcie, Beau Jocques, Joe Mouton, Amédé Ardoin,  Bois-sec Ardoin et Queen Ida Guillory.  Quel plaisir d’entendre Sonny Landreth jouer sur la chanson.  Sonny faisait partie de l’orchestre de Clif dans les années 1970. 

La chanson des migrateurs

J’ai toujours été inspiré par les oiseaux migrateurs.  Jeune enfant,  couché dans mon lit, j’entendais les oies criaient au début de l’automne.  Ça me fascinait cette arrivée annuelle suivie par leur départ au printemps, leurs chevrons perçant le ciel.  Cette chanson parle de séparation et retrouvaille.   Depuis plusieurs années je pratique le tir à l’arc Kyudo.  J’assistais à une séance donnée par le maitre Kanjuru Shibata.  Pour lui faire plaisir, un soir je lui ai chanté une chanson.  Il m’a répondu avec une à lui.  Sa chanson parlait des oies migrateurs, de la tristesse de la séparation et la joie des retrouvailles.  J’ai écrit cette chanson pour mon petit-fils Émile la veille de son départ vers sa ville de Paris. 

Lolly Lo

La dernière chansons écrite pour l’album.  Dédiée à ma très chère Claude.

La ballade de Jean Saint Malo

Jean Saint Malo fut le chef de la plus grande révolte d’esclave en Louisiane pendant la période espagnole.  Allant de plantation à plantations dans les environs de la Nouvelle-Orléans, les insurgés libéraient les esclaves ajoutant à leur nombre au passage.   Le quartier-générale de Jean Saint Malo se trouvait sur les rives du Lac Borgne de 1780 à 1784.  Les troupes espagnols ont finalement réprimé la rébellion et plus de cent « marrons » furent capturés.  Jean Saint Malo est pendu sur la Place d’Armes (aujourd’hui Jackson Square) le 19 juin, 1784.  Un « marron » est un esclave en fuite, le mot venant de l’espagnol « cimarron ».

Crevasse Crevasse

Une « crevasse » en Louisiane est le terme pour une brèche dans la digue et donc une catastrophe de proportions bibliques.   La crevasse faisait partie de la vie louisianaise continuellement jusqu’au début du 20e siècle.  Le levée au dessous de la Nouvelle-Orléans à crever en 1849 en face de la plantation de Pierre Sauvé.  La ville fut inondée.  En 1871, il y avait encore une brèche à Bonnet Carré.  L’inondation a rejoint le Lac Ponchartrain, inondant une partie de la ville.  Le levée ne fut pas réparée avant 1883.  Pendant l’inondation de 1927, la digue est dynamitée à Caernarvon dans la paroisse de Plaquemines  pour sauver la ville.  Des milliers de personnes sont naufragés.

Bee de la manche

Voici une de mes chansons traditionnelles préférées.  Une « manche » en Louisiane est un petit chemin emmenant à une habitation.

Orignal ou caribou

En tournée en 2010 accompagné par mon petit-fils Émile, il m’a informé qu’il souhaitait faire un album.  Alors nous avons commencé à écrire des chansons.  Celle ci est écrite avec Émile et notre ami Florent Vollant.  Nous étions dans le Parc de la Gaspésie.  Dans une brochure du parc il y avait plusieurs photos qui nous inspiraient dont une d’une orignal et une autre d’un troupeau de caribou.   Dans mon carnet, j’ai écrit « orignal ou caribou » pensant de faire une chanson soit d’une orignal ou d’un caribou.  Plus tard on s’est rendu compte qu’il s’agit d’une chanson qui traite d’une bête à corne avec une crise identitaire.   Peut-être la chanson la plus autobiographique de mon répertoire.   

Les ailes des hirondelles

La plus belle chanson que j’ai jamais écrit.  Il y a une chanson traditionnelle du même titre, et qui a servi d’inspiration de cette chanson, mais elle est à moi.  Le thème d’amour, de séparation et de longueur ainsi que la simplicité des paroles la rend très cher




mis jour le 5 septembre, 2012

J’ai été choqué  ce matin d’apprendre que la soirée de victoire du Parti Québécois fut bouleversée par des coups de feu.  Près de la porte arrière du Métropolis, l’entrée des artistes par laquelle j’ai passé maintes fois, un homme habillé de peignoir bleu et cagoule a ouvert le feu laissant un mort.  Madame Marois qui donnait son discours au moment où les coups de feu ont éclaté, s’est fait conduire hors de la scène par deux agents de police.  Elle est revenue plus tard pour calmer ses supporters.

Dans le contexte de ce monde fou, ce n’est pas si surprenant que la folie arrive à notre porte après tout.  Mais ce qui m’inquiète et qui me dégoûte est la réaction de certains suite à cet évènement tragique. 

Pendant que le tueur se faisait transporter par la police, il criait : « Les Anglais se réveillent.  C’est la vengeance des Anglais. »  On traite clairement avec un fou, mais il semble que la folie se propage.

Dans les instants suivant le drame, une page Facebook a été créée pour réclamer la démission de Pauline Marois. Le créateur de la page, qui a rapidement accumulé 300 adeptes, stipulait que les événements du Métropolis démontrent que la présence du PQ à la tête de la province ne peut que provoquer de la violence.

Plus inquiétant pour moi, sont des articles qui ont paru récemment dans le Globe and Mail, journal Torontois, où on peut lire que « Les Séparatistes créent un cauchemar au Québec. » (28 août) Dans un éditorial du 31 août on écrit:  « Certainement les Canadiens raisonnables seront d’accords qu’une victoire du Parti Québécois sera extrêmement néfaste pour le Québec et le Canada.  La campagne a dévoilé la vision irrationnelle, extrémiste et même perverse de Pauline Marois et ses supporters séparatistes.  Ils n’aiment pas le Canada.  Ils n’aiment pas la richesse.  Ils n’aiment pas l’innovation.  Il semble que même ils n’aiment pas les gens qui ne leur ressemblent pas ou qui ne parlent pas comme eux. »

C’est un point de vue haineux, basé sur des préjugés et qui ne mérite que du dédain.  S’il y a cauchemar crée, c’est par un journaliste si peu responsable qui propage des propos inflammatoires. 

La nouvelle de l’évènement fait le tour du monde et vient assombrir la victoire du Parti Québécois.  Mais ce qui est dangereux c’est l’implication que ceci est la faute du Parti Québécois, et que les séparatistes ne sont que des terroristes.  Ce qui me dérange c’est que cet évènement peut engendrer la peur.

Je voyage souvent à Moncton, Nouveau-Brunswick où j’observe un phénomène dérangeant parfois.  En entrant dans un ascenseur, ou en rencontrant quelqu’un dans la rue, on a (au moins j’ai) un moment d’hésitation.  S’il s’agit de s’adresser à un inconnu, on parle en anglais, ou on dit « Hello » sans accent, créant délibérément une ambiguïté linguistique et donc culturelle.  Ceci dans la crainte de déranger.  Pendant une grande partie de leur histoire, les francophones de l’Acadie s’effaçaient et les vestiges de cette auto-dégradation se manifeste toujours dans une gène qui s’éveille en public devant des inconnus.  Il ne faudra pas qu’une pareille chose s’installe à Montréal.  Il ne faudrait pas qu’on devienne réticent de parler une langue, quelque soit la langue.  Il ne faudra pas que les communautés linguistiques deviennent des groupes ennemis.  Il ne faudra pas que le choix de parler le français nous mette dans une position antagoniste par rapport aux Anglophones.  Et surtout il ne faudra pas que les Anglophones imaginent que les Francophones sont leurs ennemis. 

On ne peut pas permettre à un fou de déstabiliser la communauté.  On ne peut pas permettre à nos passions de nous conduire vers la haine.  La ligne de combat de la société  québécoise ne se démarque pas entre Anglais et Français, mais entre tolérance et préjugé. 

À la place de jeter l’huile sur le feu, le Globe and Mail aurait mieux fait de féliciter Pauline Marois pour sa victoire, une victoire démocratique et sans contestation.  On aurait mieux fait de la féliciter d’être la première femme chef d’état du Québec.  On aurait mieux fait de lui souhaiter bonne chance et courage dans l’épreuve de son mandat.  Le début est assez mouvementé, mais il se peut fort bien qu’une femme va pouvoir gouverner avec plus de calme.  C'est ce que je lui souhaite. 




mis jour le 29 août, 2012

Sur l'anniversaire de l'ouragan Katrina, voici une reprise du rapport de septembre 2005:

J’avais six ans, recroquevillé dans les bras de ma mère, essayant de me faire plus petit pour que le vent ne me touche pas.  Dehors, à quelques mètres du fenêtre, le chêne vert massif, vieux de deux cents ans, dansait comme une toupie.  Le bruit était féroce : des sifflements perçant, sur un fond de grondement gigantesque et soutenu.  Par les rafales, le plancher sautait.  Mon cousin, Francis Boudreaux, accompagnait ma mère et moi.  À peine adolescent, il était chargé de nous protéger dans l’absence de mon père.  À chaque grand coup de vent, on se regardait sans dire mot.  Ça durait des heures de temps.

Mon père travaillait pour les Scouts.  Il était parti pour sécuriser le Camp Thistlewaite, à 50 kilomêtre au nord.  On n’allait pas le voir pour trois jours, ne sachant pas s’il était mort ou vivant.  Il a passé 24 heures sur le toit d’un batiment repoussant les serpents avec la rame d’un canoë.

On se souviens de notre premier ouragan comme on se souviens de la premier fois qu’on fait l’amour. Elle s’appellait Audry.   Elle a pris terre au sud de Cameron, apportant plus de 100,000 batiments et 526 personnes.  Nous étions à l’est de l’œil, donc du mauvais bord. La veille, les habitants des marécages ont vu les écrevisses fuyant vers le nord.  Dans ses jours avant le radar Dopler, les animaux avaient un avantage sur l’homme.

Il y a eu Carla en1961.  On s’est réfugié chez la voisin qui avait une maison en brique.  Je venait de faire mes 11 ans, encore confiné avec les femmes et les enfants.  Je me rappelle des voix de ma mère et de nos voisines, récitant le chapelet la nuit durant, un bourdonnement hypnotique écrasé par le vrombrissement dehors, litteralement comme un îlot de calme dans la tempête.   L’œil (le centre) est passé sur nos têtes, et pour quelques minutes, le vent est tombé.  Je suis sorti pour voir le ciel, pour regarder les étoiles dans un calme surréel.  Ma mère me suppliait de rentrer.  Quelques minutes plus tard, le vent arrive sans avertissement de l’autre bord, à 150 kilomêtre heure.. 

Il y avait Hilda en 1964.   À cette époque, mon grand père souffrait d’un cancer de la gorge, et nous avions une pompe pour nettoyer le trou de sa trachéotomie.  J’avais 14 ans, et c’était moi qui veillait les femmes et les enfants.  Mon père était Directeur de la Défense Civile (Civil Defense Director) et il allait passait la nuit dans le centre de contrôle, dirigeant les opérations de sauvegarde.  Mes oncles était à la station des pompiers, en affût de toute catastrophe.  Quand l’éléctricité a manqué, c’était moi qui est parti en dessous de la maison (une veille maison cadienne sur câles en brique) pour démarrer la génératrice qui allait empêcher que mon grand père soit suffoqué par son crachat.   C’était en plein jour, ce qui est toujours moins effrayant. 

Il y a eu Betsy en 1965 et Camille en 1969. et Lilly, la dernière à nous visiter, en 2002.  Celle là est passé en plein jour.  Nous avons fuit au village, dans la maison de mes parents qui était celle de mes grands parents, construite en 1896.  Vers midi, dés que le vent a tombé suffisament, mon père est moi somme partis pour voir si ma maison (construite en 1981) restait debout.  On avait perdu quelques arbres et des poteaux de téléphone, mais la maison a survécu.  Pendant dix jours, nous étions sans éléctricité, dormant la nuit avec une serviette mouillée sur le dos, passant les journées dans une chaleur écrasante à nettoyer autour.

J’ai vu des ouragans, mais je n’ai jamais rien vu tel Katrina. 

En 1718, Bienville cherchait un nouvel endroit pour fixer la capitale de sa colonie, un lieu plus accessible au fleuve que l’établissement à Biloxi.  Il  choisit un endroit sur le Mississippi accessible par portage au golfe du Mexique via le Bayou St. Jean et le Lac Ponchartrian.  Par le lac il pouvait rejoindre le Golfe et ainsi la France, et par le fleuve, il pouvait rejoindre les Illinois, Sault Ste. Marie, la rivière des Français, l’Outaouais et son pays natal à Longeuille.  Sur une terre marécageuse,  il fonde la Nouvelle Orléans , nomme en l’honneur du duc du meme nom.

Mais ce qui a bien servi les intérêts de Bienville, est devenu le fléau de la New Orleans moderne.  Perçant les rives du 17th St. Canal, Katrina a provoqué le cauchemar qu’on craint depuis que les premiers colons se sont installé sur les rives du fleuve qu’ils appellaient Saint Louis:  La Crevasse.  Le long de son histoire, la Louisiane a connu une relation d’amour et de haine avec l’eau.  Sa richesse d’hier comme d’aujourd’hui est irrévocablement liée au fleuve.   Mais cette eau est l’esclave de levées, construits pour la contenir, et comme tout esclave, elle rêve de révolte. 

Aujourd’hui, j’apprend que l’eau a cessé de monter dans la ville, ce qui veut dire que la ville fait partie maintenant du lac.  L’ampleur de la souffrance est impossible à imaginer, même pour un vétaran d’ouragan comme moi.  Nous avons tous vu les images crêve coeurs.  Ma maison, comme la plupart ici, est devenue un abri.  Nous logeons des amis de la ville et des touristes du Kansas, des inconnus emmenés par le hazard et reçu sans question.  Les gens arrivent et on les accueillent.  C’est tout.  On regarde la télévision et parfois on pleure.  Mes cousins de Pass Christian (Mississippi) se demandent si leur maison a pu résisté à Katrina comme elle a résisté à Camille (1969). 

Ils ont hâte de pouvoir y retourner pour commencer, comme ils l’ont fait auparavant,  à nettoyer, ou si nécessaire, à reconstruire.  Nous allons les accompagner pour les aider, comme ils le feront la prochaine fois que l’ouragan passe chez nous. 




mis jour le 22 juin, 2012

Je suis arrivé au Québec en 1974 pour découvrir une société en plein essor, une société qui s’affirmait.  J’ai été propulsé dans un courant de résistance et de fierté.  Peu après, je suis parti du Québec pour naviguer le labyrinthe des années 1980.  Par je ne sais pas quelle influence, j’ai été ramené quinze ans plus tard. 

 

J’ai été déçu par la défaite des référendums (surtout le premier).  Mon identité de franco-perdant d’Amérique aurait pu prendre une autre allure du fait que quelque part sur ce continent, un peuple relégué au statu de deuxième ordre aurait dit « merde » au monde, et par son audace défait des siècles de soumission.

 

Là-dessus je n’ai rien à dire.  Je n’ai jamais renoncé ma citoyenneté américaine.  Pour devenir québécois, il aurait fallu devenir canadien, chose qui me ne parle pas trop.  (Je me demande si j’aurais demandé la citoyenneté québécoise si telle chose existait.  Je me dis que oui, probablement). Je n’ai pas le droit de vote au Québec.  Donc, ce n’est pas ma place de dire aux Québécois ce qu’il faut faire.  Cependant mon coeur et ma vie sont intimement liés à ce petit peuple foutu au bout du monde. 

 

Depuis quelques mois, je regarde les évènements avec l’oeil de l’étranger.  Même de ma fenêtre avec vue sur les Laurentides, je vois le Québec de l’extérieur.  J’habite le no-man’s-land du francophone nord américain.  (Qui sommes-nous qui n’ont pas de nom pour nous appeler?  Nous ne sommes ni Québécois, ni Acadien, ni Cadien, ni Franco-Ontarien, ni Franco-Manitobain, ni Franco-Albertain, ni Franco-Columbien, ni Fransaskois, ni Franco-Nordois, ni Franco-Terreneuvien, ni Franco-Américain, mais tous à la fois).

 

Je regarde les manifestations de rue de Montréal de ma solitude planté sur les flancs de la montagne.  Et je dis aux Québécoises et aux Québécois que je suis fier de vous connaitre.  Vous m’avez permis de crier ma fierté haut et fort, et de défaire à ma façon la soumission de mes grands-parents unilingue francophone.   

 

Je forme mes mains en porte-voix pour vous souhaiter la fête nationale que vous cherchez. N’abandonnez pas le rêve d’une société ouverte, d’un monde de justice et de compassion.  Joyeuse Fête de la Saint-Jean.  Aujourd’hui le monde est québécois. 




mis jour le 8 juin, 2012

Selon le New York Times du 23 mai, le Québec est devenu un état paria, saccageant les droits démocratiques de ses citoyens dans un effort de mettre fin aux manifestations étudiantes qui bouleversent Montréal depuis des mois.  Les étudiants se révoltent contre le plan du gouvernement provincial de monter les frais de scolarité.   L’article accuse le gouvernement de Jean Charest d’attaquer la liberté de parole et d’assemblée.

Il est vrai que la loi 78 est très controversée, mais ce n’est pas cependant la fin de la démocratie au Québec.   La loi interdit tout rassemblement de plus de cinquante personnes sans autorisation policière.  Toute démonstration doit publier sa route à l’avance et la soumettre aux agents de sécurité.   Selon le New York Times la liberté d’expression est en danger à cause de l’article 30 de la loi qui dit « quiconque aide ou amène une autre personne à commettre une infraction visée par la présente loi commet lui-même cette infraction »

L’article du New York Times finit assez dramatiquement en disant aux Américains qui visitent le Québec qu'ils doivent comprendre qu’ils visitent une province qui piétine les droits fondamentaux de ces citoyens.   Whoa, on n’est pas en Syrie, quand même.

Le 28 mai, j’ai été à l’hôtel Hilton à Québec avec vue sur le Parlement.  À 20h la manifestation a commencé.  À peu près cent personnes se tenaient devant les barricades de police, tapant sur des casseroles.  Après une heure environ, ils sont partis dans la rue et sont de retour une heure plus tard.  L’ambiance est bon enfant.  La police se tient à l’écart.  Aucune arrestation.

Je suis troublé par ce qui se passe dans mon Québec, mais mon interprétation des faits est à 180 degrés de celle du New York Times.  Les manifestations étudiantes et le malaise social qu’elles ont provoqués, sont, d’après moi, un développement positif pour la culture du Québec.  Pour comprendre mon point de vue, il faut retourner aux années 1970 et mon arrivée dans la Belle Province.

Quand je suis arrivé au Québec, la province est complètement emportée par la vague séparatiste.  Avec l’élection de René Lévesque et le Parti Québécois en 1976, il semble que le rêve d’un Québec indépendant est réalisable.  La moitié de la population, essentiellement les Anglophones de Montréal, est  hostile à la souveraineté et apeurée par l’idée d’un Québec indépendant.  Les francophones sont loin d’être unanimes.   Une partie est, comme les Anglos,  anxieux.  D’autres sont aux anges à l’idée que le Québec deviendra un pays à part entière.

Cette période a été très excitante.   Pour la première fois dans leur histoire, les Québécois ordinaires s’imaginaient en contrôle de leur destin.  Depuis la conquête de 1759, le pouvoir économique de la province est entre les mains des Anglophones.  Avec la révolution tranquille des années 1960, les Québécois assument le pouvoir économique et politique, ce qui crée les conditions propices à la formation de la mouvance séparatiste.   Avec ce pouvoir est venue la notion que les intérêts des Québécois seraient mieux servis en créant un pays indépendant du Canada.  Moi j’arrive en plein milieu de tout ceci.

De 1976 jusqu'à 1981, moi et ma femme Claude habitons Montréal.  C’est la période de gloire de Radio Canada et pour la culture musicale « rock » québécoise.    Des groupes comme Harmonium et Beau Dommage font des albums qui concurrencent les groupes américains et britanniques.   Et je suis en plein milieu.

Nous quittons les Québec pour retourner en Louisiane en 1980, l’année du premier référendum.  Je n’oublierai jamais ce René Lévesque au cœur cassée la nuit du scrutin quand il  dit : « Si je vous ai bien compris, vous me dites à la prochaine fois. »  Curieusement, nous retournons au Québec en 1996, l’année après le deuxième référendum.  L’image qui reste de la soirée de ce deuxième référendum est d’un Jacques Parizeau, ivre, râlant contre les immigrés.    Le Québec avait changé radicalement dans les 15 années de notre absence.

Le rêve d’indépendance, bien qu’encore vivant, s’enlisait dans l’insignifiance.  Dans les 15 ans que nous avons vécu en dehors du Québec, la population francophone gagne en confiance.    Le succès de Bombardier, de Céline Dion et du Cirque du Soleil prouve que le Québec a une influence internationale importante.   Pendant les années 1980 et 1990, la mentalité du Québec est plutôt « américaine ». Pour  la plupart des Québécois, la question principale de société est la qualité de vie et l’économie.   La question d’indépendance n’entre pas sur la radar. La question de souveraineté, malgré la présence continue du Parti Québécois, est en veilleuse. 

Ce qui nous emmène en 2012.   Il peut paraitre surprenant qu’une question de frais de scolarité est le déclencheur d’une crise sociale.  Je conclus qu’il y a une face cachée de cette crise qui n’a rien à voir avec les étudiants.  Ce qui se passe au Québec est la manifestation d’un malaise général et profond.  C’est une crise identitaire qui va au cœur de la culture québécoise.  Des milliers de citoyens ordinaires se sont rejoints aux étudiants dans la rue.   Ce qui indique un niveau de soutien très large dans la population.   C’est l’aspect de la crise le plus révélateur : le soutien général pour les étudiants. 

L’identité fondamentale du Québec est défini dans les années 1970 par la question d’indépendance (qu’on soit pour ou contre).   L’identité des années 1980 et 1990, bien que pas complètement détachée de la question souveraine, est basée sur l’idée que les Québécois ont les mêmes préoccupations que leurs voisins américains,  avec les mêmes valeurs : la famille, l’autonomie et la richesse.  Regardons la trajectoire de l’ADQ, parti de droite du modèle américain.   Il arrive en 1994 et disparait en 2012.  

Ce que cette crise me dit est que l’affaiblissement de la cause souverainiste a laissé un vide dans l’âme québécois, un vide latent qui n’attendait que l’occasion pour se manifester.   En dehors de la question politique,  les Québécois considèrent que leur société est unique.  Elle l’est. Ce n’est pas une simple question de langue.   La société québécoise est la plus européenne en Amérique, et ça la donne une vision du monde plus humaniste sinon plus à gauche.

La révolte étudiante est l’étincelle qui a mis le feu dans la paille d'une pleine crise d’identité.  « Qui sommes nous? » est la question centrale.  La nature même de la société est mise en question.  « Sommes nous une société distincte, qui valorise les droits humains, ou sommes nous une société d’individus dont l’importance est notre qualité de vie personnelle? »  Voici les questions qui rangent les tapeurs de casserole.

J’ai pris le train pour mon retour à Montréal .  Dans le taxi à la maison, le chauffer exprime vivement son point de vue.  Il parle l’anglais avec un gros accent.  « Qu’ils trouvent du travail » il dit en parlant des étudiants.  « Je travail fort pour mon argent, et personne a le droit de me dire quoi faire.  Je ne peux plus travailler en centre ville le soir à cause des manifestations.  Je te dis, c’est impossible…..et tout ce que le gouvernement demande est 50 cents par jour.  C’est tout.  Seulement 50 cents par jour… Alors, dis moi, est-ce que c’est trop à demander?  Alors ces étudiants, ils veulent tout pour rien.  Alors dis moi.  Ils sont gâtés, c’est tout.  50 cents par jour. Qu’ils trouvent un travail. »  Eh bien.  À suivre.




mis jour le 9 mai, 2012

Voici le deuxième d’une série de six rapports traitant des OGM (organismes génétiquement modifiés).  L’information est tirée du livre de Marie-Monique Robin, Le Monde selon Monsanto.  Je traite ici l’histoire des PCB et la pollution de la ville d’Anniston, Alabama.

Pour ce qui est des abeilles, je vous suggère ce documentaire fort alarmant: La disparition des abeilles.

D’après des estimations concordantes, 1.5 millions de tonnes de PCB ont été produites de 1929 à 1989, dont une partie importante aurait fini dans l’environnement.  Les PCB, ou polychlorobiphényles, sont des dérivés chimiques chlorés qui incarnent la grande aventure industrielle de la fin de la XIXe siècle.  C’est en perfectionnant les techniques de raffinage du pétrole brut, pour en extraire l’essence nécessaire à l’industrie automobile naissante, que des chimistes identifient les qualités du benzène, un hydrocarbure qui sera largement utilisé comme solvant pour la synthèse chimique de médicaments, de plastiques ou de colorants.  Par la suite, on s’emploie à le mélanger avec du chlore et obtient un nouveau produit que se révèle présenter une stabilité thermique et une résistance au feu remarquable.  Les PCB sont nés et, pendant cinquante ans, ils coloniseront la planète.  On les retrouve dans les liquides réfrigérants des transformateurs électriques et dans les appareils hydrauliques industriels.  Ils sont utilisés comme lubrifiants dans le plastique, la peinture, l’encre et le papier.

Selon le professeur David Carpenter, qui dirige l’Institut pour la santé et l’environnement à l’Université d’Albany, New York, nous avons tous des PCB dans le corps.  Ils appartiennent à une catégorie de polluante chimique très dangereuse, les POP ou polluants organiques persistants.  Ils résistent aux dégradations biologiques naturelles en s’accumulant dans les tissus vivants tout au long de la chaîne alimentaire.  Selon le professeur Carpenter, les PCB ont contaminé la planète entière du Pole nord au Pole sud.  La documentation de l’EPA (U.S. Environmental Protection Agency) révèle des cas troublants.  On découvre des enfants nés de mères ayant consommé des poissons du Lac Michigan contaminés des PCB.  Les enfants présentent une baisse de poids à la naissance et un déficit de l’apprentissage cognitif.  Les Inuits de la baie d’Hudson sont particulièrement exposés à cause de leur consommation important de protéine animale.  La contamination maximale est au sommet de la chaîne alimentaire, et particulièrement élevée chez les mammifères marins, comme les phoques, les ours polaires et les baleines.  Une exposition régulière aux PBC peut conduire à des cancers, notamment du foie, du pancréas, des intestins, du sein, des poumons et du cerveau.  Ils peuvent provoquer des maladies cardiovasculaires, de l’hypertension, du diabète, une réduction des défenses immunitaires, un dysfonctionnement de la thyroïde et des hormones sexuelles, des troubles de la reproduction, ainsi que des problèmes neurologiques. 

Monsanto, une compagnie chimique basée à St. Louis, Missouri, commercialise  les PCB aux USA jusqu’à leur interdiction définitive en 1977 grâce au brevet qu’elle possède.  La compagnie est au courant des risques importants posés à la santé au moins à partir de 1937.  En 1936, trois employés de Halowax, un client de Monsanto, sont morts suit à l’exposition à la vapeur de PCB. Plusieurs autres employées souffraient de maladie de peau, le « chloracné ».  Le 11 octobre, 1937, on constate :  des études expérimentales conduites sur des animaux montrent qu’une exposition prolongée aux vapeurs d’Aroclor (nom commercial d’un produit PCB) provoque des effets toxiques sur tout l’organisme. 

Selon le professeur Carpenter, pendant des décennies, aux USA, les pouvoirs politiques ont relayé le silence organisé par Monsanto sur la toxicité des PCB.  Le 16 février, 1970, N.Y. Johnson, au siège de Monsanto rédige un mémorandum interne adressé aux agents commerciaux de la firme pour leur expliquer comment répondre à leurs clients, alertés par les premières informations publiques sur le danger des PCB :  « Vous trouverez ci-jointe une liste de questions qui peuvent être posées par nos clients ainsi que des réponses appropriées ....Vous pouvez répondre oralement, mais dans aucun cas ne donnez de réponse écrite.  Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre un dollar de business. »

Malgré les efforts de Monsanto, la production des PCB est définitivement interdite aux USA le 31 octobre, 1977.  Mais en Grande-Bretagne, où la multinationale possède une filiale à Newport dans le pays de Galle, la production continue.  C’est la même histoire, en France où l’entreprise Prodelec n’arrêta la production qu’en 1987.   En Allemagne (Bayer), et en Espagne la production des PCBs continue bien après son interdiction aux USA.  Le 29 septembre, 1976, les bureaux de Monsanto à St. Louis adressent un courrier à Monsanto Europe avec un modèle de questions-réponses censées donner le change dans le cas de demande d’interview.  On peut lire notamment : Si une question est posée sur la cancérigénité des PCB, utilisez cette réponse  «  Les études sanitaires préliminaires que nous avons conduites sur nos ouvriers travaillant à la fabriquation du PCB, de même que les études à long terme réalisées sur des animaux, ne nous permettent pas de penser que les PCB sont cancérigènes . » 

Le 14 janvier, 2002, John Hunter, le P-DG de Solutia, la compagnie qui achète la division chimique de Monsanto en 1997, déclare : «  Il n’y a pas de preuve consistante et convaincante que les PCB soient associés à des effets sanitaires sérieux à long terme. »  Il cherchait à désamorcer l’impact d’un article du Washington Post publié de 2 janvier,2002.  L’article, intitulé « Monsanto a caché la pollution pendant des décennies » traite d’un procès, Abernathy vs. Monsanto, posé contre Monsanto par les résidents d’Anniston, Alabama, site d’une usine de PCB.  Les résidents prétendaient que les problèmes de santé répondus dans le village, un taux élevé de cancers et d’infirmité motrices cérébrales, sont causés par la pollution.  Selon un rapport de la EPA (Environmental Protection Agency) 308,000 tonnes de PCB ont été fabriquées à Anniston de 1929 à 1971.  Sur ce total, 27 tonnes ont été émises dans l’atmosphère, notamment lors du transfert des PCB brûlants dans des réservoirs divers, 801 tonnes ont été déversées dans des canalisations de Snow Creek et 32,000 tonnes de déchets contaminés ont été déposées dans une décharge à ciel ouvert, au coeur de la communauté noire de la ville.  C’est une véritable calamité pour la population locale, qui est, comme par hasard, noire et de situation relativement apauvrie.

Le 22 février 2002, après cinq heures de délibéré, le jury de Calhoun County rend son verdict : à l’unanimité, il déclare Monsanto et Solutia coupables d’avoir pollué le territoire d’Anniston et le « sang de sa population » avec les PCB.  Les motifs de la condamnation sont  « négligence, abandon, fraude, atteinte aux personnes et aux biens et nuisance ».   Le verdict s’accompagne d’un jugement sévère sur le comportement de Monsanto, qui  a « dépassé de façon extrême les limites de la décence et qui peut être considéré comme atroce et absolument intolérable dans une société civilisée »,

Un mois après la décision de justice, le EPA annonce qu’elle a signé un accord avec Solutia pour décontaminer le site.  Cette décision, très favorable au pollueur, réduit à néant le verdict du tribunal de Calhoun County.  Le numéro deux de l’EPA à l’époque est Linda Fisher, ancien cadre de Monsanto.  Au même moment, le tribunal de Birmingham Alabama annonce l’ouverture d’un nouveau procès, Tolbert vs. Monsanto.  Ce procès est une action collective menée par le célèbre avocat Johnnie Cochran au nom des victimes de la pollution d’Anniston.  Craignant un procès fortement médiatisé, Monsanto et Solutia proposent un arrangement à l’amiable: 700 millions de dollars, la plus gros indemnisation déboursée par une compagnie industrielle dans l’histoire des USA, dont 600 millions pour compenser les victimes et 100 millions pour décontaminer le site et financer un clinique spécialisé. 

Plus de 35 ans plus tôt, le 2 novembre 1966 arrive aux bureaux de Monsanto à St. Louis le rapport d’une expérience menée par le professeur Danzel Ferguson, biologiste à l’université de Mississippi.  Son équipe a plongé vingt-cinq poissons encagés dans l’eau du canal de Snow Creek, à Anniston, où sont déversés les déchets de la fabrication des PCB.  « Tous ont perdu l’équilibre et sont morts en trois minutes et demi en crachant du sang.  L’eau est si polluée qu’elle tue tous les poissons, même diluée trois cents fois. »

Selon Ken Cook, directeur de l’Environmental Working Group, une organisation non gouvernementale spécialisée dans la protection de l’environnement, le pire c’est que la compagnie savait les risques mais ne faisait rien.  Un document d’août 1970 barré de la mention « Confidentiel, détruire après lecture » révèle que Monsanto déversait 16 livres de PCB par jour dans Snow Creek, (contre 269 en 1969).  Cependant,  la compagnie n’a jamais prévenu les habitants d’Anniston que l’eau, le sol et l’air de la partie occidentale de la ville étaient hautement contaminés. 

Monsanto est actuellement le plus important producteur des semences génétiquement modifiées au monde et le fabricant de l’herbicide le plus populaire de la planète, Round-up.  




mis jour le 4 avril, 2012

Dans le journal Science du 29 mars, deux équipes de recherche ont publié des études qui suggèrent qu'un pesticide commun a un effet considérable sur les colonies d'abeilles. Une expérience réalisée par une équipe française indique que le pesticide en question a un effet de confusion sur les abeilles les empêchant de retrouver la colonie.  L'autre étude par des scientifiques britanniques suggère que le pesticide empêche les bourdons de nourrir leurs colonies suffisament pour produire de nouvelles reines.  

Les auteurs des deux études insistent que les résultats des études soulève des questions sérieuses par rapport à l'utilisation des pesticides neonicotinoid.  Il me semble que cette nouvelle sert d'introduction très  à-propos à cet article qui a paru sous ce rubrique en juillet de 2008.  

J'ai souvent écrit au sujet de l’agriculture et de la biotechnologie, et des OGMs (organismes génétiquement modifiés) (rapport du 3 juin, 2003 / 5 novembre, 2003 / 4 février, 2004 / 3 mars, 2004 / 2 juin, 2004 / 5 janvier, 2005 /  3 août, 2005 / 3 mai, 2006).  Ce rapport et ceux qui vont le suivre traiteront essentiellement du même sujet :  le conflit entre l’agriculture traditionnelle versus les compagnies agrochimiques internationales qui sont en train de promouvoir des méthodes qui risque de conduire à la destruction de l’agriculture familiale et qui posent des menaces sérieuses à la santé humaine. 

De tous les rapports que j’ai rédigés, je considère que celui-ci est le plus important parce qu’il traite de questions fondamentales concernant l’agriculture et la production des denrées desquelles la survie de la race humaine dépend.

Si cela paraît un peu mélodramatique, prière de continuer la lecture.  J’ai été récemment bouleversé par le documentaire filmé de Marie-Monique Robin :  Le monde selon Monsanto.  Ce rapport est essentiellement un compte-rendu de ce documentaire et du livre qui l’accompagne (Éditions Alain Stanké). 

Je suis le développement des OGMs depuis plusieurs années.  Je suis moi-même victime de certaines pratiques  agricoles que beaucoup considèrent dangereuses.  Ma maison fut inondée d’herbicide à cause d’un accident de débordement d’aspersion par avion.  J’ai soumis une plainte et j’ai reçu une compensation pour la destruction de mon jardin potager, 28$ correspondant à la valeur marchande des légumes.  La question des effets sur ma santé et celle de ma famille n’était pas adressée.  Quelques années plus tard, soudainement un beau matin de printemps, mon boisé de plusieurs centaines d’arbres est devenu blanc comme la neige.  J’ai contacté mon « county agent », une agence du gouvernement U.S. sensé venir en aide aux agriculteurs.  « Vous souffrez d’un  Commande problem »,   on me répond.  Apparemment la rosée du matin a emmené la poison chez moi, tellement le produit est volatile.  « Command » bloque la production de la chlorophylle, ce qui explique que les arbres sont devenus blancs.  Peu de temps après, j’ai reçu la visite d’un représentant de la compagnie chimique.  Il a déployé tout son charme pour me convaincre de ne pas porter plainte, expliquant que les fermiers (et non la compagnie) seront sujets à une amende de $5000.   Ils étaient là, dans ma cour, trois générations, y compris un jeune garçon d’environ 8 ans, la tête baissée, l’air contrit.  Selon l’homme de la compagnie l’herbicide était tellement peu nocif qu’on peut en mettre sur nos céréales pour le déjeuner.  J’avais des frissons.  J’avais l’impression de parler au diable en personne. 

Je vis en plein milieu d’une zone agricole où deux fois par an, on  reçoit des quantités importantes d’herbicides.  Les effets à long terme sur ma santé et celle de ma famille sont largement inconnus et cette pratique est encouragée par une complicité entre le gouvernement américain par son agence FDA (Food and Drug Administration) et les compagnies agro-chimiques. 

Grâce au film de Ms. Robin, j’ai découvert pleins de détails concernant la façon qu’opèrent les compagnies multinationales notamment Monsanto.  Les dangers sur la santé humaine par ces méthodes agricoles, de plus en plus répondues, sont largement inconnus.  Par une manipulation rusée du système politique, les compagnies multinationales opèrent effectivement sans restriction, créant ainsi une menace réelle pour l’agriculture traditionnelle et pour la santé de nous tous.  Dans ce rapport et ceux qui suivront, je vais essayer de mettre un peu de perspective dans ce dossier complexe.

Le problème fondamental dépasse la question d’avarice et d’abus de pouvoir.  C’est une question qui touche à la nature du capitalisme occidental.  Nous avons assisté pendant les années 1980 à la chute du communisme dans l’Europe orientale. Incapable de soutenir un dynamisme inventif, le système a implosé sous le poids de sa propre bureaucratie.  Le problème du capitalisme est tout autre.  Dans le système capitaliste,  on a intérêt à éliminer tous les empêchements à la création du plus de richesse possible.  Ceci est en conflit avec le mandat des gouvernements à protéger leurs citoyens.  La question devient politique.   Le résultat, dans le cas de la FDA et les entreprises agrochimiques est un processus relativement libre de règles.  Ceci a conduit à une situation dans laquelle des produits sont mis en marché sans que l’on sache les effets à long terme sur la santé humaine.

Au coeur du débat sont deux questions :  1.  La possibilité d’obtenir un brevet sur un organisme vivant et de pouvoir contrôler sa commercialisation, et  2.  la nature fondamentale des organismes génétiquement modifiés.  La façon dont nos gouvernements s’adressent à ces questions a un import primordial sur l’agriculture, la société, et même la vie.   Les réponses que nous donnons à ces questions auront une influence déterminante sur la façon dont l’humanité se nourrit, ou ne se nourrit pas selon la situation.

Le premier point est la question de brevet sur les organismes vivants tels les graines ou les plantes ainsi que les clones animaux.  Selon ce concept des choses, tout ce qu’on invente y compris un être vivant, est sujet aux protections du brevetage.  Dans le cas de la biotechnologie, rien n’est « inventé », sauf le processus de manipulation des substances naturelles lui-même.  En « inventant » des formes de plantes nouvelles, les compagnies biotechniques « crée » une nouvelle forme dont tous les droits leur appartiennent.  La même chose pour les animaux.  Et pourquoi pas les êtres humains?

En assemblant une chaîne de DNA d’organismes disparates, « l’inventeur » peut obtenir un brevet et contrôler l’utilisation du produit en question.  En pratique, ce système veut que les agriculteurs s’engagent contractuellement avec la compagnie agro-chimique pour verser une royauté sur l’utilisation des graines de semence dont le brevet appartient à la compagnie.  Cette logique fut confirmée par la Court Suprême du Canada dans le procès de Monsanto versus le fermier Percy Schmeiser.  La Court a décidé que Mr. Shmeiser avait violé les droits de Monsanto parce que des plantes provenant des semences brevetées ont été retrouvées dans son champ.  Peu importe que ceci n’était pas voulu.  L’action du vent ou d’un oiseau a apporté la graine dans le champ.  Mais selon la Court Suprême, Mr. Schmeiser était en délit.  Peu importe qu’il n’a rien fait pour provoquer  et se trouvait fort importuné par l’événement en question.    L’amende qu’on lui a imposée était  plutôt symbolique, mais la Court soutenait clairement les droits de Monsanto sur une semence brevetée peu importe la façon dont elle était diffusée y compris par accident.   Dans ce système, les fermiers sont obligés de racheter à chaque saison leurs graines de semence de la compagnie.

La deuxième question traite de la nature même des organismes génétiquement modifiés.  La logique veut que ces organismes soient des créations nouvelles et que leurs effets sanitaires soient sujets à une recherche importante.  Néanmoins, l FDA à crée une politique qui libère les compagnies agrochimiques de toute responsabilité concernant l’évaluation de ces produits sur la santé humaine.  C’est la doctrine de « l’équivalence substantielle »  (substantial equivalence).  En d’autres mots, si l’on prend un gène d’une plante qui n’est pas nocive et que l’on l’assemble avec un gène d’une autre plante anodine,  la plante qui en résulte n’est pas nocive non plus.  Donc pas nécessaire de tester la nouvelle plante.

En fait, comme plusieurs scientifiques l’ont prouvé, il y a évidence que le processus d’assemblage crée lui-même des anomalies qui risquent d’avoir un impact négatif voir dangereux sur la santé.  Le danger ne parvient pas des deux plantes d’origine, mais de l’assemblage nouveau du DNA.  En établissant cette politique, la FDA a effectivement évité aux compagnies agrochimiques une recherche coûteuse,  et en même temps a permis la mise en marché de substances dont les effets sur la santé humaine sont totalement inconnus.  Il se trouve que plusieurs dirigeants de la FDA à l’époque de cette décision (administration Clinton) se trouvaient être des ex-employés de Monsanto.

Mais qui est ce Monsanto?

Monsanto est fondé en 1901 par John Francis Queen, un chimiste autodidacte.  La compagnie fabriquait de la saccharine et leur plus grand client était Coca-Cola.  En 1918, Monsanto procède à sa première acquisition, une compagnie de l’Illinois fabricant de l’acide sulfurique.  Monsanto entre en bourse en 1929, un mois avec le crash.  Dans les années 1940, Monsanto est devenu un des plus grandes compagnies chimiques au monde, produisant  caoutchouc, plastiques, fibres synthétiques, phosphate et polycholorbiphenyl ou PCB.  Pendant plus de 50 ans, les PCBs vont assurés la fortune de la compagnie.  Les PCBs servent de liquides réfrigérants dans les transformateurs électriques et les appareils hydrauliques industriels, mais aussi de lubrifiants dans des applications aussi variées que les plastiques, les peintures, l’encre ou le papier.  Le 31 octobre, 1977, la production des PCBs est interdite aux USA à cause de leur très grande toxicité.

En 1944, Monsanto commence la production de DDT.  À cette période la relation entre la compagnie et le Pentagon (Armée US) est devenue très proche.  En 1942, Charles Thomas, alors directeur de recherche pour la compagnie est sollicité par l’Armée américaine pour participer au Projet Manhattan, voué à la fabrication de la bombe atomique.  Les chimistes de Monsanto sous la direction de M. Thomas travaillent sur l’isolement  et la purification du plutonium et du polonium qui serviront à alimenter le déclencheur des bombes atomiques.  À la fin de la guerre, M. Thomas devient le vice-président de la compagnie tout en collaborant avec le gouvernement américain dans un effort de trouver les applications civiles pour l’énergie nucléaire.  Mr. Thomas est le président de Monsanto de 1951 à 1960.  Il dirige la compagnie à l’époque où elle obtient son contrat le plus important avec le gouvernement américain :  la production de l’herbicide « agent orange » utilisé dans la Guerre du Vietnam.

Dans les années 1940, plusieurs laboratoires aux USA et en Angleterre arrivent à isoler l’hormone de croissance des plantes et parviennent à reproduire la molécule synthétiquement.  L’application de cette molécule en large quantité tue la plante.  Basé sur cette recherche, on fabrique les herbicides puissantes 2,4-D et 2,4,5-T.  Parce que la recherche est accomplie dans plusieurs laboratoires à la fois, le contrôle du brevet échappe à tous créant ainsi une situation floue.  Plusieurs compagnies se mettent à produire ces herbicides dont Monsanto qui ouvre une usine  de 2,4,5-T à Nitro en West Virginia, site d’un accident industriel important le 8 mars, 1949.  Ces herbicides basés sur la dioxine sont extrêmement populaires car ils sont « sélectifs ».  Ils peuvent détruire les mauvaises herbes (dicotes) sans tuer le maïs ou le blé (monocotes).  La dioxine est un cancérogène puissant, une allégation niée par Monsanto.   Sous une pression croissante sur la question de la dioxine, la compagnie consacre de plus en plus de moyens au développement d’un nouveau produit qui deviendra son plus grand succès commercial : l’herbicide Round-up.

À la fin des années 1960, les chimistes de Monsanto développent un herbicide basé sur l’acide aminé, le glyphosate.  Cet herbicide n’est pas sélectif, mais « total », absorbé par la plante par le biais des feuilles, il est transporté aux racines et rhizomes par la sève.  Le glyphosate agit sur une enzyme essentielle à la production de la chlorophylle, provoquant la nécrose des tissues de la plante.  Disponible en marché depuis 1974, le Round-up est un succès commercial gigantesque.  Selon sa publicité originale, il est « 100% biodégradable, et bon pour l’environnement ».  En 1996 le New York State Consumer Protection Agency interdit à Monsanto d’utiliser les termes « biodégradable, et bon pour l’environnement » dans sa publicité.  En 1998, la compagnie est sujette à une amende de $75,000 pour publicité mensongère.  Le 26 janvier, 2007, Monsanto doit payer une amende de 15,000 Euros décrétée par la tribune correctionnelle de Lyon pour publicité mensongère.  Les sommes sont dérisoires vus les enjeux.

Parce que Round-up est un herbicide « total », Monsanto doit développer une semence capable de résister au poison.  La compagnie n’est pas seulement le fabricant de l’herbicide le plus utilisé dans le monde, mais est aussi le détenteur de 90% des brevets sur les plantes transgéniques, notamment le maïs, le canola et le soja.  La raison d’être principale, voire unique,  de l’existence des OGMs est pour rendre les plantes résistantes aux herbicides.

En 2007, l’agriculture transgénique touche plus d’un million d’hectares.  La moitié aux USA (54.6 million hectares) suivi de l’Argentine (18 million) du Brézil (11.5 million),  du Canada (6.1 million), de l’Inde (3.8 million), de la Chine (3.5 million), du Paraguay (2 million) et de l’Afrique du Sud (1.4 million).  70% du total est “Round-up Ready”, résistant à l’herbicide, et 30% is “BT”, des plantes génétiquement modifiées pour produire un insecticide interne.  Monsanto contrôle 90% des brevets associés.

Comme vous pouvez le lire dans « Le Pledge » (la promesse) de Monsanto publié en 2005, « les fermiers qui utilisent la semence transgénique utilisent moins de pesticide et réalisent des gains économiques significatifs en comparaison avec l’agriculture conventionnelle.   Monsanto aide les petits paysans à devenir plus productifs et autosuffisants »   Comme vous allez le découvrir dans les rapports prochains, la vérité est tout autre.  Pour plusieurs, cette publicité n’est que de la poudre aux yeux pour cacher un projet colossal de commerce qui vise à assurer l’hégémonie de Monsanto sur la production agricole mondiale.  Pour beaucoup, l’utilisation des OGMs est une menace pour la sécurité alimentaire et pour la balance écologique du monde.

Je ne suis pas partisan de la théorie de complot.  Je ne crois pas qu’il y a un petit comité d’hommes malsains qui sont en train d’essayer de contrôler les denrées du monde.  Le but d’assurer une alimentation saine et suffisante est quelque chose que personne ne peut contester.  Mais la question des véritables risques et des conséquences réelles de l’utilisation des OGMs n’a jamais été adressée.  Je ne suis pas contre la recherche scientifique dans le dessein d’améliorer l’approvisionnement alimentaire.  Il me semble, par contre, que les preuves scientifiques ne sont pas concluantes, et même que la recherche nécessaire n’a jamais été produite.  Surtout avec le passé sulfureux des compagnies comme Monsanto, il n’est pas étonnant d’avoir une certaine méfiance.

Rappel, dans le système capitaliste, la responsabilité des sociétés est de faire le plus de profit pour les actionnaires.  Point.  Richissimes et puissantes, les compagnies internationales ne se retiennent pas d’utiliser le système politique à leur avantage.  Faire de l’argent.  Point. Il est dans l’intérêt des compagnies de continuer à vendre des produits même quand il est bien connu que le produit en question est dangereux.  Les amendes et poursuites éventuelles ne constituent pas de frein suffisant.  Il est plus rentable de continuer à vendre même en sachant qu’il y aura des poursuites éventuelles.   Regarde la cigarette.

Mon grand-père est mort d’un cancer de la gorge. Je l’ai vu souffrir  dans son lit pendant des années, respirant à travers un trou dans sa gorge. Il était un fumeur invétéré.  Rappel la publicité pour les cigarettes Chesterfield :  un bel homme en tunique de médecin avec une cigarette allumée à la main.   « La marque préférée des médecins » pouvait-on lire.

J’ai vu mon grand-père mourir du cancer causé par la cigarette.   Je ne veux pas voir mon petit-fils mourir d’un cancer causé par la nourriture qu’il mange ou l’environnement dans lequel il vit.

 http://www.ethicalinvesting.com/monsanto/

http://www.organicconsumers.org/articles/article_12400.cfm

http://www.sourcewatch.org/index.php?title=Monsanto_and_the_Roundup_Ready_Controversy




mis jour le 1 mars, 2012

Pour ceux et celles qui connaissent ce blogue, ça ne sera pas une surprise que cet article touche la question environnementale et plus particulièrement aux dégâts du géant agro-chimique Monsanto.  Le 13 février, Monsanto a été condamné en justice française.   Paul François, cultivateur charentais de 47 ans, a gagné sa cause contre la puissante multinationale.

Le 27 avril, 2004, M. François a inhalé les émanations de sa cuve d’épandage qui contenait le puissant herbicide Lasso, manufacturé par Monsanto.  Le céréalier a souffert de malaises, de vertiges, de bégaiements et de divers troubles pendant plusieurs mois avant qu'on identifie la présence de chlorobenzène, un produit inscrit au tableau des maladies professionnelles, dans ses urines et ses cheveux, signe de son intoxication au Lasso.  Il a décidé d’attaquer Monsanto qu’il accuse de défaut d’information, la présence de chlorobenzène n'étant pas mentionnée sur l'étiquette. Il reproche en outre la distribution par l'entreprise d'un produit qu'elle savait dangereux.

A l'échelle de l'histoire de la multinationale, centenaire, cette condamnation ne constitue qu'une péripétie judiciaire de plus dans un casier déjà très chargé.  PCB, agent orange, dioxine, OGM, aspartame, hormones de croissance bovine, herbicides (Lasso et Roundup)… nombre de produits qui ont fait la fortune de Monsanto et qui ont été entachés de scandales sanitaires et de procès conduisant parfois à leur interdiction.  Mais rien n'a jusqu'ici freiné l'irrésistible ascension de cet ancien géant de la chimie reconverti dans la biogénétique et passé maître dans l'art du lobbying.

Cependant, la condamnation qui a frappé, lundi 13 février, le deuxième herbicide de Monsanto est plus significative. Les juges français ont en effet considéré que le fabricant de produits phytosanitaires devra indemniser "entièrement" le plaignant, Paul François. Ce céréalier ne travaille plus qu'à mi-temps, en proie à des fatigues chroniques et des maux de tête tenaces. Les médecins considèrent que son système nerveux central a été affecté à la suite de l'inhalation du Lasso.  Jugé dangereux, cet herbicide est pourtant interdit au Canada depuis 1985, en Belgique et au Royaume-Uni depuis 1992 et en France depuis 2007.

Dans un mois où Monsanto a reçu plus de publicité qu’elle souhaiterait, la Commission européenne a reçu, lundi 20 février, une demande du gouvernement français de suspendre d'urgence la culture du maïs OGM MON810 sur le territoire de l'UE. La requête des autorités français se fonde sur "de nouvelles études scientifiques".

La demande française "s'appuie sur les dernières études scientifiques", et notamment sur un avis de l'Agence européenne de sécurité alimentaire (AESA), publié le 8 décembre 2011, qui "montrent que la culture de ce maïs présente des risques importants pour l'environnement".

Et finalement la cerise sur le sundae : les huit "faucheurs volontaires", dont mon idole et l'eurodéputé EELV,  José Bové, relaxés en première instance mais condamnés jeudi 16 février en appel à Poitiers pour le fauchage de deux parcelles de maïs OGM Monsanto en 2008, vont se pourvoir en cassation. "L'ensemble des condamnés ont décidé à l'unanimité de se pourvoir en cassation", a indiqué José Bové. Selon lui, "la volte-face de la cour d'appel par rapport au jugement de première instance nécessite d'aller en cassation".

Les huit faucheurs ont été condamnés par la cour d'appel de Poitiers pour le fauchage de deux champs d'essais de maïs OGM Monsanto MON810/NK603, le 15 août 2008 à Civaux et à Valdivienne (Vienne). Déjà condamnés pour des faits similaires, les huit prévenus devront en outre verser solidairement plus 135 700 euros au semencier américain Monsanto et 38 000 euros à l'agriculteur propriétaire des parcelles détruites, à titre de préjudices matériel et moral.

Ce dossier est le dernier mettant en cause des "faucheurs volontaires" de maïs OGM depuis le début de la campagne de fauchages inaugurée en 1997.

Comme Monsanto revient à la une des journaux, il me semble d’actualité de republier plusieurs rapports qui ont vu le jour en 2008.  À partir du mois prochain et en hommage au printemps, je vais commencer par le rapport qui traite des OGM.  Toutes ces questions peuvent paraître un peu technique, mais si vous mangez, ce sont des questions qui vous concernent directement. 

Il me semble que Monsanto est le symbole des maux du système capitaliste, ayant développé des liens privilégiés avec le gouvernement américain qui lui permet d’agir en dépit des soucis sanitaires.   La compagnie n’est aucunement concernée par les effets de ses produits sur l’environnement naturel ou la santé des citoyens, loin de là, le seul facteur qui compte est  le profit financier de ses actionnaires.  Ce qui est désolant est de constater à quel point le gouvernement américain est complice, comme vous allez pouvoir constater dans les rapports suivants.    À vous de juger. 

 




mis jour le 1 février, 2012

Je n’ai pas de souvenir précis de la première fois que j’ai entendu parler de la Pacanière, mais j’étais certainement très jeune.   Par contre je me souviens très bien du premier être humain que j’ai connu qui venait de là.  C’est Roy Harrington.  Ce fut en 1974.  Roy est un musicien et chanteur très talentueux et nous avons collaboré pendant des années et encore.

J’ai été très impressionnée quand Roy m’a raconté l’histoire de sa famille lors de l’ouragan Audrey de 1957.   Sans radar et les capacités météorologiques de nos jours, les habitants de la côte louisianaise sont pris par surprise par une tempête féroce l’après midi du 27 juin.  Le raz-de-marée qui  frappe la Pacanière est plus de 3 mètres de haut.  La maison dans laquelle mon ami Roy et sa famille se sont réfugiés est poussée dans les mèches.   Sur le toit, la famille s’agrippe pour ne pas être emportée.  La nuit, ils se battent contre les petits mammifères ainsi que les serpents, enragés par l’eau salée, qui essaient de monter sur le toit aussi.  Deux jours plus tard, la Croix Rouge arrive par bateau pour sauver mon ami et sa famille.  À la même époque, mon père est naufragé sur le toit du cafétéria à Camp Thistlewaite, un camp de Boy Scouts, où il est allé pour protégé l’équipement contre la tempête.

Après l’ouragan Rita en septembre 2005, j’ai réussi à passer le contrôle de la National Guard (armée) et entrer dans le village de Pecan Island grâce au laisser-passer Radio Canada  d’Achille Michaud.  Le chemin est encore bloqué par des arbres et nous nous faufilons avec beaucoup de précaution.  Les maisons sony sauvagement massacrées ou bien complètement disparues.  Nous avons continué le long du littoral vers Caméron.  Tout au long, on voyait beaucoup d’animaux morts : rats musqués, alligators, et parfois un chaouis.  Les quelques animaux vivants sont dans u piteux état.  Secoués par l’ouragan et brulé par l’eau salé, ils se penchaient au bord de la route dans un état de choc.   

Ma femme, Claude, et moi sommes retournés à la Pacanière ce mois de janvier, la première fois que j’y retourne depuis 2006.  Nous étions invités par David et Heidi Alpha dans l’espoir de faire de la miroise dans les marécages.  Malheureusement un grand vent du sud nous a gardé sur les rives. 

J’ai été surpris et désolé par ce que j’ai vu.  Il y a eu un changement important dans la communauté depuis l’ouragan Rita.  Il n’y a plus de familles dans le village.  L’école est fermée et le bâtiment est maintenant un hôtel pour chasseurs.  Toutes les familles avec enfants ont été obligées de déménager.    Il y a, cependant, beaucoup d’activité dans le village.  Au bout de Fresh Water Bayou est un nouveau port qui sert l’industrie pétrolière.  L’exploration pétrolière est en période de grande croissance et Pecan Island est maintenant un point de départ pour les puits de forage dans le Golfe.   Il y a un autre aspect de l’environ qui est assez désolant.  À cause de l’intrusion d’eau saline, beaucoup des magnifiques chênes verts sont stressés ou bien déjà morts.

Malgré tous ces changements, les mèches sont toujours magnifiques.  Le ciel et la terre se confondent dans la grisaille.  Un tapis de roseau, brun en cette saison, semble s’étirait à l’infini.  La faune est abondante, des énormes volées de sauvagines, et des multitudes d’échassiers.   L’oiseau le plus spectaculaire est le « bec spatule »  (spatule rosée).

 Voici une courte histoire de la Pacanière, écrite par Jim Bradshaw, dans un article qui a paru dans le Lafayette Daily Advertiser le 24 juin, 1997, presque 40 ans au jour le jour après l’ouragan Audrey.

La Pacanière (Pecan Island) est un chênier qui comprend trois coteaux sableux à 6 miles (10 kilomètres) du Golfe du Mexique.   Sur le haut des coteaux, on trouve des chênes verts (quercus virginiana).   L’endroit est isolé est difficile d’accès et donc un havre pour des gens qui cherchent à s’isoler.

Selon la légende, la Pacanière fut un refuge de pirates et on raconte qu’il y a des fortunes en pièces d’or qui y sont enterrées.   Une autre légende raconte que l’endroit fut couvert d’ossements à cause 1) des pirates qui emmenaient leurs victimes pour les assassiner, ou 2) des indiens Attakapas, reconnus pour être cannibales.  Il n’y a, cependant, aucune preuve que les ossements appartenaient à des êtres humains.  Il est plus probable que les ossements appartenaient à des animaux tout simplement. 

Le premier colon de la Pacanière est Jacob Cole.  Il arrive du Texas en 1840, cherchant du pâturage pour ses troupeaux.  Il s’arrête à la Grande Chênière, le premier village à l’est de la rivière Sabine.  Il engage deux guides pour le conduire aux coteaux qui se trouvaient encore plus à l’est.  Il n’avait aucune piste à travers les marécages et leur route est difficile.  Les roseaux sont plus hauts qu’un homme à dos de cheval.  Ils coupent un chemin dans les mèches, attaqués constamment par des maringouins.  Parfois, ils tombent un cocodrie (alligator) de plus de 4 mètres.

 Ils ont pénétré jusqu’à l’Île Longue où ils ont abandonné le projet et se sont tourner de bord.  Cole est reparti au Texas.

Il est revenu deux semaines plus tard.  Cette fois, il dépasse l’Île Longue.  Un peu plus à l’est, il découvre un coteau couvert de chênes, et de pacaniers, et, plus intéressant, un beau pâturage. Il a appelle l’endroit Pecan Island. Cole repart au Texas les poches pleines de pacanes. 

Cole retourne rapidement avec ses troupeaux de bêtes à cornes ainsi que ses affaires.  Le printemps prochain, il conduit ses bêtes à travers les marécages au marché.   Il raconte que quand il est arrivé à Pecan Island, la terre est couverte d’ossements humains. 

En 1891, l’historien William Henry Perrin reprend l’histoire des ossements : « Pecan Island est difficile et dangereux d’accès.   L’Île est un véritable Golgotha et on y trouve quantité d’ossements humains. »

On trouve plusieurs « Indian mounds » (buttes crées par les autochtones pour leurs cérémonies.  (Malheureusement ce n’est plus le cas.  Il y a quelques années la dernière butte est rasée pour faire un parking.)

Jusqu’aux années 1950 la seule façon d’arriver à la Pacanière est par bateau à partir d’Abbeville.  On descend le Bayou Vermillion jusqu’au Intercoastal Canal, traversant Lac Blanc (White Lake) en ensuite naviguant à travers un labyrinthe de canaux pour arriver enfin au nord du chênier.  Il y a deux choix d’embarcation : le bateau de poste qui fait le traversier trois fois par semaine et qui prend huit heures.   Ou un bateau privée « rapide » qui fait le voyage en trois heures.

Une route est construite en 1953 de la Petite Prairie jusqu’à la Pacanière.  Ce bout de chemin rejoint la route Grande Chênière-Caméron à l’ouest.  Grâce au chemin, l’électricité arrive sur la Pacanière peu de temps après. 

Le long de son histoire, Pecan Island a resté un endroit isolé, refuge pour les sauvages et les sauvagines.  Encore aujourd’hui il garde son aspect indompté et indomptable.  Cependant l’ouragan Rita de 2005 a marqué un tournant.  Avec la fermeture de l’école et le départ des familles, la nature de la communauté a changé d’une façon fondamentale.   Seuls les marécages restent inchangés, et j’espère qu’ils resteront aussi sauvages pour toujours.