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Zachary Richard rapport mensuel
 


Zachary Richard Monthly Report Header

 

 

mis à jour le 7 mai, 2008

Le sud de la Louisiane perd l’équivalent d’un terrain de football toutes les 38 minutes, environ 25 miles carrés de terre ferme érodée (40 kilomètres carrés) tous les ans.  Depuis les années 1930, plus de 1,900 miles carrés (3000 kilomètres carrés) du littoral ont disparu, une zone plus grande que l’État de Delaware.

Les raisons pour cette perte sont bien connues : les digues et les canaux.

             

Depuis l’arrivée de l’Européen en Louisiane, on essaye d’empêcher l’inondation annuelle du Mississippi pour protéger les terres agricoles.  Après l’inondation de 1927, le Corps de Génie de l’armée américaine a complété le travail d’endiguement commencé au début du XVIIIe siècle.  Depuis, le fleuve est retenu dans une camisole de force.  En conséquence les alluvions qui remplissaient les marécages chaque printemps n’arrivent plus.  Le Mississippi est retenu dans les digues depuis 1930.  En 1963, le Corps de Génie a terminé son projet de contrôle en construisant un barrage, The Old River Structure, à la fourche du Mississippi et de l’Atchafalaya à 200 miles au nord de la Nouvelle-Orléans.  Le barrage permet de contrôler le niveau du fleuve.  Dès que le niveau d’eau devient menaçant, on ouvre les vannes.  Mais le barrage sert une autre fonction moins évidente : il empêche le Mississippi de suivre son cours naturel qui est de se vider dans la fourche de l’Atchafalaya vers Morgan City.   Sans le barrage, le niveau d’eau dans l’embranchement du Mississippi ne serait pas toujours suffisant pour assurer la survie du port de Nouvelle-Orléans, la plus grande entité commerciale de la ville.  Tout en protégeant le commerce de la Nouvelle-Orléans, et les terres agricoles de la Louisiane,  la construction des digues a eu un impact désastreux sur les marécages.

             

L’autre problème est les plus de 80,000 miles (120,000) kilomètres de canaux creusés sur le littoral dont la plus grande partie est les canaux d’exploration pétrolière.  Dans les années 1940, on a perfectionné des méthodes de forage qui permettent  aux compagnies pétrolières de creuser dans des zones dorénavant inaccessibles.  On a envahi les marécages à la recherche du prochain gisement.  On arrive depuis le Golfe du Mexique.  L’excavation de tous ces canaux a permis l’intrusion d’eau saline dans les marécages.  Les plantes aquatiques ont été décimées.  Les racines qui servaient de colle pour ce que nous appelons les « prairies tremblantes » est disparue et la terre s’effrite. 

             

Tout simplement le sud de la Louisiane disparaît.  Les alluvions qui pouvaient le maintenir sont déposées au large à cause des digues.  Avec la disparition des marécages partent aussi une part important de la protection naturelle contre les tempêtes tropicales. Chaque 3 miles (5 kilomètres) de marécages réduit l’ampleur d’un raz de marée d’un pied.  Les 100 miles de marécages (160 kilomètres) entre la ville de Nouvelle-Orléans et le Golf du Mexique servaient à amoindrir la force d’un ouragan dans les années 1960.  Maintenant ces marécages sont considérablement réduits.  Les ouragans Katrina et Rita ont provoqué une perte supplémentaire de marécage.  En plus, le Mississippi River Gulf Outlet (MRGO), un canal de navigation construit dans les années 1960 pour permettre les navires d’accéder au Golfe sans passer par le fleuve, a détruit plus de 217 acres (70 hectares) de marécage par l’intrusion d’eau saline.  Chaque hectare de marécage disparu réduit la protection naturelle de la ville. 

             

La menace à la ville de Nouvelle-Orléans est d’autant plus aiguë  dans le contexte du réchauffement climatologique.  Un des résultats du haussement des températures, dû à l’effet de serre, est une augmentation de la fréquence et de la violence des tempêtes tropicales.  Ajoute à ceci l’augmentation du niveau de la mer causé par la fonte des glaciers, et nous avons une recette de catastrophe.  

             

Selon Torbjörn Törnqvist, directeur du National Institute for Climatic Change Coastal Reasearch Center, le niveau de la mer le long de la côte louisianaise augmente actuellement à un taux qui est de 4 à 6 fois plus que pendant les 1000 ans précédents.  Selon Törnqvist, le niveau de la mer était moindre de 5 mètres il y a 6000 ans.  Depuis, le niveau augmente.  Avant la Révolution Industrielle, l’augmentation était d’environ un demi imillimètre par an.  Sur la côte louisianaise, à Grande Isle au sud de la Nouvelle-Orléans, le taux est de 10 millimètres par ans, soit 20 fois plus. 

Pour enfoncer le clou un peu plus profondément (pardonnez la métaphore), le sud de la Louisiane calle.  Les causes sont multiples et complexes, mais l’extraction des minéraux (pétrole) et l’assèchement des marécages associés au développement urbain en sont pour beaucoup.  Ce qui est certain est que la Louisiane fait face à une situation critique.  En plus, la situation louisianaise risque de se reproduire sur toutes les zones côtières du monde. La bonne nouvelle est que les leçons que l’don tire de l’expérience en Louisiane vont éventuellement servir à protéger d’autres endroits à risque.  Par contre, on espère que ce n’est pas trop tard pour sauver la Nouvelle-Orléans et les villes de Houma et Thibodeaux.  Malheureusement, les dirigeants politiques ainsi que la communauté elle-même semblent incapables d’agir efficacement.  En Louisiane, l’économie et l’emploi sont les priorités.  La question à se poser est quel sera l’état de l’économie si l’environnement continue à se dégrader au train qu’elle va.  Quelle sera la qualité de vie en Louisiane en 50 ou 100 ans ?  Ce sont des questions que personne n’ose poser actuellement.

Le 31 décembre, 1925, Percy Viosca, un biologiste du Louisiana Department of Conservation s’est adressé au Ecological Society of America lors de leur conférence à Kansas City.  « Les modifications apportées par l’homme dans les marécages de la Louisiane sont en train de changer les conditions fondamentales de l’environnement.  Les digues de protection contre l’inondation, le déboisement, l’approfondissement des chenaux,  le creusage des canaux d’évacuation et de navigation auront un impact profond.  Le temps est venu pour le développement des marécages selon des nouvelles bases intelligentes. »

Percy Viosca était un visionnaire et sa vision comprenait la complexité de la vie naturelle.  Il observait l’abondance et la vitalité des marécages à une époque où les effets malheureux de l’intervention n’étaient pas encore à une étape critique.  Déjà, il y a plus de 80 ans, il prévoyait l’effondrement du système écologique.  Depuis Percy Viosca, plusieurs ont prêché la bonne parole écologique dans un effort de sauver cet héritage magnifique qui est les basses terres du sud de la Louisiane.  Aujourd’hui ils s’appellent Oliver Houck, Mark Davis, et Tyrone Foreman.  Est-ce qu’on va les écouter à temps ?

             

Les solutions sont pourtant bien connues.  La question à se poser est si la société américaine (car les problèmes sont d’envergure nationale) est prête à faire face à la situation et de prendre les mesures nécessaires pour sauvegarder le littoral louisianais.  Voici les dix points essentiels à mettre en place pour sauvegarder le littoral.  Ils font partie d’un rapport publié par Oliver Houck, professeur de droit environnemental à Tulane University, en septembre 2005.  Pour l’instant, aucun point a été mis en oeuvre.  Il faudra :

  

 

  • Créer les cartes.  Non simplement une carte de plan de protection contre l’inondation, mais une carte qui désigne clairement ce que nous essayerons reprendre, ce que nous espérons sauver, et ce que nous abandonnerons à la Nature.
  • Évaluer le financement.  Il y a plusieurs projets qui sont sur le point d’êtres financés et d’autres qui risquent de l’être (Morganza Project, voir le rapport d’Octobre, 2006) qui auront un impact énorme sur le Sud de la Louisiane ainsi que sur la ville de Nouvelle-Orléans.   Katrina et Rita ont changées toutes les données.  Il faut revoir tous les projets qui touchent au littoral avec la carte (#1) en main et les priorités bien établies.  Autrement les développeurs et les politiciens qui servent leurs intérêts vont tout diriger.
  • Libérer les alluvions.  Il y a 50 ans, 400 millions tonnes de sédiment passaient dans le fleuve à la hauteur de la Nouvelle-Orléans.  Aujourd’hui ce n’est que 80 millions.  Ses alluvions sont retenues à l’intérieur des digues et finissent dans le Golfe du Mexique, plutôt que de combler les marécages.  Nous avons besoin que chaque motte de terre qui descend le fleuve finisse dans les marécages pour les renforcer.
  • Libérer les rivières.  Il faut couper les digues à des endroits stratégiques et permettre les cours d’eau de suivre leurs courants naturels, plutôt que d’essayer de les retenir avec des projets dont le rapport qualité prix est désastreux.
  • Eliminer les engrais chimiques.  L’agriculture basée sur les produits chimiques est responsable pour la pollution de la zone côtière.  Il faut que le gouvernement fédéral (ainsi que le gouvernement louisianais) accepte la réalité de la situation et qu’il impose des contrôles.
  • Guérir les marais.  Nous avons la technologie pour assainir les marais.  Il faut l’appliquer.
  • Arrêter la perte du littoral.  Nous savons trop bien les conséquences de la perte du littoral.  Pourtant, les canaux d’exploration pétrolière se creusent toujours.  Et l’assèchement de terres basses en vue de construction urbaine va bon train.  Chaque lopin de terre que nous perdons sera difficile voir impossible à récupérer.  Il faut arrêter cette perte immédiatement.
  • Faire la place aux processus naturels.  Il faut surélever les routes et les voies ferrées, et ouvrir des « floodways » (cours d’eau utilisés lors d’inondation), consolider les installations pétrolières, les ports et les bancs d’huîtres.  Et fermer des zones entières au développement. 
  • Oser penser d’abandonner.  Les résidents de la zone côtière sont de plus en plus menacés.  Le maintien des installations pétrolières, et des ports est possible uniquement grâce aux polices d’assurances.  Ce n’est pas le cas des zones résidentielles.  Comme on voit actuellement, il est de plus en plus difficile d’obtenir une assurance pour un domicile dans une zone sujette à l’inondation. Il faut accepter que si nous n’abandonnons pas les zones à risque, la nature va nous obliger à le faire.
  •  Admettre la réalité du réchauffement de la planète.  L’autruche louisianaise ne peut pas continuer à enfoncer sa tête dans la boue.  Le réchauffement de la planète doit faire partie de nos calculs.  Veut ou veut pas, les  tempêtes tropicales arriveront de plus en plus fréquemment et avec de plus en plus de violence.  Et le niveau de la mer sera de plus en plus élevé. Voilà une réalité qui aura (a) un impact monumental sur le littoral louisianais.

 

http://www.nwrc.usgs.gov/special/landloss.htm

http://marine.usgs.gov/fact-sheets/LAwetlands/lawetlands.html

http://www.lca.gov/

 

mis à jour le 2 avril, 2008

Il y a une expression bien connue de mes compatriotes américains : Coyote ugly, « Laideur coyote. » Selon la légende urbaine, le coyote va chiquer sa patte pour se libérer d’un piège une fois pris.  La phrase est devenu une métaphore pour  décrire une situation que quelques-uns de vous ont peut-être la malchance d’avoir connu.  Après une nuit de débauche, il peut arriver qu’on se réveille à côté d’un être plutôt répugnant. Il est bien connu que la consommation d’alcool amoindrit la capacité de jugement.  Les facultés réduites par l’alcool, on a tendance à trouver séduisant des partenaires sexuels potentiels qu’en temps normal on trouvera dégoûtant.  Ce qui peut donner une situation embarrassante le lendemain matin :  Coyote ugly.  Le sens de la phrase est le suivant : Après une nuit de surconsommation, se réveillant à côté avec quelqu’un d’hideux  couché sur le bras, on est capable de chiquer sa patte pour fuir.  C’est le sentiment que j’ai eu en arrivant en France.

Nicolas Sarkozy était propulsé par une vague de frénésie.  Son concurrent le plus proche, le Socialiste, Ségolène Royal, était loin derrière.  Sarkozy promettait de résoudre tous les problèmes des Français commençant par le problème d’immigration.  Il allait finir avec l’agitation des immigrants en trouvant de l’emploi pour les bons et des cellules de prisons pour les mauvais.  Deuxièmement, il allait ranimer l’économie moribonde.  Il allait revisiter la question des acquis sociaux et réformer l’économie pour qu’elle devienne plus compétitive et plus américaine.  Selon Sarko ce dont la France a besoin c’est un coup de pied dans le cul, et il s’est présenté comme l’homme qui pouvait le donner.  

La société française a une forte tendance à la grogne.  Le mécontentement est évolué  en expression quasi-artistique.  Par contre, depuis les plus de trente ans que je viens ici, je n’ai jamais vu l’insatisfaction atteindre les limites du désespoir tel que maintenant.  Quand Mitterand fut élu, il y avait une grande vague d’euphorie.  Le succès des Socialistes avait surpris le pays.  L’exubérance allait durer pendant son premier mandat, débordant sur le second.  Mais à la fin de celui-ci, l’insatisfaction s’est installée propulsant Jacques Chirac au pouvoir.  Avec son éléction, le pays jubilait.  On estimait que la politique de droite allait régler les problèmes sociaux et économiques.  Ça durait jusqu’à son deuxième mandat.  Pendant sa dernière campagne électorale en 1995, le peuple était devenu irascible.  La question de l’immigration planait au-dessus de la campagne.  La menace pour Chirac ne venait pas des Socialistes à gauche, mais de sa droite : le Front National de Jean-Marie Lepen.  Ultimement Chirac ne pouvait pas livrer sur sa promesse de réforme et a fini sa carrière politique en queue-de-poisson. 

Lors des dernières élections, les Français ont soutenu l’ancien Ministre de l’Intérieur, celui qui était responsable de la réponse gouvernementale pendant les émeutes de 2005.  Sarkozy allait mettre les choses en place.  Ça n’a pris que quelques mois pour que la déception s’installe.  Au contraire de ses prédécesseurs, la popularité de Sarkozy a chuté en un temps record.  Ce n’est pas le fait que les Français boudent leur président, ils ont toujours fini par le faire, mais ce qui est étonnant est le peu de temps que ça a pris.  Coyote ugly.  Les Français hésitent à chiquer leur patte collective, mais il est évident que  Cendrillon est devenue citrouille.

Les élections municipales ont eu lieu en France la semaine dernière.  Les résultats furent un énorme succès pour les Socialistes.  Les gouvernements municipaux ont beaucoup plus d’importance en France sur le plan national qu’aux USA.  Il est rare, sauf dans les plus grandes villes américaines que l’orientation politique des candidats a une portée sur les élections municipales.  Par contre en France, le parti politique du candidat a autant d’influence sur le vote que sa popularité personnelle.  En installant les Socialistes aux mairies partout en France, le peuple envoyait un message clair au président, et le message est : on ne t’aime plus.

Nicolas Sarkozy n’est pas connu pour ses qualités diplomatiques.  Sa réputation est celle d’un bulldog.  Partout où je passe, on me raconte l’histoire du président et du fermier.  Dans une foire agricole récemment, un fermier a refusé de serrer la main du président, ne souhaitant pas, selon les rapports, de se « salir ».  La réponse du président fut bref et bulldogesque :  Casse toi, petit con.  Chaque fois qu’on me raconte cette anecdote, on raconte aussi une histoire semblable concernant Jacques Chirac.  Lors d’un discours présenté par le président Chirac, quelqu’un dans la foule a crié « Connard. »  La réponse de Chirac est classique,  « Et moi, je m’appelle Chirac. »   Les deux histoires font partie du folklore français maintenant.  Elles sont toujours associées comme pour illustrer la différence de style des deux hommes, et pour souligner l’agressivité de Sarkozy.  Il paraît être un mégalomane obnubilé par le « bling-bling » et les médias.  La plupart des Français lui pardonnent son divorce médiatisé ainsi que son mariage également médiatisé avec la chanteuse pop et ancien mannequin, Carla Bruni.  C’est son affaire, après tout.  Mais les Français voient son appétit démesuré de reconnaissance et son orgueil sans réserve comme étant grossiers.   Son association avec les riches et célèbres de ce monde est un affront aux Français qui sont dans une situation économique précaire.  Dans un effort de paraître plus présidentielle, Sarkozy s’est lancé récemment dans une tournée des monuments de guerre posant une gerbe au monument des Poilus de la Guerre de 14, etc.  Pendant ce temps, Carla restait au foyer.

En parlant de Coyote ugly, je signale que George W. Bush quittera l’office de la présidence des USA l’année prochaine laissant derrière lui une économie en lambeaux et le pays enlisé dans une guerre désastreuse qui aurait coûté des milliards de dollars ainsi que des milliers de vies américaines, et surtout iraqiennes.   Deux tiers des Américains pensent que l’invasion de l’Iraq était une erreur.  À l’occasion du cinquième anniversaire de l’invasion, le président Bush a confirmé avec ferveur sa conviction que l’invasion était «  la bonne chose à faire » (the right thing to do). Nous avons gaspillé des milliards de dollars et détruit des milliers de vies.  Nous avons perdu notre standing dans le monde, et sommes otages d’un stratège sans but précis.  Par contre, la plupart des Américains ne semblent pas êtres dérangés par ceci.  Peut-être qu’on devrait faire venir des Français pour nous apprendre à organiser des manifestations, ou au moins de se plaindre.  La plupart de mes concitoyens semblent satisfaits de regarder des émissions imbéciles à la télévision en mangeant du « junk food ».  Coyote ugly.  Mais on peut se demander qui est le coyote. 

Voici le sujet ultime de ce rapport :  Je déclare par ceci mon soutien de Barak Obama dans sa candidature à la présidence des USA.  Le Senator et candidat républicain, John McCain, était de passage à Paris cette semaine après avoir visité l’Iraq.  Il a dit que les USA doivent « écouter leurs alliés », un effort démagogique de plaire aux Français. Il essaie de projeter une image présidentielle. Mais enfin, John !   Il est un patriote sincère, un héro de guerre, mais très évidement incapable de rompre avec la politique arriéré du président actuel.  « Nous resterons en Iraq pour 100 ans si nécessaires, » il a proclamé.  Il s’est dit « honoré » par le soutien de George W. Bush, le même George W. Bush qui a répandu la rumeur que John McCain avait un fils noir illégitime lors de la campagne républicaine en Caroline du Sud en 1999.  Si John McCain est élu, il faudrait chiquer bien plus que sa patte.

Mon soutien d’Obama est basé sur une seule raison.  Il ne m’impressionne pas avec son message de « Changement ».  Dans une situation aussi merdique que celle des USA actuellement, de prêcher le « changement » n’est pas particulièrement original ni particulièrement osé.  Je dirais même qu’Hillary Clinton me semble plus expérimentée.  Cela dit, il est t difficile d’imaginer comment quelqu’un, aussi expérimenté qu’il soit, va réagir face aux défis de la présidence américaine. Je n’ai aucun problème avec l’idée d’avoir une femme président des USA, mais la raison que je soutienne Obama est basée sur autre chose que ma perception d’Hillary ou de son mari.

Si l’on retourne au mois de mars 2003 dans les archives des rapports postés sur ce site, mon opposition à l’invasion de l’Iraq est bien claire.  Je prévoyais même que les USA allaient s’enliser dans un « Viet Nam avec sable. »  Où se trouvaient à cette époque les « deux tiers des Américains qui pensent que l’invasion était une erreur » ?  Il y avait des idiots qui effaçaient des pancartes de rues les noms français dans ma ville natale.  On voulait se venger contre le président français qui osait contrecarrer George W. Bush.  On a pris comme cible tous ce qui était associé à la culture française, comme les pancartes de rue.  En même temps, des journalistes américains de grand standing répandaient la propagande du gouvernement américain de la façon la plus honteuse.  Le pays était saisi par une épidémie de connerie nationaliste.  C’était difficile de trouver des gens opposés à la guerre à part moi, Bill Nevins et Barak Obama (je plaisante, nous étions des millions).  Ça ne m’a rien coûté.  Bill Nevins a payé le prix de son opposition à la guerre par la perte de son emploi.  Tandis que Barak Obama, il aurait pu perdre son avenir politique tellement que les ultranationalistes battaient le tambour.  Mais il a choisi de nager contre le courant et de faire face à la folie collective d’un pays imbibé de sa mythologie venteuse.

Je soutiens Barak Obama parce qu’il m’a permis d’imaginer que dans cette fosse septique qui est Washington D.C., il est possible qu’il y ait un politicien qui suit sa conscience.  Quelqu’un qui est prêt à défier le pouvoir et l’argent et la pression publique pour suivre ses convictions.  Pour m’avoir donné cet espoir, je soutiens Barak Obama.

 

mis à jour le 5 mars, 2008

Dans l’histoire de la communauté cadienne il y a trois évènements majeurs. D’abord la déportation, l’exil et l’arrivée en Louisiane. Ensuite la Guerre de Sécession, et enfin la Deuxième Guerre Mondiale. Avec l’entrée des Etats-Unis dans la guerre en 1941, la population mâle de tout le pays y compris de la Louisiane était partie dans l’armée. Tous les jeunes hommes en bonne santé de 18 à 35 ans sont partis pendant les quatre années de la guerre. Beaucoup d’entre eux n’avaient jamais quitté les confins de leur paroisse. Plusieurs ne parlaient pas l’anglais. Ils sont revenus en Louisiane avec une identité nouvelle, renforcée par leur expérience. Ils étaient fiers d’être Américains, et leur culture était irréversiblement changée. Ils partageaient avec les Américains le goût des « Big Bands ». Mais il y avait un courant qui coulait sous la surface, et ce courant allait monter à la surface d’une façon éclatante créant ainsi l’âge d’or de la musique cadienne.

Les Cadiens qui sont partis à la guerre, au moins ceux qui en sont revenus, étaient encore jeunes. Après les années de guerre, ils avaient le goût de s’amuser, de danser, de courtiser. Ce désire de divertissement a contribué directement au phénomène des salles de danse. Avant la guerre, les danses se tenaient chez un particulier. Une invitation était lancée dans toute la communauté. Les traditions d’hospitalité engageaient l’hôte à accueillir tous ceux et celles qui se présentaient. La musique et la bouffe étaient offertes par l’hôte bien que la plupart des invités arrivaient avec un plat. Dans une des chambres, on installait les bébés sous la garde des veilles femmes qui leur chantaient des berceuses, d’où le nom « Fais do-do ». Après la guerre, toutefois, les bals de maison ont été abandonnés en faveur des salles de danse commerciales. On construisait des bâtiments qui servaient uniquement aux danses. On vendait de la boisson, et l’accès au plancher de danse, au moins pour les hommes, était payant. C’était un phénomène accessible uniquement aux adultes. Il y avait une scène (band-stand) consacrée aux musiciens au bout du plancher de danse, avec des tables de chaque côté pour les clients. Ces salles de danses, qui se trouvaient un peu partout sur la prairie (La Poussière, The Triangle Club, The China Ball Club, Hick’s Wagon Wheel) ont contribué à faire de la musique cadienne une institution. Il n’y avait pas de village où l’on ne pouvait pas trouver une salle de bal, du moins le vendredi et le samedi soir.

Les salles de danses ont créé beaucoup de travail pour les musiciens. Les orchestres de fortune des bals de maison ont cédé la place aux orchestres professionnels de l’après-guerre. La formation musicale a évolué aussi. Il y avait l’accordéon bien sûr, et un ou parfois deux violons, mais à cette formation de base, on ajoutait la batterie, la basse électrique et le peddle steel guitare. Cet instrument typique des orchestres country est devenu ubiquitaire dans les orchestres cadiens. Jouant au moins deux fois par semaine et souvent bien plus, les orchestres de l’époque ont défini un nouveau style plus sophistiqué : Lawrence Walker, Blackie Forestier, Ambrose Thibodeaux, Jimmy C. Newman, Larry Brasseux, Belton Richard et Aldus Roger jouissaient d’une popularité exceptionnelle. Ce dernier, avec ses Lafayette Playboys, était connu de tout le monde grâce à son émission de télévision. Les postes de radio, KSIG à Crowley, et KROF à Abbeville diffusaient la musique à partir des années 50, mais c’était avec l’émission d’Aldus Roger, diffusée sur les ondes de KLFY-TV que la musique cadienne est rentrée dans l’ère moderne. Diffusée le dimanche matin, cette émission était la bande sonore de ma jeunesse. Chaque dimanche quand la famille se réunissait chez ma grande mère, Aldus Roger jouait à la télévision, jouant avec brio l’accordéon diatonique qu’il a emmené à un niveau supérieur. Mais celui qui allait avoir la plus grande influence ne jouait pas à la télévision, ni à la radio. En fait, il avait de la difficulté à trouver des engagements. Presque aveugle, Ira Lejeune allait mourir tragiquement à l’âge de 27 ans laissant derrière lui une famille nécessiteuse et les plus belles chansons de la tradition de danse cadienne.

La vie d’Ira Lejeune était le modèle classique de la vie de bluesman. Effectivement aveugle, portant des lunettes épaisses comme un fond de bouteille, il ne pouvait accomplir aucun travail manuel. Dans une société rurale où le métier de musicien professionnel est associé à des périodes fastes où l’on est obligé de faire autre chose pour nourrir sa famille, Ira Lejeune ne pouvait que jouer de la musique. Son orchestre n’était pas parmi les plus populaires, peut-être à cause de son allure étrange, avec ses grosses lunettes sur le nez. Il jouait assis au contraire de tous ses confrères, qui, eux, jouaient debout. J’ai souvent entendu qu’il jouait « trop vite » et que sa musique était difficile à danser. Il a enregistré 24 chansons, la plupart chez lui dans la cuisine, qui sont le coeur du répertoire classique cadien. Il était, à lui seul, responsable de la résurgence de l’accordéon. En 1948 sa chanson La Valse du Pont d’Amour était un succès phénoménal. Cette chanson, plus que toute autre, a donné à la tradition ses lettres de noblesse. Une nuit en rentrant après un bal, la voiture dans laquelle lui et son groupe voyageaient a eu un pneu crevé sur la Hiway13 entre Eunice et Crowley. Ira se promenait dans le chemin pendant qu’on réparait le pneu. Il n’a jamais vu la voiture qu’il l’a frappé. Quand on est arrivé à l’hôpital, il était déjà mort. Il avait 27 ans.

Deux ans après la sortie de La Valse du Pont d’Amour, un autre 78 tour a bouleversé le monde de la musique en Louisiane. La chanson s’appelait Ma Tee Fee (Ma Petite Fille) et l’artiste s’appelait Clifton Chenier. Clifton allait à lui tout seul créer un genre musical connu aujourd’hui comme le Zydeco. En 1950, il travaillait à Houston comme journalier et c’est là qu’il a rencontré Lightning Hopkins. Jusqu’alors, ignorant du blues, cette rencontre était pour Clifton une épiphanie. Retournant en Louisiane, il a abandonné l’accordéon diatonique de son père pour apprendre l’accordéon chromatique, ce qui lui a permis de jouer les trois accords du blues classique. Clifton a également modernisé l’orchestre, ajoutant batterie, basse électrique, et saxophone. La musique de Clifton s’approchait davantage de celle des noirs américains, mais elle gardait toujours sa couleur unique, grâce à l’accordéon et aux rythmes typiques. Son frère Cleveland a modifié le frottoir à laver, créant ainsi l’instrument de percussion des orchestres de Zydeco moderne, le rub-board. Grâce à Clifton Chenier le Zydeco a pris une tournure urbaine, plus proche du blues, mais la racine est restée la même. C’est Amédé Ardoin, cousin de Bois-Sec qui a eu le plus d’influence sur Clifton. C’est peut-être surprenant, vu l’écart aujourd’hui entre la musique cadienne et le Zydeco, mais une des plus grandes influences sur Ira Lejeune était ce même Amédé Ardoin.

Bien que le Zydeco et la musique cadienne (Cajun music) soient aujourd’hui deux styles distincts, ils partagent la même racine et sortent de ce même bouillon de culture qui se trouvait sur la prairie des Attakapas au début du 20e siècle. Quand j’écoute Amédé Ardoin, un Créole noir, et Amédé Breaux, un Cadien blanc, je peux difficilement faire la différence. Les influences s’entrecroisaient sans cesse et toutes les communautés ethniques ont eu leur part d’influence dans la création du style. Mais avec la Deuxième Guerre Mondiale, les deux styles, la musique Cajun et le Zydeco sont arrivés à une fourche. L’isolement de la communauté était à tout jamais brisé, et les influences venues de l’extérieur étaient forcément différentes pour les Cadiens et pour les Créoles . L’inclusion de la batterie dans les orchestres avait une influence déterminante sur l’évolution des deux styles. Les Créoles et les Cadiens concevaient le rythme de deux façons différentes. L’instrumentation des orchestres allait aussi prendre deux cours différents, les blancs attirés par la musique country et les noirs par le blues.

Bien que la musique cadienne et le Zydeco soient aujourd’hui deux styles distincts, si l’on remonte jusqu’au début, on se rend bien compte qu’ils ne sont que deux branches du même arbre. Ce n’est qu’à partir des années 1950 que les styles ont commencés à se distinguer l’un à l’autre. Par contre si l’on écoute la musique française de la Louisiane des années 1930 et 1940, on voit clairement que la musique des Cadiens et la musique des Créoles noirs ont poussé de la même racine.

 

mis à jour le 6 février, 2008

Les Amerindiens plaçaient des gourdes creusées autour de leurs habitations dans l’espoir d’attirer les hirondelles noires.  À part leur voltige acrobatique, et leur chant amusant, les hirondelles rendent un service très appréciable : elles consommaient quantité d’insectes notamment les maringouins.  La relation entre l’homme et l’hirondelle noire en Amérique du Nord est une histoire de plusieurs siècles. 

Nous avons entretenu une colonie d’hirondelles (progne subis) d’année en année quasiment depuis la construction de la maison en 1981.   Je regarde avec beaucoup de plaisir les générations se suivrent.  J’attends avec anxiété leur arrivée à chaque printemps.  Je les ai protégées des serpents rats (Elaphe obsoleta indheimer) et des moineaux domestiques.  Leurs piaulements et leur voltige me rendent heureux.  L’envol des poussins au mois de juin me remplit d’une joie mélangée de nostalgie, car une fois que les petits ont pris leur envol, il n’est que question de jours avant que toute la colonie nous abandonne.  Elles vont se nicher ailleurs écoutant l’appel solennel de leur instinct.  En septembre elles vont se regrouper en volées énormes, des centaines voire des milliers d’individus, nichant sous les ponts en tumulte.   Un beau jour d’automne, le vent du Nord dans le cul, elles partiront vers leurs aires d’hivernage au  Brésil.  Au printemps de 2007, pour la première fois depuis plus d’un quart de siècle, mes hirondelles ne sont pas revenues.

La tradition louisianaise prétend que les hirondelles reviennent le jour du carnaval.  Comme le Mardi Gras change de date à tous les ans, allant du début février jusqu’au début mars, on peut bien douter de la véracité de cette légende rurale.  Mais je suis là pour porter témoin.  Il ne s’est pas passé un Mardi Gras chez nous sans qu’un éclaireur hirondelle arrive.  Ça se passe, en général, tôt le matin.  En prenant ma promenade, je vais entendre un sifflement.  D’abord je ne fais pas attention, mais dans le courant de la matinée, je vais enfin me rendre compte : elles sont de retour.  J’aurais monté les cages depuis quelque temps, faisant attention de ne pas trop les nettoyer, car un peu de boue sèche donnera plus d’emprise.   C’est fabuleux d’imaginer qu’un oiseaux en partant de son aire d’hivernage à des milliers de kilomètres de chez nous peut concorder son arrivée avec une fête franco-catholique, une fête qui change de date à tous les ans en plus.  Étrange mais vrai. 

L’éclaireur tournera autour les cages pendant un jour un deux, tombant du ciel dans un vol exalté, poussant son cri rauque.  Il retournera dormir avec ses amis quelque part au loin.  Un jour, il sera accompagné d’une jolie demoiselle.   Ce jour-là, le mâle fera une démonstration de séduction, tournant autour de la cabane, piaulant, les yeux pleins d’amour.  À moment donné, les deux vont se poser sur le toit de leur domicile élu.  Dans quelques jours les cabanes seront toutes remplies et la colonie installée de nouveau.

C’était la veille de la fête des mères au mois de mai, 2003 que la colonie a connu son pire moment.  À la tombée de la nuit, j’ai vu une ombre qui montait le poteau d’une des cages.  Mon coeur a sauté.  Un serpent-rat montait.  Le « Texas rat snake » est plutôt apprécié par les habitants.  Friand des rats et souris, non-venimeux, ma relation avec ses serpents était « vis et laisse vivre ».  Mais quand il a envahi la colonie d’hirondelles, le serpent avait traversé le seuil de l’intolérable.  Claude, ma femme, est moi étions effrayés.  Je ne voyais pas ce que je pouvais faire. L’idée de monter sur une échelle (les cabanes sont suspendues en l’air à 3 mètres du sol) dans le noir pour attraper un serpent me semblait peu intéressante.  On a resté planter comme des statues, embêtés, sans le moindre idée de ce que l ‘on pourrait faire.  Pendant ce temps le serpent étouffait sa victime.  Le serpent rat tue en asphyxiant comme les pythons.  On était très mal à l’aise, imaginant les petits os se brisant. 

Finalement j’ai passé à l’action. J’avais par hasard un grand sac en plastique transparent.  Je suis monté délicatement, passant le sac par-dessus la cabane, très soucieux de ne pas provoquer notre visiteur. Le sac en plastique en place, attaché par le bas, nous sommes allé nous couché.  Le lendemain, le pauvre serpent était au fond du sac.  Il avait l’air bafoué, manquant de l’air.  Maintenant que faire?

J’ai un ami qui travaille pour le service de la faune (US Fish and Wildlife Service).  Je l’ai téléphoné en pensant  qu’il allait venir me débarrasser du serpent.  Après tout, c’est son travail.  Mais c’était le dimanche de la fête des mères.  Il  a laissé un « snake stick » devant sa maison pour que j’aille le chercher.  Un « snake stick » est un bâton d’environ un mètre de long, avec au bout un clamp qui est activé par une gâchette.  En moins qu’une heure, le serpent était dans le camion en route pour son nouveau pays.  Il mesurait plus d’un mètre de long et, malgré la fatigue, était encore assez vigoureux.  On l’a emmené suffisamment loin pour qu’il ne revienne plus.  On a trouvé un site assez prometteur dans un boisé paisible le long d’un bayou sinueux.  Nous lui avons souhaité bonne chance et sommes retourné voir nos hirondelles. 

La colonie a été décimée.  Des douze couples, il n’en restait que trois.  Je craignais qu’elles abandonnent le site.  C’était en mai, quelques semaines à peine avant l’envol des poussins.  Je ne les ai plus de l’été.  Mais le matin du Mardi Gras prochain en 2004,  l’éclaireur est paru.  Mes hirondelles étaient de retour.  Pendant les trois ans qui ont suivi, la colonie s’est rétablie petit à petit.  J’espérais que pendant l’année 2007, la colonie allait pouvoir atteindre sa population pré-serpent. 

Le 20 février 2007,  en me promenant dans la cour, je l’ai vu.  J’ai été surpris, comme à tous les ans.  Je savais qu’elle était une des notres.  Ma petite colonie est distinguée par une anomalie génétique, une tache blanche à l’aile sur les secondaires.  Il portait la tache.  Le lendemain le mâle est revenu avec deux femelles.  Pendant toute la matinée le petit groupe volait autour, plongeant du ciel comme des kamikazes, se posant sur le toit d’une cabane.  Ils sont revenus pendant plusieurs jours, et après rien.  J’ai attendu plusieurs semaines avant de démonter les cabanes, envahies de moineaux.

Je me demande encore la raison de la chute de ma colonie.  Est-ce dû à un évènement malheureux, une tempête tropicale qui les a surpris en route?  Je sais que l’on coupe la forêt amazonienne à un taux inquiétant, une zone la taille de l’état de Delaware disparaît chaque année.  Est-ce que mes hirondelles ont été victimes de la disparition d’habitat dans leur second pays?  Ou, est-ce que le problème est d’origine locale. Je sais que les hirondelles préfèrent les espaces ouverts.   Les arbres que j’ai plantés avec tant d’acharnement commencent maintenant à monter au ciel, empiétant sur les pistes d’atterrissage qu’emploient les hirondelles.  Est-ce qu’elles ont abandonné mon terrain pour un site plus convenable?  Pourtant les arbres n’ont pas poussé tant depuis l’année passée. 

Est-ce un problème de nourriture?  J’habite une zone agricole où les pesticides sont utilisés en grande quantité.  En plus, on tente d’empoisonner les maringouins (et par conséquent les autres insectes).  De temps en temps un camion de la paroisse (comté) passe dans la brunante laissant traîner un nuage de poison destiné à nous débarrasser des moustiques, l’aliment préféré des hirondelles.  Les hirondelles sont insectivores exclusivement.  Pas d’insecte, pas d’hirondelle.  Je ne saurais probablement jamais la raison de la disparition de ma colonie d’hirondelles noires, mais une chose certaine, elles sont, comme toutes les espèces migratoires, menacées. 

Depuis les années 1960, on étudie la migration d’oiseaux en Amérique du Nord grâce au radar.  Le pionnier de cette méthode est Sydney Gautreaux, ancien professeur de Louisiana State University.  M. Gautreaux est rendu actuellement à Clemson University où il dirige le programme de recherche ornithologique (http://virtual.clemson.edu/groups/birdrad/index.htm).  Selon ses études, depuis les années 1980,  la population des oiseaux migrateurs en Amérique du Nord a chuté d’environ 50%.  Il est impossible de compter avec précision le nombre des milliards d’oiseaux qui traversent le Golfe du Mexique, mais grâce au radar, on peut évaluer la population aviaire en étudiant la densité des images lors de la migration printanière.   À chaque soir, de février jusqu’en mai, des millions, voire des milliards d’oiseaux traversent le Golfe du Mexique en direction du nord, vers leur territoire de nidification.  La chute des populations est incontestée et due essentiellement à la perte d’habitat.  Mais il y a un nouvel élément de souci : les changements climatologiques et le réchauffement de la planète. 

Comme l’explique David Wilcove dans son nouveau livre publié aux éditions Island, No Way Home, les changement climatologiques risquent d’avoir des conséquences dramatiques sur les oiseaux migrateurs.  La migration aviaire est un phénomène extraordinaire.  On ne sait pas tous les détails, mais on comprend bien les bases.  Pourquoi migrer des centaines voire des milliers de kilomètres, surtout quand les aires d’hivernage offrent quantité de nourriture?  Il s’agit d’un stratège de reproduction mis à point depuis des millénaires.  En migrant, les oiseaux évitent une concurrence sur le territoire d’hivernage avec les oiseaux tropicaux, et ils occupent un territoire relativement vide lors de leur nidification. Idéalement, les oiseaux  insectivores comme mes hirondelles, arrivent sur leur territoire en même temps que l’éclosion des insectes, ce qui assure l’alimentation des poussins.  Avec les changements climatologiques, les insectes éclorent plus tôt qu’auparavant.  Les oiseaux, eux, suivant les indices de luminosité, ne changent pas leur départ en fonction.  Ce qui risque de créer un manque de nutrition dans la période de nidification.

Le Mardi Gras cette année est le 5 février.  Tôt.  Ce qui veut dire que je n’ai pas beaucoup de temps pour monter mes cabanes en espérant un beau matin de voir une hirondelle qui arrive comme un éclair en pourpre foncé se poser délicatement chez lui.

mis à jour le 1er janvier, 2008

Chers amis, avec mes meilleur voeux pour une nouvelle année remplie d’amour et de bonne musique. Les rapports mensuel recommenceront le 6 février. Merci de votre fidélité.

– Zachary